‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 62 sur 408 · V. — LA SOTIE · texte numérisé non relu

V. — LA SOTIE

DÉlinltton. — La ioUe ou sotlit est jouée par les Sots ou En/aniï-ïans-Souci. Les Soi» fondent leur système de satire sur cette hypothèse que la société tout entière est composée de fous. Par-dessus leur costume, ils revêtent les attributs qui désignent tel ou tel état, telle ou telle fonction ; le juge, le soldat, le moine, le noble, le populaire, etc. a La sotie, dit Petit de Jullcvillc, c'est la salire universelle, transportée sur la scène et représentée par des Sols, que leur capuchon de folie met à l'abri des

t, CHjLIUTf, PtFELÀBDISS, HICHBSSE S

lu Jeu du Iirlnet

rancunes et des colères que pouvait soulever Taudace de leur médisance (1). » M. Ém. Picot, dans son étude sur la Sotie en France (2), compte vingt-six pièces de ce genre. Il fait remarquer que la sotie était souvent représentée avec une farce et une moralité, dans des spectacles multiples, analogues à ce que nous appelons aujourd'hui un spectacle coupé; dans ce cas, on commençait par la sotie, sorte de parade bouffonne. La sotie n*eut pas toujours pleine liberté ; sa plus brillante période se place sous Louis XII, qui Tencouragea, afin de s'en servir pour soutenir sa politique intérieure et extérieure.

PrhiciiNiles Soties. — En 1508, les Enfants-sans-Souci jouent le Nouveau Monde^ dont Tauteur probable est André de la Vigne ; la pièce est relative à rabolition de la Pragmatique Sanction par Louis XI, et aux espérances de son rétablissement par Louis XII. Le système est celui de la moralité, l'allégorie.

En 4512, Pierre Gringoire, ou Gringore (3), fait représenter le Jeu du Prince des Sots, pièce dans laquelle il attaque violemment, avec la permission du roi et en sa présence, le pape Jules II et l'Église. Cet ouvrage comprend un grand nombre de personnages : le Prince des Sots figure le roi Louis XII ; Mère-Sotfe, r-^lise ; Sottfi-Commune, c'est le peuple ; Sotte-Fiance et Sotte-Occasion sont les mioistres.de TÉglise; le général d^ Enfance est peut-être Gaston de Foix; on Toit encore le seigneur du. Plàt-d' Argent, le seigneur de la Lune, etc. Le Jea du Prince des Sots ne comporte guère d'analyse ; c'est une série d'allusions sati* riques, d'actualités vivement exprimées, et promptement saisies par les contem* porains. Elle était suivie d'une moro/ i7é«intitulée : Peuple français. Peuple ita" liqiie, VHomfne obstiné, consacrée elle aussi aux démêlés de Louis XII avec le pape Jules II; celui-ci n'est autre que VHomme obstiné (4).

Parmi les- soties d'une portée plus générale, citons : le Monde, Abus, les Sots (1514 ?). Pendant que le Monde, fatigué, dort d'un profond sommeil. Abus amène sur le théâtre Sot Glorieux (soldat), Sot Corrompu (juge). Sot Trompeur (marchand), Sotte Folle (la femme). Ces difTércnts Sots veulent construire un monde nouveau. Ils le bâtissent sur des piliers qui s'appellent Hypocrisie, Lâcheté, Bombance, Trahison, Corruption, Usure, Caquet, Faiblesse, etc. Mais bientôt les Sots, qui se réjouissent par des danses, heurtent les piliers; tout s'écroule ; et le Monde reparait, comme devant.

(1) La Comédie et les Mœun au moyen âge.

(2) La Sotie en France, par Em. Picot, in-8, 1878. (Extrait de Romania, t VU.)

(3) Sur Gringoire, voyez Petit db Julleville, les Comédiens en Ftance au moyen âge.

(4) Lire -un texte du Jeu du prince des sots dans Aubertin, Choix de textes de Cancien ftançaif (Belin), p. 188.

LÀ COMÉDIE AU UOYES AGR

Page 1