‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 97 sur 408 · I. — JACQUES AMYOT <1SI · texte numérisé non relu

I. — JACQUES AMYOT <1SI

di- Bourges. 11 ï (.

le. — Né le 30 octobre 1513, à Melun, de parenU tris pauvres, Jacques Amyot vint achever sesétudes k Paris, ou Collège de Navarre, Fut-il réduit, comme on le raconte, à se faire le domestique de ses camarades plus fortunés ? et travaillait-il, la nuit, à la lueur du foyer, com:nc i»lus tard le petit Drouot î Vraies ou fausses, ces légendes uousprouvcnt que Jacques Amyol dut avoir une adolescence pénible et une énergique volonté. U apprit le grec avec Pierre Daiiès, professeur au Collège de France ; fut précepteur, a Bourges, des enfants de llouchetal, secrétaire d'État, qui le recommanda k Marguerite, sœur de François 1" ; et celle-ci lui tu donner la chaire de grec et de latin à l'Université ria p(<[idant six ans. — Son premier ouvrage fut Théagène i-l Chariclée, tnidiiit du grec d'IIcliodore (1547). Nommé abbé de Bclloxane par Fraii^-uis 1", il ncCMiupagiia à Venise l'ambassadeur de Henri 11, Morvllllcrs de llourges, et fui chargé de porter une lettre du roi au Concile de Trente (1551). Après un séjour de deux années à Itome, temps qu'il employa à faire de savanles recherches à lu Bibliothèque du Valican, Amyot revint en France, et fut choisi par Henri 11 comme précepteur de ses (ils, les ducs d'Orléans et d'Anguuléme, qui tous doux devaient élre rois. Y.w 1554-, Amyot publia sa traduction de Diodore de Sicile. Une nouvelle édition de Théagène et CharicUe parai en I'i59;elle était suivie de Duplinii el Cliloé, pastorale de Longus. La même année 1539, paraissait la première édition des l'i» de Plularque ; en 1571, seulement, Amyot y ajouta les Œuvra morales du même auteur. — Cependant, son ancien élève, Charles IX, l'avait nonnné, en 1560, grand aumônier de France, conseiller d'l''lat et tllnlairc de plusieurs richi-s abbayes; il lui donna bientûl après Févéché d'.Vuxerre; Henri 111 y ajouta le titre de commandeur de I oi-drc du Suint-Esprit. — Les dernién's années d'Amyot furent troublées el attristées par la guerre civile. Les Ligueurs d'Auxcrru Faccusèrent d'avoir approuvé le ineurlri: du duc de (iuisc par llem'i 111, el soulevèrent le peuple contre lui. Oliligé de s'enfuir, Amyot rentra quelque temps après dans son étéchj; mais, nmlude, il ne lit que languir jusi^u'au jour de sa mort (7 février 1593). — Dans ses dernières années, il avait abandonné l'étude des auteurs profanes pour celle du la Bible et des Pères; et il était devenu un remarquable prédi-

ses

- D'Amyol, '

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riout retenir la traduction dea VUt la fuis pur les qualités de :

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tbâpucteurs et ÉmoiTS

esprit, le charme de son style et la pureté de sa langue. — D'abord, c'élail une heureuse idée, en ces temps où l'ùni^rgie humaine se déployait sous loulcs ses formes, depuis le fanalisnic jusqu'au marlyre, depuis la brulalité jusqu'à l'hcroîsme, de choisir, pour les vulgariser, ces biographies des plus grniids hommes do l'antiquité grecque et romaine. Jamais pareil recueil d'exemple* n'avait été proposé h l'admiralion et à l'imitation de la société moderne. Il ; en avait de tous genres, grands capitaines, hommes d'Êlnt, législateurs, orateurs. Chacun pouvait en faire sou profit. Ce n'était plus, comme chez les poêles et chei les romanciers, des personnages fabuleux, en dehors ou au-dessus de l'humanité-, mais des hommes, dont Plutarque, historien véridique et méticuleux, ne dissimulait pas les fautes, et chez qui l'on pouvait suivre le généreux elTort de la volonté en lutte contre la faiblesse humaine.

— D'outre part, ces biographiesétaientdesrecueils d'anecdotes, d'historiettes précises et variées, de bons mots, de traits, de maximes; rien d'oratoire ni d'apologétique ; ou, du moins, si Plutarque avait eu l'intention de réhabiliter les Grecs et de les opposer aux Romains, son plaidoyer passait maintenant inaperçu,

et laissait indilTérents des lecteurs du .seizième siècle qui ,iouvnicnl , sans arriérepensée et en dehors des luttes de partis, admirer tout ensemble Alexandre et Cêsar^ Périclès et Scipion, Démosthènes et Cicéron. — Mais, surtout, les défauts de ce sophiste assez pédant que fut le vrai Plutarque, disparaissaient dans la traduction ou, pour mieux dire, dans Vadaplalion d'Amyot. Celui-ci créait de toutes pièces lo bon Plutarque. Il lui donnait un tour simple et naïf qui faisait d'autant mieux ressortir la grandeur des actes ou des pensées

D aprii I

iiesoj.

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ci qui prêtait à riiéroïsme uq air d'aisance capable de séduire tous les honnêtes gens.

Amyot rendait aussi grand service à la langue française, en Tobligeant à exprimer tant de conditions diverses, à se faire un vocabulaire guerrier, politique, critique, Jamilier, pour suivre chacun des héros de Plutarque à travers tant d'anecdotes et de particularités. Quelle gymnastique pour notre langue! surtout si Ton se défendait du néologisme, et si Ton voulait toujours puiser aux sources françaises et se régler sur le bon usage. Or, c'est ce que fit Amyol, à la fois le plus riche et le moins pédanlcsque des écrivains de cette époque. Et l'on comprend qu'à ce double titre, au dix-septième siècle, TAcadémie française et Vaugelas l'aient considéré comme une autorité (1).

Autres traducteurs. — Bien qu'aucun autre traducteur ne puisse se comparer à Amyot, sinon pour Texàctitude (car on sait quelles libertés Amyot prend avec Plutarque), du moins pour le style et pour l'influence, nous nommerons : — Claude de Seyssel (d450-1520), traducteur de Diodorc, de Xénophon, de Thucydide ; — Pierre Saliat (?) qui donne, en 1556, une traduction d'Hérodote, dédiée au roi Henri II. Selon É. Egger, « Saliat trouvait dans la langue de son temps le précieux mérite de jeunesse et de naïveté qui convenait surtout à un traducteur d'Hérodote. Aussi, à cet égard, n'a-t-il été surpassé par aucun de ses successeurs, auxquels il semble, d'ailleurs, être resté tout à fait inconnu (2). »

11 faudrait ajouter ici les noms de Baïf, d'Amadis Jamyn, de Rémi Belleau, et de Ronsard lui-môme, qui ont donné des traductions de pièces grecques; mais nous en parlons au chapitre du Théâtre.

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