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CHAPITRE I

INFLUENCE DE LA RÉVOLUTION SUR LA LITTÉRATURE

DESTRUCTION DE LA SOCIÉTÉ POLIE. MÉDIOCRITÉ DE LA LITTÉRATURE RÉVOLUTIONNAIRE, a EXPANSION ET PUISSANCE DU • JOURNALISME. LE JOURNALISME RÉVOLUTIONNAIRE : CAMILLE DESMOULINS.

EPOQUE où nous arrivons est une époque de rable, c'est le XIX^ siècle qui s'ouvre. J'ai donc dû rattacher

transition : on • "ut hésiter si l'on doit la rattacher cette période plutôt à la littérature contemporaine, au passé ou à 1 avenir. La littérature de la Révo- La production littéraire fut alors abondante^. A parler

lution et de l'Empire appartient au XVIH^ siècle, par en général, elle n'a jamais été plus insignifiante, de forme

toutes ses basses œuvres : par tout ce qu'elle a de considé- plus» vulgaire ou plus factice, plus médiocre ou plus

I. A consulter: Huîo P. Tiilemî. La liltéruture française au XIX'' Mècte, biblio- chinget. Le Théâtre de la Révolution. La Censure sous le l"' Empire, \S86. G. Merlet,

tfiaphie. Paris et Lsiozig, 1903. Tableau de la littérature française de 1800 à 1815, 3 vol., 1883. Pote/, Bertrand, auvr.

L A consulter : Th. Muret, L'Histoire par le théâtre, 3 vol. 1865 (t. I). H. Wels- ùtés.

INFLUENCE DE LA REVOLUTION SUR LA LITTERATURE

fausse de pensée. Écartons donc toute cette masse d'écriture mutile, qui n'ajoute qu'un poids mort à notre littérature. Il y a pourtant deux mots à dire sur la poésie L'âme de toute une nation est entrée dans la Marseillaise ; et dans toutes les crises de notre vie nationale, depuis plus de cent vingt-cinq ans, la Marseillaise reparaît comme le chant où s'exprime la volonté française de vivre libre et d'aider le monde à se rendre libre. La Marseillaise est une aspiration, un rythme, un élan : les hommes de toutes les nations en sont entraînés. Peu importe qu'elle ait été écrite dans le jargon passager d'une époque ; peu importe que son auteur. Rouget de l'Isle, n'ait rien fait que de médiocre en dehors de la Marseillaise. Il fut poète une heure.

La Révolution a fait une tentative qui, pour n'avoir eu qu'un jour, ne doit pas être oubliée. Elle a réalisé, selon l'idée de Rousseau, de grandes fêtes collectives, sociales ou patriotiques, où la poésie et la musique s'associaient avec le spectacle, les évolutions de figurants, les cortèges, et qui mettaient en action des foules organisées. Ces fêtes donnèrent lieu à la création d'une poésie chorale qui n avait jamais existé en France. Les principaux auteurs furent M.-J. Chénier et Desorgues, sans parler de Rouget de risle et de la Marseillaise. Les hymnes, cantates, chœurs, etc., qu'on exécuta dans les solennités révolutionnaires, avaient tantôt un caractère républicain et national, tantôt un caractère philosophique et religieux. Plusieurs pièces sont d'une belle allure, ont de la largeur et du souffle ^

Mais venons à l'essentiel : la période révolutionnaire nous présente trois faits considérables qui intéressent la littérature : la destruction de la société polie, le développement du journalisme, l'épanouissement de l'éloquence politique. Elle nous offre trois grands noms : Mirabeau, Mme de Staël, Chateaubriand.

RUINE DE LA SOCIÉTÉ POLIE. ^ ^ La Révolution a fermé les salons. En suspendant pendant dix ou douze ans la vie mondaine, elle a soustrait la littérature aux conventions de pensée et aux élégances de diction que celle-ci imposait. Même lorsque les salons se rouvrirent et que la vie de société reprit son cours, jamais l'ancienne tyrannie du goût des gens du monde ne fut rétablie : même sous la Restauration, et à plus forte raison depuis, les plus célèbres salons n'eurent jamais qu'une influence très limitée. Alors que, depuis le XVn° siècle, le monde était comme le milieu naturel de l'espèce des écrivains, alors que les ouvrages devaient, pour réussir et vivre, lui être et destinés et adaptés, il arrivera rarement désormais que les écrivains les plus illustres, les plus à la mode même, soient des hommes du monde, et y prennent l'esprit, la couleur de leur œuvre. Cela aura pour premier et sensible effet de reporter du dehors au dedans la règle, la

I. Ci. Poésies nationales de la Réiolulitn jTcnçcise, 1836, in-8. J Tiersot, Les fêtes et les chants de la Révolution française, 1909.

loi de la création littéraire, de rendre l'écrivain dépendant de son seul tempérament, de son propre et personnel idéal : à moins — ce qui arrivera aussi — qu'à la tyrannie du monde ne se substitue la tyrannie des écoles, des ateliers, des sociétés professionnelles, imposant d'absolus mots d'ordre, d'exclusives formules, et décriant la concurrence. En tout cas, jamais depuis 1789 la littérature n'a reçu du public mondain ni impulsion ni direction. Et cela revient à dire que les femmes ont perdu leur empire presque deux fois séculaire. Je crois, en effet, qu'un des caractères généraux de la littérature qui s'est développée en ce siècle, orientée tantôt vers la science et tantôt vers l'art, c'est d'être une littérature d'hommes, faite surtout par et pour des hommes.

Avec le monde, la Révolution emporta le goût classique. Ce n'est pas parce que les collèges, comme les salons, furent fermés : on les rouvrit. Mais ce qui soutenait le goût classique, c'était le monde, une aristocratie de privilégiés si bien dispensée des spécialisations et des actions professionnelles qu'elle en regardait la marque comme disqualifiant l'honnête homme : alors l'éducation pouvait n'avoir pour fin que l'ornement et le jeu de l'esprit. Mais la constitution démocratique de notre société a donné place à l'éducation scientifique, aux études techniques et spéciales, à côté, même au-dessus des

CAMILLE DESMOULINS, a Portrait peint d'après nature par J. Boig, à la C<neiergerie, et gravé far E. B. (Bibl. Kat., Est-) Cl.. HACHETTE.

ÉPOQUE CONTEMPORAINE

DISCOURS

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