‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 15 sur 364 · PRÉCURSEURS ET INITIATEURS DU XVIII^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

PRÉCURSEURS ET INITIATEURS DU XVIII^ SIÈCLE

IRRÉLIGION FONCIÈRE AU XVIII" SIÈCLE* a LES LIBERTINS ; LES SOCIÉTÉS DU TEMPLE ET DE NINON, a LES CARTÉSIENS :

FONTENELLE. a LES THÉOLOGIENS : BAYLE.

DANS la critique générale des opinions traditionnelles et des institutions établies qui fut l'œuvre du XVIII^ siècle, le point capital est la destruction du principe de la foi. Il n'y a pas eu de révélation ; les lois de la nature n'ont jamais été dérangées par une intervention divine ; tout ce qui est arrivé, arrive, arrivera dans la vie de l'univers et de l'humanité, est naturel, donc rationnel. Le surnaturel, le miracle, est une illusion ou un mensonge. Voilà l'essentielle affirmation du XVIII^ siècle; quelques-uns des plus grands esprits qu'il ait produits, l'ont repoussée ; mais, à leur insu, elle a dirigé leur pensée. Car la suppression du christianisme, d'un idéal religieux qui fournit une règle de vie avec une espérance de bonheur ultra-terrestre, mais infini, cette suppression seule explique la fureur de zèle humanitaire avec laquelle les philosophes veulent refaire la société pour mettre dans cette vie toute la justice et tout le bonheur.

Les vrais maîtres du XVIII® siècle sont donc ceux qui

lui ont appris à détruire le système du christianisme. Ces maîtres furent les cartésiens, et les théologiens, plus que les libertins.

LES LIBERTINS. ^ /i/ Nous avons déjà mentionné le groupe des libertins, si apparent au début et à la fin du siècle : j'ai signalé ces deux foyers de scepticisme épicurien, la société du Temple et la société de Ninon. J'ai montré Saint-Évremond, cet esprit curieux et indépendant qui ne subit de servitude que celle des bienséances mondâmes ; ce douleur paradoxal en qui il y a du Montaigne, et du Voltaire aussi, parfois du Montesquieu, quand il juge le peuple romain et ses historiens ; ce franc matérialiste, qui, dans sa vieillesse, forcé de renoncer à tous les plaisirs, éloigna toute espérance indémontrable, et se consola par deux réalités : l'activité de son esprit et la solidité de son estomac.

Mais que pouvaient ces libertins contre la religion

LE DIX-HUITIEME SIÈCLE

TOMBEAU ET ÉPITAPHE DE SAINT-ÉVREMOND A WESTMINSTER, a On

remarquera que l'arliste a reproduit SUT le buste h loupe qtii était venue à l'écrivain entre les deux yeux au cours de son exil et qui lui faisait dire, lorsqu'il refusait de rentrer en France, à la fin de sa oie : « J'aime mieux rester avec les gens accoutumés à ma loupe. » Au'dessus de l'éPitaphe, le blason de l'écrivain « d'or à une quintefeuille de gueules " (Bibl. Nat., Est.)-

chrétienne, telle que l'avaient faite dix-sept siècles de développement continu? Au Temple, chez les Vendôme, l'épicurisme était surtout pratique. On ne raisonnait pas, on ne disputait pas : on n'en voulait pas à l'Eglise, pourvu qu'on n'en sentît pas le ]oug ; et on lui permettait d'être maîtresse ailleurs. On aimait, on buvait, on jouait, on riait ; on n'en demandait pas davantage.

Plus sérieux étaient les amis de Ninon et Saint-Évremond. L'exercice intellectuel les occupait davantage, ne fût-ce que parce que ces épicuriens, lorsqu'ils nous parlent, sont hors d'âge, condamnés à pécher surtout d'intention et de langue. On raisonne donc, on pose des principes, mais par jeu, pour passer le temps, sans méthode suivie, sans intention de propagande. Ceux-ci non plus, avec leurs railleries légères et décousues, leurs conversations de coin du feu, leurs lettres piquantes, dont ils se divertissent entre gens convertis d'avance, ne sont pas bien redoutables. Mais ils manifestent l'état de conscience

et les dispositions d'esprit d'une infinité d'honnêtes gens : et c'est là le fait qui est redoutable.

Mais il fallait d'autres armes et d'autres ardeurs pour jeter à bas l'édifice théologique. Le doute vagabond de Montaigne ne serrait pas d'assez près ces dogmes si fortement liés ; il n'était pas de force à les dissoudre et à les faire écrouler. Il fallait aussi, pour mettre de la suite dans l'attaque, et pour gagner l'esprit du peuple, un amour scientifique du vrai, un enthousiaste dévouement à la raison, qui faisait défaut à ces mondains blasés. Le zèle de la vérité fut l'apport de l'aimable, du discret Fontenelle : la méthode critique fut l'apport du savant et solide Bayle.

Il est bon ici de faire bien attention aux dates.

Les Entretiens sur la pluralité des Mondes sont de 1686. L.' Histoire des oracles est de 1687. Les Pensées sur la comète sont de 1682. Les Nouvelles de la République des Lettres paraissent de 1684 à 1687 : c'est là qu'est pubhé en 1686 la Relation de l'île de Bornéo. Les opuscules de Saint-Evremond circulent à partir de 1668-1670. Les Voyages imaginaires, où s'insinue la critique religieuse et sociale, paraissent, la Terre ctusfrale connue de Gabriel de

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