‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 16 sur 364 · COPIE DE LA LETTRE DE SAINT-ÉVREMOND QUI FUT LA CAUSE DE SON · texte numérisé non relu

COPIE DE LA LETTRE DE SAINT-ÉVREMOND QUI FUT LA CAUSE DE SON

EXU^. a L'auteur écrivant au maréclial de Créquy, critiquait la paix des Pyrénées (^iitl, Nat.,Mss.). CL. HACHETTF. ,

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PRECURSEURS ET INITIATEURS DU XYIIp- SIÈCLE

Foigny en 1676, V Histoire des Sévarambes de Denis Valrasse d'Alais en 1677, V Histoire de lîle de Caléjava de Claude Gilbert en 1700, les Voyages de Jacques Massé de Tyssot de Patot en 1710. Les opuscules épicuriens de Baudot de Judly, de Rémond le Grec, de Rémond de Saint-Mard datent de 1701 et de 1711. La discussion des abus et des réformes commence en 1696 et 1707 avec Boisgudlebert, en 1707 avec Vauban.

Le mouvement de pensée qu'on appelle le XVIIi'^ siècle commence donc bien avant la mort de Louis XIV, non seulement aux environs de 1700, mais même aux environs de 1680, ou plus tôt. Le grand roi et les grands écrivains monarchiques et chrétiens nous cachent tout ce mouvement.

FONTENELLE. ^ m Le cartésianisme, à la fin du siècle, en s éloignant de la doctrine formelle de Descartes, manifestait de plus en plus la puissance de sa méthode. Le mouvement cartésien aboutit, avec le pieux Malebranche et ses disciples, à dresser un système hétérodoxe et, avec le juif hollandais Spinoza, qui inquiéta, épouvanta les penseurs chrétiens, à exclure totalement jusqu'à la possibilité même d une vérité chrétienne.

Fontenelle \ qui n'a pas fondé de système, porta, sans en avoir l'air un coup violent à la religion : son œuvre ne fut pas théorique, mais pratique. Il révéla au rationalisme mondain son essentielle identité avec l'esprit scientifique : il vulgarisa la science et ses principes. Il acheva d'éveiller dans ces légères intelligences des salons le besoin de tout comprendre, la conviction que l'inexplicable n'est que de l'inexpliqué.

Fontenelle était un neveu des deux Corneille. A l'école de son oncle Thomas, il apprit à écrire facilement et médiocrement dans tous les genres : il fit des vers, une tragédie, des opéras, des pastorales, des lettres galantes ; il avait une sécheresse glacée et spirituelle, une pointe aiguë de style, aucun naturel, aucune spontanéité. Tant qu'il ne fut qu'un faiseur de vers et auteur de théâtre, il justifia les satires de La Bruyère et de J.-B, Rousseau : c'était bien le précieux Cydias, et « le pédant le plus joli du monde ". Il y avait pourtant déjà des vues bien fines, une solide indépendance de jugement sous la délicatesse épigrammatique des Dialogues des Morts (1683). Mais Fontenelle trouva sa vraie voie lorsqu'il composa ses Entretiens sur la pluralité des Mondes (1686), puis lorsque, ayant été nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences (1697), il écrivit l'Histoire de l'Académie et les Éloges des Académiciens : il entra alors tout à fait dans son rôle, qui était d'être le maître de philosophie des gens du monde, d'introduire la science dans la conversation des femmes.

I. Biographie : Bernard Le Bovier, sieur de Fontenelle, «membre de l'Académie française, de celle des Inscriptions et Belles-Lettres, membre de la Société royale de Londres et de l'Académie de Berlin >', naquit à Rouen en 1657. Son oncle Thomas, qui rédigeait le Mercure galant avec de Visé, l'associa à leur travail et à la composition de deux opéras. Fontenelle prit parti pour les modernes dans la querelle soulevée par Perrault (cf. plus haut. p. 1), comme il se retrouva aux côtés de La Motte, lorsque le débat se renouvela. Il fit des opéras, des comédies, divers ouvrages de science et de philosophie.

PORTRAIT DF. FONTENELLE. a Gravure d'Alix d'après Gwnnerey (Bibl. Nat., Est.). Cl.. HACHETTE.

Il fut parfait dans ce rôle. C'était un homme du monde exquis : d'humeur toujours égale, doux, poli, souriant. Un bon fonds d'égoïsme et d'indifférence, l'éloignant de toute passion violente, le faisait souverainement aimable. Il était incapable de s'emporter, de s'échauffer, incapable d'un mouvement spontané, d'un élan irréfléchi. Mais il était intelligent, et à force d'intelligence il évita la petitesse de l'égoïsme. Il suivait en tout la vérité ; il était juste, il était bienfaisant par intelligence. Seul à l'Académie, il vota contre l'exclusion de l'abbé de Saint-Pierre, contre cette mesure d'hypocrite servilité. Il était libéral, quand on lui demandait ; Madame Geoffrin disposait de sa bourse en faveur des pauvres : il ne refusait jamais, mais il n'offrait pas. Il n'avouait qu'un sentiment, un commencement de passion : « un peu de faiblesse pour ce qui est beau, disait-il, voilà mon mal ». Il devait dire : pour ce qui est vrai ; mais il était si peu artiste, qu'il ne concevait pas d'autre beauté que celle d'une pensée fine ou d'une démonstration élégamment conduite.

Cette faiblesse ne l'entraîna jamais : il garda toujours une réserve très discrète. '< Si j'avais la main pleine de vérités, je me garderais bien de l'ouvrir. - Ce n'était pas timidité intellectuelle, ou prudence personnelle : c'était délicatesse ; il haïssait le tapage, le scandale, les luttes brutales ; tout cela était de mauvais ton ; il était trop bien

11 était très lié avec la marquise de Lambert, et plus tard il fréquenta le salon de Mme Geoffrin. Il mourut en 1757, presque centenaire.

Edition : Œuvres, Paris, 1 790, 8 vol. in-8 ; Histoire des oracles, éd. critique p. p. Maigron (Textes fr. modernes), 1903. — A consulter : l'abbé Trublet, Mémoires pour servir à l histoire de la vie et des ouvrages de M. de Fontenelle, in-12, 1761 . Faguet, XVÎIl*^ siècle- Laborde-Milaà, Fontenelle, 1905. Maigron, Fontenelle, 1906.

j-jre Littérature. T. II

élevé pour faire l'apôtre ou le tribun. Il était trop aristocrate aussi pour semer la vérité à pleines mains, en plein champ. Il estimait que la masse des esprits, peuple ou grands, n'est pas apte à recevoir la vérité, qu'elle est faite pour un petit nombre d'intelligences, où elle ne se déforme pas, et ne porte pas de mauvais fruits.

Il causa de la science agréablement, avec une légèreté, une grâce, une ironie souvent exquises, et, il faut le dire aussi, avec un excès parfois de gentillesse et de galanterie. 11 lui arrive de mettre trop de rubans et de pompons à son style, et de tourner l'astronomie en madrigaux ; si la science en est un peu rabaissée, la conquête des salons valait bien quelques sacrifices, et ce n'était pas trop l'acheter que de quelques fadeurs. Mais la grande qualité de Fontenelle, et par où il donna le ton à toute la philosophie du siècle, ce fut la clarté. 11 demandait aux dames, pour comprendre sa Pluralité des mondes, tout juste la même somme d'attention dont elles ont besoin pour suivre la Princesse de Clcves. Il exposa le système de Copernic et les découvertes de tous les académiciens de telle sorte que tout le monde entendait et retenait.

Il s'attacha surtout à faire ressortir les règles fondamentales de la méthode scientifique, à y accoutumer les

ENTRETIENS SUR LA PLURALITÉ DES MONDES, a Gravure de B. Pkart. placée en tête de cet ouvrage dans l'édition des Œuvres de Fontenelle de 1728-1729 (Bibl. Nat., Imp.). CL. HACHETTE.

esprits : ne rien croire que par raison, savoir douter, savoir Ignorer. « Je ne vois qu'un grand je ne sais quoi, où je ne vois rien », écrit-il à propos des habitants des planètes. 11 ne faut pas craindre les nouveautés : toutes les vérités ont été neuves à leur jour. Par une démonstration ingénieusement hardie, Fontenelle établit que la vraisemblance est du côté du paradoxe contre la tradition. Il enfonce dans les esprits la foi au progrès, par le spectacle de toutes les découvertes que la raison a faites dans les sciences au siècle précédent. Il n'accorde guère aux anciens que le mérite un peu négatif d'avoir diminué le nombre des erreurs possibles, d'avoir en quelque sorte usé les plus fausses absurdités, qui auraient eu chance, s'ils ne les avaient essayées, de retenir quelque temps la raison moderne.

L'œuvre la plus significative de Fontenelle est son Histoire des oracles (1687), qu'il lira d'un ouvrage latin, lourdement érudit, du Hollandais Van Dale. La thèse est d'apparence inoffensive : Fontenelle y établit irréfutablement que les oracles des anciens n'ont pas été rendus par les démons. Ce soin pouvait paraître superflu aux environs de 1700. Mais faisons attention au raisonnement. Fontenelle analyse les causes de la crédulité qu'ont rencontrée les oracles : on y a cru, parce qu'on voulait y croire. L'esprit humain, dans l'ignorance, aime le merveilleux. Par légèreté et paresse intellectuelle, on a plus tôt fait d'expliquer que vérifier ; et l'on interprète des prodiges qui n'existent pas : témoin la charmante anecdote de la dent d'or, qu'un enfant en Silésie avait, disait-on, en la bouche. La crédulité de la foule encourage la fourberie de quelques-uns ; l'intérêt des prêtres les pousse à profiter de l'ignorance populaire. Les oracles n'ont cessé que lorsque l'esprit humain s'est éclairé : la philosophie les a fait taire.

L'argumentation de Fontenelle dépasse la thèse qu'il a avancée. Tout ce qu'il dit des oracles pourra se dire des miracles. L'impression qu'on garde du livre, c'est qu'il faut n'accepter le merveilleux qu'à bon escient ; que le merveilleux, en réalité, doit s'évanouir par un contrôle sérieux des faits. On recueille dans l'ouvrage, çà et là, négligemment jetés, certains mots sur Platon inventeur de dogmes, exposant l'idée de la Trinité, et d'autres pareils qui achèvent de nous faire saisir la vraie pensée de Fontenelle. Au fond, cette innocente critique de la foi des anciens à leurs oracles est la première attaque que dirige l'esprit scientifique contre le fondement du christianisme Tous les arguments purement philosophiques dont on battra la religion sont en principe dans le livre de Fontenelle.

BAYLE. La science n'assiégea pas seulement la religion par le dehors, elle y pénétra pour la mieux ruiner. Elle prit le dogme corps à corps, elle essaya d'y mettre en évidence toutes les marques de l'invention humaine et d'y

1 . Les jésuites avaien t raison de signaler l'impiété essentielle de l'ouvrage.

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