Soirées de Saint-Pétersbourg, 7' et 1"' entretiens
2. Considérations sur la France. II tenait l'idée de morceler et de détruire la France pour une idée absurde, et le fait, s'il se réalisait, pour un des plus grands maux qui pussent arriver à l'humanité. (Cf. la lettre du 28 octobre 1 794 au baron Vignet des Etoles.)
3. Biographie : P.-L. Courier de Méré (I772-I825), lieutenant d'artillerie en 1793, servit sur le Rhin, puis en Italie ; chef d'escadron démissionnaire en 1809, il rentre au service presque aussitôt, et le quitte de nouveau au milieu de la campagne d'Autriche. 11 se maria à la fille de l'helléniste Clavier. Il vivait sous la Restauration dans son domaine de Ja Chavonnière, à Veretz, en Touraine ; il fut assassiné en 1825 par son garde.
Éditions : Pastorales de Longus. ou Daphnis et Chloé, Florence, 1810, in-8 ; Pétition aux deux Chambres, 1816, in-8 ; Procès de Pierre Clavier-Blondeau, 1819, in-8 ; Simple discours de Paul-Louis, vigneron de la Chavonnière, aux membres de la commune de Veretz, à l'occasion d'une souscription pour l'acquisition de Chambord, 1821, in-8 ; Pétition pour des villageois qu'on empêche de danser, 1822, in-8 ; Cadette du village, 1823, in-8; Pamphlet des Pamphlets, 1824, in-8. Œuvres : éd. A. Carrel, 1834, 4 vol. in-8 ; éd. Caussade, Lemerre, 1880. A consulter: Gaschet, P.L. Courier et la Restauration, 1913 : La vie etlamort tragique de P. L. Courier, 1914. André, L'assassinat deP. L. Courier, 1913.
de l'intérieur. Ce théoricien de l'absolutisme faisait à son parti l'effet d'un jacobin.
Ce dur logicien était un très bon homme, doux, aimable, le plus respectable et le plus tendre des pères, qui écrivait à ses enfants des lettres charmantes, pleines de fine raison et de sensibilité délicate. Il n'y avait en lui de féroce que ses principes. Il avait l'esprit abstrait et raisonneur du XVIII® siècle : il n'a été qu'un philosophe ennemi des philosophes, dénué, comme ils le furent en général, de sens artistique, et réduisant, comme ils faisaient, le réel aux formes de ses idées a priori. Il ne doit guère moins à Voltaire, qu'il contredit, que Courier, qui le continue.
Un officier indiscipliné, qui s'absente de son corps sans congé, grognon et grincheux, médisant du métier, dont il sent la servitude et pas du tout la grandeur, un soldat, qui ne voit de la guerre que l'horreur, la misère, la brutalité, la face laide et mesquine : voilà Courier au régiment ^. Et notez qu'il est brave et patient ; ce n'est pas le manque de cœur, c'est le tour d'esprit qui en fait un mauvais officier.
MONUMENT ÉLEVÉ EN 1828 DANS LA FORÊT DE LARÇAY, PAR Mme COU- RIER £) (Bibl. Nat., Est.). CL. HACHETTE.
EPOQUE CONTEMPORAINE
Il est essentiellement garde national ; c'est un bourgeois sous les armes. Bourgeois il reste dans ses campagnes de plume sous la Restauration : type achevé du bourgeois de 1820, libéral, voltairien, d'esprit étroit, jaloux, hargneux : bonapartiste, lui qui sous l'Empire avait si peu d'enthousiasme, bonapartiste renforcé, sauf quand il est fervent orléaniste ; car l'esssentiel, c'est de n'être pas légitimiste, et de taquiner les légitimistes. 11 a en abomination le trône et l'autel, et leurs défenseurs, émigrés, curés, magistrats, gendarmes : il est propriétaire, et représente éminemment toutes les passions, toutes les défiances des propriétaires acquéreurs de biens nationaux.
Tandis qu'à la Chambre on discute sur les lois, au village on s'échauffe sur l'application des lois ; et voilà la matière des pamphlets de Courier, aussi mesquins en leur sens que les tracasseries mêmes auxquelles ils doivent leur naissance. Un paysan qui a envoyé promener son maire, un curé qui empêche ses paroissiens de danser, une souscription qu'on organise, un procès de presse sont les sujets dont Courier s'empare pour faire une guerre à mort à la monarchie légitime.
Tout cela serait oublié, comme les passions de ce temps-là, si ce bourgeois n'était un fin écrivain. Il était nourri de nos meilleurs classiques, et du XVI® siècle. Il a dérobé à La Bruyère son art d'aiguiser l'épigramme, à
Pascal l'ironie mordante et légère. Aux vieux conteurs, il a pris la narration aisée, lumineuse, teinte d'un comique délicieux. Du fond de la Calabre, entre deux combats, il s'amusait à refaire un conte de la Reine de Navarre ^, et il en faisait un bijou ; dans ses pamphlets il sème à chaque page les récits exquis et les dialogues plaisants. On le lira, comme on lit VHeptaméron ou les Joyeux devis, sans y chercher un sens plus grave, et cela suffira pour le faire lire.
Il y a même dans la netteté lumineuse de son style quelque chose qui n'est pas uniquement français, qui donne l'impression de la grâce grecque : tel conte des gendarmes venant arrêter des paysans fait songer à Lysias ^. Et en effet notre voltairien est un helléniste de première force. Pendant ses campagnes, il a porté son Homère dans sa poche ; dans ses loisirs de garnison, il traduisait Xénophon ^. Dès son arrivée en Italie, les bibliothèques, les musées, les ruines, les marbres, l'ont enivré ; les pillages des soldats, les mutilations d'œuvres d'art lui percent l'âme : c'est un Grec parmi les Barbares. Dès qu'il a quitté le service, il s'enferme à la bibliothèque de Florence pour copier un passage inédit d'un roman grec, de ce Daphnis et Chloé, dont il a fait une traduction en français archaïque, d'une naïveté un peu laborieuse.
Courier est ledernier et authentique représentant de l'art
1. Lettre du I" novembre 1807 à Mme Pigalle ; cf. Héptaméron, nouvelle 34.