‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 155 sur 364 · PROSPECTUS · texte numérisé non relu

PROSPECTUS

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EN-TÊTE DU JOURNAL L'A VENIR, a Fondé en octobre 1830 par Lamennais, Lacordaire et Monlalemberl, ce journal qui portait la devise '< Dieu et la Liberté » se proposait de servir et de défendre « le pape et le peuple ». Il devait bientôt encourir des poursuites en cour d'assises {janvier 1831) où Lacordaire plaidant lui-même se fil applaudir et acquitter^ et aussi la

condamnation à Rome qui amena la se'para/ion Jes /rois amis (Bibl. Nat., Imp.). CI.. HACHETTE.

classiquecheznous.ledernierdes écrivains qui serattachent au mouvement déterminé par les travauxde l'Académie des Inscriptions : il a droit d'être nommé après André Chénier. Car, dans ces grogneries de bourgeois libéral, il y a des coins délicieux d'idylle, des coins de poésie rustique à la façon de certaines scènes d'Aristophane. A travers une gazette de village, toute pleine de médisances sur M. le maire et de taquineries au curé, éclate cette jolie note champêtre : « Les rossignols chantent et l'hirondelle arrive. Voilà la nouvelle des champs. Après un rude hiver et trois mois de fâcheux temps, pendant lesquels on n'a pu faire charrois ni labours, l'année s'ouvre enfin, les travaux reprennent leurs cours. « Ses paysans, ses vignerons, amoureux de la terre, laborieux, rudes et simples, ont une sorte de grâce robuste qui évoque l'image des laboureurs attiques de la Paix : et lui-même s'est composé son personnage à demi idéal de vigneron tourangeau, tracassier, processif et bonhomme, d'une façon qui rappelle le talent des logographes athéniens à dessiner les figures de leurs clients. Le défaut de Courier, c'est qu'on sent trop cet art, et l'effort de l'écrivain : nous aimerions un peu plus d'abandon ; et pourtant, en son genre, il fut un vrai artiste, et tout à fait original.

J. de Maistre et P.-L. Courier sont diversement, mais également classiques : Lamennais ^ est un romantique, fils de Rousseau et de Chateaubriand ; le baron de Vitrolles lui disait que son génie était enfant de la tempête. Au milieu de l'incrédulité révolutionnaire, Lamennais

1 Biographie : Hugues-Félicité-Robert de La Mennais (1782-1854). né à Saint- Malo, prêtre en 1816, fonda avec Chateaubriand, Villèle et Bonald !e Conservateur. 11 avait, dans un premier voyage à Rome en 1824, refusé le chapeau de cardinal que lui offrait Léon XII ; en 1832, Grégoire XVI le condamna. Les Paroles d'un croyant furent écrites en 1833, en quelques jours, à la Chesnaie, près de Dinan, où il s'était retiré. Il eut sous la Restauration et sous 'a monarchie de Juillet de retentissants procès de presse. Après la révolution de 1848, il fonda un journal, le Peuple constituant, et fut élu député : il n'eut pas d'influence. Il mourut sans se réconcilier avec l'Fglise. — Éditions : Essai sur l'indifférence en matière de religion, 4 vol. in-8, 1817-1823 ; Paroles d'un croyant. 1834, in-8 ; Affaires de Rome, 1836, in-8 ; Esquisse d'une philosophie, 4 vol. in-8, 1841 -1846 ; Amschas-

avait gardé sa foi : à vingt-deux ans, il faisait sa première communion, avec une grave simplicité de petit enfant. Mais s'il se sentait chrétien, il ne voulait pas être prêtre ; il se fit ordonner sous la pression de son directeur et de son frère, dans une angoisse profonde. Il se révéla par un livre qui le plaça pour son début aux côtés de Chateaubriand et de J. de Maistre : V Essai sur l' indifférence en matière de religion. Il y combattait avec une âpre éloquence, à grands coups de logique et d'imagination, l'athéisme politique, celui qui fait de la religion un instrument de despotisme pour lier le peuple, le déisme, qui croît fonder une religion dite naturelle sur la seule raison, le protestantisme et toutes les doctrines latitudinaires, qui, reconnaissant une révélation, croient avoir le droit de choisir parmi les dogmes, de rejeter ceux-ci et de prendre ceux-là. Lamiennais, attaquant l'individualisme et le principe de l'évidence cartésienne sur lequel il repose, plaçait la vérité dans le consentement universel, accord merveilleux dont une révélation de Dieu peut seule être cause, dont la tradition seule est la manifestation ; et de la tradition, l'Eglise est dépositaire, le pape interprète et gardien. Tout s'attache à l'autorité du pape, et c'est une théocratie que Lamennais entend constituer.

Au contraire de J. de Maistre, légitimiste avant tout, Lamennais est avant tout catholique. Il avait le gallicanisme en horreur, parce que, le voyant dans son temps, il n'y apercevait qu'un instrument de règne : cette Église d'Etat n'était à ses yeux qu'un athéisme politique. Quand il

pands et Darvands, 1843, in-8. Œuvres complètes, Paris, 1836-1837, 12 vol. in-8 ; Correspondance, puh\. par R.Forgues, 1865, 2 vol. in-8 ; Œuvres posthumes, publ. par A. Blaize» 1866, 2vol. in-8. Lettres inédites à Montalembert, puh], par G.Forgues, 1898. Lettresà Benoit d'Azy, p. p. Aug. Laveille, 1898. — A consulter : Sainte-Beuve, Portraits. Renan, Etude en tête du Livre du Peuple. Spuller, Lamennais, Hachette, 1892. P. Janet. la Philosophie de Lamennais (Revi e desDeix Mcndcs, 1889, 1*' févr., et 15 mars). F. Brunetière, Lamennais, (Revue ces Deix Mcndes, 1*^^ février 1893). A. Roussel (de l'Oratoire de Rennes), Lamennais, d'après des doc. inéd., 2 vol., 1893 : Lamennais intime, 1897. Boutard, Lamennais, sa vie et ses doctrines, 1905-1913, 13 vol. F. Duine, Lamennais, 1922.

EPOQUE CONTEMPORAINE

s aperçut que rultramontanisme aussi se mettait au service du pouvoir, que le pape agissait en souverain temporel et liait sa cause à celle des rois, quand il vit par toute l'Europe le clergé se faire le gardien des principes légitimistes plutôt que des principes évangéliques, Lamennais rompit d'abord avec la légitimité ; il devint libéral ; il lui sembla que le règne de Dieu par l'autorité était actuellement impossible ; il tâcha d'y revenir par la liberté ^, il chercha dans le développement complet de la liberté des garanties contre le despotisme et l'anarchie, et les conditions de l'ordre et de la vie sociale.

Il conçut l'idée hardie et féconde d'un catholicisme démocratique ^ ; il voyait dans les idées libérales et égalitaires un fruit lointain de l'Evangile, et si l'Église semblait actuellement tourner le dos à la société moderne, il croyait pouvoir l'en rapprocher par une originale conception de l'évolution du dogme ^, toujours immuable en son essence et en ses formules, mais susceptible de divers sens et d'applications diverses, selon les époques et les esprits. Il fonda en 1830, avec Montalembert et Lacordaire, un journal, l'Avenir, pour défendre le catholicisme contre la monarchie bourgeoise, matérialiste et athée selon la formlue de l'Essai. II venait soixante ans trop tôt. L'Église ne le comprit pas. Lamennais, Montalembert et Lacordaire allèrent à Rome : un beau livre, les Affaires de Rome, sortit de ce voyage, et la rupture définitive de Lamennais avec l'Église. Le pape l'avait reçu froidement et finalement le condamna : il était souverain temporel, et l'on était trop près de la révolution qui avait interrompu le culte. Lamennais se laissa circonvenir, se soumit, se rétracta ; puis, se relevant aussitôt, il lança ses admirables Paroles d'un croyant, qui firent une sensation profonde. C'était un livre apocalyptique, écrit en

PROUDHON SUR SON LIT DE MORT, a Dessin de Courbet (Bibl. Nat.. Est.).

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