‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 156 sur 364 · CL. HACHETTE · texte numérisé non relu

CL. HACHETTE

versets, tout à tour violent et tendre, sombre et serein, où nulle doctrine positive ne se formulait, mais où éclataient toutes les tendances démocratiques et socialistes de l'esprit évangélique, une charité passionnée, douloureuse, révoltée contre l'État et l'Église oppresseurs des faibles.

Lamennais est un grand poète ^ : il est peintre et prophète ; tous ses écrits sont éclairés de paysages sobrement, puissamment décrits, avec un frémissement étrange de vie et de sensation. Lamennais, avant Hugo, et avec une profondeur de pensée, une flamme de passion, oia Hugo n'a pas atteint, a été un étonnant visionnaire ^, un grandiose créateur de symboles, de formes tantôt pathétiques et tantôt fantastiques, qui donnent une force incroyable de pénétration à l'idée abstraite qu'elles revêtent.

P.-J. Proudhon ^ traversa le catholicisme : il en sortit vite. Il subit plus profondément l'influence de Rousseau et, semble-t-il, celle de Hegel. Je ne sais s'il étudia directement l'œuvre du philosophe allemand : du moins lui doitil sa méthode. Dans tout sujet, Proudhon pose la thèse et Vantithèse, et cherche la synthèse. Thèse, communauté ; antithèse, propriété : la synthèse se fera en retenant les éléments utiles de la thèse et de l'antithèse, par la doctrine de l'auteur. Pareillement, thèse, liberté ; antithèse, autorité ; synthèse, fédération. Ainsi procède Proudhon, faisant une œuvre qui avait chance de déplaire à tous les partis parce qu il conservait quelque chose de toutes les doctrines : logicien vigoureux, écrivain passionné et parfois déclamatoire, théoricien réputé* inconsistant, encore que sur des choses essentielles il ait suivi une direction assez constante.

Il est très respectueux du droit de l'individu ; mais, comme les droits de tous les individus sont égaux, il ne peut trouver que dans l'association les solutions satisfaisantes de tous les problèmes. Son premier mémoire : Qu'est-ce que la propriété? a fait beaucoup de fracas. « La propriété, c'est le vol. « Mais après ce début vient une analyse très forte des fondements et des conditions de la propriété, aboutissant à une conception que les collectivistes d'aujourd'hui estiment bien timide, conservatrice, et bourgeoise : Proudhon établit au lieu de la propriété la possession individuelle, transitoire, acquise par le

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