POÉSIES DIVERSES
II h L E JN a,
' r .^(>.n>AMi i LL 1 A Fil, M iiî j 1 i'un' . I. \ n* V Ml" •. p 11 f r I 1 ,
Pak V/ctou-M. HUGO
<•»" l'ti-rcir.ii, LiLTA.r.i, ii.n- r,n;.-n„v.u ». su
A PARIS
faiEZ rÉLlClER , T.inuAip,)-,. Pi.Aci: nu Fai.ais- RoY \L >i". 243.
TITRES DES PREMIERS RECUEILS ROMANTIQUES, a Méditations poétiques, àt Lamartine (1820), Poèmes de Vigny (1822). Odes et poésies diverses, de Victor Hugo (18Z2).
On remarquera que tes deux premiers recueils sont anonymes (Blbl. Nat., Imp.). CL. HACHETTE.
un moyen âge héroïque et parfois féroce, ardemment ou durement chrétien, pittoresque et famiher dans le subhme et l'extraordinaire.
Il faut tenir compte surtout d'un certain nombre d'ouvrages qui, dans les premières années de la Restauration, aidèrent l'imagination de nos artistes et de nos poètes à sortir de l'antiquité classique et du XVII^ siècle, à renouveler les idées et les formes de la littérature. C'étaient des traductions d'ouvrages étrangers, des recueils de chants populaires ou d'anciennes poésies, des études d'histoire littéraire, des voyages : toute l'Europe, pour ainsi dire, de la Grèce à l'Écosse, et toutes les œuvres modernes, des troubadours à Byron, investirent l'idéal classique et le dépossédèrent ^. Nos littérateurs, qui n'étaient pas en général des érudits, m très savants aux langues étrangères, eurent ainsi pour instructeurs les Guizot et les Barante, les Fauriel et les Raynouard, les Lœve-Veimars et les Pichot : avant qu'ils eussent voyagé, les paysages du Nord et de l'Orient vinrent les troubler de sombres ou radieuses visions. N'oublions pas la Bible, que Vigny et Lamartine
1 . Voici une simple liste qui nous aidera à comprendre sous quelle pression du milieu a éclaté la poésie romantique :
1809. B. Constant, Wallenstein, tragédie.avec Quelques réflexions sur la pièce de Schiller et le théâtre allemand, in-8.
1814. A. -G. Schlegel, Cours de littérature dramatique, trad. par Mme Necker de Saussure, 3 vol- in-8.
1814 et 1823. Creuzé de Lesser, Romances du Cid (en vers).
1816-1821. Raynouard, Choix de poésies originales des troubadours, 6 vol. in-8.
1817. W. Scott, Des troubadours et des cours d'amour, in-8.
1821. Guizot, trad. de Shakespeare (revision de Letourneur).
1821. Barante, Théâtre de Schiller, 6 vol. in-8. 1822-1825. Pichot, trad. de Byron.
1822. Abel Hugo, Romances historiques (en prose), in- 12.
1823. Fauriel, trad. des tragédies de Manzoni, in-8.
1824. Lœve-Veimars. Mélanges littéraires, politiques et morceaux inédits de Wieland. in-8,
1825. — trad. d'Obéron du même, in-32.
1824-1825. Fauriel, Chants populaires de la Grèce moderne, 2 vol. in-8.
feuillettent, et dans laquelle Hugo cherchera non pas seulement une matière de poésie, mais d'abord et surtout des procédés de style, des coupes, des figures, des épithètes. La Bible devient un des livres de chevet du poète.
Nous n'avons pas fini encore : il nous faut regarder hors de la littérature. La barrière qui séparait écrivains et artistes a été, comme je l'ai dit, abattue par Diderot. Ecrivains et artistes ont conscience d'être un même monde, de poursuivre pareilles fins par des moyens divers ; et ces rapports tendent à rendre aux écrivains le sens de l'art, leur rappellent qu'ils sont créateurs de formes et producteurs de beauté. Or la peinture quitte la voie où David l'a engagée. Bonaparte, par les épiques promenades de ses armées, offre à Gros des sujets modernes : Aboukir, Jaffa, Eylau, les Pyramides ; et sous la contrainte de la réalité prochaine, le peintre est conduit à caractériser les types ethniques, à s'inquiéter d'une couleur locale. Il porte ce goût dans des sujets plus lointains, et la vérité familière, avec l'histoire de France, fait son entrée dans la Visite de Charles-Quint et de François 1^^ à Saint-Denis. Puis
1825. Pichot, Essais sur lord Byron, in-8.
1825. Lœve-Veimars, Ballades, légmdes et chants populaires de V Angleterre et de l'Écosse, in-8.
1825. Pichot, Voyage historique et littéraire en Angleterre et en Écosse, 3 vol. in-8 (réimpr. 1826, 3 vol. in-12) ; il y a des chapitres sur le pays, les peintres, le théâtre depuis Shakespeare, Cowper, les Lakistes, Moore, Byron. W. Scott. Shelley. etc.
1826. J. Cohen. Tableau de la Grèce en 1825.
1827. E. Quinet. Idées sur la philosophie de l'histoire de Herder, 3 vol. in-8.
1828. Villemain. Tableau de la littérature au moyen âge, leçons faites précédemment en Sorbonne.
1828. Sainte-Beuve, Tableau de la poésie française au Wl" siècle, in-8. 1828. Nodier, Faust, drame en trois actes. 1828. Gérard de Nerval, le Faust de Gœthe.
1828. E. Deschamps, Etudes françaises et étrangères (la Cloche de Schiller, le Romancero de Rodrigue, etc.).
1829. A. Deschamps, la Divine Comédie de Dante.
LE MOUVEMENT ROMANTIQUE
c'est Géncault avec son héroïque et si peu pompeux Cuirassier blessé (1814), avec son violent Radeau de la Méduse (1819) ; Del acroix apparaît en 1822 avec sa fantastique Barque de Dante ; le Massacre de Scio (1824) ouvre la série des Orientales ; et Goethe trouve ses visions surpassées dans les illustrations dont Delacroix précise son Faust ^. Delaroche paraît avec son Saint Vincent de Paul et sa Jeanne d'Arc (1824), et Eug. Devéria étale en 1827 le bariolage provocant de sa Naissance de Henri IV. Tout cela précède la Préface de Cromwell et les Orientales : pour le romantisme historique et pittoresque, les peintres ont donné des modèles aux poètes. Aussi ne faut-il pas s étonner si ce sont les ateliers qui fournissent la claque de Henri lîl et de Hernani.
Certaines circonstances favorisèrent la révolution littéraire. J ai signalé déjà comment la Révolution avait enlevé aux salons, momentanément fermés, la souveraine autorité qu'ils exerçaient depuis près de deux siècles sur le goût et le style. Il faut noter aussi les conséquences de la suspension passagère de l'instruction universitaire et ecclésiastique : par les collèges s'entretenaient l'esprit classique, l'admiration des anciens, l'amour des élégances littéraires et des ornements oratoires. Pendant qu'ils furent fermés et leur personnel dispersé, et plus tard avant que l'Université impériale eût solidement renoué la tradition, s'éleva librement la génération qui, vers 1820, commença d'écrire ; au reste, il était impossible de vivre au collège, comme autrefois, absorbé dans l'antiquité : et le présent disputait victorieusement au passé les âmes des enfants. Ni Hugo, ni Lamartine, ni Vigny qui reçurent une instruction plus ou moins régulière ou décousue, n'en restèrent profondément marqués : rien de pareil, en eux, à l'empreinte que Racine garda de Port-Royal, ou même Voltaire des jésuites. Musset et Gautier ^, d'une autre génération de collégiens, furent, selon la diversité de leurs natures, plus imprégnés, l'un de classicisme et l'autre d antiquité ; et si le moment vint, après le débordement des fantaisies moyen âge, où l'on se reprit à traiter des sujets grecs ou romains selon l'art romantique, la restauration des études universitaires y fut pour quelque chose. A l'heure où nous sommes, leur ruine momentanée produit un résultat contraire.
Les deux circonstances que je viens d'indiquer aidèrent les jeunes esprits à s'affranchir des règles classiques, à briser surtout les formes de la langue et de la versification. Ce n est pas sans doute un hasard si l'inspiration individualiste et lyrique, qui est le fond du romantisme, n'a paru encore que chez des prosateurs, Rousseau, Chateaubriand. Le romantisme, dans son invasion des formes littéraires, a été du moins déterminé au plus fixe, de la prose au vers, pour finir par le théâtre, cù il trouvait la plus grande résistance dans l'extrême rigidité de conventions