‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 180 sur 364 · CARICATURE SUR LAMARTINE : UN POÈTE MALHEUREUX · texte numérisé non relu

CARICATURE SUR LAMARTINE : UN POÈTE MALHEUREUX

Qu'importe à ces hommes, mes frères.

Le cœur brisé d'un malheureux.

Trop au-dessus de mes misères.

Mon infortune est si loin d'eux.

(Livre I, Harmonie IX) Lithographie de Lenglumé (Bibl. Nat., Est.). CL. hachetie.

dûment confiant de la parole, Cœli enarrant Dei gloriam, il remplira ses Harmonies.

Par là il s'achemma vers la poésie philosophique ; il y fut poussé par une mfluence générale qui porta tous les nobles esprits de ce temps à souffrir, à espérer, à vivre enfin pour l'humanité tout entière : un large courant d'amour social se répandit après 1830 dans la littérature. Puis Lamartine sentit le besoin d'objeciiver son sentiment : du lyrisme personnel il tâcha de passer à l'épopée symbolique, où les émotions d'ordre universel se dépouillent des expressions trop directement subjectives de l'élégie ou de l'ode, et s'élargissent en s'apaisant. Vigny lui avait montré la voie : il s'y engagea ^ hardiment, et fit Jocelyn et la Chute d'un ange. Ce sont comme deux fragments, le terme et le début, d'une immense épopée spiritualiste sur la destinée humaine ; la huitième vision de la Chute d'un ange nous explique la conception du poète : l'homme fait sa destinée, monte ou descend par son propre mérite, supprime le mal en s'élevant à Dieu, raison de l'être, et terme de l'aspiration de toute créature.

La Chute d'un ange offre bien des longueurs ; Jocelyn aussi, mais elles y sont rachetées par de grandes beautés. L'idée, c'est cette ascension de l'âme humaine vers Dieu par la douleur librement acceptée : Jocelyn se fait prêtre sans vocation pour doter sa sœur, souffre d'un douloureux amour qui entre en lui par surprise au bout d'un dévouement généreux, sacrifie ce pur amour au devoir que son premier sacrifice lui a imposé ; toute sa vie est l'immolation des légitimes désirs, des belles passions de son cœur ;

1 . Il s'y ttait essayé dans la Mort de Socrate (1823), récit platonicien, parfois incohérent souvent admirable, et dans le Dernier Chant de Childe-Harold (1825), où il a tiré le héros révolté de Byron vers sa propre ressemblance.

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