‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 179 sur 364 · CL. HACHETTE · texte numérisé non relu

CL. HACHETTE

qui est circonstance, réalité, forme visible de l'être s'efface : chaque Méditation n'est guère qu'un soupir, et Lamartine gagne cette gageure impossible d'établir par des mots entre son lecteur inconnu et lui ces intimes communications qui se forment dans la vie réelle par le silence entre deux âmes sœurs. De là, la pénétration singulière de cette pensée presque immatérielle.

De ces engourdissements exquis, de ces délicieuses lassitudes, de ces soupirs suaves, on peut faire un chefd œuvre : est-il possible de le recommencer? Ce fut la question qui se posa pour Lamartine. Il berça ses douleurs encore et murmura ses torpeurs dans quelques Nouvelles Méditations, et puis dans quelques Harmonies : mais il sentit lui-même le besoin de trouver autre chose : si peu de corps ou d'idée qu'il faillît à son sentiment, il en fallait pourtant. Il s'arrêta au problème imprécis par excellence : qu'est-ce que l'homme? L'amour l'y mena : c'est dans l'amour qu'il sent l'homme éphémère, par le sujet et par l'objet. Mort, immortalité. Providence, optimisme universel, louanges de Dieu, spiritualisme platonicien et christianisme diffus : voilà dès les Premières Méditations les notions et les tendances qui fournissent la molle et vaste charpente de plusieurs poèmes. Lamartine ne voit guère le mal dans l'ordre naturel :

Tout est bien, tout est bon, tout est grand à sa place ".

La nature donc n'a rien qui le blesse : elle « est là qui l'invite et qui l'aime ». C'est qu'il y voit l'image de la Providence. De cette religiosité, et du commentaire éper-

\. 11 est capable d'idées, capable même de connaissance exacte. Maïs à rordinaîre il ne se soucie pas d'être exact. Lorsqu'il parle de lui, en prose, il rêve encore et poétise : faits, lieux, dates, il brouille tout. 11 faut croire à ses vers qui coulent de son âme, et se défier de sa prose qui prétend nous instruire de sa vie.

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