‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 182 sur 364 · CL. HACHETTE · texte numérisé non relu

CL. HACHETTE

LA POÉSIE ROMANTIQUE

VUE DU LAC DU BOURGET. Û C'est ce lac qui inspira à Lamartine sa célèbre poésie, lUuslration des Œuvres complètes de Lamartine. Edition Gosselin et Furne (!836) (Bibl.

Nat.. Imp.),CL. HACHETTE.

Mais il faut bien reconnaître que cet optimisme a besoin de vague pour subsister : à trop rigoureusement analyser les Idées, à regarder de trop près la nature, il faut que le désenchantement, que le pessimisme apparaissent ; et la ressource suprême de l'optimisme, c'est d'abandonner ce monde et cette vie au mal, pour s'attacher aux infinies compensations que la foi chrétienne promet. Lamartine n'a pas voulu sacrifier le présent ni l'univers : il a tout effacé en idéalisant tout ; il n'a mis la beauté partout qu'en émoussant le caractère.

Là est la cause de l'impression que donnent les paysages de Jocelyn. Ce n'est plus l'extrême simplification des Méditations, cette élimination de l'accident et de l'individuel, pour ne laisser paraître qu'une sorte de type irréel et universel des choses, support du sentiment pur. Ici Lamartine a voulu peindre : il a prodigué les couleurs, et ses descriptions pourtant ne sortent pas. Elles ne s'organisent pas en tableaux. Je ne vois pas ces Alpes ^, neigeuses ou fleuries ; dans l'ample écoulement de la poésie, mon impression reste indécise, et si j'essaie de fixer en visions ces formes, ces teintes, cette lumière, ces mouvements, ces bruits, je ne sens qu'une confusion fatigante ; les objets me fuient. Mais j'entends la voix d'une âme qui chante à l'occasion de ces objets : elle ne me les montre pas, elle se montre par eux à moi, et le paysage est un hymne. C'est ce que vous trouverez encore dans cette Neuvième

Page 1