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Une famille au temps de Luther

LES HURES-GRAVES. 0 Tri fouillis en vers... autre parodie des Burgraves, par Dumanoir, Siraudin et Claircille. (Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHETTE.

succès sembla donner le coup mortel au théâtre de la nouvelle école. La même année 1843 a vu les Burgraves tomber et Lucrèce aller aux nues. Mais ensuite Pons ard revient aux sujets modernes : il tire de l'histoire les scènes saisissantes de Charlotte Corday (1850) et du Lion amoU' reux (1866). Encore ici, point de psychologie, point de poésie ; et dans l'intrigue, de méchantes inventions sentimentales ou romanesques. Mais le style est solide dans son prosaïsme, la pensée concentrée, ramassée en couplets vigoureux, en vers d'une belle venue. L'absence d'imagination a laissé aux scènes historiques une apparence d'exacte vérité, dont la vibration oratoire du discours a doublé l'effet. On eut pendant quelque temps l'illusion que le théâtre français comptait deux ou trois chefsd'œuvre de plus.

Un fait plus important se produisit : Rachel * débuta

3. F. Ponsard (1814-1867), né à Vienne (Isère). — Édition : 3 vol. in-8, C. Lévy. — A consulter : C. L.atreille, La fin du théltre romantique et François Ponsard, 1 899.

4. Elisa-Rachel Félix (1820-1858). Elle quitta la Comédie-Française en 1855.

à la Coméclie-Française ; et de 1838 à 1845, Camille, Pauline, Hermione, Monime, Esther, Bérénice, Roxane, Phèdre, Athalle reparurent. C'était la tragédie qui ressuscitait, mais la vraie tragédie, la vivante, l'humaine, celle de Corneille et celle surtout de Racine; il suffit que Rachel montrât dans toute la violence de leurs passions les « raisonnables » héroïnes du théâtre classique, pour rabattre l'extravagante excentricité du drame romantique.

Mais le romantisme avait nettoyé la scène : unités, conventions, style, il avait tout bousculé. Rien ne devait plus faire obstacle au poète qui aurait quelque chose à dire sur l'homme, et qui saurait le dire par les moyens spéciaux du drame. Mais, si tout était démoli, rien n'était fondé. La tragédie était impossible. Le drame historique ne vivait pas. Le drame de passion rejetait le vêtement littéraire, et s'en allait chercher les scènes populaires, où le public n'a pas besoin de style.

La place à prendre fut prise par la comédie ; le mouvement que nous avons observé au XVIII® siècle dans l'apparition de la comédie larmoyante et du drame bourgeois, se reproduisit vers 1850, où l'on voit Augier et Alexandre Dumas fils tirer de la comédie l'unique forme littéraire du drame sérieux qui ait été réellement vivante en ce siècle.

COMÉDIE ET VAUDEVILLE: SCRIBE. ^ ^c; Depuis la fin du XVIII® siècle, la comédie se traîne : la

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MANUSCRIT AUTOGRAPHE DE SCRIBE, a Une uage d'une de ses nièces de théâtre, ■ La Passion jecrcte, (B:bl. Nat.. .Mss.) Cl. hachette.

gaieté de Beaumarchais est perdue, la profondeur de Molière se retrouve encore moins. La comédie, quand elle ne reste pas un exercice littéraire, aimable et puéril, dans le style des Epttres de Boileau plus ou moins mouillé de sentimentalité, tourne au vaudeville, et cherche à forcer l'intérêt ou le rire par l'ajustement d'une intrigue curieuse ou par la cocasserie des mots, des types et des situations.

Sous le premier Empire, le grand homme du genre est Picard ^ qui dessine avec quelque verve d'assez grossières caricatures de caractères sans portée : comme ce tâtillon qu'il a nommé Monsieur Musard (1803). Lorsqu'il veut peindre les mœurs, et faire la satire des vices de son temps, il est superficiel, étriqué, vulgaire, parfois puéril. Rien de plus anodin que sa Petite Ville (1801), délayage d'un mot de La Bruyère : et quant aux trop fameux Ricochets (1807), le ressort « psychologique » joue avec la précision d'un jouet mécanique : il n'y a pas là ombre de vie ni de vraisemblance.

De la tentative de La Chaussée et de Diderot, il n'était guère resté, conformément au sentiment de Voltaire, que la comédie mixte, oii des scènes attendries et pathétiques alternent avec les scènes plaisantes. Les gens qui écrivent en vers pour la Comédie-Française retiennent cette forme ; l'œuvre la plus célèbre en ce genre est l'Ecole des vieillards de C. Delavigne (1823), pièce morale en vers maussades.

Le XVIII® siècle avait connu une sorte de comédie historique : on sait le succès qu'obtint Collé avec son ennuyeuse Partie de chasse de Henri IV. Lemercier dans Pinto (1800) avait indiqué une façon assez originale de traiter en comédie les grands événements historiques, en montrant l'envers, les dessous, et comme les coulisses de la politique. Les comédies historiques se multiplièrent dans la première moitié du siècle, favorisées par le mouvement romantique et par la publication de tant de Mémoires et de Chroniques qui renouvelaient l'histoire. Le vaudeville même fit une consommation inouïe de personnages historiques, et les pièces anecdotiques ou plaisantes atteignirent, parfois dépassèrent l'extravagante fantaisie du drame romantique ; qui veut s'en assurer lira les comédies de Mme Ancelot. A ce genre se rattachent, dans l'œuvre de Dumas et de Scribe, des pièces telles que Mademoiselle de Belle-Ile et le Verre d'Eau. La comédie de C. Delavigne, Don Juan d'Autriche (1835), est un compromis entre ce genre et le drame romantique : c'est un mélange de scènes pathétiques, invraisemblables ou fausses, et de gaietés vaudevillesques où l'esprit est laborieux et lourd, mais les effets faciles et sûrs.

La comédie ne devait guère tenter les romantiques : ils avaient l'âme trop sombre, et prenaient trop au sérieux leur mission ou leurs souffrances. Dumas y vint, après que sa fièvre de 1830 fut calmée, lorsqu'il fut rendu à son

I. L.-B. Picard (1769-1828): Médiocre et rampant 0797) : le Collatéral ou la Diligence à Joigny (1799) ; Duhaulcours ou le Contrat d'Union (1801), les Marionnettes (1806); la Vieille Tante (1806). — Édition : Théâtre. 1821. 8 vol. in-8.

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LE THÉÂTRE ROMANTIQUE

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