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Et toute la comédie A quoi rêvent les jeunes filles

LE THEATRE ROMANTIQUE

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comme personnes distinctes, et il entend manifestement le timbre de chaque voix, l'accent, la réplique, qui manifestent chaque âme en son état et qualité. Il n'est guère possible de conduire sûrement un dialogue sans avoir en quelque degré le sens psychologique : Musset l'a eu plus qu'aucun romantique. Autant les modes généraux de sensibilité qui constituent les personnages de premier plan sont délicats et compliqués, autant les caractères attribués aux personnages accessoires sont sommaires et peu profonds. Là l'étude est minutieuse et fouillée : ici l'esquisse est sobre et simplifiée, le trait franc et juste. Voyez l'oncle Van Buck, et la tante de Cécile, et l'abbé : ces gens-là ne sont pas compliqués, mais ils vivent. Même Musset a eu dans un degré supérieur le sens de la caricature artistique, qui ramasse et déforme un type par une simplification vigoureuse : dame Pluche, Blazius, Bridaine, le prince de Mantoue, le podestat Claudio sont de charmants grotesques. Ainsi s'étend la comédie fantaisiste de Musset, précieuse et naturelle, excentrique et solide, sentimentale et gouailleuse, plus poétique que la comédie de Marivaux, moins profonde que la comédie de Shakespeare, œuvre unique en somme dans notre littérature, et d'une grâce originale qui n'a pu être imitée.

LES RÉSULTATS DU ROMANTISME AU THÉÂTRE. Les romantiques n'ont pas réussi peutêtre à faire vivre leur drame : ils ont réussi du moins à empêcher la tragédie de vivre. Ils ont dégoûté le public du « palais à volonté » où s'enferme une action abstraite, où des tirades pompeuses tombent lourdement de la bouche de personnages qui, en dépit de leurs noms, ne sont ni d'aucun temps ni d'aucun pays. Il faut désormais du spectacle, de l'action extérieure, du pittoresque, des détails locaux et individuels : il n'y a plus de succès que par l'emploi plus ou moins large des moyens romantiques.

C'est ce que nous montre Casimir Delavigne ^. Après avoir suivi docilement la tradition dans les Vêpres Siciliennes (1819), il habille d'oripeaux romantiques la maigreur de la tragédie pseudo-classique ; et par ses drames vides de psychologie, d'une sentimentalité fausse ou banale, d'un pittoresque criard et plaqué, par son Marino Faliero (1829), son Louis XI (1832), ses Enfants d'Édouard (1833), il escamote d'assez bruyants succès. Il se donne parfois le mérite de la vigueur par des brutalités gratuites ou forcées ^. Il fait aimer Hugo, qui n'est pas sensiblement moins humain, et qui du moins est poète : le style de Delavigne est cruel, là surtout où il fait effort pour teindre son vers de poésie. Toute la vogue de ce dramaturge est venue de son prosaïsme renforcé : les spectateurs réfractaires à la fougue lyrique des pièces romantiques se sont retrouvés dans sa platitude, qui leur a paru la raison même.

J'en pourrais presque dire autant de Ponsard ^, dont le

1. C. Delavigne (1793-1843), né au Havre, fit des odes classiques qu'il réunit sous le nom de Messéniennes (1818-1819). — Éditions : 4 vol. in-I8, 1870, Paris, Didot.

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