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LE ROMAN ROMANTIQUE

l'apparente individualité de l'auteur, qui s'est représenté dans son héros. L'insurgé Marins, fils d'un soldat de l'Empire, race de bourgeois, c'est bien visiblement le fils du général comte Hugo, le pair de France de Louis-Philippe, qui est allé au peuple, et qui s'est fait le serviteur glorieux de la démocratie. Enfin, il y a même des chapitres de roman réaliste dans /es Misérables : on y trouve des descriptions de milieux bourgeois ou populaires, de mœurs vulgaires ou ignobles, des scènes d'intérieur ou de rue qui sont d'une réalité vigoureuse. Les vraies origines d'Émile Zola doivent se chercher bien plus dans les Misérables que dans Madame Bovary.

Cette œuvre immense, fastidieuse ou ridicule par endroits, est souvent admirable. L'idée morale que V. Hugo veut mettre en lumière, donne aux premiers volumes une grandeur singulière : et cette fois, le poète, si peu psychologue, a su trouver la note juste, marquer délicatement les phases, les progrès, les reculs, les angoisses et les luttes d'une âme qui s'affranchit et s'épure : Jean Valjean, depuis sa rencontre avec l'évêque, jusqu'au moment où il s'immole pour empêcher un innocent d'être sacrifié, Jean Valjean est un beau caractère idéalisé, qui reste vivant et vrai.

Autour de lui, le poète a groupé une innombrable foule de figures poétiques ou pittoresques, angéliques ou grimaçantes, amusantes ou horribles : la psychologie est courte, souvent nulle ; mais ici encore les profils sont puissamment dessinés, les costumes curieusement coloriés. Comme dans Notre-Dame de Paris, les tableaux d'ensemble sont supérieurs à la description des individus : si les amours de Marins et Cosette sont de la plus fade et banale élégie, l'insurrection fournit une large narration épique. Par malheur, le symbolisme prétentieux de l'œuvre y répand souvent une fade ou puérile irréalité. Les individualités s'évanouissent dans l'insubstantielle abstraction des types, et Enjolras, l'idéal insurgé, Javert, l'idéal policier, Jean Valjean, l'idéal racheté, dégradent la pathétique peinture de la barricade.

ROMAN LYRIQUE : GEORGE SAND. ^ Le

romantisme lyrique, considéré comme l'expansion d'une sentimentalité effrénée et de tous ces états extrêmes dont Chateaubriand et Byron donnèrent les modèles, s'exprima surtout dans le roman par George Sand ^.

Aurore Dupin commence à écrire vers 1831, lorsque, séparée de son mari, elle doit se procurer des ressources pour vivre. Elle rend vite célèbre son pseudonyme de George Sand : Indiana paraît en 1832 et Lélia en 1833. Dès lors, elle ne s'arrête plus : chaque année, pendant quarante ans, elle donne un ou deux romans, des nouvelles,

1. Biographie : Aurore Dupin, arrière-petite-fille du maréchal de Saxe, née en 1804 est élevée en Berry, puis au couvent des Anglaises, d'où elle revient à Nohant, déjà mélancolique, dégoûtée de la vie, au point qu'elle a des velléités de suicide. Mariée à M. Dudevant.elle s'en sépare, ayant deux enfants. En 1831, elle vient vivre à Paris(cf. t. II, p. 273, n. 1). En 1839, elle se fixe à Nohant, d'où elle ne sortira plus guère que pour quelques voyages. Ceux qui l'y ont vue la peignent hospitalière, mais peu démonstrative, point bavarde, nonchalante, écoutant et comme ruminant ce qu'on dit, jardinant avec plaisir et dirigeant avec passion son théâtre de marionnettes. Elle mourut en 1876. — ■ Editions :

LETTRE AUTOGRAPHE DE GEORGE SAND A MUSSET, a (Bibl. Nai. Ms«.)

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