‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 209 sur 364 · DU ROMANTISME AU RÉALISME: BALZAC · texte numérisé non relu

DU ROMANTISME AU RÉALISME: BALZAC

^ jÈ^ Balzac ^ eut des parties d'admirable artiste: c'est une nature vulgaire, robuste, exubérante. Il a un besoin fiévreux d'activité. D'abord clerc de notaire, c'est là qu'il prend l'idée et le goût de ces plaisanteries odieuses qu'il a si prolixement étalées dans ses romans ; puis il s associe avec un imprimeur. Il a l'imagination des affaires : il passe son temps à inventer des combinaisons qui contiennent des fortunes. Un ou deux ans avant sa mort, il s'enflamme pour l'idée d'amener 60 000 chênes de Pologne en France : il voit 1 200000 francs à gagner là dedans. Il lui manquait le sens pratique : il ne réussit qu'à s'endetter pour une partie de son existence. Cette imagination, périlleuse dans la réalité, devint une grande qualité littéraire pour représenter par le roman une société où les affaires et l'argent tenaient tant de place.

I . Biographie : Honoré de Balzac, né à Tours en 1 799, clerc de notaire, pu is associé avec un Imprimeur, fait de mauvaises affaires ; il publie divers romans sous des pseudonymes de 1822 à 1825. Il donne en 1829 la première œuvre qui fera partie de la Comédie humaine : ce titre général ne paraît qu'en 1842 (éd. Furne, Dubochet et Hetzel, 1842- 1845, 4 vol. in-8). La Comédie humaine comprend ;SCÈNES DE LA VIE PRIVÉE (le Colonel Chahert, le Père Goriot) ; SCÈNES DE LA VIE DE PROVINCE {le Lys dans la Vallée ; Ursule Mirouet ; E. Grandet ; le Curé de Tours ; Illusions perdues) ; SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE (César Birotteau) ; SCÈNES DE LA VIE POLITIQUE ; SCÈNES DE LA VIE MILITAIRE ; SCÈNES DE LA VIE DE CAMPAGNE (les Paysans; le Curé de village) ; ÉTUDES PHILOSOPHIQUES (la Recherche de l'absolu) ; ÉTUDES ANALYTIQUES. Balzac avait établi en 1845 un plan qui comprenait un assez grand nombre d'œuvres qu'il n'a pas eu le temps d'écrire. Il mourut en 1850.

Editions : Œuvres complètes, 24 vol. in-8, Calmann Lévy (Comédie humaine, 17 vol. ; Théâtre, 1 vol. ; Contes drolatiques, 1 vol. ; Œuvres diverses inédites, 4 vol. ; Correspondance, 1 vol.) ; 45 vol. in-16 (Corn, hwn., 40 vol. ; Contes, 3 vol. ; Théâtre, 2 vol.). Œuvres de Jeunesse, 10 vol. in-16. — Lettres à l'Étrangère (Mme Hanska, qui devint Mme de Balzac), 2 vol. in-8, 1899 et 1906.

A consulter : Vicomte de Spoelberch de Lovenj'oul, Histoire des œuvres de Balzac,3' éd., in-8, Calmann-Lévy : ^ufour (/e //. (/e fîo/.2oc, 1897, in-8. Cerfbeer et Christophe, Répertoire de la Comédie humaine, in-8, Calmann-Lévy. Taine, Nouveaux essais de critique et d'histoire. Faguet, XIX' siècle ; Ealzac, 1913. P. Fiat, Essais sur Balzac, in-18, Paris, 1892. G. Ferry, Balzac et ses amis, in-12, Paris, 1888. E. Biré, H. de Balzac, 1897, in-18 (et Lovenjoul, p. 351-409, et 471-496, pour les ouvrages et articles relatifs à Balzac avant 1884). Brunetière, H. de Balzac, 1906. Le Breton, Balzac, 1905.

Lelia gravure de Robinson, d'après Lépaule. (BibI' Nat., Imp.) CL. HACHETTE.

LES héroïnes; DEXEORGE SAND

Indiana, gravure de Robinson, d'après Charpentier. (Bibll iNat., Imp.) CL. HACHETTE.

Consuelo, gravure de Robinson, d'après Debufve.(Bih\. Nat.,

Imp.) CL. HACHETTE.

LE ROMAN ROMANTIQUE

PORTRAIT DE BALZAC, a Par Giraud Seguin, au Musée de Tours CL. HACHETTE.

Pour solder ses dettes et vivre, Balzac dut produire Incessamment. « On met bien du noir sur du blanc en douze heures, petite sœur, écrivait-il, et, au bout d'un mois de cette existence, il y a pas mal de besogne de faite. " Il se couche à six heures, « avec son dîner dans le bec il se lève à minuit, prend du café, et travaille jusqu'à midi. Ainsi se fait en vingt ans (1829-1850) la Comédie humaine : œuvre puissante, comme le siècle en offre peu ; non pas parfaite à coup sûr. Les défauts sont énormes et sautent aux yeux.

D'abord le style manque : de ce côté-là, Balzac n'est pas du tout artiste ; dès qu'il se pique d'écrire, il est détestable et ridicule ; il étale une phraséologie pompeuse, ornée de métaphores boursouflées ou banales. Cela lui rend impossible les notations délicates de sentiments poétiques, les fines analyses de passions tendres, d'exaltations idéalistes : là Balzac s'enfonce dans le pire pathos, étale un pâteux galimatias ; lisez, si vous pouvez, le Lys dans la vallée. Son impuissance éclate cruellement partout où la perfection du style est nécessaire à la valeur de l'idée.

Puis, Balzac est un penseur : il exerce sa jonction de romancier comme V. Hugo sa jonction de poète. Il se croit une lumière des esprits, tout au moins un médecin qui, gravement, tâte le pouls au siècle. Il réfléchit, disserte, expose, coupe son récit de tirades sociales ou philosophiques, où il affaiblit et délaie les observations justes

dont l'action même du roman fournissait une expression concrète.

Puis, Balzac, comme George Sand, manque de sobriété. Même où il excelle, il en met trop, sans goût et sans mesure. Au délayage du penseur succède l'intempérance de l'artiste, qui ne se lasse pas de ce qui l'amuse, qui s'efforce d'embrasser ou d'égaler toute la réalité, tous les détails avec tout l'ensemble : descriptions de mobiliers et de propriétés, conversations de portiers ou d'employés ; là-dessus, Balzac est intarissable.

Puis, absence totale du sentiment de la nature : ses paysages sont de l'écriture quelconque, des inventaires d'homme du métier qui applique sa vision ; devant les champs et les bois, ce grand peintre a des émotions de commis-voyageur.

En un sens, il est de la tradition classique : il n'y a que l'homme qui l'intéresse, et tout ce qui accompagne ou révèle l'homme. Si on le prend où il est lui-même, il est exclusivement peintre des relations sociales et des natures humaines.

Mais, ici encore, il faut d'abord marquer des défauts et des lacunes. Balzac est déplorablement romanesque : la moitié de son œuvre appartient au bas romantisme, par

STATUETTE CHARGE DE BALZAC, PAR DANTAN a fauteur est tci représenté tenantsa célèbre canne exécutée par l'orfèvre Gosselin (jui avait surmonté une cannede lambour-major d une pcmme d'or ornée de pierreries. La canne de M. de Balzac inspira un roman à Madame de Girardin. (Musée Carnavalet.) CL. HACHETTE.

- ÉPOQUE CONTEMPORAINE

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