TOME PREMIER
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PARIS
CHARLES C.OSSFLIN. LIBRAIIIE,
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L/l PEAU DE CHAGRIN. 0 Titre de l'édition des Romansef Contes philosophiques publiée chez Gosselin en 1831. (Bibl. Nat„ Imp.) CL. HACHETTE.
les Invraisemblables ou insipides fictions qu'il développe sérieusement ou tragiquement. Mélodrame, romanfeuilleton, tous les pires mots sont trop doux pour caractériser l'écœurante extravagance des intrigues que combine lourdement la fantaisie de Balzac. Il fait concurrence à Eugène Sue, et à Dumas père, dans Ferragus, et les Treize, dans la Dernière Incarnation de Vautrin, dans Une ténébreuse affaire, dans la Femme de Trente Ans, dans maint épisode ou incident des meilleurs romans. Une seule fois peut-être il a tiré d'une donnée extraordinaire un pathétique puissant : c'est dans la nouvelle du Colonel Chabert.
Balzac, avec son génie robuste et vulgaire, est incapable de rendre les caractères et les mœurs dont la caractéristique est la délicatesse. Son aristocratie de la Restauration, ses grandes dames, douairières ou coquettes, nous mettent en défiance, sans que l'on connaisse l'original. Elles nous font l'effet de cabotines jouant des rôles de duchesses
dans un théâtre de sous-préfecture : elles ont des grâces épaisses, et un étrange sans-façon, sous prétexte d'aristocratique désinvolture. Ses jeunes filles sont des répliques de l'ingénue banale ; il les a tirées de la même armoire que Scribe : de fades poupées, modestes, patientes, aimantes : la vertu, comme la grâce, réussit mal à Balzac ; so n génie commence à la vulgarité et au vice.
Nous avons ainsi les limites de notre romancie r : dans son domaine, rien ne l'égale ; et ce domaine, c'est la peinture des caractères généraux dans les classes bourgeoises et populaires. Il a une rare puissance d'imagination synthétique ; il met comme personne un personnage sur pied ; il lui donne une vie intense, par la netteté de sa vision, par la conviction de sa description. Sans doute, il ne fait pas de psychologie profonde, il ne s'attache pas au travail intérieur qui fait ou défait une âme ; il n'essaie pas d'isoler et de peser tous les éléments qui se mêlent dans une volonté, dans un désir. Il compose solidement son personnage intérieur ; il y met une passion forte, qui sera le ressort unique des actes, qui forcera toutes les résistances des devoirs domestiques ou sociaux, des intérêts même. Il lui faut, en somme, pour modèles des maniaques. Mais jamais on n'a plus vigoureusement représenté le ravage de toute une vie, la destruction de toute une famille par l'incoercible manie d'un individu. Jamais de l'identité immuable d'un tempérament on n'a tiré plus logiquement des effets plus variés et plus saisissants. C'est l'avance chez Grandet, la débauche chez Hulot, la jalousie chez la cousine Bette, l'amour paternel chez Goriot, la tyrannie
UN THE ARTISTIQUE, Gravure de Crandcille pour Jérôme Pâturot de Reybavd représentant un thé chez Madame de Girardin, et où l'on voit celle-ci en conversation avec BaUac. (Bibl. Nat., Imp.) CL. H4CHETTE.
LE ROMAN ROMANTIQUE
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M. Rabaurdin portait liabitiif-lleinent luie ^',ra*;e redii: j<,e liieue, une crax at ■ bki'îcbe, un s^ilet croisé à la
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et des/suu'.icrs i(ssoî decouverl.s. Ors hua heures du inatiii, il sortait av.'C l'C'vaetituili/d'iine liorloi,"', j|pHilMa«MllMMiaaMq^ passa|l / ^
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PREMIÈRE ÉPREUVE D'UN ROMAN DE BALZAC LA FEMME SUPÉRIEURE. AVEC CORRECTIONS D'AUTEUR. (Bibl. Nat., Mss.) cl. hachette. Cette épreuve nom permet de votr que si Balzac écrivait ses romans avec beaucoup de précipitation il en modifiait considérablement le texte après le tirage des premières épreuves.
ÉPOQUE CONTEMPORAINE
I. A MAISON DE LA RUE BERTON. A PARIS, a Longtemps habitée par Balzac, cette maison, truquée comme une scène de théâtre pour pouvoir échapper aux poursuites des créanciers, est devenue aujourd'hui le Musée Balzac. CL. HACHETTE.
d'une invention chez Balthazar Claës ; partout un irrésistible instinct, noble ou bas, vertueux ou pervers ; le jeu est le même dans tous les cas, et la régularité toutepuissante de l'impulsion interne fait du personnage un monstre de bonté ou de vice.
Mais ces types énormes sont réels, à force de détermination morale et physique. Voyez l'avare : c'est le bonhomme Grandet, le paysan de Saumur, avec telle physionomie, tel costume, tel bredouillement ou bégaiement, engagé dans telles particulières affaires. Voyez l'envieuse : c'est la cousine Bette, une vieille fille de la campagne, sèche, brune, aux yeux noirs et durs. Tout le détail sensible du roman, descriptions et actions, traduit et mesure la qualité, l'énergie du principe moral intérieur.
L'homme d'affaires qu'il y avait en Balzac a rendu un inappréciable service au romancier. La plupart des littérateurs ne savent guère sortir de l'amour, et ne peuvent guère employer que les aventures d'amour pour caractériser leurs héros. Balzac lance les siens à travers le monde, chacun dans sa profession. Il nous détaille sans se lasser toutes les opérations professionnelles par lesquelles un individu révèle son tempérament, et fait son bonheur ou son malheur : le parfumeur Popinot lance une eau pour les cheveux, voici les prospectus, et voilà les réclames, et voilà le compte des débours. Le sous-chef Rabourdin médite la réforme de l'administration et de l'impôt : voici tout son plan, comme s'il s'agissait de le faire adopter. Ce ne sont que relations de procès, de faillites, de spéculations ; mais, à la fin, on croit que c'est arrivé.
Balzac est incomparable aussi pour caractériser ses person nages par le milieu où ils vivent. On peut dire que sa plus profonde psychologie est dans ses descriptions d'intérieur, lorsqu'il nous décrit l'imprimerie du père Séchard, la maison du bonhomme Grandet, la maison du Chat qui pelote, un appartement de curé ou de vieille fille.
les tentures somptueuses ou fanées d'un salon ; c'est sa méthode, à lui, d'analyser les habitudes morales des gens qui ont façonné l'aspect des lieux. Balzac était extrêmement scrupuleux sur toutes les parties de la vraisemblance extérieure. Il se promenait au Père-Lachaise pour chercher sur les tombes des noms expressifs ; il écrivait à une arnie d'Angoulême pour savoir « le nom de la rue par laquelle vous arrivez à la place du Mûrier, puis le nom de la rue qui longe la place du Mûrier et le palais de Justice, puis le nom de la porte qui débouche sur la cathédrale ; puis le nom de la petite rue qui mène au Minage et qui avoisine le rempart ^ ». Et il exigeait un plan. Il était collectionneur, amateur de bibelots et de curiosités, et bien qu'il ait un peu trop complaisamment donné dans l'étalage du bricà-brac, il assortit en général très finement les mobiliers à la condition et au moral des personnages.
Il distingue très bien aussi les groupes sociaux, monde élégant, bourgeoisie riche, petit commerce, peuple de Pans, aristocratie et bourgeoisie provinciales ou campagnardes, paysans, fonctionnaires, employés, journalistes, toutes les coteries, toutes les professions, toutes les conditions : dans chaque groupe, les individus-types, qui accusent un des travers, un des instincts, un des manèges spéciaux du groupe. Voici les paysans âpres au gain, chez qui la passion de posséder de la terre, et d'en posséder toujours plus, affine la lourdeur de la nature brute. Voici les employés, et la stupide vie de bureau : l'employé vaudevilliste, l'employé loustic, l'employé abruti, le plat intrigant qui avance, l'honnête imbécile ou le travailleur naïf qui marquent le pas, les « potins », les protections, la collaboration des femmes à l'avancement des maris, et la cour obligatoire aux femmes des chefs. Voici les salons ou les sociétés de petites villes, médisances, calomnies, prétentions, jalousies, espionnages, marches et contremarches pour le gain d'un héritage, la conclusion d un mariage, le succès d'une élection, la nomination d'un fonctionnaire. Le curé de Tours, César Birotieau, des parties d'Ursule Mirouet, de la Vieille Fille, certains morceaux des Paysans, de Un grand homme de province à Paris, etc., sont de curieuses scènes de mœurs locales ou professionnelles : même dans cette extravagante Femme de Trente Ans, ou dans ces fastidieux Employés, il y a quelques tableaux d'une réalité intense.
Balzac est le peintre vigoureux et fidèle d'un moment et d'une partie de la société française : il a représenté la bourgeoisie, qu'en bon légitimiste il détestait, cette bourgeoisie parisienne et provinciale, laborieuse, intrigante, servile, égoïste, qui voulait l'argent et le pouvoir, qui allait à la fortune par le commerce et l'industrie, qui à la seconde génération se décrassait par les titres et les places. Une fois faites toutes les réserves qu'il faut faire, on reste saisi decette puissance créatrice : tous ces romans qui se tiennent et se relient, ces individus qu'on retrouve d'une œuvre à l'autre à toutes les époques de leur carrière, ces familles