Broca, de Mortillet, sir John Lubbock, etc
6. Cl Bernard (1813-1878). profe sseur au Collège de France. Son livre est de 1865, La science expérimentale, 1878.
7. Pour l'œuvre de Le Dantec, cf. G. Lanson, Manuel bibliographique, supplément n° 21 689 il». Je ne citerai ici que le Conflit, 1901, la seule œuvre proprement littéraire que Le Dantec ait écrite.
des hypothèses générales et des vastes perspectives systématiques. Des plus fameux, comme Pasteur, on sait les travaux, mais on n'a rien à lire. Cuvier, Arago s'étaient, dans la première moitié du siècle, fait une réputation, comme autrefois Fontenelle, par les éloges académiques : le genre a passé de mode, ou bien leurs dons d'exposition littéraire n'ont pas passé à leurs successeurs. C'est l'intérêt philosophique des idées qui a donné accès à quelques écrits scientifiques auprès des hommes que la chimie ou 1 histoire naturelle n'intéressent pas par elles-mêmes ; telles pages par exemple, qui précisent sur certains points la conception qu'un homme de notre âge peut se former de l'univers, ou telles discussions sur le darwinisme \ d'où nous sortons mieux renseignés sur la valeur générale de la doctrine. Il y a un point où l'histoire se réduit à l'archéologie, qui se confond à son tour dans 1 anthropologie ; et la curiosité historique, qui est un des caractères de ce temps, a valu des lecteurs inattendus à des travaux tout à fait techniques Mais l'œuvre qu'il faut tirer hors de pair, c'est V Introduction à l'étude de la médecine expérimentale de Claude Bernard ^ : œuvre de science pure qui est une œuvre maîtresse de la philosophie contemporaine, et qui joint au large intérêt du fond la solide simplicité de la forme.
^ Félix Le Dantec ^ a laissé une œuvre considérable, philosophique et scientifique. Breton, ayant dompté le mysticisme de sa race, et l'ayant converti en une passion rationaliste de trouver la vérité qui serait la clef de tout
CLAUDE BERNARD, a Portrait d'après Laemlein. (Bibl. Nat.. Est.). CL. hachette.
EPOQUE CONTEMPORAINE
JULES SIMON, el Poitrail charge, représentant l'auteur en écolier portant ses principaux ouvrages. Lithographie pour le Nouveau Panthéon du Charivari (Bibl. Nat., Est.)
l'univers et de toutes les sciences, mathématicien fervent, et croyant que la science n'est pas faite tant que les lois établies par les méthodes expérimentales ne sont pas retrouvées par la déduction, biologiste à qui sa science fournit des armes pour bousculer les constructions des philosophes, Le Dantec est un esprit des plus originaux ; il a une culture et une curiosité universelles, le goût et la capacité des synthèses. Il a édifié une philosophie moniste, et une sociologie à base d'égoïsme : ce théoricien de l'égoïsme n'éprouvait aucune peine à faire rentrer l'abnégation, le sacrifice, tout l'altruisme dans l'égoïsme, ayant toujours été lui-même, avec la spontanéité la plus aisée, le plus dévoué des parents et des amis.
Henri Poincaré^ appartient également tout à la fois à la philosophie et à la science. Ses profondes et originales réflexions sur La science et l'hypothèse (1902), sur La valeur de la science (1905), sur La science et la méthode (1909) ont été le point de départ de mouvements considérables dans la philosophie des sciences et la métaphysique. Il a encouragé à son corps défendant le pragmatisme.
1. Pour l'œuvre philosophiqua de Henri Poincaré, cf. G. Lanson, Manuel bibliographique, n"' 21685-21688.
2. Renouvier (1815-1 903) : Essais de critique générale, 4 vol . in-8, 1 854- 1 864. — Th . Ribot (1839-1916) : Psychologie de l'attention, 1888, in-12 ; les Maladies de la Mémoire (1881) ; fcs Maladies de la Volonté (1883) ; les Maladies de la Personnalité, 1885. in-18, F. Alcan., etc. — A. Fouillée : la Philosophie de Platon (1869) ; la Liberté et le déterminisme (1873 et 1884) ; l'Idée moderne du droit (1878) ; la Science sociale contemporaine, 1880, in-18. Hachette, etc. ■ — Guyau : Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction ; l Art au point de vue sociologique ; l'Irréligion de l'avenir, etc.
3. AlfredTarde (1843-1904), Les lois de l'imitation, 1890 : Études de psychologie sociale, 1898, etc.
4. E. Boutroux, (1845-1921), De la contingence des lois de la nature (1874).
5. Henri Bergson (né en \S59) : Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889;
Pour la métaphysique et la psychologie, je citerai, parmi la multitude des essais historiques, dogmatiques ou critiques, les forts écrits de Ch. Renouvier", les rigoureuses recherches de Th. Ribot, les ingénieuses, parfois aventureuses et toujours littéraires études d'Alfred Fouillée, les très suggestives discussions de Guyau sur les plus troublants problèmes de notre temps. Parmi les philosophes, je citerai encore Alfred Tarde, auteur d'ingénieuses analyses où il suit dans la vie sociale les effets et les transformations de la psychologie individuelle^ ; Emile Boutroux*, esprit curieux et subtil qui soumit le principe du déterminisme à une discussion rigoureuse, et fut l'un des premiers à porter des coups au rationalisme scientifique du milieu du siècle ; Henri Bergson^, qui, outre qu il a enrichi la philosophie française d'un système original dont la création suppose autant de culture scientifique que de force de pensée, a eu, sans l'avoir cherché, une influence considérable sur le mouvement intellectuel et la littérature depuis 1890 ; il s'est trouvé utilisé contre l'intellectualisme et le rationalisme. L'intuition bergsonienne était d'ailleurs en accord intime avec le principe du symbolisme, dont l'épanouissement est à peu près contemporain. Le petit livre ingénieux sur le Rire (1900) est d'un grand intérêt pour l'esthétique de la comédie. Nommons enfin Durkheim^, qu'on peut appeler le fondateur de l'école sociologique française, esprit robuste et subtil, qui a construit une méthode et en a fait d'éclatantes applications, soumis à la vérité que sa méthode lui procurait, et impérieux à l'égard des autres par cette soumission même.
De moralistes à l'ancienne mode, nous n'en avons plus : les maximes sont devenues un jeu innocent, sans conséquence et sans portée. Les écrivains qui se sont senti le don de l'observation morale ont émigré en masse vers le roman et le théâtre, pour mettre en action et en drame leur expérience. Quelques-uns ont coulé tout doucement leurs remarques personnelles, leurs conceptions de l'homme et de la vie, dans les formes de l'histoire ou de la critique. Ce que Prévost-Paradol avait fait pour les moralistes français, C. Martha' l'a fait, très délicatement, pour les moralistes latins ; Jules Simon, aussi finement et plus malignement, pour quelques contemporains*. Arvède Banne ^, par une création synthétique que dirige un remarquable sens psychologique, rend de pâles figures historiques aussi vivantes, aussi réelles que des personnages de roman.
Une des plus inattendues et originales applications de ce talent est celle que nous présente Octave Gréard : il a mis
Matière et mémoire, 1896, l'Évolution créatrice, 1907.
6. L'Année sociologique, depuis 1896 ; De la division du travail social, 1893 ; Le suicide, 1897 ; Les formes élémentaires de la vie religieuse, 1912.
7. C. Martha (1820-1895) : les Moralistes sous l'empire romain (1854) ; le Poème de Lucrèce (1869) ; Études morales sur l'antiquité (1883) ; la Délicatesse dans l'art (1884), Hachette, in-18.
8. Dans son étude sur Victor Cousin (Hachette, in-16), dans sa Notice sur Michelet et autres lues à l'Institut, dans ses Mémoires des autres (1889). Jules Simon (1814-1896) a fait en outre le Devoir (1854), {'Ouvrière (1863), etc. Il a été l'un des principaux orateurs de l'opposition sous l'Empire. Il était secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences morales.
9. Pseudonyme de Mme Vincens (1840-1908) : Essais et fantaisies (1888) ; Portraits de femmes (1888) : Princesses et grandes dames (1890) ; Bourgeois et gens de peu (1894); Neurosà (1898).
SCIENCE. HISTOIRE, MEMOIRES
LE TRIOMPHE DES SCIENCES, a Pàitared'AlbeTtBesnardàl'HôteldeVilledeParis.CL.HACHEUE.
sa clairvoyance de moraliste dans la rédaction des rapports et documents administratifs ; et c'est la première fois, je crois, que des « écritures » de cet ordre sont devenues œuvres littéraires ^.
Au reste, il faut ici réserver la part de ce que l'avenir révélera. La littérature du XIX^ siècle ne sera complète qu'au XX® ou au XXI® siècle : quand nous ne serons plus, nos héritiers découvriront des penseurs qui auront fait leur
tâche parmi nous, à côté de nous, à notre insu. Il se rencontrera peut-être alors quelque moraliste, qui aura passé sa vie à noter chaque acquisition de son expérience. C'est ainsi que le Suisse Amiel nous a été découvert après sa mort : type remarquable d'impuissance pratique et d'activité interne, esprit tout occupé à l'analyse de soi, perdant à s'étudier le temps et la faculté d'agir, subtil, pénétrant, triste de clairvoyance aiguë, et, il faut
I. O. Gréard (1828-1904), vice-recteur de l'Académie de Paris. Mémoire sur l'enseigne- Iruction, 4 vol. in-18, 1887, Hachette (recueil de rapports et mémoires). L'Education . ment secondaire des Jitles, présenté au Conseil académique de Paris (\SS2). Education et ins- femmes par les femmes (1886).
H'''^ Littérature. T. II.
ÉPOQUE CONTEMPORAINE