MAETERLINCK ET PAUL CLAUDEL
ON peut essayer aujourd'hui de dessiner dans leurs grandes lignes les mouvements de sensibilité, d'idées et de goûts qui se sont exprimés par la littérature depuis la fin du naturalisme, vers 1885, jusqu'à la grande guerre. Il y aura nécessairement dans cet essai bien des indécisions, bien des jugements aventurés, une grande part de préférence personnelle, des omissions que des lecteurs estimeront arbitraires autant que certaines mentions. Cependant la direction générale n'est pas
I. G. Pellissier, Le M ouvement lilléraire contemporain, 1901.
douteuse, et un certain nombre d'auteurs s'imposent, qu'on les goûte ou qu'on refuse de les goûter, à 1 attention de l'historien. On peut donc, pour cette période qui n est simplement du passé que pour les jeunes gens, et qui pour la génération de 1880 a été le présent qu'on vit, l'avenir qu'on craint ou qu'on espère, on peut essayer de préparer une ébauche d'histoire.
ÉTAT GÉNÉRAL DU MILIEU LITTÉRAIRE ET SOCIAL. ^ Le fait capital, en littérature, après 1880, a été ce qu'on a appelé la banqueroute du naturalisme.
ÉPOQUE CONTEMPORAINE
TOLSTOÏ SE RENDANT AU COUVENT D'OPTINA POUSTINE. a Extraii de ^ouvrage Tolstoï, par MM . A. Séché et J. Berthaul, Collection La vie anecdotique et pittoresque des Grands Ecrivains. (Louis Michaiid, édit.)
L'école d'Emile Zoln, qui regardait plus ses théories que ses œuvres, s'est perdue dans l'insignifiance et dans la grossièreté. Tout caractère d'art et toute poésie disparaissaient des productions des disciples. Un moment est venu où les meilleurs parmi les jeunes naturalistes ont senti le besoin de s'affranchir : ils ont pris le premier prétexte de lâcher le maître ^ . Mais si le naturalisme n'existait plus, rien ne le remplaçait encore. Chacun allait de son côté,
1. Après la Terre (1887). Ces dissidents étaient J.-H. Rosny, Paul Bonnetain, Lucien Descaves, Paul Margueritte et Gustave Guiclies {Figaro, 18 août 1887).
2. G. Eliot (1819-1880) : Adarr, Bede. 1859, trad. 1861 et 1886 ; le Moulin sur la FIoss, 1860, tr. 1887 ; Silas Marner, 1861 , tr. 1885-1889 ; Daniel Deronda. 1876, tr. 1881 ; Middlemarch. 1890.
3. Dostoïesvki (1821-1881) ; Crime et Châtiment, tr. 1884 ; Souvenirs de la maison des morts, tr. 1886 ; Krotkàia, tr. 1886 ; les Possédés, tr. 1886 ; l'Idiot, tr. 1887 : les Jrères Karamazov, tr. 1888 et 1906, etc.
4. Léon Tolstoï (1828-1910) a renoncé à la littérature d'art et s'est fait, en dehors de tout dogmatisme confessionnel, l'apôtre de l'Evangile ; par le livre et par sa vie, il a enseigné la justice, l'humilité, la pitié, l'amour. Le saint-synode orthodoxe l'a excommunié (1901). L'influence de son christianisme démocratique et philanthropique a été très grande sur notre littérature. Au comte Léon Tolstoï doit Surtovit se rapporter l'esprit nouveau, plus largement philosophique et plus profondément humain, que je signale ici dans nos romans et notre théâtre. — La Guerre et la Paix, 1872, tr. 1880 et 1885 ; Anna Karénine. 1877, tr. 1885 ;Ma religion, tr. 1885 : les Cosaques. Souvenirs de Sébastopol. tr. 1887 ; la Puissance des ténèbres, drame, tr. 1887 : Souvenirs, tr. 1887 : la Sonate à Kreutzer, tr. 1890 ; Qu'est-ce que l'art} tr. 1898 ; Résurrection (3 parties), tr. 1900. — A consulter : Melchior de Vogué, le Roman russe ; E. Dupuy, les Grands maîtres de la littérature russe au .MX*' siècle;
Vie et oeuvres. Mémoires, etc., réunis par Birakov, tr. par Bienstock, 3 vol. in-12, 1906-
1909 ; Journal intime, tr. 1917.
innovait, imitait, selon son tempérament mtime ou son affection actuelle. Des symptômes de religiosité apparaissaient, une certaine soif de mystère, d'incompréhensible. Les uns allaient se satisfaire aux confins de la science, dans les phénomènes anormaux, d'apparence irrationnelle, insuffisamment expliqués ou établis : hallucination, hypnotisme, maladies de la personnalité, télépathie, etc. D'autres exploitaient — avec quelle smcérité? — les sciences occultes, astrologie, magie. D'autres prenaient pour thèmes les phénomènes psychologiques du m3'Sticisme et de l'extase religieuse. Par réaction contre le naturalisme, on fuyait les réalités finies, les idées définies ; le symbolisme, qui en poésie succédait à l'art parnassien, semblait un moment vouloir étendre sa domination sur toute la littérature ; mais quinze ans ne s'étaient pas écoulés que déjà la fièvre symboliste semblait se calmer (vers 1900), et la mode se retirer de ce mouvement.
A la dissolution du naturalisme et à l'absence d'une doctrine dirigeante, se lie cet autre fait que l'on est allé chercher au dehors des formules et des modèles d'art. Depuis 1880 la littérature française a reçu de l'étranger probablement plus qu'elle ne lui a donné. Toutes les littératures européennes ont versé dans la nôtre leurs œuvres et leurs influences. L'Angleterre nous a donné d'abord sa George Eliot puis la Russie son Dostoïevski et son Tolstoï ' : et sont venus ensuite les Scandinaves,
LE CARDINAL LAVIGERIE. a ParBonnal. (Musée dj Luxembourg.) CL. HACHETTE.
APRÈS LE NATURALISME, LE MOUVEMENT SYMBOLISTE
avec leur Ibsen ^ et leur Bjœrnstierne Bjœrnson -. L'Allemagne nous a envoyé le romancier Sudermann et le dramaturge Hauptmann sans parler de son apocalyptique et profond Nietzsche^ ; l'Italie, d'Annunzio ^ et Fogazzaro puis Mathilde Serao, avec ses romans de mœurs napolitames. Nous nous sommes même avisés qu'une renaissance du roman s'opérait dans la léthargique Espagne, et les œuvres de Pereda, de Ferez Galdos, de Pardo Bazan de Blasco Ibanez '', ont été goûtées du public français. Puis une incarnation de l'âme anglaise, combien différente de celle que nous offrait George Eliot, s'est manifestée à nous par le grand conteur et poète impérialiste, Rudyard Kipling'". Un autre romancier, H.-J. Wells", a essayé, dans d'originales « anticipations », de nous représenter la société future qui pouvait sortir des progrès de la science et de la démocratie. Plus tard, les plus curieux de nos lettrés ont commencé à s'inquiéter d'un auteur dramatique, Bernard Shawf, d'origine irlandaise'", qui venait d'occuper le premier rang sur la scène anglaise par les plus impitoyables et ironiques satires de l'esprit et des mœurs de la puritaine et traditionnelle Angleterre. En Russie, derrière le vieux Tolstoï, s'est levé un révolutionnaire moins évangélique, Maxime Gorki qui a mis au service des plus âpres haines humanitaires et sociales de merveilleux dons d'artiste réaliste et de poète, pendant qu'une vogue inouïe et passagère répandait en France et dans le monde entier les romans du Polonais Sienkievicz '
Tous ces écrivains étaient si différents, tant par le caractère individuel que par le tempérament national, qu'ils ne pouvaient concourir à établir en France une doctrine d'art ou favoriser la domination d'une école. Ils ne s'accordaient guère que sur un point : ils portaient le coup de grâce au naturalisme français. Il y avait parmi eux d'assez puissants naturalistes pour nous affermir dans le respect du principe essentiel, excellent, de l'observation serrée et de l'expression Intense de la nature, dans le goût de la vérité objective de l'imitation. Mais leur naturalisme était psychologie, poésie, pitié. Ils montraient de l'âme dans les choses, et leur âme en sympathie avec les choses. Dans les rouages du mécanisme social, et dans les phénomènes de la physiologie, ils voyaient et faisaient voir des
1. Henrlk Ibsen (1828-1906) ; Us Revenants, Maison de poupée; le Canard sauvage; Rosmersholm, Hedda Gabier, voilà les cinq pièces supérieures ; la Dame de la Mer, Un Ennemi du peuple, Solness le Constructeur, le Petit Eyolj, Jean Gabriel Borkmann, Quand nous nous réveillerons d'entre les morts, œuvres plus inégales, avec des parties de premier ordre ; Empereur et Galiléen, les Prétendants à la couronne, les Guerriers à Helgoland, les Soutiens de la Société, l'Union des jeunes, la Comédie de l'amour' œuvres de jeunesse, ou de tâtonnement, ou manquées ; Brand et Peer Gynt, deux poèmes puissants en forme dramatique ; le second délicieux parfois de fantaisie ironique. En tout, 12 vol. in-18 de 1889 à 1900. — A consulter : A. EKrard, H. Ibsen et le théâtre contemporain, 1892 ; J. Lemaître, Impressions de théâtre ; G. Larroumet, Nouvelles études de littérature et d'art. 1894.
2. Bjœrnstierne Bjœrnson (1832-191 1), /es Proies t/e Dieu, roman. Drames ou comédies : le Roi ; le Journaliste ; Un Gant; et les chefs-d'œuvre : Une Faillite, 1893 ; Au delà des forces humaines, 2 parties, tr. 1896 et 1897. — On avait commencé dès 1880 à traduire cet auteur en français.
3. Sudermann : la Femme en gris, tr. 1895 ; l'Indestructible Passé {Es war), tr. 1897, Drames: L'honneur, Magda, 1902.
4. Gérard Hauptmann, Ames solitaires, tr. 1893 ; l'Assomption de Hannele Mattern, tr. 1894 ; la Cloche engloutie, tr. 1898 ; le voiturier Henschel, 1901. L'œuvre qui a fait la plus profonde sensation est un drame social, les Tisserands, 1893,
5. Nietzsche (1844-1900) : A travers l'œuvre de Nietzsche, extraits, 1893 ; Ainsi parlait Zarathoustra, 1898; Humain, trop humain, tr. I39)-1931 ; le Crépuscule des Idoles; le Cas Wagner, 1 893 ; Nietzsche contre Wagner ; Par dzlk le bien et le mal, 1 898 ; Pages choisies ,
CLEMENCEAU A UNE RÉUNION PUBLIQUE, a' Tableau de Raffaelli au Musée du Lu.xembourg. CL. IIACHETIE.
créatures humaines : et même impure, même dégradée, même mesquine, ils nous faisaient aimer la vie ; ils nous fai- " saient respecter la souffrance, même méritée et avilissante. Un souffle de chanté évangélique, de solidarité humaine passait sur nous, et achevait de fondre l'orgueilleuse durée de notre naturalisme.
Même Ibsen — chez nous — travaillait en ce sens. Il a rappelé notre théâtre, qui se perdait dans l'insignifiance dégoûtante ou féroce, dans la « rosserie » plate ou grimaçante, il l'a rappelé au souci des idées, à l'expression de la lutte des volontés affirmant leurs diverses conceptions de la vie ou du bien. Il a représenté l'individu travaillant à se libérer des servitudes intérieures de l'hérédité ou de l'éducation, ou de l'oppression extérieure de la société et de l'opinion. Son symbolisme, dans ses meilleures œuvres, se
ir. 1899; Aphorismes, 1899; Généalogie de ta morale, 1900, etc. — A consulter : Ch. Andler, Nietzsche, sa vie et sa pensée, t. 1 et 11, 1920-1921.
6. Gabriel d'Annunzio, l'Intrus, tr. 1893 ; Episcopo et C'", tr. 1895 ; Enfant de Volupté (il Piaccre, tr. 1895 ; le Triomphe de la Mort, tr. 1896 ; les Romans du Lys; les Vierges aux ruchers, tr. 1897 ; le Feu, tr. 1900. Tragédie : la Ville morte, 1898.
7. Fogazzaro : Daniel Cortis, tr. 1896 ; Un petit monde d'autrefois, tr. 1897.
8. Cf. René Bazin, Terre d'Espagne, 1895. — Sotileza, de Pereda. a eu les honneurs d'une traduction dans la Revue des Deux Mondes ; et Pequeneces, du P. Coloma, adapté en 1893 sous le titre de Bagatelles, a fait un certain bruit.
9. Terres maudites, tr. 1902 ; Boue et roseaux, tr. 1905 ; Dans Vomhre de la Cathédrale, Ir. 1907; Arènes sanglantes, 1910, etc.
10. Rudyard Kipling, le Livre de la Jungle, 2 séries, tr. 1899 ; la Lumière qui s'éteint, tr. 1900 ; Kim, tr. 1901 ; Stalky et C"', tr. 1903, etc.
1 1 . H.-J. Wells. La machine à explorer le temps, tr. 1899 ; la Guerre des Mondes, tr. 1900; l'Homme invisible, tr. 1901 ; Anticipations, tr. 1904, etc.
12. B.Shsiw. L'homme aimé des femmes. Candida. la Profession de Mme Warren. tr. 1908- 1912 ; Pièces plaisantes et déplaisantes, tr. 1913, etc.
13. Maxime Gorki, Les petits bourgeois, pièce, tr. 1902 ; Dans les bas-fonds, pièce, tr. 1903 ; les Vagabonds, tr. 1901 ; Thomas Gordeie, tr. 1901 ; la Mère, tr. 1909, etc. ; Ma vie d'enfant, tr. 1921.
14. Le prodigieux succès de Quj vadis (trad. en 1900), de Sienkievicz, a excité entre les éditeurs français une rivalité, à qui jetterait le plus vite dans la circulation le reste de l'œuvre abondante, et assez médiocre, du même auteur.
j-jre Littérature, T. II.
ÉPOQUE CONTEMPORAINE
ENCORE BIEN MÊME QUE... » a Dessin de J. l 'cher <im punil Jan, l'iliubliallon (lu 18 mars 1894, représentant Brunetiérc conférencier ,
traduit en formes vivantes d'action et de sentiment. Bjœrnstierne Bjœrnson et Hauptmann, si éloignés d'Ibsen par la philosophie de leurs œuvres, ont par leur forme renforcé son infîuence : ils ont fait la guerre au vaudeville, à l'intrigue bien faite, aux « joujoux » dramatiques de Scribe etde Victorien Sardou. Ce qui importait pour notre théâtre, c'était seulement que l'on montrât comment la forme dramatique pouvait, devait exprimer de la pensée et de la vie, quelle que fût d'ailleurs la nature de cette pensée et de cette vie.
Jules Lemaître a reproché à tous ces étrangers de nous avoir rapporté ce que nous avions trouvé il y a soixante ou quatre-vingts ans, ce que nos romantiques, Victor Hugo, George Sand, nous avaient donné. Il y a du vrai dans ce reproche : mais les étrangers, après tout, ne nous rapportaient que ce que nous avions laissé perdre.
Ils nous rendaient le meilleur du romantisme, l'inquiétude métaphysique, la sensibilité lyrique, la générosité sociale, la pitié et la sympathie pour les humbles et les déclassés. Mais ils nous le rendaient, du moins la plupart d'entre eux, dépouillé de ce fâcheux esprit qu'il avait transmis aux Parnassiens et aux naturalistes : je veux dire le mépris insolent du rapin pour le bourgeois, l'orgueil insociable de l'homme de lettres, qui, même médiocre et raté, regarde très haut toutes les façons de vivre, de sentir, de souffrir de la commune humanité, et se fait une loi artistique de n'y montrer que la plus ridicule et dégoûtante floraison de platitude, de bêtise ou d'égoïsme. La satire même des préjugés et des injustices de la société se pénétrait d'amour. De là l'impression de fraîcheur et de nouveauté où Lemaître eut tort de ne voir qu'illusion et snobisme.
D'autres ont craint que le génie national ne s'altérât sous ces influences exotiques : crainte puérile. Ces influences sont trop incohérentes, trop peu convergentes pour être oppressives ; et d'ailleurs, comme toujours, nous ne prenons au dehors que ce qui répond au besoin intime de nos consciences et de nos pensées, quand notre littérature nationale, figée momentanément dans des
formules surannées, ne correspond plus à l'état présent de nos âmes. Ce qui en nous est proprement français est inaltérable comme incommunicable ; et il serait absurde de croire que pour un peuple, ou pour un individu, l'ignorance et l'infatuation soient des préservatifs de l'originalité.
Il est aisé de voir qu'à chaque moment nous demandons ou chérissons chez les étrangers l'art et les doctrines qui flattent notre prédisposition intérieure. Eliot et Tolstoï nous ont servi à manifester certaines tendances évangéliques qui nous travaillaient, une égale aversion pour les dogmatismes étroits et intolérants des Eglises constituées et pour la sécheresse brutale des négations matérialistes et de l'égoïsme individualiste. Tolstoï, Hauptmann et Bjœrnson ont donné une nourriture aux esprits avides de fraternité et de justice sociale, pendant qu'Ibsen venait au secours des défenseurs du droit individuel de la conscience, et maintenait l'indépendance de la personne humaine contre toutes les contraintes sociales, même les plus réellement nécessaires ou les plus apparemment légitimes. Cependant le droit d'être soi, et le devoir d'agir pour les autres, dans les œuvres de ces maîtres, se confondaient plus souvent qu'ils ne s'opposaient. Le magnifique épanouissement de l'individualité égoïste, le jeu effréné et splendide de l'animalité robuste et de l'intelligence esthétique se sont étalés dans l'œuvre immorale et lyrique de Gabriel d'Annunzio, à la joie de nos esthètes appliqués à la culture de leur moi ; et la flère énergie d'une race qui s'affirme supérieure, et faite pour la domination ou l'exploitation du monde, s'est exprimée dans les récits si puissamment pittoresques d'un Kipling, juste au moment où la concentration violente du sentiment national semblait menacer chez nous la longue tradition humaine et généreuse de la France.
PORTRAIT D'Emile FAGUET. 0 Extrait de l'ouvrage : Emile Faguel. par Alphonse Séclic (E. Sansot, édil.).
APRES LE NATURALISME, LE MOUVEMENT SYMBOLISTE
UNE PAGE D;UN MANUSCRIT AUTOGRAPHE D'ÉMILE FAGUET. a Extrait de l'ouvrage : Emile Faguel, par Alphonse Séché (E. Sansot. édit.)
Autant qu'on en peut juger lorsqu'on a si peu de recul, l'invasion des littératures étrangères a été un effet plutôt qu une cause. Depuis quelque temps (après 1875-1880), un travail profond s'était opéré dans l'âme et dans la société françaises ; et des faits considérables s'étaient produits dans l'ordre moral, politique et social, qui devaient avoir leur contre-coup sur la littérature.
Il a semblé un moment, entre 1880 et 1890, que la République avait définitivement triomphé des anciens partis monarchistes. La question politique paraissait résolue ; et l'on abordait les problèmes sociaux.
L'Église, par la politique adroite d'un pape intelli-
1. Le toast du cxrdinal Livi^^ri;?, 189J, fut suivi bientôt d'une encyclique pontificale, qui définissait l'attitude de l'Église vis-à-vis des gouvernements.