‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 260 sur 364 · Cf. p · texte numérisé non relu

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3. Maurice Barres (né en 1862) : Sous l'œil des Barbares, l'Homme libre, le jardin de Bérénice, trois romans idéologiques sous le titre commun : le Culte du moi, 3 vo\., 1888-1891 ; Huit jours chez M. Renan, broch., 1888 ; l'Ennemi des lois, 1893 ; Du sang, de la volupté

témoin impassible des mœurs contemporaines : il juge, il prêche, il combat, dans ses Trois Villes, dans Fécondité et dans Travail ; il défend des thèses philosophiques et sociales ^. C'est un article important de la doctrine naturaliste qui est changé. Pour Anatole France, il nous a fait comprendre, par son Histoire contemporaine ce que dans sa philosophie sceptique et négative il y avait de positif, ce que son apparent dilettantisme admettait, commandait de foi et d'action ; il a révélé qu'il avait, comme Montaigne, son dogmatisme et son énergie pratique. En même temps, par contre-coup, son art s'est modifié : les grâces ondoyantes, l'ironie détachée ont fait place souvent, dans ses derniers écrits, à l'attaque directe, à la véhémence indignée ; sa phrase a pris une tension, un nerf, une âpreté qu on n'en aurait pas attendus : les préoccupations et les passions de la lutte sociale ont élargi la facture de l'artiste.

Dans la génération suivante des romanciers, les talents abondent : aucune personnalité n'a été assez impérieuse pour reléguer toutes les autres au second plan. Il faut nous contenter d'indiquer les principales physionomies d'écrivains, et les principales directions du genre.

Maurice Barrés^ nous a fait connaître un art subtil, obscur, tourmenté : insupportable parfois dans la culture prétentieuse de son moi, il a une puissance originale dans ses analyses d'états moraux, une délicatesse exquise dans ses impressions des paysages ; il excelle à faire tenir toute 1 histoire d'un pays et la psychologie d'une race dans la description du sol.

Dans la volte-face qui, de ce doctrinaire de Végotisme, a fait l'interprète de la race et l'un des chefs du nationalisme, on peut fort bien soutenir qu'il n'y a point contradiction ni rupture, mais évolution et élargissement. On conçoit qu un moi riche et actif s'aperçoive un jour qu'il contient le monde, et absorbe en lui, pour s'y dévouer comme à lui-même, une fraction de ce monde, une terre, un peuple, une patrie. Dans ses romans sociaux et nationaux, l'art de Maurice Barrés s'est dépouillé de ses complications. Sans perdre rien de son élégance nerveuse et fière, il est devenu plus sobre, plus net, plus fort. Après s'être violemment plongé dans la lutte des partis, et avoir manié passionnément toutes les armes, les meilleures et les pires, de la polémique journalière, Maurice Barrés, les événements aidant, a, peu à peu, fait dominer en lui le Français sur le « partisan », et à certaines heures il a su être la parole vivante de notre civilisation.

Huysmans est un artiste vigoureux et personnel qui a peint magistralement le mélange de snobisme et d'ennui dont est sortie la maladie décadente. Ce disciple de Zola s'est mis un beau jour à appliquer le procédé naturaliste

et de la mort (voyage en Espagne), 1894 ; les Déracinés, 1897 ; l'Appel au soldai, 1900 ; Leurs Figures, 1902; /lu service de l' Allemagne, 1905 ; i.e voyage de Sparte 1906; Colette Baudoche. 1909 ; Gréco ou le secret de Tolède, 1912, etc. — Dans ses romans sociaux et nationaux (ou nationalistes), la forme de Maurice Barrés s'est dépouillée de ses complications ; sans perdre de sa finesse et de son élégance, elle est devenue plus sobre, plus nette, plus forte. Cf. V. Giraud, Maurice Barrés {Revue des Deux Mondes, 1921-

APRES LE NATURALISME. LE MOUVEMENT SYMBOLISTE

à la peinture de la vie religieuse. Cathédrales, couvents, culte, plain-chant, dévotions mystiques, superstitions, sacrilèges, agitations de la conscience et progrès de la pénitence, Huysmans nous a peint toutes ces choses et tous ces états avec une prodigieuse richesse de vocabulaire et d'images ; son art fougueux et brutal a conquis le public, et même l'Église, où quelques voix seulement ont exprimé des craintes sur la qualité de cette foi et la vertu de son expression ^. Il y a d'ailleurs chez lui une violence lyrique d'imagination qui pousse l'enluminure réaliste jusqu'à la signification symbolique ; et l'on s'explique ainsi comment la nouvelle école poétique si sévère à Zola, n'a eu que sympathie pour Huysmans.

Émile Pouvillon se rattache au naturalisme par Daudet plutôt que par Zola, et au Parnasse par son goût de la forme serrée ; délicieux peintre des mœurs rustiques, capable de vigueur pathétique comme de tendresse fine ". On note chez lui un sentiment très subtil des harmonies de l'homme et du sol. Il produisit peu, soucieux avant tout de se plaire.

Eugène Le Roy, lui aussi, n a pas été impatient de produire, ni de se produire ; il touchait à la vieillesse quand il se révéla par Jacquou le croquant (1899) qui est un chefd'œuvre de réalisme ému et poétique ^.

Abel Hermant, conteur mordant et spirituel, s'est fait une manière sèche et nerveuse dont l'effet est sûr. Il a dessiné impitoyablement, sans qu'on puisse presque discerner un sourire sur ses lèvres, toutes sortes de figures de fantoches où il a incarné les travers de certaines classes

JEAN RICHEIPIN. a D'a/irès une photographie. CL, JE SAIS TOUT.

MAURICE DONNAY A SA TABLE DE TRAVAIL, a D'après me oholographk

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