LES PRINCIPALES REVUES LITTÉRAIRES
D'aspect différent, représentant toutes les n ia tces J' l'actioilé tltléraire, qus'quss-mes éphémères, d'autres ressuscitant après un long intervalle de temps, quelq la-unes n 'es d'hier et d autres
bientôt centenaires, voici groupés sur ces deux pages, les titres des phs célèbres d'entre elles
H'''^ Littérature. T. II.
EPOQUE CONTEMPORAINE
peintre clairvoyant et censeur âpre des mœurs politiques et financières ; — ni Georges Courteline ^ qui a ramené la farce à la vérité : ses charges de militaires, de magistrats et de bourgeois sont d'une précision juste dans leur outrance effrénée ; — ni Robert de Fiers et G.-A. de Caillavet " qui ont assaisonné de fantaisie folle la raillerie des sots et des sottises du jour.
Dans les années qui précédèrent 1914, deux « jeunes » s'étaient placés au premier rang, Henry Bataille et Henry Bernstein. Henry Bataille ^, poète autant que dramaturge, talent nerveux et hardi, résolument moderne, garde dans ses ouvrages les plus fantasques une profondeur d'émotion humaine qui saisit le public. Henry Bernstein technicien robuste et malin, qui longtemps s'est plu à produire et exploiter l'effet pathétique avec un peu trop d'artifice, s'est montré pourtant, surtout dans l'Assaut, capable de créer de la vie.
Le théâtre romantique a eu un réveil soudain avec Edmond Rostand. L'étonnant succès de cet aimable et facile auteur ne fut pas un accident fortuit Le public, secoué dans son prosaïque amour du vaudeville, harcelé, inquiété, prêché par les œuvres de l'étranger et des théâtres particuliers, s'était senti sollicité de changer quelque chose à son goîit, d'élargir le cercle ordinaire de ses amusements. Et qu'a-t-il fait? Puisque le temps d'Ibsen, d'Hauptmann et de la poésie au théâtre était venu, il est retourné au drame romantique. Il a fait des succès aux attardés, aux survivants de l'idéalisme lyrique : il a porté un moment aux nues des drames de François Coppée et de Jean Richepin ®, sans s'inquiéter trop si cet idéalisme était creux et si ce lyrisme était verbal. Ce courant une fois déterminé, Cyrano de Bergerac s'est présenté : et ce qu'il y avait de claire abondance, de gaieté jeune, de poésie à la portée de tout le monde et même des délicats, dans cette pièce romantique, a séduit le public à un degré incroyable. Cyrano a été le plus grand succès du théâtre contemporain, depuis le Maître de Forges, les Deux Orphelines et les Cloches de Corneville. Des critiques avisés ont cru qu'Edmond Rostand venait faire une révolution sur la scène française, alors qu'avec un charme personnel dans l'exé-
FAC-SIMILÉ D'UN AUTOGRAPHE DE EERGSCN. Extrait de l'ouvrage : La pensée d'Henri Bergson, par Joseph Desaymard. (Mercure de France, édit.)
cution, il la ramenait à la formule de Tragaldabas et des Trois Mousquetaires. Les autres œuvres dramatiques d'Edmond Rostand, avant et après Cyrano, ont manifesté les mêmes qualités poétiques, plus de grâce sentimentale au début, dans la suite plus d'abondance chatoyante : elles pourront assurer à Edmond Rostand un rang personnel dans l'histoire de la littérature contemporaine ; elles n'intéressent pas, je crois, l'évolution de la forme dramatique, autrement que comme de brillantes survivances d'un art antérieur.
Le symbolisme ne pouvait manquer d'avoir sa répercussion au théâtre. Aussi a-t-il marqué beaucoup d'œuvres données depuis 1890. Il y a du symbole, et même des symboles (divers, selon les points de vue et les lecteurs), dans ce Chantecler, si longtemps attendu, et qui a tant déçu le public : sévérité injuste sans doute ; car, malgré les mollesses d'une exécution fatiguée, l'ouvrage est très original, très personnel ; il a plus de pensée, et un lyrisme peut-être plus profond que n'en offraient les poèmes précédents. Il y a du symbole aussi chez François de Curel, dans la Fille sauvage, dans l'Ame en folie. Il y en a chez Paul Hervieu, dans Théroigne de Méricourt. Il y en a chez Henry Bataille et chez d'autres. Mais la part du symbole est, somme toute, chez tous, restreinte et intermittente.
Il ne faut pas s'en étonner. Le théâtre vit de réalité et de clarté : le symbolisme se détournait des réalités et paraissait craindre la clarté. Il cherchait son inspiration plutôt dans le mystère métaphysique, qui est objet de rêve, que dans la vérité psychologique qui exige l'observation.
Cependant deux efforts considérables ont été faits chez nous pour réaliser la formule symboliste au théâtre : l'un par Maeterlinck, après 1890 ; l'autre par Paul Claudel, depuis 1900.
Maurice Maeterlinck ' est, avec Verhaeren, le plus grand écrivain belge de langue française qui ait paru de notre temps. Esprit cultivé et curieux, épris de raison et de science comme un Français du XVIII® siècle, avec un goût bien flamand du mystère, aimant à promener son mysticisme dans les régions de l'inconnu et de l'inconnaissable sans se fixer dans une foi confessionnelle ou dans une théosophie, sensibilité ardente et délicate, toujours frémissante de sympathie pour tout ce qui existe, et en communion intime avec tout ce qui souffre et désire, Maurice Maeterlinck est un des écrivains les plus attachants de
1 . G. Courteline (né en 1861) : Les Gaietés de V Escadron. 1886; La Vie de Caserne, 1888 : Btiubouroche (une des révélaticns d'Antoine), 1893.