La Rafale ; le VoUur ; Samson ; Judith, etc
5. Edmond Rostand (1868-1918) : Les Romanesques, 1394; La Princesse lointaine, 1895; La Samaritaine, 1897 ; Ct/rano de Bergerac. 1897 ; L'Aiglon, 1900 ; Chantecler, 1910.
6. Pour la Couronne, 1895, de Coppée ; le Flibustier, 1888, le Chemineau, 1897, de Richepin.
7. Maeterlinck (né en I862):Z-es Aveugles, L'Intruse, Bruxelles, 1890 ; La princesse Maleine, 1890 ; Pelléas et Mélisande, 1692 ; Alladine et Palamedes, Intérieur, et La Mort de Tintagiles, trois petits drames pKiur marionnettes, 1894 ; Monna Vanna, 1902 ; Joyzelle, 1903 ; L'Oiseau Bleu, 1909; Macleth. 1909; Marie Magdeleine. 1913 ; Le Bourgmestre de Thilmonde, 1 92 1 , Le Trésor des Humb /es, 1 896 ; La Sagesse et la Destinée, 1 898 ; La Vie des abeilles, 1901 ; Le Temple enseveli, ml ; La Mort, 1913.
APRES LE NATURALISME, LE MOUVEMENT SYMBOLISTE
l'époque symboliste. Il a donné des livres de méditation philosophique et morale où l'inquiétude frissonnante de la destinée et la sagesse confiante sans chimère se revêtent de la grâce d'une imagination de poète. Un brouillard enveloppe souvent la pensée de Maurice Maeterlinck ; mais c'est ce brouillard étincelant, traversé de lumière radieuse, qui allège tous les objets et leur donne un air charmant d'irréalité.
Maeterlinck a voulu créer une tragédie symboliste, exprimer le mystère effrayant de la vie et l'angoisse profonde de l'âme sans emprunter au monde réel la précision massive de la nature corporelle : problème particulièrement délicat pour un dramaturge. Il a construit un théâtre d'ombres chinoises : je ne mets dans l'expression aucune intention de satire. Je veux indiquer seulement par là le ferme parti pris du poète de faire flou, et d'éviter de donner à ses créatures la limitation prosaïque de l'individuaiité. Par ce qu'on appellerait chez un autre l'action et les caractères, il exprime des modes lyriques de sensibilité, des frissons et des terreurs qui naissent dans l'âme, quand, indifférente aux joies et aux peines superficielles de l'existence sociale, elle plonge dans les ténébreuses profondeurs de la vie et de sa propre nature. Ses premières piécettes font danser devant nos yeux de légères figures aériennes, vaporeuses, indécises, qui vont et viennent sous une clarté lunaire ; et ce petit monde fantastique est d'une grâce exquise, parfois touchante. Plus tard, dans certains essais, comme Monna Vanna, il a semblé que Maurice Maeterlinck essayait de rentrer dans des sentiers plus frayés ; mais faire entendre l'accent d'une âme individuelle serrée dans l'étau de la réalité, n'est nas son fait. Et son plus large chef-d'œuvre, Pelléas et Mélisande, d'une poésie si prenante, si inquiétante à travers ses brumes, reste essentiellement identique aux Aveugles et aux petits drames pour marionnettes ^.
Les drames de Paul Claudel " ont toutes les qualités, et les limites aussi, de son œuvre lyrique. Ils sont d ailleurs d'essence lyrique. Tous ses personnages sont les rêves de sa pensée, les désirs ou les aversions de sa sensibilité. L'outrance crue des caricatures les plus pesamment appuyées alterne avec l'abstraction la plus sévère du dialogue philosophique ou la fantaisie poétique éperdument envolée dans les nuées. L'irrémédiable défaut du théâtre de Paul Claudel, comme de ses Odes, — et plus irrémédiable au théâtre que dans aucun autre genre — est l'obscurité de son symbolisme : c'est du moins le défaut auquel le public, même le public raffiné des lettrés de France, ne pardonne pas. On dira tant qu'on voudra que tous les chefs-d'œuvre chargés de signification sont obscurs ; il y a des degrés dans l'obscurité ; et celle de
1. Il ne sera que juste, en passant, de donner un regard à l'œuvre française du grand poète et romancier italien, Gabriel d'Annunzio. Avec une rhétorique effrénée et une débauche verbale qui dépassent toute imagination, dans une langue extraordinairement souple, onduleuse et riche — plus riche que n'est le français des Français, et largement étendue d'italianismes et de latinismes, — Gabriel d'Annunzio a porté sur notre scène de belles émotions lyriques, et il y a fait passer quelques lueurs tragiques. Il relève du symbolisme, mais sa personnalité ne s'enferme pas dans l'étroitesse d'une formule : souvent
PORTRAIT DE M. BERGSON, a D'aorès ui croquis de Michel Abonnel. Extrait de l'ouvrage: La pensée d' Hznri Berg^ji, par Joseph Desaymard. (Mercure de France, édit.)
Paul Claudel est d'un degré supérieur. C'est dommage ; car la noblesse de l'inspiration n'est pas douteuse, m l'originalité de l'idée. Mais on ne saisit que des lambeaux de paysages, des ébauches de figures ou de gestes, qui émergent par moments de l'épaisseur du brouillard Une fois il a semblé que le soleil enfin allait tout nettoyer, que les formes des choses et des êtres allaient se libérer tout à fait dans la beauté de la lumière ; si la clarté n'a pas été totale, on a pourtant senti dans l'Annonce faite à Marie l'œuvre d'un vrai, d'un beau poète, qui sait traduire par un art très pur et très personnel l'émoi de certains cœurs simples, quelques tourments et quelques aspirations de l'éternelle humanité.
Paul Claudel n'est qu'au milieu de sa carrière ; mais, quoi qu'il produise encore, et quelque sort que les générations prochaines assignent à son œuvre déjà faite, il a pris définitivement place dans l'histoire littéraire par l'influence qu'il a exercée depuis dix ou quinze ans. Sans lui, quelques jeunes écrivains, plus accessibles que lui au public qui s'entête à comprendre, n'auraient pas fait ce qu'ils ont fait ; du moins, ils reconnaissent lui avoir dû l'orientation qu'ils ont prise. Il les a instruits à dédaigner le succès facile, à mépriser l'art inférieur de l'intrigue, le pathétique inférieur du drame bourgeois ou du conte.
il est purement romantique, et parfois largement humain. Le martyre de Saint Sciaslien, 191 1 . Signalons aussi ses tragédies italiennes qui ont été traduites : La ville morte, 1898 ; La Gioconde, 1902; La Gloire. 1903. Nulle part il ne s'est mieux approché de la vie. il n'a plus exprimé d'humanité passionnée ou dolente que dans La Fille de Jorio, traduite et jouée chez nous en 1906.
2. Paul Claudel, U Arlre. 1901 ; Théâtre. 1911-1912, 4 vol. in-12.
EPOQUE CONTEMPORAINE