‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 283 sur 364 · PROVINCES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

PROVINCES FRANÇAISES

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DUS CMÀTHAUX RUINHS HN HIVI-R

usiGMAX, les Baux, Coucv, blancs castcls transis, et Saint-Cloud rt)i des automnes,

PAUL FORT: LE FLORILÈGE DES BALLADES FRANÇAISES, a Une page de l'ouvrage, avec une gravure sur bois originale de Carlêgle, (Léon Pichon, éditeur.)

leur génie, quelquefois avec trop de succès, à préserver leur œuvre de cette tare.

Mais on peut apercevoir dès maintenant que la contagion ne s'étendra pas trop loin. Les ouvrages récents où l'on a le droit de croire qu'il y a le plus d'avenir, semblent indiquer que la littérature française n'est pas près de renoncer à l'intelligence. On y voit l'imagination employée à manifester la pensée et à la décorer de symboles, les sensations et les sentiments transformés en idées, ou aboutissant à suggérer des idées. La forme, toujours concrète parce qu'elle est forme, et évocatrice de visions et d'émotions attachées aux images et aux rythmes, est le voile transparent qui enveloppe les rapports intelligibles. 11 est certain, en particulier, qu'il y a depuis quinze ou vingt ans, et chez les tempéraments les plus différents, chez des lyriques et chez des réalistes, un retour marqué à l'expression claire et sobre. Les sensibilités les plus subtiles et les plus rares ne s'estiment pas obligées de se manifester par la fabrication d'un langage excentrique qui n'est pas de chez nous. Un écrivain tel qu'André Gide, qui n'est pas un timide ni un banal, sait tout dire en bon français.

On arrive à comprendre que l'on s'est battu plus d'une fois pour des mots, et qu'il n'y a pas de littérature imper-

sonnelle. La littérature commence là où commence la notation de la personnalité : au delà, c'est la science. D'autre part, la personnalité pure, l'émotion pure, ne s expriment pas avec des mots : les mots sont des signes qui, par fonction, représentent des objets ou des rapports. L'expression de l'émotion pure et de la personnalité pure appartient à la musique. Entre la musique et la science se situe la littérature. Ce qu'on appelle l'art impersonnel est celui qui subordonne le mieux l'élément personnel à l'expression d'une réalité extérieure ou d'une vérité abstraite ; il est essentiellement pittoresque, dramatique, ou philosophique. L'art impersonnel est celui où se réduit au minimum le souci de réalité et de vérité, et qui laisse le plus libre essor à la personnalité intime : il est essentiellement poétique. Entre ces formes extrêmes s'étend une gamme de notations artistiques infiniment variée, et toujours capable de recevoir des tons nouveaux qui s'intercaleront entre les tons déjà connus. Mais partout il y aura du personnel et de l'impersonnel, du poétique et du vrai (ou du réel).

L'artiste choisira sa manière selon sa nature, sa concep-

CHARLES VILDRAC

Images it it ii ^ et Mirages

IMAGES ET MIRAGES. PAR CHARLES VILDRAC. a Couverture de Védition de cet ouvrage publiée par » L'Abbaye, groupe fraternel d'artistes ». Ce groupe, installé à Créleil, comprenait entre autres écrivaim: MM. Georges Duhamel, Charles Vildrac, René d'Arcos. Albert Doyen.

EPOQUE CONTEMPORAINE

UNE SCÈNE DU THEATRE MODERNE, a Pànlme par VuiUard décoranl !e foyer de la Comédie des Champs-Elysées. CL. HACHETTE.

tion de l'art et son sujet. Le plus grand artiste sera toujours, en un sens, le plus personnel ; seulement, selon qu'il aura opté pour le genre personnel ou pour le genre impersonnel, son indestructible personnalité s'étendra en surface ou en profondeur.

Quoique, comme je l'ai dit, il ne faille pas chercher beaucoup d'homogénéité ni d'unité dans les groupements qui constituent les chapelles littéraires, je me hasarderai à signaler la Nouvelle Revue française (et la collection d'éditions à laquelle la Revue a donné son nom) comme représentant les meilleures tendances du mouvement littéraire contemporain ^. Tout s'y trouve assurément, et le romantisme impénitent, le réalisme opiniâtre, le symbolisme non encore désillusionné, y figurent par de très caractéristiques productions; mais ce qui me paraît donner la note de la maison, c'est justement la recherche d'une combinaison originale et moderne, expressive de l'intelligence et de la sensibilité d'aujourd'hui, qui sont la somme de tout notre passé, avec quelque chose de plus.

Il y a là un effort de haute portée, et qui pourra être fécond pour exprimer dans une langue ferme, intelligible à la fois et suggestive, tout ce que chaque esprit et chaque tempérament peuvent avoir à dire sur la vie sans s'emprisonner dans une formule d'école, et en s'approchant tour à

1 . Le Mercure de France, qui a ioué le mâma rôle au temps du symbolisme, n'a pas déchu mîis quoiqu'il ne soit pas exlusif, non plus que sa collection d'éditions, il reste la maison des jeunes de 1893 plutôt que celle des jeunes de 1905.

tour de toutes les formules des écoles les plus diverses selon que l'idée ou l'émotion à chaque moment se réalise mieux par l'une ou par l'autre.

Dans cette synthèse de toute l'expérience littéraire de la France, classicisme, romantisme, naturalisme, symbolisme, etc., ne figureraient plus comme de rigides partis pris, forcément inconciliables : ce ne seraient plus que des attitudes momentanées de l'âme répondant diversement aux appels divers de l'idéal ou de la réalité, des tours de main de l'artiste obéissant au caractère de l'idée ou du modèle. Chacun, bien entendu, aurait sa direction préférée, et n'irait pas plus loin dans les autres que sa nature ne lui permettrait. Mais il ne refuserait pas les occasions de les tenter. La plus classique intelligence consentirait à laisser courir parfois dans son œuvre des vibrations romantiques ; et l'imagination la plus symboliste ne refuserait pas de donner à l'expression de ses rêves ce qu ils se prêteraient à recevoir de précision classique.

Voilà, me semble-t-il, très sommairement, où l'on en était à l'été de 1914, quand la guerre éclata.

On a beaucoup agité la question de savoir quelle influence la guerre aurait sur la littérature française : c'est un problème actuellement insoluble.

La guerre, après avoir suspendu d'abord l'activité littéraire, lui a fourni dès 1915 une excitation puissante et des sujets variés autant qu'émouvants. Mais, chaque écrivain

CONCLUSION

a écrit ses livres de guerre avec sa formule d'avant guerre. Il a coulé l'inspiration parfois nouvelle que la crise de la patrie et de l'humanité lui apportait, dans ses moules habituels. On conçoit d'ailleurs que la guerre renouvelle les pensées des hommes, leurs conceptions du monde, de la vie, des rapports humains, de Dieu même, plus aisément que les procédés littéraires. La création d'une technique nouvelle ne peut en être qu'un effet indirect qui résultera du renouvellement préalable des idées et des sensibilités. Ce renouvellement même des idées et des sensibilités ne s'est pas fait complètement pendant la guerre, et ne peut pas se faire tout de suite après la guerre. Car toutes les générations arrivées à maturité sont fixées dans leurs types ; et le cataclysme mondial les détruit plus facilement qu'il ne les change. La guerre a exalté dans des sens divers les écrivains qui étaient dans la force de l'âge ; elle ne les a pas transformés. Ce sont les soldats de vingt ans, que le destin a pris et pétris dans les années décisives où l'homme s achève, ce sont les adolescents indécis, qui recevaient dans leurs lycées et leurs familles l'empreinte de cette terrible époque, ce sont enfin, les enfants de la guerre, nés de parents dont les événements tendaient à l'excès les nerfs et secouaient violemment tout l'organisme physique et moral : ce sont ces générations-là, qui n'entreront en scène que dans dix, quinze ou trente ans, qui nous apprendront SI les années 1914-1918 auront eu une répercussion décisive sur la littérature française, sur l'inspiration et la forme des œuvres. Jusqu'ici, rien de net, d'évident n'a été enregistré ; la littérature a continué de marcher dans toutes les routes qu'elle connaissait avant 1914. Tout ce qu'on peut dire, c'est que ses allures ont peut-être été plus vives et plus agitées. Toutes les inspirations ont été

RELIURE MOSAÏQUÉE DE GRUEL. a Cette reliure est comprise à l'imitation de certaines reliures du XVI° siècle. (Exécutée pour la Collection Audéoud, elle est aujourd'hui conservée à la Bibliothèque Nationale.

LE GÉNIE LATIN. 0 Statue de Jean Magron dans le Jardin du Palais-Royal. Symbole du Génie latin qui fut un élément si puissant dans la formation du caractère, du goût et du langage de notre pays. CL. HACHETTE.

portées par la guerre au paroxysme : l'inspiration patriotique et nationaliste ; l'inspiration internationaliste, humanitaire et pacifiste ; mais aussi, par réaction contre l'une et l'autre, la dévotion inhumaine à la beauté seule qui fait de l'indifférence aux passions nationales ou sociales le devoir premier de l'artiste. Ces trois directions étaient connues ; la guerre n'a fait qu'élever les voix de quelques tons.

Sans me hasarder à d'inutiles pronostics, il me semble que, si la guerre doit influer sur la littérature, elle le fera surtout en tranchant la question pendante, dont j'ai parlé, entre le classicisme et le romantisme. Elle la tranchera d'abord par le tour qu'elle donnera à l'éducation nationale. La guerre a fait réfléchir les Français sur le fort et le faible de la mentalité créée en eux par les dix siècles de leur civilisation. Ils ont conçu la nécessité de confirmer chez eux certaines qualités ou de détruire certains défauts : ce qui ne se peut que par une réforme de l'éducation nationale.

Les uns regardent la victoire. Elle est si belle. Ils regardent le combat : il a si bien fait éclater l'héroïsme de la race, ses qualités essentielles d'enthousiasme, d'honneur, de sacrifice, de souplesse, de vive intuition, d agilité débrouillarde. On dit : « Nous sommes une race chic. Notre victoire est la victoire de l'esprit latin sur 1 esprit

EPOQUE CONTEMPORAINE

RELIURE DE MERCIER POUR SALAMMBO. DE GUSTAVE FLAUBERT, a

Celle reliure, exécutée en I9C0, pour la Collection Audéoud, est aujourd' Lui conservée à la Bibliothèque Nationale.

germanique, la victoire de l'intelligence, de la sensibilité, du goût sur la science pédante et le mécanisme organisateur. Développons donc en nous les qualités natives, les qualités de notre tradition et de nos origines, que nos enfants soient des « Latins » comme ont été nos pères, comme nous sommes nous-mêmes. Retournons au grec, au latin ; plongeons-nous-y ; remontons à nos sources. N'ayons pas trop de contacts avec les étrangers ; ne nous gâtons pas par les cultures étrangères. Formons la France de demain à l'image de la France d'autrefois et de la France d'aujourd'hui. » On admet que nous nous suffisons à nousmêmes et que nous ne pouvons que gagner à nous concentrer en nous-mêmes.

Les autres regardent la dureté du combat et le coût de la victoire. Nous avons failli périr. La patrie et la civilisation française ont couru le plus grand risque qu'elles aient couru depuis quatre ou cinq siècles. Elles ne se sont sauvées que par la ruine de nos plus riches départements, par la perte d'un million et demi d'hommes jeunes, élite de l'intelligence et du travail, qui auraient été la force de la France de demain. Pourquoi tant de péril? Pourquoi tant de sacrifice? Parce que nous avons été ignorants et imprévoyants. Nous n'avons pas connu l'ennemi, ni sa préparation, ni sa volonté certaine de guerre. Nous n'avons pas connu, nous n avons pas préparé les moyens indispensables de la guerre moderne. Nous avons laissé nos enfants courir à la mort pleins d'illusions comme étaient pleins d'illusions

leurs parents, nos gouvernements et leurs chefs. Nous avons dû livrer nos provinces à la dévastation pour nous donner le temps de nous préparer. Nous avons dû opposer au matériel formidable de l'ennemi, aux machines de toutes sortes, des poitrines d'hommes, la chair vive de nos fils, pour nous donner le temps de construire du matériel et des machines. Nous avons trop aimé nos théories. Nous les avons employées à résister aux faits, à nier les faits : et des milliers de vies françaises ont été immolées à nos entêtements de théoriciens. Nous avons tous été coupables. Nous ne voulons pas que cela recommence. Instruisons nos fils mieux que nous n'avons été instruits nous-mêmes. Donnons-leur une éducation raisonnable. Faisons-leur connaître le monde actuel. La France d'abord, la langue et la pensée françaises. C'est le fond. Mais qu'ensuite ils sachent les langues étrangères, les littératures étrangères, les mentalités et les mystiques étrangères. Qu'ils puissent surveiller de très près la pensée de l'ennemi. Faisons-leur connaître la science, qu'ils la respectent, et qu'ils soient incapables de tricher avec elle. Qu'ils étudient patiemment toutes les données de fait qui sont les bases fermes de l'idée, toutes les conditions positives qui jalonnent la direction de l'action efficace. Qu'ils ne persistent jamais à s'abriter dans leurs chères théories, après que l'expérience les a fracassées. Pénétrons-les bien de cette maxime que, si l'on peut faire un sot emploi du savoir, l'irrémédiable sottise est celle de l'ignorance qui se complaît en ellemême. 11 ne s'agit pas d'éteindre ni d'altérer chez nos enfants le génie séculaire de notre peuple, mais de leur

RELIURE POUR LA CITÉ DES EAUX. D'HENRI DE RÉGNIER. jH Cette reliure a été exécutée en 1912 par R. Kieffer et offerte par lui à la Bibliothèque Nationale.

CONCLUSION

TOLLA. PAR EDMOND fiSO\JT .a Reliure dessinée far Ai. Giratdon et tissée en soie pour la Librairie Hachelle. (\889.)

apprendre à ne pas le gaspiller, à le discipliner pour lui faire rendre tout ce qu'il peut. Nous voulons développer en eux toutes les qualités d'imagination, de sensibilité, d'intuition, de goût, qui sont l'éternel charme de la France, mais nous voulons les développer harmonieusement, dans la mesure, et sous le contrôle de l'intelligence armée de savoir et de méthode. Nous n'irons pas ainsi contre notre tradition ; mais nous réaliserons notre tradition dans une forme vraiment moderne, et adaptée au besoin impérieux du temps présent.

De la solution qui sera adoptée pour l'éducation nationale dépendra, pour une bonne part, l'avenir de la littérature française : le triomphe d'un idéalisme d'essence romantique tout appliqué à nous créer un monde illusoire d'images dont nous soyons ravis, ou celui d'une discipline réellement classique qui soumettra la littérature à la raison et à la vérité.

Il faut d'ailleurs tenir grand compte de l'accident toujours possible du génie. Sans doute, en littérature comme ailleurs, le génie ne crée rien de rien. Il capte toujours des courants de la vie et de l'art de sa nation ou de son temps. Mais il transforme et multiplie au delà de toute prévision, de toute imagination. Dix ans avant le Discours sur les sciences et les arts, qui eût cru Rousseau possible, et possible la révolution qu'il fit? Sans lui, peut-être le courant sentimental fût-il demeuré un des courants secondaires du siècle de Voltaire et de l'Encyclopédie. La sensibilité

française se serait peut-être contenue dans l'aspiration humanitaire et morale, sans s'épanouir mystiquement en religion, m poétiquement en rêverie. L'évolution littéraire du XX® siècle peut dépendre de deux ou trois génies qui paraîtront en 1930 ou en 1950, et dont personne aujourd'hui ne peut imaginer quelle sera la qualité ou la puissance.

N'oublions pas non plus que les plus beaux génies peuvent fleurir sur les rameaux extrêmes, les pousses folles, et non sur les maîtresses branches de la littérature. Leur œuvre peut se situer en dehors des grandes voies que suit 1 intelligence française. Elle peut créer une façade magnifique de poésie et de beauté à un siècle de prose et d'abstraction. L'inverse aussi peut se produire.

Il n'y a donc pas de réponse à la question : De quoi demain sera-t-il fait?

A quoi bon vraiment poser la question? Confions-nous à l'avenir sur la foi du passé.

Voilà dix siècles que la littérature française vit, qu'elle se transforme en restant toujours elle-même. De ces dix siècles, il n'y a peut-être que le xiv*' et, si vous voulez, aussi le XV® (dans sa première moitié du moins) qui n'aient pas été de grands siècles littéraires. Cela rassure. Cela doit rassurer surtout après l'épreuve récente qui nous a enlevé l'inquiétude que nous nous étions forgée, avec le concours empressé de quelques étrangers, d'être d'une nation irrémédiablement en décadence, aveulie et épuisée.

EPOQUE CONTEMPORAINE

RELIURE DE MARIUS MICHEL POUR UN CŒUR SIMPLE,^ DE FLAU- BERT, e) Cette reliure, exécutée pour la Collection Aad'oud. est aujourd'hui conservée à la Bibliothèque Nationale. (189L)

Le Xix*^ siècle, si riche, si agité, si confus, a poursuivi, à travers tous ses enthousiasmes et toutes ses désillusions, l'élargissement et l'enrichissement de la tradition. Ne jugeons pas un moment en l'isolant : il est solidaire de ceux qui le précèdent et de ceux qui le suivent. L'extrémité d'extravagance où parvient un chercheur téméraire de formules nouvelles, prouve qu'un de ses devanciers est parvenu, en sens inverse, à une pareille extrémité, ou bien force un de ses successeurs à tenter d'y parvenir. L'action commande la réaction, et l'amplitude de celle-ci correspond à l'amplitude de la première. Ne nous émouvons pas trop quand il nous semble qu'un mouvement littéraire s'exagère jusqu'à la déraison ; s'il en est vraiment là, c'est que le mouvement contraire n'en a pas pour longtemps avant de se dessiner.

Tous les excès du romantisme traduisent l'effort désespéré qu'il a fallu pour débarrasser la littérature de la camisole de force des règles et des bienséances pseudo-classiques. Ces excès, à leur tour, ont obligé le naturalisme à pousser le plus loin possible sa prétention de réalité exacte, ou de vérité scientifique. L'insignifiance et la sécheresse où aboutissait le naturalisme a suscité, comme contre-partie, l'outrance de l'irréalité symbolique.

Après de si violentes oscillations, serait-il impossible que le XX^ siècle arrivât à une démarche plus composée et à une stabilité relative?

Bien des gens se tourmentent de la peur que la tradition française ne s'éteigne. Ils n'osent pas faire un mouvement de peur de la perdre. Ils se laissent mourir de faim, de peur d'admettre en eux des substances étrangères qui altéreraient la pureté de leur nature française.

Ils peuvent être tranquilles. La tradition les tient plus solidement qu'ils ne pensent ; elle est plantée en eux profondément, bien au delà de la région des idées conscientes et des doctrines réfléchies. Le génie le plus français n'est pas toujours l'esprit timoré qui se contraint à n'avoir que des pensées françaises et à présenter à tous moments une physionomie française. Ce sont les étrangers, les immigrés, les métèques, comme certains de nous aiment à dire, qui ont à s'appliquer pour être Français. Pour le Français de bonne et vieille souche (peu importe qu'elle soit noble, paysanne ou bourgeoise), il a la France en lui ; il ne dépend pas de lui de s'en débarrasser. Allons donc hardiment à travers la vie. Toutes les vérités que nous pourrons atteindre seront françaises, pensées par un Français. Toute la beauté que nous pourrons concevoir sera française, réalisée par un Français. Soyons, sans scrupule, tout ce que notre esprit et notre talent nous permettent d'être : nous serons toujours de notre sang. Si nous apercevons chez des étrangers, en dehors du monde latin, chez les Allemands ou les Nègres, des sources de vérité ou de beauté, détournons-les à notre usage. Nous ne gâterons pas en nous l'hérédité française ; nous n'assimile-

TRENTE ET QUARANTE PAR EDMOND ABOUT. a Reliure dessinée dot Ad. Ciraldon Dom ta Librairie Hachette. (1891.)

CONCLUSION

LE PALAIS DE L'INSTITUT DE FRANCE, a Ce tialais, élevé sur les r>lans de Leoau, fut fondé par le cardinal Mazarin en 1663 pour abriter le Collège des Qualre-Nations. En 1806, il fut affecté à l'Institut créé par la Conoention ( 1795) et réorganisé par le premier Consul ( 1803) . CL. HACHETTE,

rons que ce qui est assimilable ; le reste s'écaillera vite et tombera.

La tradition n'est pas un canon à observer ; elle n'est pas fixe : elle sera fixe le jour où la civilisation française sera une chose du passé, une chose morte. Alors, on pourra dresser l'inventaire de ce qu'elle contient, marquer ce qu'elle exclut, et en chercher les raisons. Mais aussi longtemps que l'esprit français sera une force vivante, la tradition ira de génération en génération s'élargissant, se compliquant, absorbant des éléments nouveaux, déconcertants parfois pour les dévots des orthodoxies périmées, sans que jamais on puisse dire une fois aux jeunes : « C'est tout ; la tradition française est faite, vous n'y ajouterez plus rien » ; ni opposer à un novateur, avant que sa nouveauté ait subi l'épreuve du temps : « Ceci n'est pas français ; ceci ne sera jamais français ».

Nous qui sommes le public, nous ne savons jamais si un penseur ou un artiste n'arrivera pas à créer une variété nouvelle de pensée ou de beauté françaises. Nous avons le droit de déclarer que nous n'aimons pas la fleur nouvelle qu'on nous présente, sa couleur ou son parfum, qui nous étonnent ; nous pouvons nous apercevoir qu'il n'a pas encore poussé de fleur pareille dans le jardin de la France ; il serait hasardeux d'ajouter que cette fleur ne s'acclimatera jamais dans notre sol et sous notre climat ; nous pourrions recevoir de l'expérience le démenti qu'ont reçu les Baour- Lormian et les Viennet quand, au nom de la tradition française, ils niaient cette chose inouïe qu'était le romantisme.

La puissance d'assimilation d'une nation, et particulièrement de notre nation, est incroyable. Du latin et de la latinité, mêlés de celtisme et de germanisme, nous avons fait une première fois le clair filet de langue et d'esprit de notre Moyen âge. Après quelques siècles ,d'un retour à la latinité, et de la découverte de la Grèce et de l'Italie, nous

avons fait notre Renaissance. Nous avons chargé, gonflé, distendu de toutes façons la langue et l'esprit gaulois. Le XVIl'' siècle a digéré cette formidable acquisition. De l'antiquité et de l'Italie transformées, il a fait notre grande époque classique. Le XVIII^ siècle a achevé de filtrer le mélange ; il a retrouvé, perfectionnée et assouplie, la prose limpide et leste du XIII*^ siècle. Mais il a commencé à emmagasiner toutes sortes de produits anglais ou allemands. Le romantisme a brassé tout cela avec ce que nous allions arracher à notre Moyen âge; et la France s'est créé un grand lyrisme dont on commence à bien voir à quel point il reste enraciné dans la tradition nationale, et plus proche parent, certes, du classicisme français que du romantisme allemand ou anglais.

Il ne faut pas s'écrier : tout est perdu, quand un jeune écrivain tord ou distend la langue : il n'y a de perdu, tout au plus, que son temps et son papier. Après tout, ces dislocations, parfois, je l'avoue, assez extravagantes, sont, pour la langue française, des exercices d'assouplissement qui indiquent à chaque moment de quoi elle est capable. Ils fixent au moins la limite de ce qu'elle peut actuellement supporter.

Il ne faut pas prendre Montmartre trop au sérieux. Je ne suis pas davantage pour le prendre au tragique. Il ne faut pas permettre que Montmartre nous masque, comme à certains étrangers, Paris et la France. Mais, il faut tout de même avouer que Montmartre est dans Paris, et en France.

'( Attendez et voyez » (Wait and see), comme disent nos amis les Anglais : ce n'est pas toujours bien sûr en politique ; c'est sans danger en littérature. La réflexion que Sainte-Beuve, jadis, faisait au Sénat impérial sur l'imprudence de conspuer trop fort les idées auxquelles on n'est pas habitué, est encore plus judicieuse et plus vraie quand il s'agit des formes du goût littéraire.

H'"'' Littérature. T. II.

ÉPOQUE CONTEMPORAINE

Au nom de « sa conscience d'écrivain et d'homme, qui se croyait le droit d'examen et de libre opinion », Sainte- Beuve conseillait de ne pas se laisser aller à dénoncer comme ennemis de la morale et de la société des gens « qui demandent souvent des choses justes au fond et légitimes, et qui seront admises dans un temps plus ou moins prochain )>. « Prenez-y garde, contmuait-il, ces calomniés de la veille deviennent les honnêtes gens du lendemain, et ceux que la société porte le plus haut et préconise. jMalheur à qui les a persécutés et honnis ! Agir à leur égard de la sorte..., c'est se faire tort, c'est se préparer de grands mécomptes, et, si le mot était plus noble, je dirais, de grands pieds de nez dans l'avenir.... »

Il exhortait donc ses auditeurs scandalisés et rebelles à « extraire ce qu'il y a de bon dans le socialisme, pour... le faire rentrer dans l'ordre de la société.... »

Méditons ces sages paroles, nous autres critiques et

lecteurs, appliquons-nous loyalement à extraire ce qu'il y a de bon dans le symbolisme, et dans tous les mouvements qui l'ont suivi, jusqu'au cubisme, ou qui suivront le cubisme et qui le rangeront bien vite parmi les choses désuètes et rétrogrades. Ne nous préparons pas les pieds de nez de l'avenir. Il y a une fatuité un peu forte à vouloir arrêter à soi le développement du génie français et le renfermer dans nos bornes. Comme la France est plus grande que tous les partis, le génie français est plus large que toutes les esthétiques. Nous avons le droit de croire, et le droit d'espérer, qu'il naîtra en France, au xx*^ siècle, et dans les siècles suivants, des chefs-d'œuvre dont nous n'avons pas l'idée et qui bousculeront toutes nos idées : chefs-d'œuvre pourtant où nos descendants, non moins intelligents que nous, sauront retrouver le visage de la France éternelle.

Ayons confiance.

COUR PRINCIPALE DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE Les bâtiments qui entourent cette cour ont été élevés d'après les dessins de Robert de Cotte et renferment le Département des manuscrits. CL. HACHETTE.

INDEX ALPHABÉTIQUE

Contenant les nomi de tous les auteurs étudiés ou mentionnés dans l'ouvrage, et ceux des principaux personnages qui intéressent à quelque titre l'histoire de la littérature française. Les chiffres arabes composésen caractères gras indiquent, pour les principaux auteurs, les passages où. se trouvent les études les plus développées avec les notes biographiques et bibliographiques. Les chiffres romains composés en caractères gras indiquent le tome de

l'ouvrage.

Abailart, I, 98, 145.

Ablancourt (d"), I, 422, n. 1.

About (Edmond), II, 312, 326.

Ackermann (Mme), II, 349, n. I .

Adam (Mme), Juliette Lamber, II,

Adam (Paul), II, 279 etn. 1, 404.

Adam de la Halle, I, 68, 86, 149.

Addison,II,65,77, 169, 170 etn. 3.

Adenet, I, 28.

Agout (Mmed"), II, 381.

Agrippa, I, 196, n. 1 . Aiguillon (Ducd"), II. 103.

Ailly (Pierre d"), I, 118.

Alain de Lille, 1,98, 101, 105, 122.

Alamanni, I, 309 et n. 2.

Alarcon, I. 382.

Albéric de Besançon, I, 1 7, n. 1 , 36.

Albéroni, II, 62.

Alciat, I. 199, n. 1, 200, 226, n. 1.

Ale'andre (Jérôme), I, 178.

Alfieri, II, 170, 199.

Algarotti, II, 79.

Aliénor d'Aquitaine, I, 39, 68

AUart (Hortense), II, 381.

Amaury de Bène, I, 93.

Ambroise (Saint), I, 30.

Amiel (H.-F.), II. 373. 374, n. I.

Ampère, II, 381 .

Amyot, I, 172, 174, 200, n. I, 202, 205-206, 212, 223, 242, 244, 307. 325.

Anacréon, I, 222. — II, 191.

Ancelot (Mme), II, 292.

Ancey (G.), II, 420 et n. 2.

André le Chapelain, I, 96, 98, 99.

Andrelin (Fauste), I, 177, n. 1,

Aneau (Barthélémy), I, 215, n. 2.

Angellier (Auguste), II, 407-408, 418, n. 12.

Angennes (Julied'). WoWMontau-

sier (duchesse de).

Annat (Père). I, 341.

Anne d'Angleterre (reine), II. 169.

Anne d'Autriche, I, 423.

Anne de Bretagne, I, 185.

Annunzio (Gabriel d'), II, 385 et

Anquetil, II, 234, 286, 313, 314.

Antoine (André), II, 420, n. 3,

Antolmy, II, 172, n. 2.

Apicius, II, 3, n. 1 .

Arago (François), II, 371.

Arbelet (Paul), II, 308.

Archil oque, II. 191.

Ardent (Raoul), I. 121.

Arétin (L'), I, 196, n. 1, 258.

Argens (d'), II, 79. 173.

Argenson (Marquis d ), II, 70,

73, 76, 85, 103. etn. 3, 111.

Argental (d"), II, 76, 80, n. I.

Argout (Comte d'), II, 310, n. 2.

Arioste, I. 48, 210. 222, 280. 282,

310, 312, 372, 380 et n. 1 et

3,414.-11, 258 Aristophane, I, 85, 150, 151, 162,

Aristote, I, 92. 98. 118. 120. 168.

170, 177. 225 et n. 2. 295. 310.

Arnal (acteur). II, 294.

Arnaud (Abbé), II, 196, n 1 Arnauld (Agnès), I, 338, n. 2 Arnauld d'Andilly, I, 338, n. 2,

Arnauld (Angélique), I, 336, 338, n.2.

Arnauld (Antoine), I, 299, 337 et n. 1, 338 et n. 2, 339 et n. 1, 340, 341 et n. 2. 406, 422, n. 1.

Arnault (l'avocat), I. 236, 338, n. 2.

Arvède Barine(Mme Vincens), II, 372, n. 9.

Artois (Comte d'), II, 165

Aubert (Abbé), II, 196, n. 1.

Aubignac (abbé d'), I, 314, n. 2.

316, 372. 374 et n. 1 Aubigné (Agrippa d"), I, 172, 231,

232 et n. 1, 260. 276-278, 313,

Auchy (Vicomtesse d'), I, 282.

Audefroid le Bâtard, I, 64, n. 1.

Audoux (Marguerite), II, 417 et n. 2.

Aufresne (comédien), II, 173.

Augier (Emile), I, 392, 396. — II. 54. 56, 168. 292, 351-352.

Augustin (Saint), I, 98, 336, 348,

Aulard(A.),II,203.n, l,333,n. 1,

Aulnoy (Mme d'), II. 61.

Aumale (Duc d'), II. 381 Avienus. I. 417

Babrius. I, 417.

Bachaumont. I. 419, n. 2.

Bacon (François), I. 253. — II.

Bacon (Roger). I. 92. 98.

Bâcle. II, 140.

Baculard d'Arnaud. II. 79.

Baïf (Antoine de). I, 208 et n. 2.

221 et n. 1. 222. 380 et n. 2.

Baïf (Lazare de). I, 205 et n. 1.

Bain (Alexandre). II. 334. 371 et n. 1.

Ballanche. I, 208.

Baluze, I, 367 et n. 3.

Balzac (Guez de), I, 126, 252, 254. 270. 271. 272. n. 2. 276, 279. n. 1. 282 292-294, 295, 296, 300, 301. n. 1. 302. 303 et n, 2. 318. 324. 325, 360. n. 1.

Balzac (Honoré de), I. 78. 387.

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