‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 37 sur 364 · VIE. HUMEUR. IDÉES. COMPOSITION DES MÉMOIRES. 0 L'ARTISTE · texte numérisé non relu

VIE. HUMEUR. IDÉES. COMPOSITION DES MÉMOIRES. 0 L'ARTISTE

UN des contrastes les plus frappants que présente le XVIII*^ siècle, c'est Saint-Simon contemporain de Voltaire et de Montesquieu : les Mémoires sont rédigés dans les années où paraissent les Lettres anglaises, où se forme VEsprit des lois. Jamais homme ne fut moins de son siècle que le duc de Saint-Simon ^ : par ses idées, c'est un féodal ; par son tempérament, il est notre contemporain. Ce duc gothique est le plus moderne artiste de la littérature antérieure à la Révolution. Il fait penser à M. d'Epernon et à Michelet.

\. Éditions : Mémoires, éd. princeps, 21 vol. in-8, 1829-1830 ; 2' éd. Chéruel, 20 vol. ln-12, Hachette, in-18, 1872 : éd. de Bolslisie, 14 vol. in-8. 1879-1900 (Coll. des Gr.Ecr.), Hachette ; Écrits inédits, éd. Feugère, Hachette, 8 vol. in-8 ; Projets de gouvernement du duc de Bourgogne, Mémoire attribué à Saint-Simon, éd. P. Mesnard, Paris, Hachette, 1869. — A consulter: Talne, Essais de critique et d'histoire; E. Faguet, Les Grands

CARACTÈRE DE SAINT-SIMON. ^ iz; Né en 1675,

d'un père très vieux, qui devait sa fortune et son titre à Louis XIII, il grandit loin de la cour de Louis XIV, parmi les souvenirs de l'autre règne, dans une dévotion attendrie au feu roi, au «roi des gentilshommes », qui enveloppait une sourde aversion pour le roi des commis. Mousquetaire gris à dix-sept ans, mestre de camp de cavalerie, il est démissionnaire en 1702, de dépit de n'avoir pas passé brigadier : le roi, qui à cette date avait plus que jamais besoin d'officiers, et qui n'aimait pas les esprits si prompts

Maîtres du XVIl' sièile, Paris, in-12, 1885 ; G. Boissier, Saint-Simon, Hachette (Coll. des Gr. Ecriv. fr.), in-16. 1892; le P. Bliard, de la Ccmi aer ie de Jt'sus, les Mémoires de Saint-Simon et le Pire Tellier, in-8, Pails, 1891. p.. Bourgeois, La lolluhurulion de Saint-Simon et de Torcy, 1905.

LE DIX-HUITIËME SIECLE

POR l RAI 1 DE LUUlà, DUC DE SAINT-SIMON, a Peinture originale afifiartenani à ses descendants. Au haut de la toile, on voit les armoiries que portait l'auteur des Mémoires: « EcarteU au 1. et4' échiqueté d'or et d'azur au chef de France qui est Vermandois, au 2. et 3. de sable à la croix d'argent chargée de cinq coquilles de gueules qui est Rouvroy. »

à fixer leur droit, ne lui pardonna jamais d'avoir quitté l'armée. C'est une des caractéristiques de l'organisation sociale de ce temps, que cet homme mal vu du roi, et qui n'aimait pas le roi, ait vécu plus de quinze ans près du roi, sans songer à quitter, sans qu'on songeât à le renvoyer, parce que, étant duc et pair, sa place était là. Même après sa lettre anonyme à Louis XIV, si éloquente et si dure, soupçonné et, dans l'esprit du roi, convaincu de l'avoir écrite, il resta à la cour. Il fut de la cabale du duc de Bourgogne et put fonder de hautes espérances de fortune sur le prochain règne : la mort du prince le fit désespérer du bonheur public et du sien. Mais le duc d'Orléans l'aimait et l'estimait : Saint-Simon fut appelé au conseil de Régence ; son rôle n'y fut important que dans les circonstances où ses rancunes servaient les idées ou les intérêts du gouvernement, dans la substitution des conseils aux ministres, dans la déchéance des princes légitimés. Le grand acte de la vie publique de Saint-Simon fut son ambassade de 1722 : mission tout honorifique qui consistait à demander au roi d'Espagne la main de l'infante pour Louis XV. Après la mort du Régent, Saint-Simon se retire : il vit jusqu'en 1755, dans son hôtel de la rue Saint-Dominique et dans son château de la Ferté-Vidame, écrivant avec une activité fiévreuse.

Ce qu'il écrivait, c'était le détail de ses idées et de ses

Page 1