I. Né à Paris, le 21 novembre
LE DIX-HUITîEME SIECLE
J'ai vu CCS maux , fous le icgnc funelte D'un Piincc, que lailis la colcrc cc'.cfte Accorda par vengeance à nos defir^^ arJcni ; J'ai vu CCS maux, hélas! & je n'ai j>as vingt ans.
Ce fut cette ineee dcliappde à M. de Voltriiie en 17 '8, qi;i le li: niccire à la Bailille. Il Ta oùlavouéc ; mais ti la n:aiiicie dans la prtilke de ft.'ii (Edipe.
LES J'AI vu. a Fin de la pièce satirique contre Louis XIV qui fut attribuée à Voltaire et causa son emprisonnement . Cette pièce de vers était en réalité d' An tcinc- Louis Lebrun. ffiibl. Nat„ Imp.) CL. hachette.
Maisons, d'Argental et son frère, les deux d'Argenson, Richelieu ; si quelques-uns, comme d'Argental, deviennent absolument dévoués à sa fortune, il retiendra les autres comme protecteurs à force de souplesse et de flatterie ; aucun dégoût, aucune trahison de cet ignoble duc de Richelieu ne le rebutera. Ce qu'il voulait d'abord, c'était vivre dans le grand monde et dans le « monde où l'on s'amuse souper avec des gens titrés et des comédiennes.
Il avait un parrain, l'abbj deChâteauneuf, qui réalisa ses premiers rêves : par lui, tout enfant. Voltaire entrevit Ninon, qui s'intéressa, dit-on, à ce spirituel gamin et lui légua de quoi acheter des livres. Par lui, plus tard, le fils de Arouet devint page d'un ambassadeur : c'était le marquis de Châteauneuf, frère du parrain, qui représentait la France à La Haye. Par lui enfin, Voltaire fut introduit chez le grand-prieur de Vendôme, dans cette libre société du Temple, où les mœurs et l'esprit étaient sans règle. Tandis que les Pères Porée et Tournemine avaient formé le goût du petit Arouet, Ninon, Châteauneuf, les libertins du Temple furent les vrais éducateurs de son esprit ; cela promettait un beau docteur d'irréligion.
Chez le grand-prieur. Voltaire connut les Sully, les Villars ; on faisait fête à son esprit, il hantait les hôtels des grands seigneurs et leurs petites maisons. Ce fut une griserie : il lâcha la bride à sa malice. Deux pièces satiriques circulèrent sous son nom. Un exil très joyeux ^ à Sully, chez le duc, ne lui enseigna point la prudence. Mais un
beau jour il se réveilla à la Bastille (1717), où il resta onze mois Dans ce séjour, il eut le loisir de penser. Il comprit qu'il fallait asseoir sa vie sur des fondements plus solides que des succès de conversation ; il travailla à se placer aux côtés des grands hommes qu'il admirait alors docilement avec le monde : La Motte, J.-B. Rousseau, Crébillon. Il finit Œdipe, il commença la Henriade. En SIX ans ( 1 7 1 8- 1 724), il va se faire reconnaître comme le plus grand poète tragique du temps, comme le seul poète épique de la France. Il excelle à préparer ses succès. Avant d'imprimer sa Henriade, il la porte de château en château, il en fait des lectures, il fouette la curiosité publique.
Cependant, après l'ombrageux despotisme, il éprouve la rassurante faiblesse du gouvernement. Le bonasse Régent, qui l'avait embastillé, s'était laissé tirer une pension par une dédicace ; et plus tard, au moment où le ministère venait de le contraindre à imprimer clandestinement à Rouen sa Henriade, dont les exemplaires entraient la nuit à Paris dans les fourgons de la marquise de Bernière, Voltaire poussait sa première pointe à la cour, il recevait une pension sur la cassette de Marie Leczinska ; cette petite dévote se laissait ensorceler par l'esprit du poète, à qui la tête tournait en s'entendant appeler familièrement par la reine : « mon pauvre Voltaire ».
Une bourgeoise hérédité de sens pratique l'empêcha pourtant de se repaître de fumée, et tourna ses pensées vers les solides acquisitions. Voulant traiter d'égal avec ce monde hors duquel il ne pouvait vivre, il comprit qu'il ne fallait pas se mettre à la discrétion des grands ni aux gages des libraires ; il voulut être riche pour ne dépendre que de SOI. Utilisant ses relations avec les frères Pâris, qui l'intéressèrent dans certaines entreprises, appliqué et entendu aux affaires d'argent, guettant les bons placements, il commença dès ce temps à se faire la plus grosse fortune qu'on eût encore vue aux mains d'un homme de lettres.
Ces heureux commencements furent interrompus par un fâcheux accident. Voltaire se laissait aller à croire qu'il était à sa place naturelle dans le monde aristocratique où l'on accueillait son esprit : il devenait familier, impertinent. Quand le grand seigneur était un sot — cela arrivait même en ce siècle — et ne valait rien aux assauts d'esprit, il ne pardonnait pas à ce petit Arouet d'avoir pris sa noblesse pour plastron. Un chevalier de Rohan, en 1725, lui fit donner des coups de bâton à la porte du duc de Sully, chez qui il soupait. Le duc de Sully n'en fit que rire. Voltaire appela le chevalier en duel. Cela parut outrecuidant ; et la famille de Rohan obtint qu'on mît le poète à la Bastille. Voilà encore une des expériences décisives qui fournirent à Voltaire ses idées sur le gouvernement de la France.
Au bout de cinq mois, on lui ouvrit la Bastille : mais à condition qu'il ne chercherait pas le chevalier de Rohan, et qu'il irait habiter l'Angleterre. Les trois années qu'il y passa furent une contre-expérience qui précisa toutes les