‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 42 sur 364 · NATION · texte numérisé non relu

NATION

Mr. DE V O L T A I R E.

Printed for C. Davis in Paîer-Nojlrr-Ro'v;. and A. Lvov in Rujfd-Slreet, Covenl-Gardoi. M DCX: XXXIII.

LETTRES PHILOSOPHIQUES, a Les Lettres philosophiques parmenl d'abord en anglais (1733). Elles avaient été traduites sur l'original français par Lockman. L'édition française ne parut qu'en 1734. (Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHETTE.

fait mal, se querellant sans cesse avec elle, déjà malade éternel, se droguant à sa fantaisie, se gorgeant de café, mourant et, l'instant d'après, vif et gaillard si un rien l'a mis en tram : avec cela, travailleur acharné, infatigable. Mme du Châtelet travaille de son côté. Elle aime les sciences, la physique, la philosophie : elle a un laboratoire, fait des expériences, étudie Newton. Elle oblige Voltaire à faire comme elle ; ils sont lauréats de l'Académie des sciences, elle pour le prix, lui avec la mention. Voltaire parfois se révolte : « Ma foi, dit-il, laissez là Newton, ce sont des rêveries, vivent les vers ! » Elle, au contraire, le persécute pour que ce poète ne fasse plus de vers.

C'est prudence plutôt qu'aversion : elle se souvient du Mondain, une apologie du luxe, irrespectueuse de la Bible, pour laquelle Voltaire a dû précipitamment aller voir la Hollande en 1736. Elle tient sous clef la Pucelle, arrête le Siècle de Louis XIV. En somme, cette influence est bienfaisante : elle « lui sauve beaucoup de folies « ; Mme de Grafïigny en témoigne : « S'il n'était retenu, dit-elle, il se ferait bien des mauvais partis. » Elle a soin de sa dignité aussi ; elle l'empêche de se perdre dans d'avilissantes polémiques contre les Desfontaines ^ et autres folliculaires.

Après dix ans d'absence. Voltaire reparaît à Paris ; et soudain une méchante comédie faite pour le mariage du Dauphin le met en faveur à la cour. Coup sur coup, le voilà académicien ^ historiographe du roi et gentilhomme de la chambre, poète officiel, rédacteur politique, négociateur secret : il va réaliser en France ce qui l'avait émerveillé en Angleterre. Des vivacités de langue, exploitées par des envieux, le brouillent avec Mme de Pompadour. Il quitte la cour ; on le voit chez la duchesse du Maine, à Sceaux et à Anet, à Cirey de nouveau, à Lunéville chez le roi Stanislas, toujours travaillant, écrivant, jouant la comédie, mais déjà plus grand personnage, indépendant de tous, égal à tous, et ne se gênant pour personne.

Ce fut à Lunéville qu'il perdit Mme du Châtelet (septembre 1 749). Il revient à Pans, s'y installe une maison que Mme Denis, une de ses nièces et veuve, est appelée à tenir. Il a chez lui un théâtre où il essaie ses pièces : c'est là qu'il découvre Lekain, le grand tragédien du temps. A cette date, Voltaire est formé. Le siècle l'avertit de se donner au combat philosophique, s'il veut rester maître de l'opinion. Mais, dès ses premières attaques^, il sent que le séjour de Paris lui est impossible. Il accepte alors les offres du roi de Prusse, qui lui promet sûreté, faveur et liberté. C'était la dernière expérience qui lui restait à faire.

VOLTAIRE EN PRUSSE. m première lettre du prince de Prusse à Voltaire date de 1736. Frédéric vivait à Rheinsberg, dans la disgrâce : son père, brutal,

1. Voltaire, blessé des critiques de l'abbé Desfontaines, lança le Préservatif (1738, in-12), auquel l'abbé riposta par la Voltairomanie (1738, in-I2).

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