Cf. la lettre du 18 décembre 1752, à Mme Denis
LA JEUNESSE DE VOLTAIRE
^^^^ ^/^^yCo<^ jL*>c^ ^^d^'^r^ ^ j!f^,.^:^^^^^9chtcy/**-^^
LETTRE AUTOGRAPHE DE FRÉDÉRIC 11 A VOLTAIRE. (BIbl. Nat., Mss.) ci., hachette.
blement enveloppé dans VHistoire des oracles de Fontenelle.
Mais l'irréligion de Voltaire n'est pas fondée exclusivement — ni même primitivement — comme chez Fontenelle sur la foi dans la raison et sur le principe de la science. Elle procède de sa nature avide de jouir, et que toutes les défenses de jouir révoltent. Voltaire est d'abord l'héritier de la tradition épicurienne, qui, depuis le XVI^ siècle, et à travers le XVIl*', défend l'instinct et la volupté contre le christianisme. Une religion qui gêne la nature, qui attache du péché au désir et au plaisir, lui fait l'effet d'un monstrueux non-sens. Voilà comment le catholicisme des jésuites, si confortable, si élégant, si complaisant aux raffinements, aux plaisirs, parfois aux faiblesses de l'esprit mondain, l'effarouche moins que le jansénisme, cette religion des hautes intelligences, si profonde en ses obscurités pour une raison non prévenue, mais si ascétique, si irréconciliable àtoutes lesdélicatessses, à tous les péchés mignons de la vie riche et voluptueuse. L'avilissement du jansénisme au temps des convulsionnaires et des billets de confession, la bigoterie étroite de la
secte amusent Voltaire : il se réjouit de voir se décrier les défenseurs de la morale austère. L'ennemi, pour lui, c'est la morale de l'Evangile, que le jansénisme montre dans sa dureté : c'est Pascal, dont la forte logique l'impose avec le dogme. Aussi l'un des premiers desseins philosophiques de Voltaire sera-t-il de prendre Pascal corps à corps, et de ruiner le raisonnement janséniste par la raison laïque. Lorsque Voltaire écrivait ses premières remarques sur Pascal, il ne faisait que continuer une tradition des esprits libres. Tous les épicuriens et sceptiques, de 1680 ou 1690 à 1730, firent leur Anti-Pascal, plus ou moins ouvertement. Sans parler de Saint-Evremond qui peut-être contredisait Pascal avant de l'avoir lu, Baudot de Juilly, BoulainvilHers (dans sa prétendue Réfutation de Spinoza), Rémond de Saint-Mard, Lévesque de Burigny, divers auteurs anonymes de traités irréligieux restés inédits ou imprimés après 1740, Vauvenargues même, ont pris à partie les points de vue ou les arguments des Pensées. Il y a là un courant très fort qui n'est plus guère représenté que par Voltaire et Vauvenargues dans la littérature qu'on lit encore.
H'^ Littérature. T. II.
LE DIX-HUITIEME SIÈCLE