‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 47 sur 364 · DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

DE VOLTAIRE

BemdiUus PP. XIV. diUclo filio Salutem ApoftoLicam , & hentdicliomm.

SEttimane fono ci fù prefenrato da Tue parta la fua belliflîma Tragedia di Mahomtr , la quale leggemmo con lommo piacertf. Poi ci prefeiuo il Cardinal Paflionei indi lei nome il fuo eccelente Pocma di Fomenoy . . Monlignor Leprotd ci diedc pofcia il diftico fatto da lei fotto il noftro rittratto. leri matina il Cardinal Valent! Cl prefento la di lei Lettera del i 7 Agofto. In queli4 lerie d'aiiioni lî conteiic;oiio molti

LETTRE DE VOLTAIRE .A BENOIT XIV. 0 Dans cette lettre, l'auteur dédie la tragédie de Mabomet à Benoit XIV. Le début de la réparte du souverain pontije à Voltaire est

reproduit en regard. Edition de Mahomet de 1751. (Bibl. Nat., Imp.) Cl. HACHETTE.

LA JEUNESSE DE VOLTAIRE

littérature : pour la première fois, l'érudition et l'art, la méthode et le style concourent, et nous sortons enfin des compilations sans valeur, des romans sans autorité, et des dissertations doctement illisibles.

Les mêmes qualités se retrouveront dans le 5iec/e de Louis XIV. Voltaire a utilisé toutes ses relations pour acquérir une ample et exacte mformation. Il avait vu les dernières années du grand roi ; sa vie accidentée le mit à même de consulter nombre de personnes qui avaient touché aux affaires, hanté la cour, ou que leurs pères avaient instruites de toute sorte de détails originaux et authentiques. Il me suffira d'énumérer les d'Argenson, Richelieu, les Châteauneuf, Vendôme, La Fare, Caumartin, l'abbé Servien, la duchesse du Maine, Villeroi, Villars, le marquis de Fénelon, des parents de Fouquet, de Mme de Maintenon, Bolingbroke, la duchesse de Marlborough, lord Peterborough : ces noms suffisent pour faire apprécier la valeur de l'information orale que Voltaire sut se procurer. Il eut entre les mains les mémoires encore manuscrits de Torcy et de Villars, ceux de Dangeau et de Saint- Simon : le maréchal de Noailles lui communiqua les mémoires de Louis XIV. Il lut deux cents volumes de mémoires imprimés. Enfin sa charge d'historiographe lui ouvrit les archives d'État. Il faisait avec soin la critique de ses sources, établissait le plus exactement qu'il pouvait l'authenticité, la valeur, la signification de chaque document. En somme, il a préparé son ouvrage de façon à contenter les historiens de nos jours.

D'autre part, dans ce sujet infiniment vaste, il nous fait admirer l'incroyable netteté de son esprit. Il se dirige avec aisance à travers le chaos des faits, débrouille, déblaye, noie le détail, fait saillir l'essentiel, lie les effets aux causes, note les conséquences, définit les rôles, analyse les carac-

I tères : chaque chapitre est un chef-d'œuvre de lucidité, de rapidité et d'intelligence.

j II manque cependant quelque chose au Siècle de Louis XIV pour nous satisfaire pleinement. Il y manque, d'abord, ce que Saint-Simon, bien moins intelligent, a mis surabondamment dans ses Mémoires : la vie. Voltaire est sec. Il abstrait, il analyse, il condense ; dans cette manipulation, le réel, le sensible, la couleur, s'évanouissent ; ce n'est pas seulement le dramatique qui fait défaut à cette histoire ^, malgré la prétention de Voltaire ; c'est cette sorte de résurrection du passé qui seule peut le faire connaître. Nous cherchons des sensations où Voltaire ne nous donne guère que des notions. Il épingle sur chaque fait, sur chaque personnage une petite note, précise, topique, substantielle, qui les explique ou les caractérise : il en fait des vérités intelligibles, jamais des réalités prochaines. Puis, l'effronté Voltaire s'enveloppe ici de décence, de mesure, de discrétion : il décolore l'histoire par un parti pris aristocratique et littéraire ; il en atténue la trop fré-

I.Pas entièrement. L'histoire politique et militaire du rè^ne est présentée dans un récit qui va d'un mouvement continu : l'auteur essaie de saisir l'imagination, d'exciter l'intérêt, de créer des sentiments d'attente et d'anxiété ; il fait succéder les tableaux, les revirements, les péripéties, il établit une progression ascendante d'abord, vers un point culminant de splendeur et d'orgueil, descendante ensuite vers la tristesse désolée d'une

CARICATURE CONTRE FRÉRON. a .Gravure anonijme au burin refirésenlant Fréron dans sa bibliothèque, tenant à la main /'Année littéraire. (Bibl. Nat.. Est.) CL. HACHETTE.

quente brutalité. Il a fallu Saint-Simon pour lever tous les voiles sous lesquels Voltaire avait coulé son vif regard et qu'il avait ensuite pudiquement ramenés.

On s'accorde à trouver la composition de l'ouvrage défectueuse : Voltaire nous donne vingt-quatre chapitres d'histoire politique et militaire, quatre chapitres d'anecdotes de la cour et de la vie privée du roi, deux chapitres du gouvernement intérieur, quatre des sciences, lettres et arts, quatre des affaires ecclésiastiques, et il termine par un chapitre saugrenu des disputes sur les cérémonies chinoises. Ce plan a l'inconvénient d'obscurcir le sujet à force de le morceler. On lit la guerre de Hollande au chapitre 10, et il faut attendre le chapitre 29 pour connaître la politique commerciale de Colbert, qui fut une des causes principales de la guerre. Dans cet excès de division apparaît une des impuissances capitales du XVIII^ siècle et de Voltaire : une analyse impitoyable sépare tous les éléments de la réalité ; et même un esprit comme celui de Voltaire échoue à rassembler ces fragments, à reconstruire le tissu, l'organisation des choses naturelles, à en remonter le jeu. Toutes les pièces du règne de Louis XIV sont dans les

fin de règme désastreuse. Mais tout cela trop académiquement, trop finement pour le goût d'aujourd'hui, on aime mieux un art plus libre et plus large. De même il y a une sorte de couleur, mais de cette couleur spirituelle et noble qu'on trouve dans la peinture du même temps.

LE DIX-HUITIEME SIECLE

tiroirs de l'historien : il ouvre chaque tiroir à son tour, et nous en détaille le contenu.

Une autre raison, plus profonde peut-être et plus décisive, rend compte du plan du Siècle de Louis XIV : c'est l'intention philosophique de l'auteur. La première édition du livre a paru à Berlin en 1751 : la première pensée en apparaît dans une lettre de 1732. Dans ces vingt ans, Voltaire a prodigieusement acquis, il a essayé bien des directions. Chacun de ses progrès a laissé une trace dans la conception générale du Siècle de Louis XIV. La base première du livre doit être cherchée dans la sincère passion de Voltaire pour les lettres, les sciences, les arts, pour l'œuvre intellectuelle de l'humanité. La grandeur de la littérature française sous Louis XIV l'attache à ce règne, et l'emplit d'admiration. Mais l'art n'est pas tout pour Voltaire, il ne croit pas que tout aille bien, parce que quelques beaux vers ont été écrits. Il y a en lui un bourgeois très positif : ce bourgeois-là s'intéresse au commerce, à l'industrie ; il est partisan d'une administration exacte, qui donne au travail de la sécurité, et qui accroisse le bienêtre général. Colbert et Louis XIV, les intendants, la « vile bourgeoisie » par laquelle le grand roi gouverne, lui offrent tout cela.

Ainsi se forme une première idée générale qui sert de base au Siècle de Louis XIV. « Je suis las des histoires où il n'est question que des aventures d'un roi, comme s'il existait seul ou que rien n'existât que par rapport à lui : en un mot, c'est encore plus d'un grand siècle que d un grand roi que j'écris l'histoire. — Ce n'est point simplement les annales de son règne, c'est plutôt l'histoire de l'esprit humain puisée dans le siècle le plus glorieux à l'esprit humain ^. » Faire V histoire de F esprit humain au temps de Louis XIV, exposer le progrès de la civilisation générale, depuis les poèmes et les tableaux, jusqu'aux canaux et aux manufactures, il n'y avait pas de conception

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