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M. DCC XXL
LETTRES PERSANES (\72]). a Édition originale de cet ouvrage qui circula d'abord sous le manteau, sans nom d'auteur, et nui suscita de nombreuses imitations (BIbl. Nat., Imp.). CL. HACHETTE.
pour maître. Toute une partie des Considérations atteste une lecture attentive du Discours sur l'Histoire univet' selle ; c'est celle où Montesquieu énumère les causes de la grandeur romaine. Il développe avec toute sa science et sa pénétration les rapides indications de Bossuet, quand il nous expose le fond de l'âme romaine, cet amour de la liberté, du travail et de la patrie, la force des institutions militaires et de la discipline ; l'ardeur des luttes intestines, qui tiennent les esprits toujours actifs, toujours en haleine, et qui s'effacent toujours dans les occasions de danger extérieur ; la constance de la nation dans les revers, et cette maxime de ne faire jamais la paix que vainqueurs ; enfin l'habileté du sénat, dont la substance se réduit à trois principes : soutenir les peuples contre les rois, laisser aux vaincus leurs mœurs, et ne prendre qu'un ennemi à la fols. Jamais Montesquieu n'a été plus érudit, plus ingénieux, plus profond que dans ce chapitre vi, où il nous explique le jeu de la politique extérieure des Romains.
Bossuet n'avait presque rien dit de la décadence de l'empire romain : ici Montesquieu marche seul ; et c'est une partie très neuve, très étudiée, et très originale. La grandeur de l'Etat romain qui a pour effet de substituer les guerres civiles aux dissensions du Forum, les guerres lointaines où périt le patriotisme du soldat, l'extension du droit de cité à toutes les nations, le luxe qui corrompt les mœurs, les proscriptions, qui, depuis Sylla jusqu à Auguste, brisent par la peur le ressort des âmes et les dressent à la servitude, la suite des mauvais empereurs, le partage de l'empire, la destruction de l'empire d'Occident par les invasions barbares, et la lente agonie de l'empire d'Orient, voilà les principales étapes de la décadence du peuple romain.
Il y aurait lieu d'étudier chez Montesquieu l'application de la psychologie à l'histoire, l'emploi de la psychologie individuelle et collective pour éclairer l'origine et les conséquences des faits. Ni dans les Considérations, ni dans VEsprit des Lois, Montesquieu n'oublie que les individus et les peuples réagissent diversement aux mêmes causes selon leur nature et leurs habitudes.
Le livre de Montesquieu est loin d'être complet et sans défauts. D'abord, la critique y est insuffisante. Montesquieu accepte les dires des historiens anciens ; il ne contrôle pas leurs assertions ; 11 ne s'embrarrasse pas de leurs contradictions. Il ne se doute même pas des conjectures de Salnt-Evremond ; il ne soupçonne pas la possibilité de la tâche que s'est donnée en ce moment même un érudlt de Hollande : quatre ans après les Considérations paraîtra la Dissertation de Beaufort sur l'incertitude des cinq premiers siècles de l'histoire romaine. Il ne pouvait connaître Beaufort : mais comment a-t-il pu Ignorer Levesque de Pouilly et le débat que ses doutes sur l'histoire des premiers siècles de Rome avaient suscité à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres quelques années plus tôt? Montesquieu raisonne sur Numa aussi intrépidement que sur Auguste. Il ne fait commencer sa tâche qu'à l'interpré-
MONTESQUIEU