CONVERSATION
De Mr. Vlntendant Des Menus , a>ec Mr. L'Abbé***. ,
IL y a quelque temps qu'un Jiuifconfultef de Tordre (des Avocats, ayant ttc confultc par une pcifonne de Tordre des Comédiens , pour favoii'it'quel point on doit flétrir ceux qui ont une belle voix,des gcftes nobles , du lentiment , du goùc, & tous les talens néxeiniires pour parler en public.
L'Avocat examina Taffaire dans Tordre des Loix.
L'ordre des Convulfionnaires ayant déféré cet ouvrage à la Grand'Chambre fiégeante à Paris ; elle a décerné un ordre de briller la Confultation , comme un Mandement , ou comme un Livre de J Je
me flatte qu'elle fera le même honneur à la petite Converfation de Mr. l'Intendant des Menus , èc de Mr. TAbbé . . , Je fus préfent .à cette Converfation : je l'ai fidèlement recueillie ; Se en voici un petit Précis que chaque Leéleur de Tordre de ceux qui ont le fens commun , peut ftendre à fon gré.
Je fuppofe, difait Tliitendant Des Me- :* 1-
QUELQUES PAMPHLETS DE VOLTAIRE. 0 Titres ou premières pages de quelques-uns des rtomhreux parrtphlels que Voltaire publiait som des noms supposés, et sans nom d'imprimeur, a ]ec dei adresses de fantaisie, principalement dans la dernière partie de sa vie. (Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHFTTE.
LE DIX-HUITIEME SIÈCLE
CARICATURE ANONYME DE VOLTAIRE. Û Le blason placé au bas du portrait est purement fantaisiste, maisl'inscriptionVetii Mori est, à une lettre prés, l'anagramme de Voltaire. (Bibl. Nat., Est.) CL. HACHETTE.
toujours capricieux et inégal comme un enfant, toujours plein d'humeur et de saillies, causant avec cet esprit étincelant qui enivrait le prince de Ligne. Il aimait à faire sentir sa grande fortune, il recevait magnifiquement, il donnait des fêtes, il avait un théâtre, où il jouait très mal et très passionnément, où les gens de sa maison, souvent les visiteurs jouaient ; il le démolit, puis il le rétablit par politesse pour Mlle Clairon qui venait à Ferney.
Il faisait avec plaisir le seigneur de village ; il tenait aux privilèges, aux droits de ses fiefs. Comte de Tournay, seigneur de Ferney, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, il avait la manie des titres officiels. N'ayant pu avoir celui de directeur des haras dans sa province, il obtint d'être père temporel des capucins du pays de Gex. Il fallait le voir quand il allait à la messe escorté de deux gardes-chasse qui portaient des fusils, quand il faisait ses Pâques solennellement dans l'église bâtie par lui, quand il haranguait ses paroissiens au milieu de l'office, à propos d'un vol commis pendant la semaine au village : le curé enrageait, et l'évêque lançait des mandements indignés. Il donnait à rire par ses airs seigneuriaux. Mais on l'admirait, quand on voyait autour de lui tant de gens qui ne vivaient que par lui, et qui ne lui en étaient pas toujours reconnaissants ; il élevait Mlle Corneille, une arrièrepetite-nièce du poète, la dotait avec le commentaire sur
l'oncle, la mariait, se brouillait avec elle ; alors il prenait Mlle de Varicourt, à qui il trouvait aussi une dot et un mari. On pouvait railler ses prétentions de propriétaire, la fierté avec laquelle il montrait son haras, son troupeau, ses taureaux, ses charrues : mais on était saisi de son ardeur de réformes, de sa fièvre d'améliorations, de sa bienfaisance épandue largement. On voyait les manufactures d'étoffes, les fabriques de montres qu'il avait créées, et dont il employait sa popularité européenne à placer les produits. On voyait l'air de prospérité de ce village de Ferney, qui comptait 50 habitants à son arrivée, et 1 200 à sa mort. On avait le sentiment que tout ce pays n'existait que par lui : avec ses petitesses, ses travers, ses vices même, il pouvait dire qu'il y avait un petit coin de la France où il avait été un autre Turgot.
Voilà le spectacle qu'il donnait à ses visiteurs, et ceux-ci offraient un autre spectacle, qui n'était pas moins curieux. Tout ce qui pensait ou se piquait de penser passait à Ferney : c'est la même bigarrure de nations et d'états que dans la correspondance. Aujourd'hui Mme d'Épinay, demain le prince de Ligne ; un autre jour le fils de l'avocat général qui requérait contre l'Encyclopédie et les brochures de Voltaire ; des princes souverains, des rois venaient en pèlerinage chez M. de Voltaire, décidément sacré dans sa royauté intellectuelle. Ce lui fut une cuisante blessure d'amour-propre, quand le comte de Falkenstein (Joseph II) passa près de chez lui sans daigner s'arrêter.
Dans les dernières années, cette gloire de Voltaire tourna en idolâtrie sentimentale ; l'enthousiasme attendri était la mode du jour, la caractéristique de cette fin du siècle et de la monarchie. Mme Suard vint à Ferney en 1775. On n'imagine pas la dévotion avec laquelle cette jeune femme de vingt ans approcha de Voltaire : « Jamais, dit-elle, les transports de sainte Thérèse n'ont pu surpasser ceux que m'a fait éprouver la vue de ce grand homme. » De tout son maintien, de ses regards, de ses paroles s'échappe une ardeur d'adoration qui\hatouille agréable-
VISITE DE Mlle CLAIRON A FERNEY. a Quand Mlle Clairon vint à Ferney en 1769, Voltaire tomba à genoux devant elle et celle-ci se mit à son tour à genoux devant l'écrivain. Gravure anonyme mais vraisemblablement d'Huher. (Bibl. Nat., Est.) CL. HACHETTE.
LE PATRIARCHE DE FERNEY
ment la vanité du patriarche : c'est une fidèle devant son Dieu. Avant de partir, elle lui demande sa bénédiction. Là, comme toujours, l'amour, la fol transfigurent leur objet: ce grand rieur, qui passa sa vie à se moquer de tout le monde, devient sous la plume de Mme Suard un apôtre attendri, doux et bénin : c'est un Voltaire Idéalisé, le Voltaire des âmes sensibles, à mettre en face de Rousseau sur une console.
Tel apparut aussi Voltaire aux Parisiens en 1 778. La mort de Louis XV avait levé la défense qui l'élolgnalt de Paris. Il arriva le 10 février 1778, et logea chez le marquis de Vlllette : les députations de l'Académie, de la Comédie- Française, nombre de grands seigneurs, des princes du sang vinrent lui rendre hommage. Franklin lui mena son petit-fils, qui fut béni par le vieillard. Le 16 mars, Voltaire assista à la sixième représentation de son Irène : ce fut une apothéose. Pendant trois mois. Voltaire se rassasia de sa gloire : c'était trop pour son âge ; l'émotion, la fatigue, le travail le brisèrent ; il mourut dans la nuit du 30 au 31 mai.