GALANT
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LE MERCURE GALANT DE JUIN 1693. ^ Article rendant corroie de la réception de La Bruyère à l'Académie française. La Bruyère Qui avait jugé sévèrenrient le Mercure (râlant '^ara ses Caractères, se voit ici appliQuer les termes dont il s'était servi, ou à peu près contre le Mercure ■ directement au-dessous de rien ». La Bruyère avait dit ' immédiatement au-dessous de rien »
(Bibl. Nat., Imp.). CL. HACHETTE.
Et il y avait aussi en lui un honnête homme qui ne se trouvait pas à sa place, et qui en souffrait : de là le ton satirique, les boutades misanthropiques, la déformation âprement pessimiste de la réalité. Tous ces éléments subjectifs se sont mêlés à la description objective de la vie humaine que nous présente le livre de La Bruyère. Mais en somme l'artiste épris de la vie, le naturaliste impartial prennent le dessus : on trouve chez La Bruyère de ces traits qui ne s'expliquent que par le respect de la nature, par le besoin de rendre ce qui est ^.
Un chapitre du livre contredit à peu près constamment ce que j'ai dit ; ou du moins, pour que l'idée que j'ai donnée de La Bruyère s'y retrouve, il faut renverser les proportions des éléments qui composent son esprit. Je veux parler du chapitre de Quelques usages. Les portraits
\. Des biens de fortune : « Arfure cheminait seule », etc. ; le trait final, et le curé l'emporte, est entièrement objectif.
y sont très rares ; l'impassibilité, l'impartialité même ne s'y rencontrent jamais ; l'ironie y est constante, et d'une âpreté cuisante ; d'un bout à l'autre, on sent l'homme mécontent de ce qui est. Or que contient ce chapitre? la critique des abus fondamentaux de la société du XVII*' siècle: abus dans la noblesse, qui s'achète, et qui n'est plus qu'un moyen de ne pas payer l'impôt quand on est riche ; abus dans la religion, tournée en spectacle mondain ; abus dans la famille, où la vanité et l'intérêt ruinent l'institution du mariage, où les filles sont inhumainement sacrifiées à l'orgueil social, et cloîtrées sans vocation ; abus dans la justice, lente, coûteuse, injuste, etc. Remarquons-le bien : les points touchés par La Bruyère sont précisément ceux par où les philosophes du siècle suivant saperont l'ancien régime ; et l'on est tenté de juger que La Bruyère est déjà un philosophe au sens que Voltaire et Diderot donneront à ce mot. Ou, si l'on trouve que c'est trop dire.
LE DIX-SEPTIEME SIECLE
constatons que La Bruyère souffre des abus et les critique ; mais qu'il ne propose pas encore de réformes, et n'attend les remèdes que du roi. Le philosophe a l'idée du remède qui guérirait le mal. II ne sollicite pas le roi, mais il enflamme le public. Il travaille à forcer le roi par l'opinion. La Bruyère marque du moins le moment où le sentiment du mal social va obliger la raison à construire une philosophie sociale.
Le style de La Bruyère est très travaillé, très curieux, très varié. L'auteur a cherché à prévenir la fatigue qui pouvait résulter du décousu de ses observations par la surprise de la forme incessamment renouvelée: maximes, énumérations, silhouettes, portraits, dialogues, récits, apostrophes, tableaux, s'entremêlent et réveillent la curiosité. Il s'applique aussi à varier les tours, il multiplie les figures ; il use surtout de l'antithèse, tantôt ramassée en deux traits rapides, tantôt développée en vastes membres symétriques, tantôt curieusement inégale, par l'extension du premier membre et le resserrement du second, qui surprend d'autant plus. Avec l'antithèse, il prodigue l'ironie où il est maître : il se plaît à dérouter le lecteur par l'exposition flegmatique de la pensée contraire à celle qu'il veut enfoncer, jusqu'à ce qu'un mot, un tout petit mot parfois, tout à la fin du morceau, donne la clef du reste, et nous découvre qu'il faut renverser tous les termes.
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PAGE DU MANUSCRIT DE TÉLÉMAQUE DE LA MAIN DE FÉNELON conservé au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale. CL. HACHETTE
Son vocabulaire est extrêmement riche : il a sous la main toute sorte d'archaïsmes, de néologismes, de mots délicats ou populaires, techniques, scientifiques, termes de métier, d'art, de chasse ou de guerre ; en sorte qu'on a pu dire que son livre était un inventaire des richesses de la langue française. Avec cela, style et langue sont chez lui complexes, un peu disparates : il a un style spirituel et une langue d'homme du monde ; il a aussi un style objectif, et une langue d'artiste, à qui tous les mots sont bons, pourvu qu'ils fournissent de la couleur.
Le défaut de La Bruyère, c'est d'avoir trop d'art. Les raffinements et les exubérances de sa technique d'écrivain ont permis de dire que parfois la forme chez lui trompait sur le fond. A certain égard, le style de La Bruyère fait la transition entre les deux siècles. Quoiqu'il manie la période excellemment, sa forme préférée, c'est le style aiguisé, incisif, le trait rapide et qui perce : on n'a pas de peine à passer de là à Montesquieu. Qu'on détende cette forme, qu'elle devienne l'expression aisée du mouvement naturel de l'esprit, et l'on aura les petites phrases coulantes et coupantes de Voltaire.
L'ŒUVRE LITTÉRAIRE DE FÉNELON >2/ /D Deux attaches retiennent Fénelon ^ dans le XVI l*^ siècle dont il est le dernier représentant : la foi, et le goût de l'antiquité. Hors de là, par l'active et hardie curiosité de son esprit, par l'indépendance essentielle et par les directions spontanées de sa pensée, par tout son tempérament enfin, il est tout près de Voltaire et surtout de Rousseau : chez lui, le christianisme masque plutôt qu'il n'entrave la superbe liberté de la raison ; mais, de plus, chez lui la raison se dirige à son insu par les suggestions du tempérament.
La plupart des écrits de Fénelon sont trop spécialement théologiques pour qu'il soit possible des les étudier ici. Il en est pourtant quelques-uns qui sont accessibles à tout le monde.
Le Traité Je l'Éducation des filles fut écrit pour la duchesse de Beauvillier qui avait cinq filles à élever. Fénelon le fit quand Saint-Cyr n'existait pas encore : il est ainsi l'un des fondateurs chez nous de l'éducation des filles. Son traité est une œuvre exquise de jeunesse, solide et fine.
1 . Biographie : François de Salagnac (mieux que Salignac) de la Mothe-Fénelon, né .TU château de Fénelon en Périgord (1651), entra dans les ordres, songea à se consacrer aux missions du Canada et du Levant, fut nommé supérieur des Nouvelles Catholiques (1678), puis chargé d'une mission en Saintonge et Aunis après la révocation de l'édit de Nantes, et enfin (1689) de l'éducation du duc de Bourgogne. Il entra à l'Académie en 1693. 11 fut nommé à l'archevêché de Cambrai en 1695. L'affaire du quiétisme était déjà entamée. L'Explication des Maximes des Saints, que Fénelon fit paraître en 1697, fut condamnée à Rome en 1699. Fénelon était exilé dans son diocèse depuis 1697. Il mourut en 1715, le 7 janvier.
Editions : Traité de l'éducation des filles, 1687 ; Dialogues sur l'éloquence (écrits vers 1681-1686), 1718 ; lettre à l'Académie, réflexions particulières sur la grammaire, la rhétorique, la poétique et l'histoire, 1716, in-I2 ; 2" édit. 1718 ; Télémaque, Paris, 1699 ; réimp. en 1717, par le marquis de Fénelon, éd. Albert Cahen, 2 vol. in-8, 1920 ; Dialogues des morts, 4 en 1700, 45 en 1712, 65 en 1718 (éd. de Ramsay) ; Traité de l'existence de Dieu, partie, 1713, in-12 (2" partie posthume) ; Correspondance, édit. Gosselin, Versailles, 1827-1829, 1 1 vol. in-8. Œuvres, éd. Gosselin, Versailles, 1820etsuiv., 22 vol. in.8 (ublc, in-8, 1830) ; éd. Didot, 3 vol. gr. in-8, 1850. Réponse inédite à Bossuet, 1901. — A consulter : le chevalier de Ramsay, Histoire de la vie et des ouvrages de Fénelon, la Haye, 1723, in-12. De Bausset, Histoire de Fénelon, Versailles, 18i.8-18u9, 4 vol. in-8. L'abbé Gosselin, Histoire littéraire de Fénelon, 1843, gr. in-8. E. de Broglie, Fénelon c Cambrai, Paris, Pion, 1883, in-8. Crouslé, Fénelon et Bossuet, 2 vol. in-8. 1894-1895. Boulvé, De l'Hellénisme chc^ Fénelon, Paris, 1898, in-8. L'abbé Urbain, Les Premières rédactions de la Lettre à l'Académie, 1899. J. Lemaitre, Fénelon, 1910. Chérel, Fénelon au XVHI' s. en France,