‹ Histoire intérieure de la Compagnie de Jésus d'après les documentsChapitre 1 sur 24 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

LIBRAIRIK MODKRNK

2, RUE DE l'ÉCHAÜDÉ-SAINT-GERMAIN, 2

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Nous devons au lecteur un mot d'avertissement.

Au cours de nos études documentaires sur la Compagnie de Jésus nous n avons rencontré aucun ouvrage, ancien ou moderne, plus riche en aperçus féconds et mieux appuyé sur les pièces originales, que celui de Don Miguel Mir, de V Académie royale espagnole. Sans doute rien ici bas 7i est parfait, toute étude historique en particulier est sujette aux rectifications perpétuelles de la postérité ; il nous a paru cependant bien inutile d'entreprendre une refonte de ce savant ouvrage.

Nous avons donc résolu, puisque aussi bien se posait la question des origines de la Compagnie, de mettre la substance de ce livre sous les yeux de notre public. Accommodé au goût français, c'est-à-dire un peu allégé de son ampleur castillane, éclairé de notes et de vérifications attentives, ce travail reste susceptible de fournir, à tout esprit curieux, d' innomb rabie ^^pi^ié^iau^ ^t de sérieux arguments.

Qu'on pardojine à l'ensemble son étendue en considération de sa manifeste solidité.

Nul, en effet, plus que l'abbé Miguel Mir, n'a paru providentiellement préparé à élucider une question aussi obscurcie.

Entré jeune, presque enfant, dit-il, dans la Société de Jésus, il y persévéra jusque) Vâge mûr.

Très intellectuel, il s'était passionné, dès son noviciat,

en 1857, pour les recherches historiques et littéraires. Et son œuvre capitale en ce genre, sous la direction de Boero, fut la première édition critique des Lettres de Saint lénace, qui fraya la voie à Vimposante collection des Monumenta histórica Societatis Jesu.

Des démêlés politiques provoquèrent, plus tard, sa sortie de la Co^npagnie, mais lui assurèrent, du même coup, son entière liberté de recherches et l'indépendance de son jugement. De là est née son Historia interna documentada de la Compañía de Jésus (Madrid^ Ratés Martin, 1913).

L'heure sans doute était peu favorable à cette revision d'un long procès, et l'autorité ecclésiastique s'émut à bon droit d'un éclat qui pouvait troubler Vopifiion religieuse. L'ouvrage n'a paru qu après la mort de l'auteur.

Mais, ainsi que Mir l'a longuement réclamé, il doit être possible à la sereine et impartiale histoire de parler même des Jésuites, et la vérité ne saurait être éternellement inopportune.

Ce serait un mot bien gros que de parler de scandale, il ne s'agit ici que d'une simple mise au point, au sujet des médiocres légendes que les panégyristes de la Compagnie de Jésus ont multipliées autour de ses origines ; mais dût-il y avoir scandale, au sens populaire du mot, voici le cas, ou jamais, du scandale nécessaire. C'est la grande parole de Saint Grégoire le Grand : « In quantum possumus, vitare proximorum scandalum debemus ; si autem de veritate scandalum sumitur, utilius permittitur nasci scandalum quam veritas relinquatur ». (Com. sur Ezéchiel, liv. 1. Homélie VIT).

Il vaut mieux provoquer les hauts cris de la puissante Société que de laisser perdre pour l'Eglise la leçon de ces trois siècles de Jésuitis^ne triomphant.

Sam doute, il est loisible de discuter Mir, et les écrivains de la Compagnie ne s'en feront pas faute.

J^ous-même, en maint endroit, avons suffisamment mdiqué que nous ne partagions pas en tout son avis.

Mais du moins faudra-t-il convenir, devant les pièces à conviction étalées par lui, que l'heure d'mte discus-

sion loyale et complète est à la fin venue. U ensemble est une véritable révélation.

Brûler, injurier ou dédaigner nest pas toujours assez répondre. Jl faudra bien avouer ou réfuter sérieusement V accusation. Sinon, la preuve définitive sera faite, aux torts et dépens des Jésuites, qu'ils ont perdu ce procès.

Les habituelles diversions ne leur réussiraient plus. Sans doute, Mir a professé certaines opinions libérales: ce ne sont pas les nôtres. La question est toute de savoir que penser de la Compagnie elle-même, et non de ses adversaires, de leurs opinions ou de leurs faux pas. il y Ü trois siècles que certains polémistes croient pouvoir détourner, grâce à ce bon tour, l'attention générale : c'est assez.

Oui ou non, les documents versés par Miguel Mir au débat et empruntés pour la plupart aux publications ojficielles de la Compagnie, sont-ils authentiques ? En ce cas, les conséquences qu'il en tire sont-elles légitimes ? Tout est là. Le reste ne témoigne que rage ou perfidi(\ donc involontaire aveu.

Le ton parfaitement mesuré de la présente controverse, le respect que professe scrupuleusement l'auteur à l'égard de l'autorité ecclésiastique, son talent, la réputation de savant et d'écrivain qui lui assurent en Espagne une place de premier rang dans le monde religieux et profane : tout enfin concourt à enlever, à ses contradicteurs les plus autorisés ou les plus ardents, le moindre prétexte à dés échappatoires ou à des violences, indignes du sujet et de la gravité de l'heure qui s'annonce.

Il faut à tout prix terminer cette querelle, franchement, à fond et pour jamais.

L'œuvre de Mir comprend deux gros volumes in-S de 520-852 pages. Même condensée, résumée ou mutilée, il était impossible de la faire tenir toute dans une brochure de taille raisonnable . Ce lit de Procuste nous aurait obligé à rogner sur les documents les plus essentiels et sur les commentaires indispensables.

Nous publierons donc à part les trois parties de l'ouvrage, elles-mêmes divisées en un certain nombre de livres, pour la clarté du sujet.

La première partie étudie les Origines ou les PRIN- CIPES. Mir y examine les pièces origÍ7iales concernant la fondation de la Compagnie, ses règles essentielles et son esprit, les Constitutions, les Exercices.

La seconde partie considère surtout, à travers les Faits, le développement intérieur de l'Institut.

La troisième partie, appelée TÉMOIGNAGES, rapporte le jugement défavorable, à V égard de la Compagnie d'un certain nombre d'illustres {yersonnaliiés : Saint Charles Borroynée, Sainte Thérèse de Jésus, Mariana, Paul IV y Saint Pie V , etc..

Voici le début de cette longue série.

Nous y avons introduit, de notre chef, le texte latin de la Bulle de Paul III qui, d'abord, sert de pivot à la discussion.

De même, à la traduction du texte espagnol des Constitutions, nous avons joint quelquefois, en marge, le texte de l'édition latine d'Avignon, que nous avions sous la main.

Partout nos propres notes, en italiques, se détacheront facilement des annotations ordinaires de l'auteur.

Quant aux documents originaux, principalement ceux qui émanent de Saint Ignace, nous nous excuserons d'une certaine liberté, assez fréquente, d' interprétation . Nous nous sommes efforcé de rester aussi fidèle que possible à V esprit et à la lettre des textes invoqués. Mais plusieurs sont presque intraduisibles. On nous aurait accusé peutêtre d'avoir voulu rendre leur auteur antipathique en reproduisant trop servilement les incorrections, les embarras volontaires et les obscurs méandres de ce style étrange. Les compétences devront se reporter, toujours, tant au livre de Mir qu'aux abondantes références qu'il produit. Pour tous ceux qui entendent l'espagnol, aucune adaptation ne saurait tenir la place du texte original, de sa verve éloquente, des 7iuance§ d'une pensée à la fois délicate et forte.

Notre essai ne vise qu'à donner à un public plus étendu une idée du problème et le goût de cette intéressante question.

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