IV^, 3| LE TRIBUNAT DE C. SEMPRONIUS GRACCUUS
con/usis quinqiie classions sorte centuriœ vocarentur^ Le plan do C. n'est pas très bien connu; ou bien on devait diviser, au moyen du sort, les 350 centuries de fantassins en 5 groupes di» chacun 70 centuries; ou bien chaque groupe (de 70 centuries) devait voler selon Tordre que fixerait un tirage au sort. Par sa loi C. voulait rendre les élections consulaires plus démocratiques ; les consuls ainsi élus travailleraient à Texécutiou des réformes.
Malgré toutes les précautions prises [lex Hubria Acilia^ lexdeSuffragiis), la lex de sociis excita la jalousie des citoyens de Rome ; remplis d'égoïsme, ils ne voulaient pas partager avec les Italiens un titre qui leur assurait tant de privilèges. Le consul C. Fannius Strabo, élu grâce à C. Gracchus, prétendit qu'il avait approuvé la loi agraire, mais qu'il ne pouvait adopter les autres réformes ; il prononça un discours de Mtciis et nomine latino *, que Ton vantait encore au temps de (lic^ron. Il lui fut facile de trouver des arguments décisifs: les Latins prendraient place à côté des citoyens dans les assemblées, dans les jeux et dans les fêtes' ; il faudrait partager tous les avantages avec les nouveaux citoyens, les privilèges des anciens maîtres de Rome seraient donc considérablement diminués. Des nobles combattirent aussi la loi, M. .Emilius Scaurus*, probablement L Caîcilius Metellus Diadematus*, fils du Macédoniens, L. Furius Philus % et M. Plautius Ilypsaius^ C. dut répondre à tous. On peut, sans crainte d'erreur, placer à Tépoque des luttes ardentes livrées autour de la lex de sociis, les discours nombreux de C. adressés à ces différents personnages. C. espérait sans doute faire Iriumpher sa loi avec les votes des Latins alors à Romo; le séoal lui enleva cet espoir ; s'appuyant sur la loi juniay il chargea les consuls de chasser de Rome tous les Latins qui
*) r^aU., iie liep, ord., 2,8.
^ Cic, Brut., 26, 91). de Or,, 3, 47, 183. Charis., p. 143 K. ' Sail., ric«., p. iOJHalm.
-, Cic, Sest. y 47, 101.
■; Diom., p. 311 K.
* Uiom., p. 401 K — ou bieu Furuius?
'/ Val. Max., 9^ 5, ext. 4.
it 4
n'avaient pas le droit de suffrage ; ils devaient s'éloigner à au moins un mille de la cité *. Un autre obstacle se présenta bien plus difficile à surmonter : la noblesse gagna un collègue de C., le tribun M. Livius Drusus, fils du consul de 147*. 11 s'engagea à faire opposition à la loi sur les alliés % et présenta trois propositions favorables au peuple ; elles étaient destinées à montrer que lui seul et le sénat étaient les vrais défenseurs des intérêts des citoyens.
La première rogaiio Livia, conçue dans l'esprit des leges porciœ^ limitait les droits des magistrats romains sur la personne des Latins : quand ces derniers seraient à Tarméc, il serait interdit de les faire mourir en les frappant de verges [jiecare verberibus) et même de les frapper (verberare)*. Ce n'était certainement pas un avantage nouveau assuré aux Latins en outre de ceux que leur accordait la loi Sempronia, comme le pense Plutarque ; on leur donnait cette légère faveur parce qu'elle ne portait pas préjudice aux intérêts matériels des citoyens, et parce qu'elle répondait à un article de la loi Fu/tia, et à un autre de la loi Acilia^ celui qui promettait aux Latins le droit d'appel dans le cas où ils refuseraient le droit de cité. 11 est facile de comprendre que les citoyens auraient préféré reconnaître aux Latins la protection du droit d'appel, plutôt que de leur laisser les privilèges utiles de la cité.
La deuxième rof/atio liria fut un amendement à la loi agraire ; Drusus demandait la suppression de l'impôt exigé de ceux qui avaient reçu des assignations : c'était une perte sensible pour le trésor, mais les citoyens devaient être satisfaits \
La troisième s'occupait des colonies, elle s'appuyait sur le sénatus-consulte dont s'était servi C. pendant son premier tribunat. C. Gracchus et Rubrius s'étaient contentés de fonder trois ou quatre colonies, Drusus proposa d'en fonder douze
*) App.,i. c, 1, 23.
«) App., h. c, i, 23. Plut., C\ Gr., ^.
') App., 6. c, 1, 23.
*) Plut., C Gr., 0.
•) Plut., C. (ir., 9. Cf. App., 6. 0., 1, 23.
IV, 3] LE TRIBUNAT DE C. SEMPROMUS GRAGCHUS 51
uouvelles, ou douze en tout ; chacune serait de 3,000 citoyens*. Les pauvres aimeraient beaucoup mieux être secourus avec une si grande générosité, que d'attendre indéfiniment les assignations promises par C.
G. dut opposer son intercession aux propositions de Drusus;
du reste Drusus ne parait les avoir soutenues que dans le
seul but de dépopulariser C. Gracchus * ; il poussa le peuple
à se défier de lui', et le ramena peu à peu vers le sénat*. II
ue manqua pas de discréditer son collègue en insistant sur
ses goûts pour la prodigalité ^, et trouva une preuve de son
désir d'arriver à exercer seul le pouvoir dans ce fait qu'il
avait lui-même, contrairement aux lois Licinia et ^Ebutia,
dirigé Texéculion de lois proposées par lui. Drusus ajoutait
qu'il se garderait bien de revendiquer à son tour un pareil
privilège*.
Ainsi L. Drusus se faisait le défenseur [patronus) du sénat', et se posait en sauveur venant guérir les blessures que C. avait faites à la constitution '. G. ne put faire voter ses dernières propositions, Livius du reste opposa son intercession ; une seule loi, la lex Rubria Acilia, peu importante d'ailleurs, fut adoptée. Après cela G. dut quitter Rome pour aller fonder la colonie de Garthage en qualité de triumvir coloniœ dediicmdœ\ G. n'avait pas le droit de sortir de Rome en vertu de •ses fonctions tribunitiennes ; mais il avait commis la faute de laisser poser sa candidature au triumvirat lors des élections, cl, par point d'honneur, il ne pouvait plus se dérober. On ne wit, vu les contradictions des sources *°, si M. Fulvius Flaccus raccompagna, ou s'il resta à Rome. G. fonda la colonie et lui donna le nom de Junonia ** ; il déploya une grande énergie ;
•) Plut., c. Gr., 9. App., h. c, 1, 23.
') Cf. App., 5. c, ^ 35. Diod., 37, 18. Cic, BruL, 28, 109.
'} App., h, c, 1, 23.
S Plut., C. Gr., 8. 9.
') Plut., TL Gr., 2. Plin., n. h., 33, 11, 53, 147.
*: Plut., C. Gr,, 10.
') Suet., Tib., 3
*jCic.,de Fin., 4, 24,66.
*) Plut., ('. (rr., 10. App., 6. c, 1, 24. Liv., ep., 60.
'•) App., b. c, 1, 24. Plut., C. Gr., 10. H.
") Plut , G. Gr., 11. Solin.,27.
52 LA DISSOLUTION DE LA REPUBLIOt'E [IV^ 3
pour reconquérir sa popularité, il augmenta le nombre el l'étendue des lois : il y eut 6,000 lots ', el chacun fui probablement de 200 jugères'. C. resta éloigné de Rom<» pendant soixante jours seulement'; mais Livius profita de son absrnce, et quand Tillustre tribun revint à Rome, il trouva Topinion complètement changée ; les nobles étaient devenus populaires. En vain il essaya de vanter la colonie Junonia, les citoyens ne se présentèrent pas en nombre suffisant pour assurer le peuplement, il fallut y envoyer les Latins et des alliés \*\\ grand nombre*. Les adversaires de C. exploitèrent les souvenirs historiques : le sol de Carthage, dirent-ils, avait été maudit par Scipion^; ils annoncèrent ensuite, sur les témoignages reçus de Carthage, que les présages et les prodiges avaient été défavorables à l'établissement de la colonie ^
C. n'abandonna pas ses deux lois de Sociis et de Suffrayiis, il espérait les faire réussir au moyen de la basse plèbe [tnfima plebs) et des Latins. Il abandonna sa maison du Palatin, et vint se fixer près du Forum au milieu de la population la plus malheureuse; il invita les Latins à le soutenir au jour du vote. Mais C. Fannius, s'appuyant sur le sénatus-consulte dont il a été question plus haut, chassa les Latins de Home ; ce fut en vain que C. promit par un édit sa protection tribunitienne à ceux qui désobéiraient à Tordre du consul ' ; C. dut renoncer à faire passer ses deux lois.
Il n'avait plus qu'un espoir, se faire réélire tribun pour la troisième fois; mais tous ses moyens d'action sur le peuple étaient épuisés. Il voulut encore essayer un(; dernière tentative ; il fit démolir les stalles réservées pour les magistrats aux combats de gladiateurs, afin de donner de meilleures places au peuple ; le résultat fut d'aliéner ceux de ses col-
») App., 6. cl, 'Ji. iJb., 13() ') Lfxatjr.y r>9. GO. I. L. A., p. 83. 3) Plul.,*r. (;/•., 11.
*) App., h.r , 1, 2i.
») App., b. c, 1, 24. Cf. Lib., l:^. Cic, de Ug ayr., 1, 2, 5. 2, 19, 5t. Zon . , 9, 30.
«) App., b. c , 1, 24. l»lul , r. Gr.y H. Gros., 5, 12. Ubseq., 33. ') Plut., r. Gr., 12.