‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'à la bataille d'ActiumChapitre 9 sur 187 · IV, 3J LE TRIBUNAT D£ C. SEMPRONIUS GRACCHUS · texte numérisé non relu

IV, 3J LE TRIBUNAT D£ C. SEMPRONIUS GRACCHUS

C. Gracchus proposa lui-même la loi de provinciis consulariôus. Le sénat avait le droit de faire la répartition des provinces, de désigner celles qui seraient consulaires, celles qui seraient prétoriennes; selon que les consuls désignés avaient plus ou moins ses bonnes grâces, il plaçait dans la première catégorie des provinces plus ou moins avantageuses. Les consuls étaient donc dans une grande dépendance à Tégard du sénat. Or C. voulait que les consuls fussent indépendants ; il voulait que, sans avoir à s'inquiéter des faveurs sénatoriales, ils pussent prendre énergiquement en main la direction de la démocratie et la défence des intérêts populaires. 11 résolut donc d'enlever au sénat Tinfluence qu'il conservait sur les consuls par le droit de disposer des provinces; il proposa de déterminer tous les ans les provinces consulaires avant les élections, avant que Ton connut les personnages qui seraient consuls'. Puis^ pour mettre à l'abri de toute intrigue les décrets sénatoriaux, C. inscrivit dans la loi que l'intercession tribunitienne ne pourrait les atteindre*. La loi était modérée, le sénat pouvait même la tourner, en prorogeant les pouvoirs d'un proconsul, quand il ne voulait pas donner telle ou telle province à un consul*. C'est la meilleure preuve que l'on puisse invoquer pour établir que C. ne voulait pas ruiner le gouvernement de Rome pour assurer le règne de l'anarchie démocratique. Comme dans son premier projet do loi judiciaire, il se contentait du strict nécessaire. S'il avait voulu l'annulation du sénat, il n'avait qu'une chose à faire, confier la répartition des provinces aux tribuns et aux assemblées de la plèbe. Son but n'était pas de supprimer le sénat, il voulait seulement l'affaiblir dans la mesure exigée pour l'exécution de la loi agraire; puis à côté du sénat il voulait assurer aux consuls une indépendance absolue^ et les amener à s'appuyer sur les tribuns et les chevaliers, au lieu de se traîner à la remorque du sénat. Quand Cicéron adresse de si pompeux éloges aux réformes de C. Gracchus, il a en vue les deux lois,

*) Cic, (k Prov. cons, 2, 3. de Dom., 9, 24. Sali., Jug., 27.

') Cic, de Proî). coiu., 7, 17.

•) Cic., Balb., 27, 61. ad Fam., i, 7, 10.

de Promncia Asia a censoribus locanda et de Provincits consw laribus^.

C. crut le moment arrivé de tenter la grande réforme qu'il avait déjà en vue quand il avait proposé la loi agraire, les lois sur les colonies et la loi Acilia. Une réforme radicale était nécessaire, il fallait un remède énergique pour ramener à la santé une société qui allait entraîner TÉtat dans sa ruine. C. crut nécessaire de faire disparaître les inégalités de conditions, que la loi avait établies entre les citoyens, les Latins et les alliés. Il proposa la lex de Sociis : elle allait beaucoup plus loin que la proposition Fulvia de 125 : les Lalins devaient avoir le droit de cité complet [civitas), les alliés le jus latinum^ mais modifié à leur avantage; il leur suffirait de déclarer leur intention de s'établir à Rome pour être investis immédiatement du droit de suffrage, sans qu'ils fussent tenus d'attendre leur inscription sur les listes de citoyens •. Autant dire que le droit de cité allait être donné à tous les Italiens jusqu'à la frontière des Alpes'. Pour défendre sa proposition, C. rappela la conduite honteuse des magistrats, et même de certains nobles sans emploi à Tégard des alliés après le vote de la loi Claudia de sociis *.

En même temps fut présentée la loi Acilia Rubria, Nous n'en connaissons qu'une seule disposition : elle autorisait les étrangers à prendre part au culte de Jupiter Capitolin*. Ce culte était depuis Tarquin TAncion le symbole religieux de l'unité politique; G. dut pousser ses collègues les tribuns à modifier l'organisation antique dans le sens de la loi sempronia de sociis : les nouveaux citoyens devaient avoir pari au culte symbolique de la patrie agrandie.

Pour décider les citoyens de Rome et des environs à laisser les Latins et les Italiens exercer leur droit de suffrage, le tribun imagina un nouveau système de vote, plus démocratique, pour les comices centuriates; il proposa une loi : ui ex

*) Cic, de Leg, (iyr.j2, 5, 10.

2) App., 6. c, 1, 23. 34. Plut., C. Gr., 5. 8. 9.

») Vell., 2, 6. ,Cf. Plut., C. Gr., 5.

*)Gell., 10,3.

*) Senatus cmsullum de Aslyp. Bœckh., C. I., vol. Il, p. 384, n« 2485.

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