‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'à la bataille d'ActiumChapitre 12 sur 187 · L. Cassius ramena Jugurtha; C. Memmius réunit une · texte numérisé non relu

L. Cassius ramena Jugurtha; C. Memmius réunit une

', Ut., ej>.63. Obscq., 38. Veli., 2, 12. Tac, Ge/m., 37. Eutr., 4, 25. App., Celt., 13.

'j Diod., 34, 64.

') Appui , de Mag., 66 (p. 77 Kr.) : Cf. Cic, de Off., 2, 14, 49. •)SaIl., Jii^.,27. ') Cic, Brw(., 36. 136.

1Sall.,jM^., 30. 31.

') Sali., Jug., 32.Liv. e|?.,64.

') Sali., Jug., 5. 32.

68 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [IV, i

assemblée (contio); mais au moment où Jugurtha, interrogé, allait donner les renseignements demandés, un tribun, C. Bsebius, vendu à Jugurlha, défemlit au roi de parler; C. Memmius ne disposait d'aucun moyeu pour le forcer à parler, n* pour violer l'intercession de son collègue, il n'atteignit donc pas son but *. Au même moment les lieutenants de L. Calpurnius, achetés aussi par les agents de Jugurlha, rendaient les éléphants et les transfuges que Jugurlha avait dû livrer en vertu du traité*. Jugurtha poussa l'audace jusqu'à assassiner sous les yeux du sénat et du peuple, un prétendant au trône de Numidie, Massiva, petit-fils de Massinissa, à qui le consul désigné, Sp. Postumius Albinus, avait fait entrevoir l'espoir d'arriver au trône. Le meurtrier s'enfuit; on ne pouvait rien contre Jugurtha, protégé par l'engagement {Jides publica) qu'on avait pris à son égard. Le sénat l'invita seulement à quitter Rome et l'Italie; au sortir de Rome, il prononça ces paroles qui étaient la condamnation de la noblesse maltresse alors 4lu pouvoir; « O urbem vetialem et cito jjerùuram, si emptorem hivenerit ^ ! »

En 110 le consul Sp. Postumius Albinus fut chargé de la guerre de Numidie. Il se laissa duper par Jugurtha qui l'amusa avec des sollicitations et des promesses de soumission". Il revint à Rome pour présider les comices, et laissa l'armée à son frère Aulus. Par sa négligence, son manque d'énergie, Aulus compromit la discipline de son armée*; cependant le nouveau consul n'arrivait pas, la tenue des comices ayant été retardée^ par les deux tribuns P. Licinius LucuUus et L. Annius. Aulus se hasarda, en janvier 109, à tenter une campagne contre Jugurtha; par suite de son incapacité elle aboutit à un désastre; Jugurtha s'empara du camp romain, et força Aulus à accepter un traité, en vertu

{) Sali., JMf/., 33. 34.

*) Sali., hi(j , 32.

•) Sali., Jmî/., 01. Diod., Hist, Gr. fi\, vol. H, page xxii.

♦) Sali., Jw(/., 35.Liv., tf/3. 64. Fior.,3, i. Oros.,5, IS.App., Num,, 1.

•) Sali., JMf/., 36.

•) Val. Max., 2, 7, 2.

') Sali., Jufj., 37.

duquel Tarmée devait quitterla Numidie et se retirer dans la province d'Afrique*. Sp. Aibinus fit annuler le traité par le sénat', et courut en Numidie ; mais les tribuns lui avaient interdit d*emmener les troupes que Ton venait de lever, et, comme il ne pouvait pas se fior sur les siennes, il resta inaclif et se contenta d'atlendro son successeur.

Sur ces entrefaites un des tribuns de 109, C. Mamilius Limetanus, proposa d'établir un tribunal extraordinaire {quœstio ertraordinaria) pour juger ceux qui avaient pris part à la conjuralio Jugurthina*\ il devait examiner la conduite de ceux (juorum consilio Jiigurtha senati décréta neglegisset , qnique ah eo in legationibus et imperiis pecimias accepissent, qui elephantos qnique perfugas tradidisseîit, item qvi de puce at(t bello ann hostihua pactioiies fecissent^. Dans cette circonstance la noblesse essaya de faire voter les Latins avec elle, la loi passa cependant avec une grande majorité, les citoyens comprirent que le moment était favorable pour se venger des nobles'*. Le plus compromis était M. iEmilius Scaurus, c'est lui surtout que visait la loi; mais il se montra très habile ; grâce à sa grande influence il se fit élire président (quâssitor) du tribunal, chargé avec deux autres de faire Tenquète demandée par la loi Mamilia*^. Mis à couvert par ses fonctions de qua*- %Uor, Scaurus dirigea l'enquête avec une grande sévérité. Le tribunal condamna C. Sulpicius Galba (le fils de Ser. Sulpicius Galba"), qui faisait partie d'un collège sacerdotal*, et avait été envové en Numidie comme ambassadeur. Il rondamna aussi quatre consulaires', deux avaient dirigé des opérations de guerre, Sp. Postumius Aibinus et L. Calpurnius Bostia: Scaurus vint défendre Calpurnius devant nn des

0 Sali., /m//., 37. 3«. Liv., ^7). 64. Flor., 3, 1. Eulrop., h, 26. Oros., 5, tô.

■) Sali., Jug,, 39. Liv., ep, 6i.

') Cic. Brut., 33, 127. de Nnt. dcor., 3, 30, 74.

'. Sali.. Jwgr., iO.

*) Sali., Jwj., 40. Cf. 65.

') SalL, Jng., 40.

\ Cic, de Or,y 1, 57, 139.

*i Cic, Brut,, 33, 127.

») Cic, Bru/., 34, 128.

autres présidents contre une accusation do L. Memmius^; le troisième était C. Porcins Caton" ancien partisan de Ti. Gracchus'; consul en H4, il avait été battu en Thrace*, et ensuite condamné pour concussion'; il avait dû faire partie d'une ambassade en Numidie. Enfin le quatrième était L. Opimius, celui qui avait détruit Frégelles et vaincu le parti de C. Gracchus, et que, pour ces deux grands services, les nobles avaient pris Thabitude d'exaller à tout propos comme un homme d*honneur®.

La guerre contre Jugurtha prit une autre tournure avec Q. Csecilius MotoUus, fils de L. Capcilius Metellus Calvus, consul en 142, frère de Metellus Dalmatiens, et neveu du Macédonien. Il avait étudié k Athènes"; comme tous ses contemporains, il avait débuté dans la vie politique par une accusation, dirigée contre Valerius Messala*; en 113 il avait gouverné la Sicile en qualité de préteur; au retour il avait été accusé de concussion et acquitté ^ Pendant son consulat de 109 il passa en Afrique; secondé par ses deux lieulenants, C. Marins et P. Rutilius Rufus, il rétablit la discipline*^, et remporta plusieurs succès; le sénat vola en son honneur une journée d'actions de grâces [supplicatio^^).

L'autre consul était M. Junius Silanus; il s'occupa d*abord d'enlever au peuple, par la /ex Junia mi/itaris, le droit de désigner les chefs militaires par des plébiscites**, il abrogea probablement aussi la loi Sempronia militaris, puis il alla en

«) Cic, de Or. y 2, 70, 283.

») Cf. Cic, Ba/6., 11, 28.

») Cic, JLa?/., 11, 39.

*) Liv., ep. 63. Flor.,3, 4, 4.

^) Vell., 2, 8. Cic, t« Veri\ accusât., 3, 80,184. 4, 10, 22.

•) Plut.. C. Gr., 18. Vell., 2, 7. Schol. Bob., p. 311. Cic. Plane., 28. de Rep., 1, 3, 6. Pis., 39, 95. Sest., 67, 140.

') Cic, de Or., 3, 18,68.

•) GelL, 15, 14.

•) Cic, Balb., 5, 11. Val. Max., 2, 10, 1. Cic, in Verr. accusât., 3, 90, 209. 211. ad Attic.yi, 16, 4.

*o) Sali., Jug., 43 et seq. Val. Max., 2, 7, 2. Front., Strat., 4, 1, 2.

«») Sali., Ju^., 46-55. Liv., ep. 55. F/or., 3, 1. Eutrop.,4, 27,Oro8.,5, 15.

**) Ascon., p. 67 et geq.

Gaule combattre les Cimbres, mais il ne fut pas heureux*. Les Cimbres devenaient de plus en plus menaçants et s'approchaient de Rome ; ils avaient demandé des terres au Sénat ; le Sénat, qui n'avait pas de terres à distribuer aux citoyens pauvres ni aux Latins, ne pouvait accueillir leur demande*. M. Silanus ne fut probablement pas poursuivi, mais sa défaite augmenta les sentiments de défiance du peuple à Tégard des nobles, et, ce fut la raison pour laquelle on enleva à Q. Caecilius Metellus Thonneur de terminer la guerre contre Jugurtha.

Les pouvoirs de Melellus furent cependant prorogés pour 108*, il fut encore heureux *. Mais on oubliait sa valeur, son expérience pour ne penser qu'à sa fierté, à son orgueil d'aristocrate *. A côté de lui C. Marins*, nature de fer', qui partageait tous les travaux et les privations des soldats, était beaucoup plus populaire dans l'armée, et excitait à un bien plus haut degré la sympathie des citoyens romains^ Marins, très habile^ n'avait pas honte de recourir à la ruse, à la perfidie* pour grandir sa popularité. Le proconsul avait condamné à mort T. Turpilius Silanus, praefectus fabrum, convaincu de. trahison à propos de la perle d'un certain nombre de voitures militaires; Marins avait lui-même provoqué la sentence, il l'exploita cependant pour exciter l'armée contre Metellus*®. Il souleva aussi contre lui les publicains, les hommes d'aiïaires, et fit si bien que ces derniers se plaignirent à Rome : avec Metellus, dirent-ils, la guerre ne sera jamais terminée ; Marins, lui, aurait bientôt fini d'exterminer Jugurtha*'. En réalité

') Liv., ep. 65. Flor., 3, 3. VeU., 2, i2. Ascon., p. 68, 80. Diod., 34, 6L Eutr. seul, 4, 27, parle d'une victoire.

») Li?., ep, 65. Flor.y 3, 3.

') Sali., Jug,, 62.

*) Sali., Jug., 65 et seq. Obseq., 40»

*) Sali., Jug., 43. 64. App., J^iim., 2.

') Sali., Jug., 46.55. 56. 58. Plut.. Afflr., 7.

*) Cic, Tusc, 2, 15, 35. 22, 53. Pline, w. h., 11, 45, 252. Plut., M«r.. 'apophtk. Jfrtr., 2.

•) Plut., Afrtr., 7. Diod.. 34, 65.

• Dio C, fr , 89, 2 B. Cic, de Nat. deor., 3, 32, 80.

'•) Sali., Jttg., 69. App., Num., 3. Plut., Mar., 8.

") Sali., Jii(/., 64. Vell.,2, 11. Aur. Vict., Vir. ///.,67.

72 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQ!^ flV, 4

Marius était le seul candidat que le peuple et les chevaliers pouvaient opposer aux candidats des nobles.

Né à Arpinum^ C. Marius appartenait à une famille qui faisait partie de la clientèle des Herennius ' : il avait peu d*instniction', ses qualités militaires seules l'avaient fait remarquer, le peuple Tavait nommé tribun des militaires'. Sous Numance» Scipion l'avait aussi distingué pour son endurance qui rappelait celle des anciens Romains, il avait même prédit qu'il serait le sauveur de Rome*. Marius avait été questeur ' • grâce à la protection de Q. Caecilius Metellus il était devenu tribun, et tribun démocrate, en 119; mais il avait échoué quand il avait brigué IVdililé curule et Tédilité plébéienne * en 115 il avait réussi à se faire nommer préteur', mais avaitété élu le dernier*. A la suite de celte élection il fut accusé de brigue [ambitus], et ne put qu'à grande peine obtenir \\n acquittement^. II alla dans TEspagne ultérieure comme propréteur; il la purgea des bandes de brigands*^, et ménagea beaucoup les provinciaux**. Cette carrière brillamment remplie Tavait mis en évidence; il avait pu épouser une femme patricienne de la gens Julia**. Cependant, vu l'esprit d'exclusivisme qui dominait la noblesse, il ne pouvait pas espérer arriver au consulat sans circonstances extraordinaires : il était un homme nouveau*'. Il fallut, pour rendre possible son succès, les condamnations prononcées en vertu de la loi Mamilia, Tincapacité évidente des nobles dans la direction des deux guerres conire Jugurtha et contre les Cimbres. Q. Metellus

») Plut., Mar., 5.

«) Sali., Jii^., 63. 85, 32. Val. Max., 2. 2. 3. Cio. , F^n/., 15. 33. Sch. Bob., p. 355.

») Sali., Jug., 63.

*) Plut., .War., 3. 13. Val. Max.. «, i5, 7. •) Val. Max., 6, 9, 14.

*) Plut,, Mar,^ 5. apophth, }fnr., 1. ('ic, Planr., 21, 51. ■) Cic, de Off., 3, 20, 70* •) Val. Max., 6,9, 14. Plut., Mar.y 5.

'«) Plut., J/<ir.,6.

<i) Cic, in Verr, acntxnt., 3.90,209, ««) Plut., Mar., 6.

«3) Sali., JMflr., 63. Cic, in Verr. accusât., 5, 70, 18i .

refusa longtemps à C. Marius rautorisalion de se rendre à Rome pour les comices* ; Marius l'obtint cependant, partit en loute hâte, et grâce à sa qualité d'homme nouveau, grâce surtout à son opposition contre les nobles, aux perfides insinuations dirigées contre Q. Metellus', il fut éhi consul pour Tannée 107.

Le sénat avait déjà disposé des provinces consulaires, ot décidé que Q. Metellus serait prorogé dans son commandemont en Numidie; cependant le tribun C. Manlius Mancinus porta, avant la fin de 108, la question devant le peuple, et Tinvila à désigner le magistrat qui serait chargé de la guerre de Numidie. Le peuple désigna naturellement Marius*. Devant le peuple, Marius so glorifia d'avoir été préféré à un noble*, et prononça une longue harangue'. Il dut faire les levées pour son armée ; le sénat s'était empressé d'accorder Tautorisalion*, espérant que Marius perdrait de sa popularité; mais le consul profita de la circonstance pour faire un pas en avant dans la voie des réformes démocratiques et opéra dans l'armée une véritable révolution : il enrôla les citoyens de la dernière classe compris dans la catégorie des Capite censi; ils avaient été exemptés jusque-là de tout service militaire en raison de leur pauvreté ^ Marius savait bien que plus un soldat est pauvre, plus il s'attache à la personne de son chef, plus il est docile à servir son ambition. Il essaya en mémo temps de retenir auprès de lui les vétérans*; les armées commencèrent dès lors à se peupler de soldats de profession, qui ne furent plus des citoyens.

Q. Metellus fut profondément blessé dans son orgueil'; lui, aristocrate, devait céder le commandement à un fils de paysan '. Il quitta aussitôt l'armée, et chargea son lieutenant P. Ruti-

') Sali., Jug., 73. Plut., Mat., 8. Dio C.,fr. 89, 3 B. ^lCic.,rfeO/r.,3,20, 79.

\ Sali.. Jug.,7'S. Vell., 2, 11. Plut., Afni\,S. 9. Cf. I. L. A., p. 290. ') Sali., Jug., 84. Plut., Mar., 9.

') Sali., jrM^.,a5.

) Sali., Jii(/., 84.

*) Sali., Jug., 86. Plut., Mai\, 9. Flor.. 3, t, 13. Val. Max., 2, 3, 1. •)Sall., /u^.,84.

"iSal!., Jri^.,82.

lius Rufus de remettre le commandement à Marins ^ A Rome il reçut quelque satisfaction, le sénat et le peuple furent d'accord pour le bien recevoir*. Quand il se fut justifié des attaques dirigées contre lui par le tribun C. Manlius', on lui décerna le triomphe^. II prononça le discours d'usage*, puis se renferma dans ses fonctions sénatoriales; il* avait pris le surnom de Numidicus, il devint avec M. iEmilius Scaurus, un des chefs les plus autorisés du parti aristocratique.

Dans l'intervalle, en 109, M. iEmilius avait été nommé censeur avec M. Livîus Drusus, l'ancien adversaire de C. Gracchus; Drusus avait été consul en 112, il mourut pendant qu'il était censeur. M. Scaurus ne voulut d'abord pas se soumettre à la loi en vertu de laquelle le censeur survivant était obligé de donner sa démission ®; les tribuns menacèrent de le jeter en prison', alors il se retira. On lui accorda cependant l'autorisation de terminer les travaux qu'il avait commencés ; la voie jEmilia fut continuée de Pise et de Luna jusqu'à Sabata et Dertona; le pont Mulvius près de Rome était aussi son œuvre*. Livius Drusus et M. Scaurus furent très probablement remplacés par Q. Fabius Maximus Allobrogicus* (pendant son consulat de 121 il avait battu les AUobroges en Gaule), et par C. Licinius Gela*** qui avait été chassé du sénat (voir plus haut). On ne sait rien de leur administration, si ce n'est que Q. Fabius construisit sur le forum Tare do triomphe qui portait son nom, fomix fabianus. Lie. Crassus en parle dans un discours dirigé contre C. Memmius (proba-

') Sali., Jng.. 86. Plut., Mar., 10.

«),SalI., Jug., 88.

») Gell., 6, H. Prise, 8, p. 382 H.

•) Eutr., 4, 27. Aur. Vict., Vir, ///., 62.

«i) Gell., 12, 9.

^) Au moment où Rome fut prise par les Gaulois, un ccmor fuffectus remplaçait un censeur décédé ; à partir de ce moment la mort d'un des deux censeurs fut considérée comme un présage funeste, le censeur sunrivant devait se retirer, [N. D. T.]

■) Plut., Qu. Rom., 50.

•) Aur. Vict., Vir. ///., 72. Strab.,5, 1, 11. Amm. Marc, 27, 3, 9.

») Cf. Henzen, I. L. A., p. 447, d'après Boor. Fast. rew,. p, 88. ce serait Q. Fabius Eburnus.

'0) Cic, Cluent.A2, 119. Val. Max.. 2, 9, 9. Cf. Front., aq., 96.

blement en 106) ^ Ce sont eux, peut-être, qui ont chassé du sénat Cassius Sabacon en haine de C. Marins : Sabacon avait déposé en faveur de Marins dans un procès de brigue*. En 108, pendant leur censure, L. Hortensius fut élu consul, mais son élection fut annulée, il y avait eu brigue; à sa place on nomma M. Aurélius Scaurus', qui, après son année, fut envoyé comme proconsul contre les Cimbres et les Teutons ; il resta ensuite à Tarmée comme lieutenant de son successeur.

Los Cimbres et les Teutons luttaient toujours contre Rome ; plus la lutte se prolongeait, plus les nobles faisaient preuve (Imcapacité, plus ils se laissaient corrompre, c'était pis encore que dans la guerre de Numidic. En 107, le collègue de C. Marius, L. Cassius Longinus, celui qui avait amené Jugur- Ihaà Rome en 111, fut battu sur le territoire des Allobroges* par les Celtes Tigurins qui avaient dû émigrer'. Le consul fut tué avec son lieutenant* L. Calpurnius Piso Ca^soninus (il avait étéconsul en 112, et gouverneur de l'Espagne^). Pour se racheter lui et son armée, un autre lieutenant, C. Popillius Laenas, fut obligé de donner des otages et de livrer la moitié «les objets de valeur qui se trouvaient dans le camp*. A Rome il fut poursuivi; afin de pouvoir l'atteindre le tribun C. Caelîus Caldus, poussé par sa haine personnelle contre Popillius plutôt que par des raisons politiques, fit adopter la loi Cœlia inhellaria; en vertu de cette loi le vote écrit devait être employé pour tous les procès de haute trahison (jperdiiellio) ^ racine dans les cas exceptés par la loi Cassiasrrbellaria, devant les comices centuriates •. Le tribun accusa alors Popillius de

•) Cic, d' O., 2, 66, 267; cf. Cic, m Verr. art. A, 7, 19. Ps. Ascon., p. 133. Schoh Gron., p. 393. 399.

') Plut., Mar., 5.

')!. L. A., p. 438. Cf. p. 447.

*) Liv., rp., 65. Cœs. B. 6',, 1, 7. Tac, Germ., 37.

1 Flor., 3, 3.

*) C»8., B. ^., 1, 12. Gros., 5, 15. App., Ce/f., 1.

') App,, J6er., 99.

*) U'., ep. 65. Gros., 5, 15. Cornif., ad lier., 1, 15,25. 4, 24, 34.

'/ Cic, di> L»'g,, 3, 16, 36. Gn cite ce procès comme exemple de la grande «tension qu'avaient prise les prérogatives judiciaires des centuries; elles oew contentaient plus des procès que leur avaient réservés les leges Porcisp et la hx S^mpronia .

haute trahison. Popillius s*exila avant que le jugement fût rendu*.

On ne peut pas affirmer que M. ^^milîus Scaurus remplaça L. Cassius Longinus, ayant été élu auparavant consul suffectus; rhypothèse ne repose que sur un fait : M. Scaurus n'aurait pas été poursuivi pour brigue par P. Rutilius Rufus en 116, mais en 107 au moment de son élection consulaire; or, c'est peu vraisemblable ; d'ailleurs M. Scaurus n'est désigné nulle part comme ayant été deux fois consul. On aurait certainement constaté le fait, comme on l'avait fait pour Scipion Ëmilien, comme on le fit plus tard pour C. Marins, si la loi qui s'y opposait avait été suspendue pour M. Scaurus. On élut pour 106 un violent aristocrate, le fils du consul de 140, Q. Servilius Cœpio; il avait été préteur en Espagne, avait vaincu les Lusitaniens' et obtenu le triomphe, mais il est faux, comme le rapporte un témoignage, qu'il fût grand pontife ^. Il proposa la lex Servilia judiciaria qui favorisait le sénat* au détriment des chevaliers* : on devait replacer les sénateurs à côté des chevaliers sur Talbum des juges. Il est difficile d'admettre que Q. C»pio ait songé à remplacer complètement les chevaliers par les sénateurs ° ; l'ordre des chevaliers avait pris, depuis seize ans, une très forte position en vertu do la loi Sempronia judiciaria, le sénat ne pouvait guère espérer plus pour Ir moment que de voir reprendre le premier projet de C. Gracchus (voir plus haut); c'était bien suffisant pour asau-' rer ii Q. C»pio la gloire d'être surnommé le défenseur du sénat [patronus sp7iatus)\ Un tribun de Tannée précédente, L. Licinius Crassus défendit la loi; malgré des antécédents démocratiques, L. Crassus n'avait pas encore pris publiquement parti ni pour le peuple ni pour le sénat* ; cette fois il

') Gros., 5, 15.

«) Eulrop., 4, 27.

») Val. Max., 6,9, 13.

*) Cic, Bru/., 44, 164. .

S) Cic, rfe7nv.,l,49, 92.

*) Obseq., 41. Cassiod., a. 6'i8.

7) Val. Max., 6, 9, 13.

•) Cic, Brut. 43, 10 et spq. Cf. Plane, 14, 33.

prit la défense des aristocrates et prononça un éloquent discours* dans une assemblée préparatoire présidée par le tribun Q. Mucius Scevola', ou dans les comices réunis pour voter. Malgré l'éloquence de Crassus', la loi ne passa pas; elle fut victorieusement combattue par C. Memmius*, et d'autres chefs populaires. 11 est vrai que les abréviateurs (Obsequeiis et Cassiodore) ont déclaré plus tard le contraire, mais leur affirmation ne repose sur aucun fait positif, les chevaliers conservèrent leurs places de juges pendant quarante ans sans interruption jusqu'à la dictature de Sylla*.

Q. Ca;pion fut envoyé en Gaule comme proconsul en 105; il dut, de co'hcert avec le consul Cn. Mallius Maximus, éloigner de ritalie les Cimbres, les Teutons et les Ambrons. Il s'occupa surtout de piller la riche ville de Toulouse, ville gauloise qui avait déchiré sou traité d'alliance avec Rome; il enleva les trésors d'un temple d'Apollon, puisilfitemmener le butin qu'il avait déclaré envoyer à Marseille*. Ce triste personnage fut encore, par suite de ses rivalités et de sa jalousie pour le coasuP, la cause de la défaite du consulaire M. Aurelius Seaurus, lieutenant de Mallius*. Scaurus fut fait prisonnier.

Une autre défaite plus désastreuse, subie encore par Q. Caepion, fut celle d'Orange : Tarniée commandée par le consul H le proconsul fut presque complètement anéantie' (6 oct. '"), Q. espion fut destitué de son commandement**.

• Cic , riuent , 51, 140. Brut., 44, 164. 86, 296. de Or., 2, 55, 233. Prise, 8, 14, p. i28 H. ^uint., 6, 3, 44. Cf. Cic, de Or., 1,52, 225. Pffra(i.,5, 3, 41. 0\, 65, 219.

■) Cic, Brut., 43, 161.

') Cic, Bi^t.y :^ seq., 43 et seq. 86, 296. Vell., 2,9. Tac, DiaL, 18. S«n., ep, 114, 13 Quint., 12, 10, 10. 12, 11, 27. Macr., Sat., 5, 1, 16.

*) Cf. Cic, de Or,. 2, 59, 240. 66, 264. 207.

-; Cic, m Verr. «d., 1, 13, 38. Ps. Ascon., p. 103. 145.

*, Gros., 5, 15. Dio C, fr. 90 B. Gell., 3, 9, 7. Justin, 32, 3, 11. Strab., U.lS.Aurel. Vict., Vir. t7/.,73.

*;0ro8.,5, 16. Dio C, fr. 91 B.

•) Gros., 5, 16. Liv., ep. 67. Vell., 2, 12. Dio C, fr. 91 B. Tac, Germ.,

'i Liv., ep. 67. Gros., 5, 16. Sali., Jug., 114. Ëutr., 5, 1. Dio C, fr. ^ B.Flor., 3, 3, 4. Plut., Sert., 4. Gran. Lie, p. 17, édit. Bonn. ^^) Plut., Lue., 27. apophth. Luc., i.

") Ascon., p. 78. Liv., ep. 67. Cf. Corniûc, ad Her., 1, 14, 24.

78 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLlgfE [IV, 4

Les nobles osèrent à peine présenter des candidats'; alors C. Marins, malgré la loi qui défendait la réélection, loi qui avait déjà été suspendue une fois en faveur de Scipion Emilien, Marins fut' nommé consul pour la seconde fois. Il était probablement absent, on le nomma quand même, et le peupli* lui donna la province de Gaule*. Pendant son premier consulat il avait réparé en Numidie les échecs de ses prédécesseurs nobles, et avait été constamment vainqueur'. Très aimé des soldats qu'il favorisait de toutes manières^, il avait été maintenu à la tête deTarmée pendant les deuK années suivantes \ Il avait forcé Jugurtha à sortir de son royaume, et avait obtenu d'excellents résultats de négociations engagées avecBocchus, roi de Mauritanie*; grâce à l'habileté et au courage de son questeur, L. Cornélius Sylla", Bocchus avait consenti à livrer Jugurtha*. Enfin sur Tordre du sénat, il avait réglé le partage de la Numidie ; une partie élaitdonnée à Bocchus, le reste était rendu aux descendants de Massinissa, en particulier à Ganda*. A Rome les citoyens n'avaient plus confiance qu'en Marins *® ; on comprend pourquoi on lui donna le consulat : il était pourtant dans une situation diiïérente de celle où se trouvait Scipion Emilien quand il obtint son second consulat : Marins avait exercé le commandement depuis trois ans sans interruption.

Le jour même où il prit possession de son consulat, le 1 janvier 104, Marins triompha de Jugurtha et des Numides*». Ce jour-là il commit une grave imprudence, il osa paraître au sénat revêtu du costume de triomphateur*'. Heureusement pour

*) Plut., Mar.y il.

*) Sali., Jug,, \\L Plut., Mur., 12. Liv., ep. 67. 1. L. A., p. 290.

3) Sali., Jm^., 87-100. Flor., 3, i, 13. Eutr. 4, 27. Oros., 5, 15.

*) ShW. ,Jug,, 92.

*) Sali., Jug., 100-113.

«) Sali., Jug.j 102. Dio C, fr. 89, 5. 0 B. Diod,, 34. 66. App., Aum., i.

') Sali., Jug.,9o. 100. Plut. SuU , 1. Mur., 10. Val. Max., 6, 9, 6.

») Plut.. Mai. y 10. SulL, 3. Sali., Jng., 103-113. Val. Max., 8, 14, 4. Liv., ep. 66. Flor., 3, 1, 17. Eutr., 4, 27. Oros., 5, 15. Vell., 2, 12. App., Num,, 5.

•) Sali., Jug., 65. Dio C, rr.89, 4 B.

«0) Sali., Jug.y 114. Cic, de leg Man.y 20,60.

**) Sali., Jug., 114. Plut., Mar., 12. Vell., 2, 12. Eutr., 4,27. Aur. Vict., Vir. m, 67. Plin., n.A., 33, 1, 12. Dio C, 48, 4.

**) Liv., ep. 67. PluL, Mar., 12. Dio C, 48, 4. I. L. A., p. 290.

lui les Cimbres ci les Teutons allëreut eu Espagne, il eut le temps d'organiser une armée*. Pendant que Marins préparait ses forces, le peuple offrait de la petite monnaie à Cérës et à Proserpîne. Vingt-sept jeunes filles perlaient des offrandes aux dieux, en chantant des hynmes*.

Le collègue de Marins, C. Flavius Fimbria, élait aussi un homme nouveau'; il avait été accusé de concussion en sortant de la préture *; comme consul il dut rester à Rome. Une lutte ardente s'engagea, sous leur consulat, contre les nobles; elle fut inspirée par des haines personnelles, plutôt que par le désir réfléchi d'opérer des réformes.

Le fiis du consul de 107, L. Cassius Longinus, alors tribun, présenta une série de lois qui avaient pour but d'affaiblir le pouvoir des nobles, celle-ci entre autres : ut, quem populus diimnasset^ cvive imperium abroyasset, in sénat u non essei^. Elle visait surtout Q. Ca^pion, mais elle ne suffit pas à satisfaire la haine du peuple®. Alors le tribun C Norbauus demanda linstitution d'un tribunal extraordinaire^ pour rechercher ce qu était devenu l'or de Toulouse. 11 lit passer la proposition, après avoir forcé au silence deux tribuns qui voulaient opposer leur intercession (les tribuns L. Aurélius Cotta et T. Didius). Lachose ne se fit pas sans tumulte, et, au milieu de la mêlée, le prince du sénat, M. .Emilius Scaurus, fut atteint par une pierre'. Le tribunal fut établi; il condamna Q. Cajpionàk peine de l'emprisonnement, bien que L. Grassus, à ce que l'on croit, eût plaidé pour lui'; Q. Caepion ne mourut pasen prison '%

') Plui.,¥rtr., 14.

«) Obseq . . 43 = 103.

») Cic, Plane, 5, 12.

*) Val. Max., 8, 5, 2. Cic. FofU., 7, 14. BruL, 45, i68. 34, 129. de Or.,

•■) 90 Ql

•) Ascon , p. 78.

*; Cic, Brut., 35, 135.

•) Cic, (le Nat. deor., 3, 30, 74.

») Cic, de Or., 2, 47, 197. 2, 28, 124, part. Orat, 30, 105. Oros., 5, 15. DioCfr. 90 B.

*J Cic, Brut,, 44, 162; dans ce passage les mots incvnsulatu sont interpolés, à la place de defensione junctd, qui n'a pas de sens, il faut probablement mettre defensiunculd,

**) Val. Max., 6, 9, 13, parle probablement d'un autre Q. Caepion; Cf. Cic., Tusc, 5, 5, li.

80 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIOUE [IV, l

il fut tiré de là par un de ses amis, le tribun L. Rheginus, el put s'exiler*. Alors un autre tribun fit encore une nouvelle pro. position concernant Q. Cajpion; les biens de ce dernier furent confisqués*. L'année suivante, autre procès intenté à Cn. Mallius par L. Apulejus Saturninus'. En 104 le tribun Cn. Domitius Ahenobarbus, fils du consul de 122, poussé par des motifs personnels*, et non politiques, porta une accusation contre M. Junius Silanus au sujet de la défaite que ce dernier avait éprouvée cinq ans auparavant. L'assemblée du peuple Tacquitta^

Çn. Domitius Ahenobarbus souleva une question plus importante; il reprocha à M. ^^rnilius Scaurus d'avoir, en qualité d'augure et de pontife (pas de grand pontife) négligé certaines cérémonies religituscs {sacra); Cn. Ahenobarbus n'obéissait qu'à des sentiments de rancune personnelle, il n'avait pu pardonnera M. Scauruâ de ne l'avoir pas fait entrer dans le collège des augures; mais M. Scaurus fut acquitté par le peuple''. Sur ces entrefaites le père de Cn. Ahenobarbus, qui était pontife, vint à mourir; les pontifes refusèrent de recevoir Cn. dans leur collège\ Aigri de plus en plus, il reprit les dispositions d'une loi Licinia de sacerdotiis qui avait échoué en 143; il donna à sa proposition le titre de lex domitia de sacerdotiis*. Par cette loi le peuple était appelé à donner son avis sur le choix des personnages qui devaient entrer dans les grands collèges sacerdotaux ; l'année suivante, pour témoigner sa reconnaissance à Cn. Domitius Ahenobarbus, le peuple le nomma grand pontife à la place de L. Cecilius Aletellus Dalmaticus^

«) Val. Max., 4, 7, 'A Cf. Cic, U<(/6.,li, 28.

*) LÏY.j ep. 07. présente la confiscation des biens cooiuie ayant été la conséquence de la dégradation de Q. Ciepion.

') Cic, deOr.t 2,28, 125. Gran. Licin. p. 21 éd. de Bonn.

*) Cic, Divin,, 20, 67. in Ven\ accusât:, 2, 47, ll«. Corn., fr, 2, 6.

*) Ascon , p. 80.

•) Ascon., p. 21. Cic, Dtj, ,ii, 'M. Schol. Gron,,p. 42.*^. Val. Max., 6,5,5. DioC, fr. 92 B.

') Suet.,j\er., 2.

•) Cic, de Ley «(/r., 2, 1 . ad Brut,, 1, 5, 3. Corn., fr. 2, 5. Ascon . p. 80. Suet,, ^cr., 2; Vell. 2, 12,1a porte à l'année suivante.

») Liv., ep. 67. Val. Max., 6, 5, 5.

Peut èlre faiil-il placer nussi en 104 la loi Licinia desuinptii

minuendo* de F. Licinius Crassus Dives", qui fut plus tard

consul en 97 . Dans tous les cas elle ne peut être postérieure à

lacensure de M. Anlonius et de L. Valerius Flaccus (97)% ni

àlamorldu poète Lucilius qui en parle*; or Lucilius étant

morleu 103, la loi est antérieure à cette date*. A.u reste une

circonstance paraît rétablir; pendant qu'il était consul, donc

en 105, P. Rulilius Rufus, Tancien rival de Scaurus, Tancien

lieutenant de Metellus, prononça un discours de modo œdifi^

cionim'^, ce qui prouve qu'on songeait à limiter les dépenses

exagérées pour les constructions' aussi bien que pour les

repas: Vidée d'une loi somptuaire était à Tordre du jour.

C. Marius fut de nouveau nommé consul pour Tannée 103, quoiqu'il fût absent de Rome"; sa popularité avait été encore accrue par la décision tout à fait impartiale qu'il venait de prendre au sujet de Trebonius; Trebonius avait tué un parent deMariuSy C. Lusius, qui avait voulu le violenter avec insolence^.

Le sénat laissa à Marius la province de Gaule *''. Les Cimbres et les Teutons ne se montraient pas encore, alors C Marius abandonna quelque temps son armée à son lieutenant M. Aquilius, et vint à Romo. Là il parut faire des difficultés pour accepter son nouveau consulat^', et, après avoir joué un jeu dont les détails avaient été réglés d'avance, il se laissa con-^ Iraindre*' par le tribun L . Âppuleius Saturuinus*'. On lui donna pour collègue Q. Lutatius Catulus; Catulus était un fin lettré,

• Gell., 15, «. 2,24, Fest., ep. p. 54. *) Mar., Sut., 3. 17, 7 = 2, 13, 7. '. Gell., 2, 24.

*) Hieronym., Chroii,, p. 133 de Schœne. ') Supt., AMi/., 89.

')Cf. Vurr., r. r. I, 13, 7. C'\c., de Or., 2, 68, 275. •; Liv., t'p. 67.

*) Plut., Mar., 14. aijophth. Mur., 3. Val. Max., 6, 1, 12. Cic, Mil , ♦.'J. Schol. Bob., p. 279.

'^') Cic, 'kPi'ov. coïts, t 8, 19.

") Liv., ap. 67.

»-)Plul., Mar., 14.

'^) Cf. Gran., Lie, p. 21. édit, de Bonn.

82 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [IV, i

un orateur éloquent*, sa probité lui avait assuré Testiinedu sénat et du peuple*; depuis 106 il avait été tous les ans candidat au consulat et candidat malheureux'.

Enfin les Cimbres revinrent d'Espagne; ils s'entendirent avec les Teutons pour attaquer lltalie^. Marins infligea deux sanglantes défaites aux Teutons et aux Ambrons près de Aqua* Sextiae (Aix); on dit que les ennemis eurent deux cent mille soldats tués, quatre-vingt dix mille furent faits prisonniers*. A la nouvelle de ces grands succès, le sénat vota cinq jours d'actions de grkces {siipplicatioy^ et C. Marius fut élu pour la cinquième fois consuF. Çatulus, qui avait observé les Cimbres dans la Gaule Cisalpine % fut prorogé dans son commandement. Marius vint à Rome pendant son cinquième consulat, mais refusa d'accepter le triomphe tant que les Cimbres ne seraient pas vaincus*. II alla rejoindre Catulus, et tous deux infligèrent aux Cimbres la fameuse défaite de Verceil, où les ennemis perdirent cent quarante mille morts et soixante mille prisonniers ^^. Tous les amis de Catulus comme ceux de Marius, étaient unanimes à attribuer à ce dernier le succès de la journée ^K Sans doute Farmée de Catulus avait conquis les plus brillants trophées **, mais on savait que Catulus avait été impuissant à défendre les passages des Alpes *\ C^étaitbien au génie militaire de Marius*^, aux perfectionnements apportés par lui

•) Cic, iJrw^, 35, 74, 259. de Or,, 2, 7,28, 3, 8,29. Quint., Il, 3,35.

2) Plut.,Afar., 14.

^) Cic, Plane, 5, 12. Mur., 17, 36.

*) Liv.,ep. 67, Obseq. 43,

^) Liv., ep. 67. Obseq., 44. Oros., 5,16. Plut., Mar,, 15-21. apophth. Mar., 4. Vell., 2, 12. Flor,, 3, 3, 7-10. Eutr., 5, 1. Dio C, fr. 94 B. Val. Max., 6, 1, 3.

*) Cic, Prov. cons,, 11,26.

') Liv., ep. 68. Plut., Afar., 22.

«) Plut., Mar., 15.

•) Plut., Mar., 24. Liv., ep. 68.

") Liv., ep. 68. Obseq., 44. Oros., 5, 16. Vell. 2, 12. Plut., Mar., 24-27. Flor., 3, 3,11 etseq. Eulr.,5, 2. Dlo C», fr. 94, 2 B. Aur. Vict., Fï>. t7/.,67. App., Celi., 1.

") Plut., Ifar., 25.

'«) Eutr.,5, 2.

*8) Liv., ep. 68. Plut., Afar., 23. apophth. Cat.

•*) Plut., Afar., 13.

IV, ij RÉACTION CONTRE Là LÉGISLATION DES GRACQUES 83

dans rarmement' (le /7{7</m), à ses talents stratégiques qu'il fallait attribuer le mérite du succès déiinitif. Du reste Marius se montra généreux, il loua beaucoup Catulus, et ne voulut pas triompher deux fois comme ou le lui proposait ; ilne voulut avoir qu'un seul triomphe, auquel dut prendre part Catulus*. La haine des nobles pour Thomme nouveau était maintenant paralysée; partout, dans toutes les classes^ Marius était acclamé comme le sauveur de Rome*.

Investi d'un commandement depuis sept années sans inlerruption, Marius était arrivé à la première place de FÉlat; ses services militaires l'avaient mis à côté de M. Furius Camillus, de Scipion l'Africain ; jamais aucun citoyen ne s'était élevé si haut, n avait acquis une popularité si grande. Les deux seuls nobles qui avaient rendu quelques services pendant les dix dernières années, Q. Melellus Numidicus et Q. Catulus, ne pouvaient pas se mesurer avec lui. Restait à savoir si Marius serait aussi capable de faire cesser les rivalités de parti qui affaiblissaient TÉtat, s'il saurait inspirer un esprit nouveau à la république. Malheureusement la corruption était profonde ; il faut reconnaître que d^autres, mieux trempés, d'une moralité plus scrupuleuse, auraient également échoué. Les preuves de cet état morbide sont nombreuses ; inutile de rappeler les faits de corruption qui ont été relevés plus haut, de montrer les plus grands personnages se laissant entraîner jusqu'au vol pour s'enrichir. II faut étudier aussi la situation du peuple ; à ce moment nous le trouvons saisi d'une terreur ridicule pour les prodiges \ on se mutile en l'honneur de la grande déesse de Tlda (mater Idœa) ^ Les lois les plus sacrées de la famille sont violées aussi bien dans le peuple que chez les nobles : Q. Fabius Maximus Servilianus (ou Eburnus) fait assassiner son fils qui avait été condamné à juste titre : pour

•) Plut., Jfar., 25.

^ Liv., ep. 68. Plut., Mur., 27. Val. Max., 9, 12, i. Cic, Tusc, 5, 19.56.

») Uv., ep. 68. Plut., Jfar., 27. Val. Max., 8, 15, 7. Cic, Cat., 4, 10,21. tiab. perd,, 10, 27. Best., 16, 37.

*) Obseq.» 44 donne de nombreux exemples; Plut., Jfar., 17. Diod., 36,6.

*) Obseq., 44.

8i LA DISSOLUTION DE LA KÉPUBLIOUK [IV, 4

ce fait le père est accusé devant le peuple par Cn. Pompée, et condamné*. Un certain Publicius Malleolus tue sa mère; c'est le premier exemple de ce genre que relèvent les annales de Rome; le meurtrier expia d'ailleurs son crime*.

*) Gros., 5, 16. Val. Max. , 6, 1, 5. Quint., bed ,3, 17. «) Liv., ep. 68. Gros., 5, 16. Cornif., adller,, l, 13, 23.

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