CHAPITRE CINQUIÈME
IMPUISSANCE DE l'oPPOSITTON DÉMOCRATIQUE
Pondant les deux guerres de Jugurtha et des Cimbres, il lie fui pas question de lois agraires; la loi de IH avait été le dernier acte législatif sur ce sujet. En 104, le tribun L. Maroius Philîppus présenta une nouvelle rogatio agraria, L. Philippus était un vrai démocrate, un ami du peuple*, Torateur le plus éloquent après Crassus et Antoine*. Nous ne connaissons sa proposition que par quelques passages de Cicéron', elle ne devait pas renfermer de dispositions sur le partage des terres, elle devait proposer seulement la suppression des articles de la loi de 111, en vertu desquels les possessions de Tager publicus avaient été transformées en propriétés, Tager publicus était devenu ager privatus. Il voulait ramener la question au point où elle était avant la loi (le Ba^bius (111), et rendre possible Texécution des lois semproniennes. L. Philippus reconnaissait d'ailleurs que sa loi était loin de résoudre les difficultés soulevées par la question agraire. Il fit une enquête sur la situation économique de la République, et constata franchement que le bien-être devenait de moins en moins général; il avoua qu*on trouverait à peine deux mille citoyens qui fussent dans Taisance. Mais il était difficile de revenir sur ce qui avait été fait en 111 ; les optimates firent échouer la proposition de L. Philippus ; le- tribun parait avoir accepté son échec avec résignation.
') Hor., ep., 1, 7, 46.
') Cic, Brut., 47, 173. 50, 186.
») Cic, deO/T., 2, 21,73.
86 LÀ DISSOLUTION DE LA RÉfUBLIQUE [IV, 5
On avait continué à faire exploiter les propriétés agricoles par les esclaves en Italie et en Sicile. On en vit bientôt les conséquences. Il y eut des révoltes d'esclaves, peu sérieuses d'abord, dans le sud de Tltalie^ mais la dernière fut assez menaçante, il fallut envoyer pour la réprimer le préteur L. Licinius LucuUus avec 4,000 fantassins et 300 cavaliers (c^est-àdire une légion*) ; bientôt après éclata un soulèvement général en Sicile, dans les circonstances suivantes'.
Les fermiers des douanes dans les provinces augmentaient leurs revenus par le commerce des esclaves; ils achetaient des hommes libres qui avaient été enlevés sur les frontières des royaumes alliés avec Rome» et les revendaient comme esclaves aux négociants qui faisaient cette sorte de trafic. Un jour, pendant son second consulat. Marins fut chargé par le sénat de demander des troupes k Nicomède de Bithynie ; Nicomède répondit qu'il ne pouvait pas envoyer de troupes, parce que les hommes libres de Bithynie avaient été enlevés en grande partie et réduits en esclavage par les Romains. Le sénat s'occupa de l'affaire, défendit ce commerce d'esclaves, et ordonna aux gouverneurs des provinces de rendre à la liberté tous les esclaves qui avaient été enlevés dans les royaumes alliés. En Sicile le préteur P. Licinius Nerva commença l'exécution de ce décret ; en quelques jours 800 esclaves furent rendus à la liberté. Les propriétaires réclamèrent, et le préteur suspendit immédiatement l'exécution do décret sénatorial. Alors les esclaves voyant fuir une liberté qui leur avait été promise, voulurent l'obtenir par la force.
P. Licinius Nerva se rendit facilement mattre du premier attroupement, grâce à la connivence d'un meurtrier fugitif qui trahit les esclaves. Mais l'esclave Tryphon organisa un second soulèvement beaucoup plus considérable; les troupes envoyées par Nerva furent battues deux fois ; sur un autre point de rile Athénion organisa une véritable armée d'insurgés. Les deux armées fusionnèrent ; Tryphon, nommé roi, installa sa cour à Triocala, Athénion tint la campagne. La situation
*) Diod., 36, 1.
•) Diod., 36, 1 et seq. Flor.. 3, 19. Dio C. fr. 93 B.
IV, 5] IMPUISSANCE DE l'oPPOSITION DÉMOCRATIQUE 87
devint telle qu'on vit des hommes libres se joindre aux esclaves pour piller*. A Rome on fut très inquiet; la guerre contre les Cimbres n'était pas finie, et réclamait toutes les forces de la République. Le nouveau gouverneur, L. Licinius LucuUus batlit Athénion en 103 à Scirthaea; mais il n'activa pas les travaux du siège de Triocala, accorda des congés à ses soldats, perdit son matériel de guerre, de sorte que son successeur, C. Servilius, ne trouva rien de prêt pour achever de vaincre TinsurrectionV Les choses allèrent si mal qu'on fut obligé d'envoyer en Sicile le consul M. Aquilius, le collègue de Marins pendant son cinquième consulat \ Après un an d'efforts il battit successivement Athénion, devenu roi après la mort de Tryphon, et Satyros, le chef des dernières bandes qui tinrent campagne'.
En présence de pareils faits, l'opposition démocratique songea à reprendre les réformes des Gracques. On reprit le projet qui avait été abandonné par L. Philippus devant l'opposition des nobles; malheureusement l'exécution en fut confiée à des démagogues sans honneur, à des hommes perdus de réputation : L. Appuleius Satuminus, et L. Servilius Glaucia*. L. Satuminus avait déjà rempli plusieurs charges; questeur d'Ostie, il avait montré une telle négligence dans une année de famine, que le sénat avait été obligé de lui enlever la charge de veiller aux approvisionnements [atra rei frumentariœ) pour la confier au prince du sénat, Scaurus*. Tribun en i 03, il avait fait condamner Cn. Mallius en faisant établir un tribunal exceptionnel^; il avait aussi fait décider l'établissement d*une colonie pour les soldats de Manus*; il avait ensuite soutenu avec une grande énergie la candidature de Marins à son quatrième consulat. C. Servilius
•) Cf. Diod., 36, 4.
«) Diod., 36, 2.
') Diod., 36, 3.
•) Liy., ep., 69. Obseq., 45. Cf. ;Cic., m Verr, accusât, y 3, 54, 125. 2, 5. dt Leg. agr., 2, 30, 83. Schol. Bob., p. 246. Ps. Ascon,, p. 210. •) Cic, Acad.y pr., 2, 5, 14. Brut., 62, 224. *) Cic, Sest,, 17, 39. Har. resp,, 20, 43. Diod., 36, 5. ') Gran., Lie, p. 21, éd. Bonn.
•} Aur. rict., Vir. t//., 73.
Glaucia était l'auteur de la lex repetundarum de 112, si favorable aux chevaliers; sa réputation était détestable, un de ses adversaires Tavait appelé stercus curiœ\ Tous deux s'eu- Icndaient à merveille à soulever le peuple par des discours violents et éloquents*.
Ils cherchèrent d'abord un chef qui portât le nom populaire des Gracques. Ils mirent la main sur un certain L. Equilius, qui se disait fils de Ti. Gracchus. Les agitateurs se trouvèrent arrêtés dès le début de leur entreprise par le censeur de 102*, C. Cœcilius Metellus Gaprarius, le quatrième fils du Macédonien; G. Metellus refusa de reconnaître L. Equitius comme fils de Ti. et ne l'inscrivit pas sur la liste dos citoyens ^ Metellus fut un adversaire énergique des chefs populaires; il enleva son cheval à P. Furius'"^ un partisan influent de Saturninus; il aurait même expulsé les deux agitateurs du sénat, s'il avait été secondé par son collègue ^ On répondit par dos violences; un jour Salurninus fit lancer des pierres contre Ir censeur', qui fut obligé de se réfugier et de se barricader dans le Gapitole : il fallut que les chevaliers vinssent le délivrer*. Le sénat crut trouver en 101 l'occasion de se débarrasser de Satuminus; ce dernier avait insulté des ambassadeurs de Mi- Ihridale, venus à Rome pour acheter des sénateurs; on voulut l'exiler pour avoir violé le jus legalorum^ . Saturninus harangua le peuple, fit des promesses de réforme, montra qu'on voulait le sacrifiera cause de ses sympathies populaires: il obtint du peuple qu'il ferait une démonstration en sa faveur: le sénat eut peur et laissa tomber l'accusation. Ce fut une exeliente affaire pour Saturninus, elle favorisa sa réélection au trihunat on 100'". Il se mit du rosto avec Glaucia au service do
') Cic, ^'>0/'.,3,41, 164.
•) Cic.,Bn/t., 62, 224. Rab., posf., 6, 14. Har. resp., 19, 41. 5) Veli., 2, 8, 2. Cic, de Dom., 32, 87. P, ?v(i, ad Quir.,3, 6. ♦) Val. Max., 9, 7, 2. Aur. Vicl., Vh\ ilL, 02. Cic, Srs^, 47, 101. «) DisC.fr., 95, 2 B.
*) App., 6. c, 1, 28. Cic, Sr.<f<. 47, ICI. ') Val. Max., 9, 7, 2.
») Oros.,5, 17.
'j II est faux, comme le prétend Diod.. 36, 8, que le sénat se soit transformé en tribunal pour juger Saturninus. «0) Diod., 36, 8.
IV, H] IMPUISSANCE DE l'oPPOSÏTÎON DÉMOCRATÎOt'E 89
Marius pour assurer à ce dernier son sixième consulat*; Marins leur prêta en revanche son puissant appui pour arriver au tribunat et à la préture. Marius cependant fit emprisonner L. Equitius' qui briguait le tribunat en même temps que Salurninus, mais il n'inquiéta pas ce dernier qui venait de commettre un crime; il avait fait assassiner dalis les comicos son concurrent Nonius ou Ninnius'^. Saturninus, malgré ce crime» fut nommé tribun; Marius, grâce à Saturninus, et à Tachât des voix, obtint son sixième consulat*; il s'appuya sur Saturninus et sur Glaucia, qui avait été élu préleur; il ne fut en Tien inquiété par son collègue L. Valerius Flaccus, qui s'efTaçait dorrière Marius % et n'était préoccupé que d'une chose, enlever toute influence à Metellus Numidicus.
Voilà les hommes qui allaient reprendre les réformes des Gracques; aucun n'avait en vue Tintérèt du peuple, chacun ne songeait qu'à des avantages personnels, Marius surtout, qui n'avait aucune idée des devoirs d'un homme d'État, et ne rherchait qu'à satisfaire sa vanité ridicule. Il faut reconnaître cependant que Saturninus avait de la valeur; il n'hésita pas à faire sentir son autorité de tribun à Glaucia', et copia avec habileté le rôle qu'avait joué C.Gracchus*'.
Comme G. il présenta en même temps plusieurs lois : une lexaffraria, une Ipx frumeninna, et plusieurs lege$ de coloniis dpduceîidis préparées déjà pendant son premier tribunat.
La loi agraire' ne touchait pas aux dispositions de la loi de 1 1 1 ; Saturninus demandait que l'on distribuAt aux citoyens, iTT/V/m', les terres de l'ager gallicus, conquis par Marius, et abandonné par les Celtes, ses anciens propriétaires. Comme t^. Gracchus, Sa! urninus voulait admettre à la répartition les
') Cic, Har, rrsp.^ 24,51.
-) Val. Max., 9, 7, 1. .
'; App., h. /•., i, 28. Plut., Mar., 29. Liv., cp., 69. FJor., 3, i6. Val. Mai.. 9,7, 3. Aurel. VicL, Vir. ?//., 73. Gros., 5, 17. •! Plut., Mm\. 28. Liv.,c/)., 69. •) Plut., Mnr., 28.
•] Aur. Vict., Vir. i7/., 73.
'} Cf. Fior., 3, 16.
"y Liv., ep,f 69.
*) App., fc. c, 1, 29. Cic, Sest., 16, 37. .
alliés de Tltalie' en même temps que les citoyens. Si elle avait été appliquée, cette loi aurait certainement produit d'heureux effets sur la situation économique de Tltalie. Mais Saturninus découvrit bientôt ses véritables intentions; la loi agraire n*était qu'une arme forgée pour la lutte contre les nobles, c'est ce que montra la disposition suivante : quand la loi aura été adoptée par le peuple, le sénat sera tenu d'en jurer l'observation par serment ; tout sénateur qui refusera sera chassé du sénat et condamné à une amende de vingt talents*. Sans doute Satnminus pouvait expliquer cette mesure en rappelant la conduite des nobles au moment de la réforme des Gracques ; or le fait même qu'on peut la justifier est une preuve nouvelle de rintensité des passions rivales qui divisaient la république. Mais il y a dans la disposition supplémentaire de la loi de Saturninus quelque chose de plus regrettable : elle n^avaii pas été imaginée pour rendre l'application de la loi plus facile, mais pour atteindre l'ennemi personnel de Saturninus et de Glaucia, Metellus le Numidique.
La loi frumentaire ne devait profiter, comme celle de C, qu'aux seuls citoyens de Rome ; il diminua encore les prix fixés par la loi Sempronia pour les distributions mensuelles; au lieu de payer le blé 6 as 1/3, on ne le paierait que 5/6 d'as {semineset trientesy.
Les lois sur les colonies favorisaient surtout les vétérans de l'armée de Marins. Ces vétérans, sortis pour la plupart de la classe des capite cenéij sans aucune fortune, préféraient devenir colons plutôt que d'attendre les assignations qui devaient /^tre faites en commun aux citoyens et aux alliés sur l'ager Gallicus. Chaque vétéran devait recevoir cent jugères ; les . colonies seraient établies hors de l'Italie, en Afrique^ en Sicile^ en Grèce, en Macédoine. Dans le cas où l'ager disponible ne serait pas suffisant, Saturninus proposait d'employer à l'achat de terres \ le trésor de Toulouse rendu à l'État après la condamnation de Q. Ca'pion. G. Gracchus avait mis sur le
«) App., 6. c, t, 29. Plut., 3far., 29. Aur. Vict., \ir.UL, 73.
3) Cornif., ad Herr,, 1, 12. 21.
•) Aur. Vict., Mr. »//., 73.
rV, 5] IMPDISS4NCE DE l'oPPOSITÏOS DÉMOCRATIQUE 91
même pied les Latins et les citoyens qui se rendaient dans les colonies ; les lois de Satuminus différaient de celle de C. en ceci qu'elles autorisaient Marins à donner le droit de cité à trois Latins par colonie ^ Salurninus dut s'arrêter là; sa loi agraire avait déjà blessé l'égoïsme des citoyens de Rome^ il ne pouvait pas leur demander de plus grands sacrifices; d'ailleurs on avait été très mécontent contre Marins, qui s'était permis, pendant la guerre des Cimbres, de donner le droit de cité à deux cohortes de Mamertins*.
Pendant les discussions de ces lois, il y eut de nombreux actes de violence. Les Optimales paraissent avoir encore employé le moyen qui leur avait si bien réussi avec L. Drusus. Ainsi on dut fonder cette année-là une colonie de citoyens à Eporedia dans la Gaule transpadane, sur le territoire des Vagienni' ; il est très probable qu'elle fut fondée à la suite d'un vote du peuple, obtenu par un tribun rival de Satuminus, — on cite un certain Bsbius^, — partisan des Optimales; on espérait par là dépopulariser les lois agraires et les colonies de vétérans. Les optimales ne s'en tinrent pas à cette opposition légale. Pour atteindre la loi frumentaire, le questeur' déclara que le trésor ne pouvait pas faire face à la dépense ; alors le sénat décréta que Satuminus serait considéré comme ennemi de rÉlats'il maintenait sa proposition. Salurninus passa outre, ne s'inquiéta pas non plus de l'intercession de ses collègues, et voulut faire procéder au vote ; le censeur voulut l'empêcher parla force*. Mêmes violences quand on vota les lois sur les colonies*, et surtout la loi agraire. Satuminus ne put faire passer la dernière qu'en opposant à un groupe de combatianls payés par les optimales une armée de Latins accou-
')Cic.,BflM., 21, 48.
*) Plut., Jfar., 28. ApopAM. Mar., 5. Val. Max., 5, 2, 8. Cic, Ba/6.. 20,46.22,50.
') Vell., 1, 15.
Uur. Vict., Vir. i//.,73.
*) Ce censeur était Q. Servilius Gspio, probablement un ûls de celui qui ^Méié condamné en 104.
•)Cornif., odHer., 1, 12,21.
•Aor. Vicl., Vir. t7/.,73.
92 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIOtE [IV, 5
rus à Rome pour soutenir uae loi qui leur assurait des avantages*.
On appliqua de suite la loi frumenlaire, si coûteuse pour rÉtat; mais on ne put appliquer immédiatement les lois sur les colonies ni la loi agraire; il fallut du temps pour organiser les préparatifs. Saturninus employa ces délais à se venger do SOS ennemis personnels.
Après le vote de la loi agraire, Marins réunit le sénat, et déclara, c'était une comédie préparée d^avance, qu'il ne prêterait pas le serment exigé par la loi; le sénat Tapplaudit, mais cinq jours après, prétextant l'agitation du peuple, Marins déclara que, dans l'intérêt de la paix, il fallait se résigner à prêter le serment; on pourrait plus lard, une fois le calme rétabli, faire supprimer la loi*. Il alla au temple de Saturne, et prêta le serment devant les questeurs; les autres sénateurs en îirent autant, même M. iEmilius Scaurus'; un seul refusa, Metellus Numidicus, qui ne voulut pas subir une pareille humiliation. Saturninus Taccusa devant le peuple*; quand Metellus vit que, malgré les supplications de sa famille*, il serait condamné, ne voulant pas recourir à violence, il quitta Rome. Ce n'était pas suffisant, le tribun fit une nouvelle proposition*, et Marius eut la satisfaction d'infliger la peine de Texil [aqiiœ etignisiîiterdictio) à Metellus'.
Pour empêcher les violences que lui avaient opposées Q. CiTpion et Ba»bius, Saturninus proposa une lexde majestaie. Jusqu'alors ceux qui avaient porté atteinte à la majesté du peuple romain^ ou ceux qui l'avaient diminuée {minuere)^ étaient jugés par le peuple ou par un tribunal extraordinaire.
') App., b, c, 1, 30.
*) App., h, r., 1, 30. Plnt., Mnr., 20.
^) Cic, Fnm.y 1, 9, 16.
*) Liv., ep.y 69.
^') Cic, P. reiL in Sen., 15, 37. ad Quir.y 3, (j.
') Cic , (kDoin., 31, 82. .
') Liv., ep., 09. App., 6. c, 1. 31. Plut.. Mar., 29. Cat.,Mm., 32. Cic, Se$t„ 47, 101. 16, 37. 62, 130. Plane, 36. 89. Pis., 9, 20. Clueni., 35, 95. P. red. in Sen,, 10, 25. Schol. Bob., p. 252. 272. 347. Vell., 2, 15. Val. Max., 3, 8, î. Aur. Vict., Vir. ilL, 62. 73. Oros., 5, 17. Suet,. m. Gr„ 2.
IV, OJ IMPUISSANCE DE LOPPOSlTlOiN DÉMOCIiATK»lIE 93
Or il était arrivé souvent, depuis le tribunal de Ti. Gracchus, que les assemblées du peuple avaient été violentées, dispersées par les oplimates, et avec elles les magistrats qui les présidaient, et qui étaient dans ce cas les représentants de la ma" jestas populz romani j donc ces assemblées ne présentaient plus de garantie pour le peuple. Saturninus dut demander dans sa loi rétablissement d'une quœstio perpétua chargée déjuger les crimes de majesté *, comme la quœstio repetimdarumjugeeih les concussions. Ce que nous savons de certain sur cette loi, qui fut appliquée quelques années plus tard dans le procès de C Norbanus% c'est qu elle n'avait rien de commun avec la lui agraire, ni même avec la loi sur rétablissement d'un tribunal extraordinaire, de majestate, proposée par Saturninus pendant son premier tribunat; elle était une loi criminelle très complète, copiée sur Isilex Acilia repetundarum.
On arriva à Tépoque des élections sans que la loi agraire eût reçu un commencement d'exécution. Les colonies même no furent pas fondées toutes ensemble, bien que Marins eût déjà usé de son droit d'acorder le litre de citoyen à un certain nombre de Latins*. Saturninus fut alors occupé de tout autre chose que de l'exécution de ses lois : il s'employa à l'affermissement de sa coterie démagogique. Il se présenta de nouveau au tribunal, et fut réélu avant la tenue des comices qui devaient élire les consuls. Avec lui furent élus L. Equilius*, le prétendu fils de Ti. Gracchus, P. Furius, fils d'un affranchi^, et Sex. Tilius*. L'orateur M. Antoine^ fut élu consul; en 102 il avait remporté, étant alors préteur ou proconsul, des avantages sur les pirates*, et occupé quelques forteresses dans la Cilicie qui fui érigée en province. Deux concurrents se présentèrent pour
•) Cf. Cic, ¥art. or., 30, 105. de Inv,, 2, 17, 53. Cornif., ad Her., 2, 12,17.
», Cic, de Or. y 2, 11, 48.
') Cic, Balb., 21, 48.
Vi .\pp., 6. c, 1, 32. Val. Max., 3, 2. 18. CF., Flor., 3, 16.
') App., 6. c, 1, 33.
•; Cic, de (h. ,2, 11, 48.
') Cic, hrxiU, 36 et seq., de Or., 3, U, 32. Oral , 5, 18. Tusc, 5, 10, 5o. Val. Max., 6, 8, 1. Vell., 2, 9.
') Li?., ep., 68. Obseq., 44 Cic, de Or., 1, 18, 82. Cf., BnU., i5, 168.
94 LA DISSOLUTION DE LA KÉPUBLlyt'E ^^IV, 3
la seconde place de consul : C. Servilius Glaucia, soutenu par Satuminus, bien que, en vertu des leges aitnales^ sa candidature fût illégale ^ , et C. Memmius, connu par son opposition contre les nobles pendant la première année de la guerre de Jugurtha; il avait été préteur eu 104, et avait triomphé d'une accusation de concussion*; c'était un démocrate sincère, mais il avait combattu les lois de Saturninus; et Satuminus qui avait à redouter son opposition, le fit assassiner sur la voie publique*. Le peuple s'émut de ce crime, et voulut venger C. Memmius; Saturninus se retira sur le capitole^ avec L. Equitius, C. Servilius Glaucia et le questeur C. Saufeius, et appela les esclaves à la liberté'. Le sénat montra enfin quelque énergie; sur la proposition de M. ^Emilius Scaurus% les consuls G. Marins et V. Flaccus firent rendre le sénatusconsulte qui déclarait la république en danger, les préteurs et les tribuns furent chargés de sauver rÉtat\ Marins ne put s^empècher de faire exécuter le décret; oubliant les lians qui l'unissaient avec son parti', il ne voulut pas couvrir les violences du tribun; secondé par M. .^milius Scaurus, M. Antonius et d'autres sénateurs^ il attaqua les révoltés sur le Gapitole, les força à se rendre, et, malgré la promesse donnée de leur laisser la vie sauve'®, fit égorger Glaucia dans une maison particulière, Satuminus dans la curia Hostilia, où on l'avait d'abord emprisonné. Beaucoup d'autres succombèrent, parmi eux L. Equitius, qui devait ce jom*-mème (10 décembre) prendre possession du tribunat*^ Pour la troisième fois la
') Cic, B>ii^., 62, 224.
«) Val. Max., 8, 5, 2. Cic. ¥ont,, 7, 14. Suet. Vi7., Ter., 3. Prise, 8, p. 386 H.
») Liv., ep., 69. App., b. c, 1, 32. Cic.,Co/., 4, 2,4. Flor., 3, 16. Aur. Vict, Yir. ilL, 73. Gros., 5, 17.
^) App., 6. c, 1, 32. Cic, JR(i5. perd.,1, Oros., 5, 17.
») Val. Max., 8, 6, 2.
•) Cf., Aur. Vicl., Vir, ill., 72. Val., Max., 3, 2, 18,
') Cic, hab, perd., 7. CaU, 1, 2, 4. ?/n7.,8, 5, 15.
*) Cornif., odHer., 4, 22.31,
•) Cic, Rab. perd., 7,21. 9, 26. PAi7., 8, 5, 15.
'°) Cic, Rab.perd,, 10, 28.
«*) App., 5. c, 1, 32. 33. Plut., Mar., 30. Cic, Brut., 62, 224. Cerf., 3,6,
15. Schol. Bob., p. 277. 347. Schol. Gron., p. 408. Vell., 2, 12. Flor., .3,
16. Aur. Vict.; Yir. 1//., 73. Gros., 5, 17. I. L. A., p. 290.