IV, 11] CONJURATION DE L. SERGIUS CATILINA
chercha à créer un précédent et on accusa A. Cluentius*, un chevalier qui, dans un procès où il poursuivait Stalius Âlbius Oppianicus, avait corrompu les juges; il tombait donc sous le coup de la loi CornéMa, si toutefois cette loi pouvait s'appliquer aux chevaliers. La tentative échoua, le tribunal que présidait (J. Voconius Na80% acquitta A. Cluentius, après avoir entendu Thabile plaidoierie de Cicéron, alors préteur ^
encouragés par le succès, les optimales essayèrent d'ébranler l'influence des chefs populaires en les traduisant devant les tribunaux*. Ainsi P. et L. Cominius'* accusèrent C. Cornélius au sujet de sa conduite envers P. Servilius Globulus ; la cause fut portée devant le tribunal de lèsemajesté; Taccusation tomba, parce que le préleur L.^ Cassius ne vint pas présider le tribunal au jour indiqué par lui pour l'appel de la cause; le lendemain, lesaccusateui's, eflrayéspar les violences auxquelles ils avaient été exposés la veille, se désistèrent*. MaisC. Licinius Macer, le tribun de 73, qui avait exercé depuis la prélure *', fut condamné dans un procès de concussion par un tribunal que présidait Cicéron *; Macer avait cependant pour avocat M. Licinius Crassus ; il se suicida avant que la sentence lui fût signifiée °. Une accusation du même genre atteignit C. Manilius, le fameux tribun de 6G, aussitôt après sa sortie de charge *^. Cicéron le cita devant son (ribnnal probablement le dernier jour de décembre**, pour le faire acquitter; mais la foule dirigée par M. Manilius enveloppa le tribunal, et la cause ne put être appelée"; alors Cicéron
') Cic, Cluent.t 55, 152 *) Cic, Cluent., 53, 147 et seq.
') Quint., 2, 17,21.
*)SaIl., C(i^, 39.
Hf. Cic, Cluent.y '36, 9Q.
') Ascon., p. 59.
*) Val. Max., 9, 12, 7.
*i Cic, Cluent,, 53, 147. Com. fr.y 1, 1. Rab. post., 4, 9. *) Val. Max., 9, 12, 7. Plut., Cic, 9. Cic, ad AU., 1, 4, 2. ") Les Scbol. Bob., p. 284, font probablement une confusion de personnes en disant que C. Manilius fut accusé pour lèse -majesté. ") Plut., Cic, 9. Dio C, 36, 44 B.
") Cic, Corn, fr., 1, 7. Ascon., p. 60, 66.
244 LA DISSOLUTION DE LÀ Ul!:PUBLI<^UI<: [lY, Il
ne pouvant sauver Manilius comme préteur, se lit sou avocat*.
En même temps on entendit parler d'une conjuration formée pour assassiner les consuls qui allaient entrer en charge le 1" janvier. L'Ame de la conjuration était L. Sergius Catilina. Catilinapeut être présenté comme le type des patriciens d'alors qui avaient perdu leur fortune, abandonné tout principe de morale, et vivaient d'aventures et d'intrigues politiques. Il personnifiait à merveille ces nobles qui avaient tout renié ^ des mœurs de leurs ancêtres '. On l'avait vu diriger des exécutions au moment des proscriptions de Sylla'*; en 73 on l'avait poursuivi pour relations incestueuses avec la vestale Fabia, sœur de Térentia, Ja femme de Cicér(»n " ; défendu par Q. Lutalius (ktulus, il avait été acquitté \ En 68 il fut préteur, et, Tannée suivante, il gouverna la province d^Afrique \ Il voulut briguer le consulat pour 65*, mais les délégués de la province vinreni se plaindre de son administration qui avait beaucoup ressemblé à celle de C. Verres son ami •* ; on le menaça d'un procès de concussion, et le consul qui présidait les comices, L. Yolcatius TuUus, le fit rayer de la liste des candidats**^. La lutte électorale fut très vive, bien que Catilina ne fut pas candidat ; les violences allèrent si loin que le sénat songea à modifier un article de la loi (^alpurnia qui n'était pas assez sévère **. l'.c fut très probablement dans cette circonstance que fut présentée la loi tribunitienne Fabia de numéro sectalorum : elle défendait au candidat de se faire escorter*'' d'une foule nombreuse '^ -
*) Cic, Cnni. fi'.y 1, 5. Ascoii., f». 05. (j. Cic , de Pet, cutu.j 13, ôV Non. Marc, p. 294 G. Cf. Dio C, 36, 4*2. 44 B. ') Cic, de Hep,, 5, 1 .
^) Sali., Cat., i'k. 15. Cic, (\vl., 5, 12. *) Sali., Wftt., 1, 84 D.
'") Ascon., p. 92 el seq. Q. Cic, IV7. co/w., 3, tO. Sali , Ca/., 15. •) Oros., 0, 3. Cf. Cic, r«^, 3, -4, 9. Brut., 67, 236. ■) Cic, ra>/., 4, 10. Ascon., p. 66. 85. 89. 93. «) Dio C..30, 44 B.
*") Ascon., p. 89 et seq. Sali., Cat., 48 se trompe. »') Cic, Corn. /"/•., 1, li.
«») Cic, .V//r.,34, 71. Cf. Plut., OU. mm., 8 et Cic, Mur., 36,77. •3) Q. Cic, Pet. cons.y 9, 34, 37.
IV, ii] CONJURATION DE L. SERfilDS CATIUNA 245
Les consuls élus furent P. Autronius Paetus, qui avait été questeur avec Cicéron en 73 * , et P. Cornélius Sulla, parent du dictateur, enrichi par les proscriplions. Quoique consuls désignés — on voit que Ton ne s'attaquait plus seulement aux magistrats d'ordre inférieur comme Tannée précédente* — , ils furent poursuivis pour brigue [ambitus) en vertu de la loi Calpurnia par leurs concurrents, L. Aurélius Cotta et L. Manlius Torqualus ; Autronius et Sylla furent condamnés % et remplacés comme consuls par leurs deux accusateurs ^ ; C. Manilius qui était encore en fonction, avait dii faire voter une loi Manilia qui abrégeait pour les cas semblables la durée de la candidature '.
A la suite de cette condamnation Autronius qui avait formé le projet d'attaquer le tribunal" se lia au commencement de décembre avec Catilina et un jeune ambitieux criblé de dettes, Cn. Calpurnius Piso. Tous trois résolurent d'assassiner les consuls. Si le complot réussissait, Autronius et Catilina deviendraient consuls, Piso irait en Espagne avec une armée \ Entrèrent aussi dans ce complot : L. Vargunteius*, qui avait été condamné pour brigue, C. Cornélius Céthégus, qui avait porté larnainsurQ.Caecilius Mélellus Pius, pendant la guerre de Sertorius^, et enfin P. Cornélius Sylla qui se tint un peu àTécart^^. Le dernier jour de décembre, jour où Ton empêcha de siéger le 'rîbunal qui devait juger C Manilius, on remarqua que Catilina vint en armes sur le forum *' et dirigea la foule*^ Le lendemain les consuls nouveaux prirent une garde particulière '% et,
') Cic, Sw//.,6, 18.
*) <:ic., Cluent., 36,98. /ii, H'j. 47 IHJ.
""^ Cic, Corn., fr., 1, 19. 20. 8«//., 17, 40. fin, 2, 19, 6?. Asoon., p. 74. ^^' «0. <chol. Bob., p. 307. Sali., Oit., 18. Dio C, 36, i4 P». *) Ascon., p. 74. Dio C, 36. 4'j B.
Il Cic, 3fMr., 23,47. - '' Cic„ Sm//., 5, 15.
/) SaU., Oit,, 18. .Ascon., p. 93. 66. Cic, Suit., 24, 67. Mw\, 38, 81. *^»^C:., 3(5, \.\ B. Liv.,r/)., 101.
^^) Cic, Si///., 2,6. 24, 67.
') Sali.. r>^, 52î 33. Cic, Sw//., 25, 70.
'**; IVio C., 30, 44 B. Cic, Sm//., 41. l, 11 et seq., 24, 67 et seq. 26, 7i. •') *:ic., r(/C,l, 6, 15.
'*) Ascoii., p. 66.
")lVioC., 36, 44 B.
24(5 I.A DISSOLUTION DE LA RÉPI'BLIOIE [IV, 11
l'allonlat nt* put avoir lieu. Ou tm remil roxéculion au mois dt* février; il échoua encoro : Calilina donna trop tôt le signal convenu pour commencer le massacre dos consuls i»! dfs principaux sénateurs'.
Les consuls savaient tout, cependant ils ne punirent pas : peut-être n'avaient-ils pas assez (h* preuves, peut-être aussi craignaient-ils les chefs du complot . Toujours est-il qu'un sénntus-consulle dirigé contre les conjurés fut arrêté par l'inliMcession d'un trihun " : alors le consul L. Torquatus s'entendit en secret avec O. Hortensius et quelques autres optimates sur les mesures à prendre ■'. (iU. 1Ms(j venait d'être élu questeur, on l'envoya dans l'Espagne cilérieure avec \r litre de que>teur pro ptwtore*', quelques optimates, v\ surtout M. Crassus, s'étaient persuadés que IMso pourrait devenir un instrument d'opposition contre Pompéi» '. Voilà sans doute sur quoi repose le bruit d'une entente entre Piso, Crassus et même César, voilà pourquoi on reprocha à ces derniers personnages d'avoir lremj)é dans la conspiration. (.)n ajouta même, et beaucoup le crurent, que si le complot avait réussi, Crassus se serait fait nommer dictateur, et aurait pris (^ésar pour maître *le la cavab'rie". Catilina ne fut poursuivi que pour concussion"; l'accusateur fut probablement le jeune 1\ Claudius Pulclier\ Li* prociîs n'était sans doute qu'un expédit*nl : on voulait empêcb(»r Catilina de briguer le consulat de Gl: le procès traîna en longueur, il n'était jias jugé quand survinrent les élections ••. Malf;ré la déposition de (J. Métellus Pius*", bit^n (jue la culpabilité ne fut pas douteuse", Catilina fut acquitté '-'. Un donne de nombreuses raisons pour expli(]uer le fait : d'abord
*) Sali., OU., 18. Ascon.. p. 9i.
2) niof:., 30, 44 B.
=*) Cic, Sm//., 4, \>.
f^j Siill., Ont., 10. CI', Ascon., p. \)\. <iiet., (>.< , S).
'^j Suet., rcT.s.,9. Cf. Ascoii., p. s:i,
') Cic, Val., 4. iO,
•) Ascon., p. 60.
») Cic, ad Ait., 1,1. 1. 1,2, i.
*") Ascon., p. 87.
»0 Cic., ad A//., 1, 1, i.
") Ascon., p. 10. 85. 86. OU.