IV. M] rONjrRATION de L, SEI\r,IL\S CATILT.VA
l'accusateur s'était laissé corrompre par Catilina^ et avait permis à ce dernier (le récuser les juges comme il Tentendrait* ; les juches ensuite, surtout les chevaliers et les Iribuns du trésor ^ s'étaient aussi laissé corrompre et avaient reçu de grosses sommes % puis enfin l'accusé eut la bonne chance d'être soutenu par le consul L. Torquatus^ On voit clairement par ce dernier exemple que ceux mêmes qui avaient eu connaissance do la conspiration aiïectaieut de l'ignorer. Knfin il ne faut pas tant reprocher à Cicéron ' d'avoir pris la défense de Catilina •lans ce procès \ Ciréron était très mal n^nseigné en ce moment sur la nature de la conjuration. Cependant il connaissait les faits de concussion', aussi il ne plaitla pas, il alla faire un voyage intéressé dans la fiaule Cisalpine " et laissa à un autre le soin de défendre Catilina'.
L'indulgence desoptimates à l'égard de Piso et de Catilina,
ne pouvait qu'encourager ces derniers à poursuivre IVxécu-
tion de leurs projets un instant dillerés. Crs optimales ne
surent ou n(» voulurent pas voir le danger, et ils s'acharnèrent
contre C Cornélius qui était bien moins à craindre; P. Co-
iniuius, Taccusa de nouveau de lèse inrjesté*", mais ne put
obtenir de condamnation. En vain les chefs du sénat, les
consulaires Q. Calulus, Q. Ilortensius, Q. Métellus Plus,
M. Lucullus et M. Lôpidus déposèrent contre Cornélius'*, il
fut acquitté presque à l'unanimité *^ Il le dut d'abord à la bril-
ImiIo plaidoirie de Cicéron *% qui dura quatre jours; Ciicéron
'a résuma plus tard en deux discours, dont nous n'avons plus
' Cic, hnr. ré*sp„ 20, 42. *ifi Att., 1, 2, 4. Ascon.. p. 87. Cf. <>., Pin., 10, 23.
*/ Ascon., p. 90. %
^) OCic.Pe/. cons., 3, 10.
') ':ic., Sm//., 27,81.
') EnsorLanl de la préture Ciicéron resta à Rome (Cic, Mur,, 20, 42).
'1 Cic, adAtt., 4, 2, 1. Cf. CW., (>, li.
') Cic, ad AH., 1, 1, 1.
•)Cic, ad AW., 4, 1, 1.
•) Ascon., p. 85. 86. Cf. Cic, ('«/., 4, 10.
") Ascon., p. 59 et seq. 62. Cic, BrM<.,78,271.
'') Ascon., p. 60. 79 et seq. Val. .Max., 8,5. 'i.
"j Ascon., p. 81 .
") Qc, Foi., 2,5. Schol. Bob., p. 315. Q. Cic, Pet. rons,, 5, 19. 13, 51.
2i8 LA DISSOLUTION DE LA RÉPIBLIOI'K [IV, | i
que (l(»s fragmeiils*; il lo dut aussi à la prt^ssionqu'rxenia sur le tribunal l'opinion populaire» di» plus on plus irriléo ronln» les optimales. Le président nu>nie du tribunal, le préteur Q. Gallius^ que Ci(*éron avait défendu^ Tannée précédent** contre M.Calidius* dans un procès de brip^ue, clierchail ù e:agner les sympathies populaires"; Cornélius trouva même un soutien dans P. Servilius (ilobulus% qu'il avait ce[»endanl bl<»ssé en violant ses droits de tribun; enfin les juges n'(»sèrtMiL pas partager les haines de la nobh^sse qui poursuivait C«unélius, ils n<î voulurent j»as se rendre solidaires' de srs entreprises contre le tribunnt\
Les sentiments piquilaires d<»venaient de plus en plus hostiles pour les optiinates, on eu trouve une preuve dans TéliM*tion de Jules César à rédilitécurul*»; il fut nommé avant l'Ase requis, et son élection eut un caractère démocratique bien marqué, ('ésîir célébra lei^]i}iL\ [/iff/t\][ef/(fle/i!<es Pi /tff./i Homani avec un éclat extraordinain'*. 11 dunna, en riionneur de si»n père mort depuis huiglemps'**, di.vs spectacles degladiateurs'', dont le sénat essaya de diminuer l'importance en limitant h' nombre des combattants'-. L'enthousiasme populaire fut à son combla, quand César replaça au Capitole les trophées i»t la statue de Marins enlevés par Sylla**'. On essaya bien au sénat «le fain» ojjposition en rappelant queSylla s'était appuyé, pour faire disparaître ces trophées, sur un décret du peuple et uin* décision du sénat: tout fut inutile, le parli de Marins se sentait niaitn* de la situation''.
') Ascon.. 1». (Vi. <:f. J'.i'V, O/-., «)7,2l'.j. 70, 232. F/vif/m., p. 934 Halm.
'ï Ascon., p. 02.
•) Q. Cic, 7V/. C"/ï*'., ô, l'J. .\5oon., p. 88 comm<H un<» erreur.
•) Cit., /inir, 80, 277. Val. Max., b, 10,3.
'•) Asfion,, p. 88. n. i jc, V't. l'niis.^ 5, 11».
'; Ascon., p. (il.
*y Cic, r-.rw. //■., 2. t. :j.
î") l»io C. 37, 8. Su^•l., 1>^,, 10. PIuL. r.es., 5.
"•) Su.H., r.Y*'.,l.
") PJin., M. /i., 33, 3, 10.53. Dio C , 37, 8.
'*) Suet., e'a-N., 10. Cf. Plut., 6>jï., 5.
'*) VpU., 2, «. Suet., Os,, 11. PJul., Ch'S., 6,
**) Plut ,C«jr.,6.
IV, 1{| GO*NVDRA.Tld» DE L. SERRtUS CATIU^TA
A lamèinG époque il y eul contlil entre los deux censeurs rjue l'on avail chargés lie ré.ijiorlasîtualion des citoyens. Les censeurs éluieat y. Lutatius Caluius', chef des oplimates, el M. Licinius Crassus qui flottait entre les deuxparlis aristocrati(|ue et populaire'. Crassus voulut se faire bien voir du peuple <?l encouragea un certain nombre des entreprises de César, ^inai il voulut, d'accord avec César, donner le droit de cité aux liabitanls de la Gaule Iranspailane; ils avaient déjfi le droit latin, et étaient les seuls au deçà îles ,\lpes qui u'eU3.sent pas l«î droit de cité romain. Catiilus s'y opposa^ au nom des optiiwates '. Crassus voulut aussi faire de l'Egypte une province' ^ti s'apuyant sur le teslaraenlde Ptolémée Alexandre I, mort on 88, ou de Ploli^mée Alexandre 11 assassiné en 81"; il fit |»réparer un plébiscite en vertu duquel César serait nommé g"ouvfirneur do la nimvelte province' n sa sortie de charge; ''Kgypte était alors gouvernée par l'usurpateur Ptolémée Au- Ifele que Homo n'avait pas reconnu'. Catulus fit encore opposiliou. Le résultat de ce rnnflît fut ijue les censeurs sortirent *'e charge sans avoir fait la révision du sénat, sans avoir passé 'a revue des chevaliers, el sans avnir rempli leurs autres foncl'onsspécialos".
Sans aucun doute Caluius soutint et fil passer la loi réactionnaire Papia lie père fjfinis. S'appuyantsur la loi Claudia de ^'ÏV, la loi .innia, et peut-être aussi sur la loi Licinia Mucia'", •6 tribun C. Papius" {lemamlaque lousies non-cîtiiyens, c'est-
'I Ot. Plut., Cffl,-. aiin., Ifi.
'> Cilf. Plut , Cras». «j/nec. 2.
') Ciio c, 37, 9.
> Cif. Cic..0/r.,3, 22, 8H.
;) t^iul.. CniM., 13.
■"^r. App., h. c. I, U)2. i.;i(
, lii. il. Sciidl, Bol».
■J ^ WBl , Cxs., 11. a. Cic, Lea. ajr., li, 17, i-i. / ^^f. App., Mithr., Ui. Cic, Lcn. agr., 2, 16, i'>. * *^lut., Cras«., 13. Dio C, 37, ». Cf. Cic, ArcA., 5, 11. Cd( . n, S,
,*' 'V'oir tome I, page 535. Tome 11, p. 30, 102.
ï l e même C, Papius avait fait une loi sur la iiomiriBLion ile^ Veslulps : ' "^.^^DM de Vf$talium lectione {Gell, 1. Ti. Il), ilana le l)ut i!e furoriser i n\\ ^çjon e[ jg ^[^i^ a^, nobles,
250 LA DISSOLUTION DE LA RÉPITBLTQrE 'IV, 14
à-dire ceux qui n'étaient pas Italiens, et les habitants de la Gaule transpadane fussent chassés de Rome; de plus ceux qui auraient pris, sans en avoir le droit, le titre de citoyens romains seraient poursuivis devant les tribunaux*. Il n'y avait pas d'autre moyen d'exclure des assemblées populaires les noncitoyens qui s'y polissaient et prenaient part aux votes sans en avoir.le droit.
La loi ne put être exécutée complètement, et le parti popu" laire n'en fut guère affaibli. Du reste le questeur M. Porcins Gaton, petit-neveu du censeur % cousin de M. LiviusDrusus% vint sans le vouloir — il était un des adversaires les plus violents du peuple, — renforcer le parti populaire. On se rappelle que l'on avait décidé de poursuivre avec rigueur tous ceux qui avaient des comptes a rendre, et cette année même 65* il y eut de nombreux procès pour péculat*; Gaton atteignit en vertu des mêmes décrets ceux qui s'étaient enrichis au moyen des proscriptions do Syllaens'attribuant les fortunes de leurs victimes mises à mort. Gaton avait toujours (?u une haine prof*)ndo pour les exécuteurs des proscriptions \ il les poursuivit en restitution avec une grande sévérité". Le parti populaire tira aussitôt la conséquence de cette décision : si les partisan;! de Sylla étaient tenus à restituer, c'est que l'acte politique en vertu duquel ils s'étaient enrichis était illégal. Le moment était donc venu d'annuler la loi Conielia cb* jjroscriptione et la loi de sicariis et cene/icis*. On poursuivît donc pour assassinai les partisans de Sylla, ou plutôt ses agents, devant le tribunal quijugeait les crimes de ce genre [qiixstio de sicariis et t^efie- /icis'^). Le tribunal se partagea en plusieurs sections*", el
») Dio C, 37, 9, Schol. Bob., p. 354. Cic, Lt^g., ayr., 1, i, 13. Air/.., 5, 40. ad AU., 4, 10, 12. Balh., 23, 52. O/f., 3, li, 47.
2) Plut., rai,. Min., 1. Vl'im., n. /*., 7, 12, iî, 02.
3) Cic, MU,, 7, 10. Cf. Plut., O//. Min., 2. Val. Max., 3, I, 2. Cic fViw., 10,22.
*) i^lut.. Cal. Min., 10.
-) Cic, 3/Mr., 20, 42.
«) Plut., rat. Min,, 3. Val. Max., 3, 1, 2.
•) Plut., Cal. Min., 17. Uio C, 47, 0.
"1 Cf. Suet., Civs,, 11.
•■') Plut., rat. Min., 17.
*"j r.e partage avait di^^jà eu lieji auparavant, à cause du trop grand noiiilin
IV, H": CONJITRATION DE L. SERfilUS CATILINA 25i
désar', en qualité d'édile, fut nommé président d'une de ces sériions-. Il eut la satisfaction de condamner L. Luscius^ un d«'s plus fameux c<»nlurions de Sylla, et L. Annius Bellienus, oncle de (iatilina, crlui qui avait fait périr (J. Lucrelius Ofella*. En Ci sous le consulat de L. Juliiis César, cousin de Caius, •'l de (i. Marins Figulus les élt»ctions pour le consulat de 63 furent très disputées; les optimales en profitèrent pour relever l«»ur parti. Il vent de nombreux candidats: deux patriciens, P. Sulpicius (îalba et L. Sergius Catitina, qui, comme nous l'avons vu, n'avait pu se présenter les deux années précédi'iïtes : deux plébéiens illustres C. Antonius et L. Cassius Lou^inus ; deux plébéi(»ns moins connus, Q. Cornificius et C. Licinius Sacerdos, et enfin un homme nouveau, M. Tullius tliréron"'. (lalba et Cassius'"* ne furent pas pris au sérieux, non plus Cornificius et Longinus. La lutte électorale se livra sur les trois noms de Catilina, Cicéron et Antonius". Calilina n'avait pas renoncé à ses projets; il espérait que le consulat lui en farilit«*rait Texécution': il espérait aussi qu'Antonius serait pourluiun collègue docile, qu'il pourrait le dominer, le diriger, sVnfain» un instrument. Antonius, en effet, avait un passé ppii honorable : il avait conduit un char dans l'arène aux i»Mix de la victoire donnés par Sylla; en 77 il avait eu recours aux moyens les plus honteux pour échapper à un«» accusation <ie(iésar; en 70 il avait été chassé du sénat, ce qui ne l'avait
•les procès : ainsi en i'yW Q. Voconius Naso présidait lïi section qui jugcnit
l^> empoisonneurs, M. Plîclorius et C. Klaminius, la section qui jugeait
l*»? assassins (Cic, Cluent , r)3, iî7). '; Suet., i'îFS., il.
'i Cf. Cic, riuent., 29, 7λ. Bni/., 76, 204. 1. L. A., p. 270. ï. H. N., "c^4i. Ainsi, en Iki, Q. Voconius Naso, .M. PJjlorius etC. Fianiinius n'étaient f»as préleurs, mais édiles; Cf. Cic, Cluent,, 55, 120. S'ils avaient élé pré- (l'urs. il y aurait eu cette année dix ou onze préteurs: CI". Cic, f'iuvnt.f 51^ li7. Ascon., p. 60. 85. i)l. Four César il n*v a pas doute : C.f. Veir.,2, #3. DioC.,37, 10. Cf. i 4, 47.
*) Ascon., p. 1)1,
•) Ascon., p. 02. Dio C, 37, 10. Cf. Cic, L>(/., 4, 12. Schol. Gron., p. il7,
-) Ascpn., p. 82. Cic, ad AU,, 1, 1, 4.
•) y. Cic, Pet, cons., 2, 7. Cf. Cic, Mur., S, 17.
■) Ascon., p. 83. Plut., C/V., 11. Sali., Cat., 17.
"; Sali., ^(l^, 5. 10. App., b, c, 2, 2. iJio C., 37, 10.
2S2 L* Di8snLi'T[nN DE r-* ni>pi.iii,n.n:K [tV,
pas emiii^chéde deveuir préteur urbain en 66'. Catilina résolu! donc lio s'unir à lui, de le faire ùlire aliu d'empit-chcr le sucl'ès de Cicéron\ Crassusel César les appuyèrenl'.
Le plu» grand obstacle de la ciindidalure de Cicéron éluit sa ijualité d'homme nouveau'. Depuis C. Marins on n'avait vu que deux hommes nouveaux arriver au consulat: T. Didius en il8,.el C. Ca^liusen !)i-'. el encore Un n'avaient été éhii qu'avec les plus grands ellorts el apri:s plusieurs tentatives'. Les fiers arislocrales à qui les hauts emplois de la ri^puljliquf étaient réservés, sans qu'ils eussent ii faire d*eirorls\ qui IronvaienI dans leurs lierceaux les iiisig'nes consulaires', se faisaient un jinint d'honneur depuis la révolnlinn oli^areliique de Sylla de ne laisser arriver aucun homme nouveau aux principales di^-nilés: ils allaient donc faire opposition k Is candidature de l'iinninie qui devait sa célébrité à son talent oratoire"; d'aulrea aristocrates, plus raisonnables, comOM Q. Catulus et Q. Ilorlensius, reprocbaient à Cicéron d'avoir pris parti pour l'nmpéc et ses amis C. Cornélius el C, Manilius; enfm Cicéron avait souvent louvoyé entre les deux part» pimr arriver Ji la célébrité'", nu ne pouvait donc avoir grande confiance en lui. Cieéron lit répandre avec habileté parmi lu nobles le récit de l'attentat qu'avait projeté Catilina cooire Colla et Torqualus, il d*ivoila aussi les projets de Catilina". Cependant f^atilina et Aiitonius employaient la corruption et préparaicnl tout pour enlever l'éleclion par des niovens violents": alnrs li- sénat appliqua la loi Fahiii ili- iiimii-ro xecta-
') Aspo.1., p. ^5. i)V (J, Cic, M. rons.. 2, S. Cf. Cic. riucnt . Ui. ti7. Mur., 19, il). Plin , n. h., 33, 3, Ift, r-rt.
>) Ascon., p. 83.
') Ascon., p. 83. Cf. Sait., rnt.. 17.
') Q. r.ic, PH. coru.,1,2.
''} Cic. Hur.. 8, n. dr Or., 1. 25. 117. ..; tVn . iii-rut.. ,ï. 711. 1W. Ua. agr.. 2, 1, 3. Q. Cic, Pri. -ots,. 3. 1 1
•) Cic, Lig. agr., 2. 2, 3.
*) Cic,, in Vctt. accus.. 5, 7U, t«n.
•) Cic. Ug. agr,. 2, 36, KJO.
•) Suit.. CaJ., 23. Cf. CIl-., r» IVnv -.mw , 4, n, SI .S71. lltl <•! uq.
••) Cf. Ko C, 3a, 43 B.
") Sali., (W., 23. dut., de., 10. 1 1 .
"I .\Mon., p. «8.