IV, 12] LE CONSULAT DE M. TDLLIUS CICÉRON
qu'il préférait l'avis de Silanus à celui de César; il ne comprenait pas les raisons que César était allé chercher dans la loi Sempronîa*. Le discours de Cicéron ne produisit pas leffet attendu. Ti. Claudius Nero demanda un délai ; Silanus appuya sa proposition, et vint expliquer sa motion primitive; il déclara qu'il entendait par dernier supplice la peine de la détention. Mais un tribun désigné, M. Porcins Cato, montra plus d*énergie, et prononça un violent discours, qui concluait à la peine de mort, et répondait complètement aux vues de Cicéron*. Quand ils arrivèrent au vote, les sénateurs adoptèrent le projet de Cato, voulant tenir compte aussi de la proposition de César, ils ajoutèrent que les biens des conjurés seraient confisqués. Mais ils durent retirer cette dernière pénalité ; César leur prouva qu'une pareille disposition était illégale, il avait proposé la confiscation pour remplacer la peine de mort, et non les deux pénalités.
Beaucoup de sénateurs s'étaient volontairement absentés, pour ne pas assumer la responsabilité du vote : les conjurés furent donc condamnés à mort^ César courut des dangers; sa proposition fut considérée comme une preuve confirmative des soupçons que Catnlus et Piso avaient fait courir sur son compte; quand il sortit, des chevaliers dirigèrent sur lui leurs poignards, de Tannée il ne reparut plus au sénat*. Les conjurés furent immédiatement conduits en prison, sur Tordre de Cicéron et des préteurs; pendant que les chevaliers restaient en armes au bas du Capitole pour maintenir Tordre*, le bourreau étrangla les condamnés ^ Leurs cadavres furent ensuite remis à leurs familles \
0 Gic, Ca^, 4, 5, 10. ad AU., 12, 21, 1. Schol. Gron., p. 411. Cf. DioC, 46, 20.
•) Cic, Seat,, 28, 61. ad AU., 12, 21, 1. Schol. Bob., p. 302. Ce discours fut ensuite publié; on Tavait rédigé sur les notes prises pendant que Caton parlait (Plut., Cat, min., 23).
') Cic, C«<.,4,5, 10. Cf. Schol. Gron., p. 412. 413. Schol., Ambros., |n 370.
^) Suet., Cœs,, 14. Plut., Cxs,, 8. Sali., Cat,, 49,
») Cic, ad AU,, 2, 1, 7. Philip,, 2, 7, 16. post. red. in S'm., 5, 12. Sest,, 12, 28.
•) Sali., Cat,, 55. Plut., Cic, 22. Liv., ep,, 102. Vell.. 2, 34. Flor., 4. 1, 4. Eutr., 6, 15. Gros., 6, 6.
0 Cic, Phil., 2; 7, 17. Plut., Anton., 2.
280 LA DISSOLUTION DE Là RÉPUBLIQUE [lY^ 12
Peu de jours après*, probablement avant le 10 décembre*, commencèrent les débats du procès de brigue intenté au consul désigné L. Muréna; les accusateurs étaient Ser. Sulpîcius Rufus, M. Porcins Cato, P. Postumius et le jeune Ser. Sulpicius^ A ce moment tout danger n*élait pas encore conjuré*; Tiatilina tenait toujours la campagne; il était donc à souhaiter que Téleclion fût confirmée; la tenue de nouveaux comices aurait fourni un prétexte pour de nouvelles violences. Muréna défendu par Crassus, par Hortensius', par Cicéron lui-même, fut acquitté'.
Cicéron affecta dans son discours pour Muréna la plus grande assurance'; cependant il avait lieu de s'effrayer et pouvait voir venir la tempête qui se déchaînerait au moment où il aurait à rendre compte de sa conduite dans raffaire de la conjuration. Le 10 décembre prirent possession du tribunat : L. Caipurnius Bestia ennemi personnel de Cicéron, etQ. Ca?cilius Mélellus Népos', frère de Q. Métellus Celer, une créature de Pompée, dont il avait été lieutenant pendant la guerre des pirates', et aussi en Syrie *° ; il venait de quitter l'armée". Cicéron avait en vain essayé de le gagner par les femmes de Q. Métellus Celer et de Cn. Pompée"; peu de jours avant le 10 décembre le tribun avait prononcé dans une assemblée un violent discours dans lequel il avait énergiquement blàmé la conduite de Cicéron ". Les deux tribuns commencèrent aussitôt après leur entrée cn fonction à exciter le peuple**, en disant
*) Cic., Mur.j 4, 8. Il n'y a pas contradiction avec le passage de Dom.^ 52, 134. Cf. Sest., 4,11.
«) CAcMur ,28,58. 38, 81.
3) Cic, Mur., 2G, 54. Plut., Cat. min., 21 .
*) Cic, Mur., 37, 79. 39, 84. 41, 90.
») Cic, Mur., 4, 10. 23, 48. Plut , Cic , 35.
6) Cic, Flacc, 39, 98. de Dom., 52, 134.
^) Cic, Fin., 4, 27, 74.
*) Ascon., p. 03.
») App., Mithr., 95. Flor., 3, 6, 10.
«") Jos., Ant. Jud., 14,2,3. R. Jud., 1, 6, 2.
i«) OiJinl.,9, 3, 43.
^«) Cic, F(/m., 5, 2, 6.
*^j Cic, Fain , 5,2,8. Mur., :iS,S\.
**) Cic, Scsi., 5, U. SuU., 10, 3i. Schol. Bob., p. 294. 366.
IV, 12] LE CONSULAT DE M. TULLILS CICÊKON 281
que Cicéron avait fait exécuter des citoyens saas jugement replier. Le dernier jour de décembre, quand Cicéron voulut parler au peuple, les deux tribuns Tobligèrent à prêter simplement le serment d*avoir respecté les lois: Cicéron remplaça la formule du serment par une brillante improvisation, dans laquelle il rappela que ses actes avaient eu pour effet de sauver TEtat'. Le peuple donna à Cicéron une preuve éclatante do sa sympathie en l'accompagnant jusqu'à sa maison % ce qui n*empicha pas Q. Métellus Népos de l'attaquer en plein sénat le i'' janvier';. le 3, le même tribun tint un langage plus violent encore dans une assemblée populaire ^ ; ce discours fut comme la préface de Taccusation que préparaient les tribuns. M. Porcius CatoUy qui s'était fait élire tribun pour tenir tête à Q. Métellus Népos '^, défendit Cicéron* ; Cicéron répondit aussi à Métellus; nous n'avons plus son discours qu'il avait intitulé Oratio M€iellina\ Ces discussions eurent pour résultat de brouiller Cicéron avec Q. Métellus Celer*; le sénat y mit fin par un sénatus-consulte : désormais on considérerait comme ennemis publics {hosies) ceux qui demanderaient compte de leur conduite aux magistrats qui avaient fait condamner et exécuter les conjurés*.
Catilina avait été abandonné par un certain nombre de ses partisans; il ne put se décider à soulever les esclaves, et chercha à gagner la Gaule ; mais il fut cerné d'un côté par Q. Métellus Celer, de l'autre par C. Antonius^^ ; sur la proposition de Cicéron, le questeur P. Sestius avait amené de nouvelles troupes à cedernier^^ Le combateut lieu près dePistoia
•; Cic, Fam,, 5, 2, 7. ad Ail., 6, 1, 22. SulL, 11, 34. de Dom,, 35, 94. fâ., 3,6. Ascon.,p. 7. Plut., Cic, 23. Dio G., 37, 38.
«) Cic, ad AU., 1, 16,5. PU., 3, 7.
') Cic, Fam , 5. 2, 8.
*) Cic. , Fam., 5, 2, 8. Cf. Dio C, 37, 42.
») Plut., Cat. min,, 20. Cic, Mur., 38, 81. Sest., 5, 12.
•) Plut., Cic, 23. App., b. c, 2, 7.
") Cic, ad AU., 1, 13, 5. Schol., Gron., p. 412. Cf. Cic, SuU., 10, 31. Schol. Bob. p. 366. Cic. Fragm., p. 946 Halm.
•) Cic, Fom..5, 1,2.
»; Dio C, 37, 42.
»<>) Sali., Cat., 56 et seq. Dio C. 37, 39. App., ô. c, 2, 7.
") Cic, Sest., i, 4. 11 et seq
282 LA DISSOLUTION DK L\ UÉPUBLIOl'R [IV. (2
en janvier. L'armée de Calilina avait un aigle qui avait appartenu autrefois à C. Marins ^ elle lutta avec le courage du désespoir. Ce jour-là G. Antonius se trouva malade, ou se fit passer pour malade %* ce fut son lieutenant M. Petreius qui commanda et remporta la victoire ^ ; Calilina fut tué ^ ; Antonius envoya sa tête à Romo, et prit le titre d'impéralor : il n'en avait pas le droite d'abord il avait vaincu des citoyens, et ensuite le nombre des morts était bien inférieur à celui qu'exigeait la loi^ Il n'en fit pas moins son entiée dans sa province de Macédoine, précédé des faisceaux couronnés de lauriers*. Les préteurs M. Calpurnius Bibulus et Q. TuUius Cicéron se chargèrent de pacifier le pays des Péligniens* où C. Marcellus avait provoqué des troubles au nom do Catilina*. Les Allobroges, malgré la défaite de Calilina, n'abandonnèrenl pas moins Rome; on envoya contre eux C. Pomplinus, qui les ramena à la soumission ^^
La conjuration fit encore parler d'elle pendant toute Tannée 62; on fit de nombreux procès qui vinrent compliquer les luttes des partis. On accusa, sans doute en s'appuyanl sur la loi Plautia de vi*S L. Vargunteius; Q. Hortensius qui l'avait défendu auparavant dans un procès de brigue, ne le défendit pas cette fois**; puis Servius et Publius Cornélius Sylla, fils de Servius; M. Porcins Laeca et C. Cornélius**; enfin P. Autronius*\- Cicéron ne voulut pas le défendre
•) Cic, 1, 9, 24. 2, C, 13. Sull., ^fl^, 59.
«) Sali., Co/., 59. DioC, 37, 40. Cic , SesL,b, 12. Schol. Bob , p. 229. ^) Sali., rat., 59-61. Dio C, 37, 40. Flor., 4, 1, 11. *) Liv., ep., 103. Plut., Cic, 22. Eulr., 6, 15. «) Dio C, 37, 40. Cf. Val. Max., 2, 8, 1. ^) Ob8eq.,61.
«) Cf. C\c,, SesL, 4, 9.
9) Oros., 6, 6. Dio C, .37, 47.
*•) Cic. Prov. consul,, 13, 32. Dio C, 37, 47. Liv., en., 103 Schol. Bob.,
*•) Cic.,Ccr/.,29, 70.
")Cic.,SM//.,2, G.
•») Cic, Sm//., 2,0.
•*) Cic, S////., 2, 7.
**) Cic, Sull.. 6, 18. Schol. Bob., p. .362.
lY, 12] LE CONSULAT DE M. Tl'LLIUS (.ICICROX 2S3
atin de pouvoir déposer contre lui *. Les uns furent condamnés, les autres s'enfuirent avant le jugement* et vécurent en exil'. Les accusations intentées contre ces personnages reposaient pour la plupart sur les dénontiations de L. Vettius^; sur les conseils de Catulus et de Piso, il osa, d'accord avec Q. iiUrius, dénoncer César lui-même qui était alors préteur'. César se défendit devant le sénat, en invoquant lo témoignage de Cicéron*; il se vengea en empêchant Q. Curius de recevoir la récompense promise à ceux qui avaient fait des révélations sur les conjurés : L. Yettius, qui dénonçait pour des motifs plus suspects^ fut emprisonné; il en fut de même du juge Novius Niger, faisant fonction de quœi^itor^ qui avait accueilli l'accusation contre César, bien que ce dernier fût préteur*. Le dernier procès parait avoir été celui de P. Cornélius Sylla, qui s'était compromis pendant les troubles de 63. Il fut accusé, eu vertu de la même loi', par L. Manlius Torquatus, fils du consulaire, et C. Cornélius, fils du conjuré *°. On lui reprocha d'avoir dcheté des gladiateurs à Naples, soi-disant pour le compte de Faustus Sylla**, et d'avoir envoyé P. Sittius eu Esjïagne". Mais on rappela en sa faveur que rien de précis n'avait été prouvé sur sa participation à la conjuration*^; Cicéron, du reste, prit sa défense ; il lui avait emprunté de l'argent pour acheter sa maison du Palatin**, il prononça en sa faveur le discours pro Sidla qui le fit acquitter. Cicéron avait bien conscience des dangers au milieu desquels il se trouvait*'; il