IV, 13J TRI13MVIRÂT DE CN. POMPÉE, M. CRASSUS ET C, CÉSAR
niers jours de septembre avec le plus grand éclat*. Pompée - se montra généreux pour les prisonniers, et fit grâce de la vie à la plupart d'entre eux, surtout au jeune Tigrane*. Il fit inscrire sur les tables triomphales qu il avait combattu vingt-deux rois', et porté les frontières de l'empire jusqu'à TEuphrate^' maintenant l'ancienne province d'Asie se trouvait au centre des possessions romaines ^ ; il avait presque doublé les revenus de l'État % et avait triomphé des trois parties du monde \ Après le triomphe il réunit le peuple en assemblée, et expliqua dans un pompeux commentaire Tinscription qu'il avait fait graver sur les tables.
L'empire romain avait pris une grande extension territoriale; l'État n'en était pas moins profondément corrompu. Pendant cette année 61, le préteur C. Octavius, le père d'Auguste, eut à juger de nouveaux procès dirigés contre les Syllaniens à qui l'on contestait leur fortune \ L'union des ordres, indispensable pour le gouvernement des optimates et le maintien de la constitution républicaine fut de nouveau compromise par celui qui se montrait le plus zélé pour la défense de cette constitution républicaine, par Caton lui-même. Scandalisé du jugement rendu par le tribunal qui avait acquitté Clodius, Caton vint demander au sénat qu'un magistrat fût invité à présenter une loi, ut de eis, qui ob judicandum pecuniam accepissent quœreretur^. La proposition ne fut pas acceptée"; les chevaliers n'en furent pas moins irrités contre ie sénat qui avait laissé reproduire la proposition déjà faite
♦) Plin., n. A., 7, 26, 27, 98. 37, 2, 6, 12. Dio C, 37, 21. Plut., Pomp,, io. ZoQ., 10, 5. Diod., 40, 4. App., Mithr,, 116. 117. 103. Liv., ép., 103. Eutr., 6, 16. Vell., 2, 40. Val. Max., 8, 15, 8, Fasti triumph., F. L. A., p. 460,
'^) Ascon., p. 47. App., MUhr.. 105. 117 fait erreur.
3) Gros., 6, 6.
^) Cf. App., M. 119.
•: Plin., n. A., 7, 26, 27, 99. Cf. Cic, prov. con.ç., 12, 31.
•) Plut., ?omp,, 45. Dio C, 37, 20.
') Cf. VeU., 2, 40. Plut., Pomp,, 45.
•) Cic.,(wiO. /"r., 1, 1, 7. 21. Cf. Vell., 2, 59. Suet., Am(/., 2. I. L. A., p. 279.
») Cic, A«., 1, 17,8. 2, 1,8.
*•) Cic, Att,, 1, 18, 3.
par le parti démocratique, de rendre sénateurs et chevaliers responsables de leurs jugements*. On vit bientôt surgir une nouvelle cause de discorde : les fermiers d*Asie avaient subi de grandes pertes à la suite des incursions de Mithridate; ils demandèrent au sénat que leurs traités avec l'État pour le versement des impôts fussent rompus. Crassus appuya leur demande, Cicéron en fit autant, bien qu'en principe il y fût opposé; il ne se décida à les soutenir que pour maintenir la paix entre les ordres*. Caton, lui, ne transigea pas avec les principes ; il détestait du reste les publicains ' ; il fit durer la discussion tout un mois\ et réussit à faire rejeter la pétition*.
La conduite des censeurs accuse d'une manière plus évidente encore la décadence morale de cette époque; la censure des mœurs, cette pierre angulaire de la constitution républicaine, n'existe plus; les censeurs admettent au sénat indistinctement tous ceux qui ont exercé une magistrature *. Ils admettent Clodius et beaucoup d'autres, qui, comme lui, avaient mérité plusieurs fois de ne jamais entrer dans Tauguste assemblée. Les censeurs restent spectateurs passifs de la dégradation des mœurs; ils ne s'occupent que du cens\
En 60 on discuta enfin au sénat les actes de Pompée. L. Afranius se montra peu reconnaissant des services rendus^. L. LucuUus, dans l'intérêt de son parti encore plus que pour des raisons personnelles, se vengea de l'injustice dont Pompée s'était rendu coupable à son égard; il s'opposa à ce que Ton adoptât en bloc les mesures prises en Asie par Pompée, il voulut que l'on discutât chacune d'elles, espérant faire valoir ses propres actes dont Pompée n'avait tenu aucun compte. Lucullus fut soutenu par Q. Métellus Gréticus qui avait ou
') Cic, A«., 1, 19, 6. 2, l, 7. 8.
'■) Cic, AU., 1, 17, 9.
^) Cf. Cic, O/T., 3, 22,88.
') Cic, AU., 1, 18, 7.
') Cic, AU., 2, 1, 8. Cf. ad Q.yfr , 1, 12, 33. P/mi/*., 1 i, 34. Schol . Bob., p. 259.
'•') Dio C, 37, 49.
•) Cic, A«., 1, 18, 8. 2, 1, H. CI. flncc,, 32, 80. ») Cic, AU., 1, 18, 5.
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aussi à souffrir de la conduite de Pompée, par Crassus *, Tancieu rival du grand conquérant, et enfin par l'inévitable Caton*.
Le sénat démontra peu disposé à accorder des terres aux soldats de Pompée^ ; alors ce dernier fit proposer par le tribun L. Flavius la rogatio Flavia agraria^, Cicéron, comblé de flatteries par Pompée ^ approuva la loi et la défendit en mars en demandant quelques changements. Cicéron excepta du partage les terres dont avaient disposé les lois semproniennes et la loi agraire de 653/111, les possessions des Syllaniens, et les territoires d'Arretium et de VoIaterra3 confisqués par Sylla, mais restés depuis aux mains de leurs propriétaires ; il ne s'opposa pas à la disposition renouvelée de la loi Servilia et qu'il avait lui-même combattue auparavant, qui consistait à consacrer pendant cinq ans le produit des nouveaux impôts établis par Pompée en Asie à l'achat des terres que l'on devrait partager entre les soldats*. La rogatio Fulvia fut combattue par Caton\ et surtout par le consul Q. Métellus Celer; ce dernier en 61, après son élection au consulat, s'était signalé par sa violente opposition au parti populaire : il avait fait échouer la proposition d'un tribun, qui voulait faire célébrer les jeux dits Compitalicii ^ sans tenir compte du sénatuscoQsulte de 64; nous avons vu plus haut (page 253) que ce sénatus-consulte supprimait les clubs populaires (collegià). Peadaut son consulat, il fut un des plus énergiques défenseurs des optimales; rien ne l'arrêta dans son opposition, pas même la menace faite par le tribun de le faire jeter en prison', pour Tempècherde communiquer avec le sénat*". Pompée finit par abandonner Fulvius et sa proposition; d'ailleurs la menace
') Cf. Dio C, 37, 54.
*) Dio C, 37, 49. Plut., Lmc, 42. Pomp,, 46. Cal, y min.. 31. App., b, c, 2, 9. Vell., 2, 40. Suet., r«s., 19. Flor., 4, 2, 9. ^) Plut., Luc. y 42.
*) Cic, AU., 1, 18, 6. Dio C. 37,50. Plut., Cal. min., 31. «) Cic, A/^, 1, 19, G. 7.
«) Cic, A«., 1,19,4.
"j Plut., Cat. min., 31.
■) Cic, Pis., 4, 8. Ascon., p. 8.
») Cf. Cic, fie Leg. ayr,, 2, 37, 101. '«) Dio C , 37, 50. Cf. Cic, Ail., 2, 1, 8.
d*unc guerre avec la Gaule * avait beaucoup refroidi la bonne volonté du peuple, qui n'avait pas montré jusque-là grand zèle pour la proposition chère à Pompée.
Une autre proposition inspirée par Pompée et par les censeurs ses partisans, eut plus de succès; la lex Cœcilia de vectigalibm présentée par Q. Métellus Népos, frère du consul, alors préteur, portait que tous les impôts seraient supprimés en Italie'. Les amis de Pompée avaient calculé que les nouveaux impôts d'Asie étaient assez considérables pour que le trésor pût supporter sans peine cette diminution de recettes; ils espéraient aussi qu'en débarrassant les citoyens de l'Italie des ennuis que leur causaient les fermiers de l'impôt', ils disposeraient ces derniers à se montrer plus favorables à la rugation Fulvia.
II y avait à Rome bien d'autres agitations que celles dont Pompée était lacause directe ou indirecte; cette année Clodius s'avisa de devenir tribun du peuple. Après son acquittement il avait espéré suivre M. Pupius Piso en Espagne en qualité de questeur extraordinaire^; il n'avait pas réussi et avait dû partir pour la Sicile*. A ce moment sa grande ambition était le tribunat qui lui permettrait de se venger de ses ennemis. Déjà en sortant du tribunal il avait menacé d'abandonner les nobles pour passer à la plèbe par adoption % il renonça à ce projet, il lui eût fallu pour le réaliser le concours du grand pontife César; en janvier 60 il décida le tribun C. Herennius à le faire déclarer plébéien par un vote des comices centuriales'. Comme parent de Clodius dont il avait épousé la sœur, le consul Q. Métellus Celer mit aussi son nom au bas de la Rogatio Herennia de P, Clodio ad plebem traducendo*. C'était là un procédé encore inusité pour passer dans la classe des
') CÀCyAtt., 1, 19, /i. 2, 1,6.
») Dio C, 37, 51. Cf. Cic, AU., 2, 16, I.
') C\c.,ad Q. //•.,1,1, H, 33.
•) Cic, Clod. et Cur., 2, 2. Schol. Bob., p. 332. Cic, AU., I, 16, 8.
**) Schol. Bob., p. 330.333.
') Cic,A<^,i, 18, i.
•) Cic, AU., I, 18, 6.