CHAPITRE VINGT-TROISIÉME
ASSASSINAT DE CKSAR
César était arrivé au faite des honneurs ; comment expliquer qu'il put faire assez do fautes, commettre assez d'imprudences pendant les cinq mois qui suivirent le retour d'Espagne *, pour provoquer un complot qui fut organisé, non par SCS anciens adversaires, mais par ses partisans intimes, dans le but de lui enlever, non seulement le pouvoir, mais la vie même ? La chose s'explique par Taffaiblissement de son intelligence ; son puissant génie avait été mis à de rudes épreuves depuis quatorze ans, c'est-à-dire depuis son premier consulat, et le danger personnel qu'il avait couru à Munda avait fait sur lui une grande impression ; il avait conservé la raison, mais son esprit s'était affaibli et avait perdu son équilibre. Il avait eu déjà plusieurs fois des attaques d'épilepsie * ; en Espagne, il était tombé malade, et sa maladie avait retardé les opérations militaires'. Il était devenu irritable à l'excès, des frayeurs troublaient son sommeil \ Il attachait de l'importance à des choses futiles : ainsi il fut très froissé de ce que pendant la cérémonie du triomphe célébré au sujet des victoires d'Espagne, le tribun L, Pontius Aquila oublia de se lever, lors de son passage, sur son siège de tribun*. Nous trouvons encore une preuve du dérangement de ses facultés il ans les paroles imprudentes que Ton rapporte de lui : il aurait dit un jour que l'expression respublica était pour lui
•) Vell.,2, 56.
^j Siiet., Cm. y 45. Plut., Ca?5., 53. Cf. Nie. Dam., Vit. Aug., 23.
») DioG.,43, 32.
*) Suel., Cœs., 45. Cf. 86. App., h, c, 2, 110. Plut., Cxs , 60.
*) Suet., Caes., 78.
oo mot y'ïA^ A*: «^n* : qne Syîla arrut élif on ïQ<^n<*> «l'abdiquer \\ AirjzXnzK : qfif* Ton devait rrraeîilir avi?ir 5#>iii toutes *^^^ ir%fO>*. *-! fifjfi^\i\îrx^T toulr-< «-r* d-^'">L»'a* •'>nime de*
flari^ jM>n avea^iement O^sar se laissa prendre aux flatteries : nous ne retrouvons pins en lui à cette époque l'admirallie discernement qui lui permettait de porter un jugement juste i^ur les hommes et leurs intentions. It ne devina pas que les flatteries exagérées du Sénat et du peuple étaient imaginées en partie par ses pires ennemis, qui espéraient le pt^rdre en le faisant détester*. Les propositions de ce genre' commen* cérent après le retour dTspagne. au moment où Gcéron n'avait pas encore prononcé son discours en faveur de Déjiv lanis *. Cicéron, d'ailleurs, prit part à ces manœuvres. diri<rées rrontrc le dictateur \ II venait de perdre sa fille au mois de février 13* ; à cause de son deuil, il resta quelque temps étranger aux affaires publiques' et s'occupa de philosophie*. Pendant la guerre, il avait échangé plusieurs lettres avec César*, qui lui adressa ses condoléances au sujet de la mort de Tullia'*: César ne lui témoigna pas trop de mécontentement '* au sujet de son ou>Tage en l'honneur de Caton " : il se contenta d'ajouter à la réplique de A. Dirtius ^* deux livres, qui furent écrits au moment de la bataille de Munda,
*) Suet., Cap/i., 77.
», iJio C, /ii, X 7. Piul., Cs$., 57. Nie. Dam., Vit. Aug., 20. Cf Cîc . H il., a, lîi, 'lO.
^ liioCi'i, 4. Zon., 10, 12.
*, Cf. Cic, iMj., 12, 34.
'-) Miit., (wM., 57. r/c, 40. Cf. Cic, FhiL, 13, 19, 40.
*; Cic. AU., 12, 13, i. 12, 14, 3. 12, 18, 1. 12, 19, 1. 12, 20, 2. Fam^. 4, 5. il 5, 13-15. 9, 11. Plut., Cic, 41.
') Cic, AtL, 12, 21, 5.
"; Cic, AU., 13, 12, 3. 13, 13, 1. 13, 16, 1. 13, 19, 3 et seq. 13, 21, 3 et B(M|. Fum., 9, 8.
») Cic, Fum., 13, 15. 16.
'^ Cic, AU., 13. 20, 1. 13, 22, 5.
") Plut., C/V., 39. Cxs., 54. Dio C, 43, 13. App., b. c, 2. 99. Cic, AU., 13, 4(), 2.
<«; Cic. .1//., 12, /i, 2. 12, 5, 2. F(im., 16, 22, 1. Orat., 10, 35. Gell., 13, 20(19), 3.
'') Cic, Afl., 12, /i0, 1. 12, 41, 4. 12, Aï, 1. 12, 45, 3. 12, 47, 3.
et auxquels César donna le litre d'Anticalo *. Cicéron eul un instant l'idée .d'écrire en réponse un X6yz; TjjxSs'jXsjTt'Asç en forme de lettre à César*; il y renonça sur les conseils de L. Balbus et de C. Oppius ^ Il répondit à César en ne parlant que de la composition littéraire de son ouvrage *.
Voici quels furent les nouveaux honneurs imaginés avec la collaboration de Cicéron : ils sont exagérés sans doute, mais beaucoup moins cependant que ceux qui lui furent offerts plus tard. César avait refusé de porter la robe triomphale et de s'asseoir sur un siège curule pendant les jeux; il avait préféré un siège de tribun [siibsellia tribunicia), pour rappeler au peuple qu'il était le détenteur de la puissance Iribunitienne. Le Sénat déclara * que César devrait porter en lout temps la robe triomphale • et s'asseoir sur un siège curule ; on dut offrir en son nom les dépouilles opimes à Jupiter Férétrien, comme s'il avait tué un chef ennemi de sa propre main^; les faisceaux de ses licteurs furent ornés de lauriers en tout temps ; on l'autorisa à revenir des fériés latines sur le mont Albain à cheval, comme s'il célébrait une ovation {ovans ex monte Albano). On lui donna le surnom de Père de la Patrie, Pater patriœ^ \ on l'autorisa à l'inscrire sur les pièces de monnaie à la suite de son nom et de ses titres; on décida qu'on lui dresserait des statues dans les municipes , dans tous les temples de Rome; on devait en placer deux aux Rostres, l'une couronnée de la couronne civique, l'autre de la couronne obsidionale •. Le jour de sa naissance serait désormais un jour férié , dies
•) SueU, Cxs,, 56. Gell., 4, 16, 8. Cic, Top., 25, 91. Quint., 3, 7, 28. Plut., Caes., 54.
') Cic, AU., 12, 40, 2. 12, 51, 2. 12, 52, 2. 13, 1, 3.
') Cic, A</., 13, 26.27. 28.
') Cic, Att., 13,50,1. 13, 51, 1.
-) DioC, 44,4.
'') Cf. App., h. c, 2, 106.
■/ Cf. Fest., p. 186. 189. Liv. 1, 10. 4, 20.
■j Cf. Liv., ep., 116. Suet., C«s., 76. Flor., 4,2, 91. Dio C, 44, 48. App., />. c, 2, 106. 144. Nie Dam., VU. Aug., 22. Cic, PhiL, 13, 10, 23.
») Cf. Cic, Dej., 12,34. Flor., 4, 2, 91. App., 6. c, 2, 106. Suet., Caes., 76 simuUicra juxta deos. Nie Dam., Vit. Aug., 20.
Si 3i
524 LA DISSOLUTION DE LA IlÉPCBLIOrE [IV, 23
feriatus '. On élèverait en son honneur un temple à la Concorde, et tous les ans- on célébrerait une fête pour rappeler le ser\'ice rendu par César, qui avait rétabli Tordre et Tunion dans ^État^
César enfin avait perdu la notion exacte des choses ; nous en trouvons la preuve dans la conception de ses projets gigantesques. En Espagne il avait déjà songé à diriger une grande expédition contre les Parthes ', qui pouvaient profiter de la révolte de Q. Cœcilius Bassus en Syrie* pour envahir le territoire romain \ Pour conjurer le danger probable, il suffisait d'envoyer en Syrie et en Cilicie de bons gouverneurs avec une bonne armée. Mais on racontait et on croyait qu'après avoir vaincu les Parthes, César reviendrait par le nord de la mer Noire, en traversant le pays des Scythes et des Germains^. César voulait encore, en qualité de grand pontife, faire une vaste compilation du droit civil \ Investi des pouvoirs des censeurs, il projeta de grands travaux plus ou moins fantastiques : il voulait reculer le Pomœrium comme Sylla •, déplacer le lit du Tibre, reconstruire la ville en lui donnant des dimensions plus grandioses ; le champ de Mars devait être couvert de constructions, on établirait une nouvelle place publique dans la plaine du Vatican. César avait déjà fait préparer les plans de ces grands changements pendant son séjour en Espagne, et chargé un tribun de proposer avant son retour une loi de urbe augenda^ j il avait choisi pour cela un tribun parent de T. Pomponius Atticus; il s'appelait Pomponius, ou bien Cœcilius, nom d'adoption que lui aurait
*) Cf. Dio C, 47, 18. Hor., rp., 1, 5, 9 et les scholies. I. L. A., p. 324. Suel., Cœs.f 76 emploie l'expression de aras,
*) Cf. Suel., Cscs.j 70 templa.
^) C'ic, AU., 13,27, 1. 13,31,3.
*) Voir plus haul, p. 511.
5) Cic, Pam,, 12, 19, 2.
•') Plut., Cœs., 58. Zon., 10, 11. Cf. Suet., Ca'S., 44. Aug., 8. App.. b. c, 2, 110. 3,25. ///j/r., 13.
■; Suel., Cscs., 44,
«) Dio C, 43, 50. 44, 49. Zon., 10, 12. Gell.,13, 14,4. Cf. avec Tac A?m., 12, 23.
«) Cic. AU., 13, 20, l. 13, 33, 4. 13, 35. Cf. Suet., Cœs., 44. Dio C. 43, 40.
donné Atlicus. En outre, César voulait encore faire partir du Tibre un canal qui aboutirait à Terracinc et drainerait les Marais-Pontins * ; le port d'Ostie serait amélioré, le lac Fucin dcssécbé, une grande route militaire traverserait TApenuin et irait de Rome à l'Adriatique ; on percerait Tisthme de Corinthe pour abréger la route d'Asie '. Il voulait fonder de grandes bibliothèques ; M. Terentius Varro , qui avait encore combattu avec Pompée ' après avoir fait sa soumission en Espagne, mais que César avait gracié *, fut chargé d'acheter des livres*. Il voulait étendre peu à peu le droit de cité à tous les habitants de l'empire ; il projeta dans ce but un recensement total des populations et des terres de l'empire : un sénatus-consulte décida que cette vaste opération commencerait Tannée suivante®. De tous ces beaux projets, deux seulement reçurent un commencement d'exécution du vivant de César : on prépara le plan cadastral et on commença la reconstruction de Rome par le forum '.
Vers le mois de novembre 45, le Sénat discuta les projets concernant les Marais-Pontins, Tisthmc de Corinthe et la reconstruction de Rome ; il en profita pour voter à César de nouveaux honneurs'. On approuva nécessairement tousses plans; on décida, en outre, que César construirait un temple ù la Félicité sur l'emplacement de la Curia Ilostilia, restaurée par Faustus Sylla; on reconstruirait ailleurs la Curia Ilostilia, qui prendrait le nom de Curia Julia, La préfecture dos mœurs, accordée à César pour trois ans en 46, ne suffisait plus pour assurer la réalisation de ces grands travaux ; on lui donna la préfecture des mœurs pour toute sa vie ^ On lui re-
») Cf. Cic, P/«7., 5, 3, 7.
*} Suet., Cœs,, 44. Dio C, 44, 5. Plul., Cœs., 58. Cf. Hor., e/n ad Pis,, 03 cl seq.
^j Cic, 'le div., 1,32, G8.
*) Cf. Cic, Fnm,, 9, 1-8. PhiL, 2, 40, 103.
'") Suel., CxÀ.f 4i.
*) £thic, cnsmogr., p. 26 (d'après Pomponius Mêla, édition Gronovius, L. B. 169G). Dicuili, De memura orbis terrarum, p. 28. (Parthey.) Boelh. 'lem, art. (jeoin.j apud Agrim, p. 395 L.
') Dio C, 43, 49. Nie Dam., VU. Awj,, 22.
») Dio C, 44, 5. Zon., 10, 12.
») Cf. Suet., Cctx, 76.
connut l'inviolabililé Iribunilienne dans toute Tétendue de Tempirc * ; celle qui lui avait été accordée en 48 était Tinviolabilité ordinaire du tribun, qui ne pouvait se faire respecter que dans l'intérieur de Rome et à la distance d*un mille. On songeait déjà à l'hérédité ; en avril, on avait décidé que César pourrait transmettre son titre d'imperator; on voulut encore qu'un de ses fils, naturel ou adoptif, fut élu pontife.
En acceptant de pareils privilèges, César montrait qu il était de plus en plus aveugle et ne savait pas contenir sod ambition dans les limites que lui imposait la plus vulgaire prudence. En même temps il témoignait aux Pompéiens une confiance qui dégénérait en faiblesse. Dans VAiUicatOj il avait parlé d'eux avec une certaine amertume, s'était même montré violent * ; il n'en continua pas moins à gracier les chefs du parti ' : A. Manlius Torquatus*, Trebianus*, A. C^ecina*. Il finit par accorder un pardon général, autorisant ses ennemis non seulement à rentrer, mais à briguer les honneurs {jus hojiorum) '^; César ne prévoyait pas que les Pompéiens profiteraient de sa générosité pour se venger des maux qu'il leur avait fait subir*. Il permit à tous, indistinctement, de se présenter aux comices de 44 : une pareille mesure blessa les partisans de César, et les Pompéiens ne témoignèrent aucune reconnaissance'. César laissa même rentrer *°, à quelques exceptions près**, ceux qui avaient été condamnés à l'exil par les tribunaux *'.
») Cf. Liv., ep.. 116. App., 6. c, 2, 106. 108. 144. Dio C, 44, 49.50. Nie, Dam., Vit. Auy., 22.
2) Plut., Cxs.,ï)\. Cic, Top., 25, 9i. Quint., 3, 7, 28.
») Cf. Cic, Fam., 13, 9.
*) Cic, Faoi.,6, 1-4, Cf. AU.,!, 14,2. 9, 8, 1.
^) Cic, Fam,, 6, 11, lettre écrite en 709, et non en 706. Cf. 6, 10.
«) Cic, Pam,, 6, 5-8. Suet., Caes,, 75. Cf. Cœs., B. Afr., 89. Cic, Ftirr»' 13, 66.
") Dio C, 43, 50. App., 6. c, 2, 107. Suet., Cœs., 75. Vell, 2, 56. SerV-» ad Verg. JSn., 6, 612.
«) Nie Dam., Vit. Aug., 19.
•) Nie, Dam., Vit. Aug., 19. Cf. Sen., de ira, 3, 30.
•0) App., b. c, 2, 107. Cf. Cic, PhU.y 11, 5, 11 et seq,
•') Il y a des exemples donnés par App,, 6. c, 2, 117, Plut,, Ca?^., 6ô* Brut., il. Nie Dam., Vit. Aug.,2L
•*) Cf. Cic, Fam., 15, 19, 3.
Malgré ses graadcs entreprises, César n'avait pas négligé un instant do prendre toutes les mesures qui pouvaient faciliter l'exercice du pouvoir absolu.
En qualité de préfet des mœurs, il dressa la liste du sénat [lectio senalus); il ne se préoccupa guère de relever le prestige de cette institution républicaine ; il cherclia plutôt à asservir la haute assemblée, à en faire Tinstrumonl de ses volontés. Il chassa quelques sénateurs, condamnés en vertu de sa loi sur la concussion [iex JuHa repeliindarumy \ mais il y fit entrer des fils d'affranchis et de soldats, même des Gaulois, qui avaient reçu de lui le titre de citoyen ^ Il voulut faire croire à une réforme démocratique ^ , en élevant le nombre des sénateurs de six cents à neuf cents \ Dans Tintérieur de l'assemblée, sans tenir compte des règlements, il distribua les insignes et classa les sénateurs à sa fantaisie : ainsi les dix préteurs de 46 eurent le droit de porter les insignes consulaires {oniamenta consularia) et de siéger avec les consulaires ^ ; il accorda même à des personnages, qui ne faisaient pas encore partie du Sénat, le droit de prendre les litres de consulaire et de prétorien et d'en porter les insignes [adlectio inter consulares et inter prœtorios)^. Dans un sénat aussi nombreux, les coalitions devinrent plus difficiles, et César put lui présenter toutes ses propositions sans avoir à craindre d'opposition. Du reste, le sénat renonça à toute initiative ; après la guerre d'Espagne, son action législative se borna à voter des honneurs à César et à accepter ses propositions. S'il accorda des actions de grâces à P. Vatinius \ gouverneur d*Illyrie , et à son prédécesseur , P. Sulpicius Uufus", ce fut avec l'assentiment de César*.
César comprit qu'il fallait faire entrer de nouvelles familles
«) Suet., Cxs., 43.
*) Dio C, 43, 47. Suel., Cas., 70. 80. Cic, 'U 7/u., 2, 9, 23.
5) Sali., de rcp. onL, 2, 11.
*) Dio C, 43, 47.
-j Suet., Caes., 76.
"] Cic, Pain,, 5, 106.
») Cic, Fam.y 13,77, 1.
»j Cic , Fam , 5, 10 ([, 3. Cf. 5,9, 1.
528 LA DISSOLUTION DE LA aÉPUBLKjUE [IV, 23
dans le patriciat * ; ce dernier n'élait plus assez nombreux pour fournir des membres aux collèges sacerdotaux exclusivement réservés aux patriciens. Il se fit reconnaître dès 45 le droit d'opérer lui-même cette réforme par une loi Cassia*^ qui est probablement de L. Cassius Longinus, le frère de Quinlus et de Gajus, devenu tribun le 10 décembre de cette année 45 ^ ; Cassius avait soutenu César pendant la guerre civile * ; rien ne s'oppose donc à ce qu'il ait été chargé par César de faire cette proposition au peuple au début de son tribunal. La réforme {adlectio) fut faite devant les comices curiates ; nous remarquons que César fit entrer dans le patriciat'^ son petit-neveu, C. Octavius, fils de C. Octavius et de Atia ; Atia était fille de M. Atius Balbus et de Julie, la sœur de César *.
On poursuivit quelques candidats aux magistratures de 45, qui avaient violé les lois Juliennes \ surtout la loi somptuaire% et la loi de Pompée sur la brigue®. En réalité, ces magistrats avaient été nommés par César et non élus par le peuple ; intéressé dans ces procès. César ne permit pas aux préteurs de présider les tribunaux ; assisté d'un conseil [consilium), il prononça lui-même le jugement. II eut l'imprudence, — on ne manqua pas de l'en blâmer ouvertement, — d'acquitter " quelques-uns de ces magistrats, dont la culpabilité était évidente.
César avait usurpé les fonctions judiciaires réservées ans préteurs, il avait agi en monarque ; il en fut de même dans le procès du roi Déjotarus. Ayant à se plaindre de la cruauté avec laquelle Déjolarus traitait les membres de sa famille''^
*) Dio C, 43, 47. Suet., Caes., 41.
«) Tac, Ann., 11, 25.
3 Cic, P/ie7.,3, 9, 23.
*) Cœs., B. C, 3, 34. 55. Dio C, 41, 51.
6) Dio C, 45, 2. 46, 22. Suet., Aug., 2. Nie. Dam., Vit. Aug., «5.
«) Suet., Aug., 3. 4. Nie. Dam., Vit. Aug., 2. 3. Vell., 2, 59. Dio C. ^ 45, l.Plul., Cic.,44.
7) Cic, Att., 13, 7, 1.
8) Suet., Cœs. 43.
fl) Cic., Att., 13, 49, 1. F(/m,, 7, 24 2. Cf. Att., 13, 6, 3.
^») Dio C, 43, 47.
«•) Plut., Stoic. repuyn.f 32. Strab., 12, 5, 3.
son neveu Caslor l'accusait d'avoir voulu faire périr César pendant la guejrre d'Asie, en 47, et d'avoir préparé une révolte pendant que César combattait les Pompéiens en Afrique '. D'après la constitution républicaine, un pareil procës rentrait dans la compétence du Sénat ; César le réclama, disant qu'il avait la direction de toutes les affaires étrangères, en vertu de son droit de paix et de guerre et de boo litre d'impcrator. Le procès fut plaidé, non pas sur le forum, comme celui de Q. Iiigarius en 46, mais dans la maison de César*. Malgré le beau discours de Cicéron en faveur de Déjotanis {pro Dejotaro) ', César renvoya le règlement de l'affaire à plus tard ; il la trancherait quand il traverserait l'Asie pour aller combattre les Parthes \
Dans la période qui s'écoula entre le retour d'Espagne et les élections pour l'année 44, César fît plusieurs lois, leges /u/i^' ; quelques-unes de celles que nous avons citées plus haut sont peut-être de celte époque ; on doit y rapporter sûrcrement les lois sur les colonies et sur l'organisation nouvelle des magistratures.
Ou avait continué en Italie les assignations de terres aux soldats de César. On reconnut bientôt qu'il fallait admettre aussi à la répartition les pauvres que l'on avait privés de distributions gratuites de blé. César étendit son système de colonisation : par une loi Jitiia agraria de colonih in Galliam, Bispaniam et Iransmarinas provincîas deducendis ' , il s'assura les pouvoirs nécessaires pour donner des terres aux soldats et aux citoyens, aux bommes libres et aux affranchis \ Ces terres devaient être prises en Gaule, où l'on avait enlevé une partie de son territoire à Marseille ' ; en Espagne, où César *vait prononcé de nombreuses confiscations ; en Afrique, en Macédoine, en Grèce, en Asie, où il y avait encore de vastes
') Cic, Dej., 1, 2. 5, 15. 8, 22 et seq.
=) Cic, Dej., 2,5.
') Cf. Cic, ¥am., 9, 12, 2.
') Cic, Pftit,2, 37,94 et seq.
=)DioC., 43, 50.
') Lex eot. JuL Ocnel., ch. 97. Bi9.,47, 21, 3.
') Strab., 8, 6, 23.
') Dio C, 41 , 25. Voir plus haut, page 470.
étendues de terres publiques ; si tout cela ue suffisait pas, on achèterait des terres pour créer des colonies de citoyens romains : ce serait pour César un moyen d'étendre le droit de cité sur toute retendue de l'empire. U y eut des lois spéciales pour chaque colonie, rendues en vertu de la loi Julia et de la loi Ântonia de coloniis deducendis, votée après la mort de César ; nous connaissons celle qui fut faite en faveur de la colonie d'Urso {lex coloniœ Juliœ Genetivâs Urbanorum) * ; cette colonie devait recevoir des soldats et huit mille citoyens. Un petit nombre de ces colonies furent organisées du vivant de César, par exemple Narbo et Arles dans la Narbonnaise ; rétablissement des colonies d'Espagne, d'Afrique, de Grèce^ de Macédoine, d'Asie-Mineure, par exemple, à Urso, à Carthage, à Corinthe, à Buthrotes, à Lampsaque, fut suspendu par la mort de César ^ Pour payer les dépenses qu'entraînait l'établissement des nouvelles colonies. César continua à aliéner les biens des Pompéiens % et vendit des propriétés de l'État, loca publica *•
La loi Antonia ^, du tribun L. Antonius \ régla la nomination des magistrats ; César ne voulut pas user de tout son droit; il renonça au privilège qu*on lui avait accordé précédemment de désigner tous les candidats qu'il voulait voir élus ; il préféra se réserver la faculté de désigner les deux consuls et la moitié des autres magistrats ; les autres seraient nommés librement par les suffrages populaires \ Le peuple crut alors qu'il avait Tintcntion de favoriser la démocratie '. Par une seconde loi, qui dut porter le titre de Lex Julia de magistra-
«) Mommsen, Eph, epigr,, 1874, II, p. 105. 221.
«) Siiet., Cxs., 42, Ti6., 4. Dio C, 43, 50. Plut., Cœs., 57. App., Lib.^ «36, 6. c, 2, il9, et seq., 125. 133. 139 et seq., 3, 17, 5, 137, Strab., 8, 6, 23. 17, 3, 15. Cic, AU,, 16, 16, 4. U. Boeth., dem, art. geum.^ p. .395 L.
') Suet., Ca?s., 50. Macrob., Sut., 2, 2, 5. Cic, Fam., 13, 8, 2.
*) Dio C, 43, 47. Cf. Cic, deleg. agr., 2, 14.
8) Dio C, 43,51. Cic, Phil., 7, 6, 16.
•) L. Antonius avait été en 49 proquesteur en Asie avec le titre de propréteur (Jos., Ant. Jud.y 14, 10, 13).
') Suet., Cxs.^ 41.
•) App., 6. c.,2, 107.
li rV, 23] ASSASSINAT DE CÉSAR O.^l
tibm, César porla le nombre des préleurs de quatorze îi seize '. Pourquoi ? César avait peul-ètre l'iulention de confier l'administration du Irésoràdeux anciens préteurs ' ; peut-être aussi voulail-il avoir deux préleurs supplémenlaires pour prendre le gouvernement d'une province, s'il venait à se produire quelque décès parmi les quatorze préleurs. Il augmenta par la même loi le nombre des édiles ; deux, nommés édiles ceriales furent chargés do l'administration devenue ai importante des approvisionnements de blé'. Il porta de trois k quatre ' le nombre des Ireaviri capitales ' et des tresviri monelales *.
Les élections pour 44, excepté celle des tribuns, n'eurent lieu qu'on décembre ; et même l'élection des questeurs ne fut I Lermiuée que le 31 décembre ' : elle aurait dû cependant précéder celle des consuls, des préteurs et des édiles ; on devait y procéder avant le 5 décembre, jour d'entrée en fonction des questeurs.
César se nomma consul, et prit pour collègue M. Antoine' ; Antoine était tombé en disgrâce auprès de César en 47 (voir
') Dio C, 43, 49. 51.
') Cf. Dio C, 43, 48.
») Dio G., 43,51. Suet.. Cars., 41. Pomp.. fliy., 1,2,2, 32. Cf. Laberîus
• T. 64 (Ribb). On réserva à ces deux édiles la direction de lannone (cwa
annonx) et la célébration des jeux de CérH {ludi cei'iaks). Ils Turent choisis
dans la plèbe; sur les inscriptions ils sont appelés tidileg pkliis eertales
(Moinmsen, 1. R. N. 6787. Cf. Dio C, 47, 40.) [N. D. T.]
'ï Suet., Cœs., 41. OrellL, inscr. 6150. Momniseii, Mufiiwesfn, p. 37(1, note 14. Eckbel, toctr. num., S. 312.
*) Pour ce qui concerne les Tresviri copUalei, appelés d'abord nor.turni, voir l'arlicle de Rein dans l'encyclopédie de Pauly, au mot Triwiiviri on Tresviri eapilatts, et l'ouvrage de A.-W. Zumpt, Criniirml-recht , lonte I. 2> partie, Rerlin, 1865, page 122. Fllablis dans le couraal du iv< sîècli! avant J.-C. (Liv, en parle avant 304 : 9, 46), ils se maintinrent soub l'i'mpire jusqu'au milieu du ni" siècle : leur principale attribution sous l'empire consistait à brûler les livres condamnés (Tac. Agriv.. 2. [N. D. T.]
') VoirMorarasen, MutMKCsm, Leipzig, 1861, page 366. Di'i/., 1,2, 2, 30. Cic, ad AU., 10, 11. Auguste ramena leur nombre à trois[Dio C. 54, 26). Ils disparaissent aussi au ui" siècle. Sous l'empire, leurs fonnlions se bornent à surveiller la fabricalion de la monnaie de cuivre ; la monnaie impériale, c'est-ù-dire la monnaie d'or et celle d'argent, fiait fabriquée soits in direction d'un Procwator ou rationiilis r;onimé par l'empereur. [N. D. T. I
') Cic, Fan., 7.30.1.
•) Dio C, 43, 40. Plul., Ant., 11.
532 LA DISSOLUTJON DE Lk RÉPUBLIQUE [IV, 23
plus haul, page 486) ; aussi il n'avait pris aucune part aux campagnes d'Afrique et d'Espagne ; mais quand César revint d'Espagne, il alla à sa rencontre, l'accompagna longtemps et obtint son pardon ^ Les seize préteurs' furent élus, contrairement à la loi, sous la présidence d'un préteur' ; parmi les élus, on trouve les deux Pompéiens M. Junius Brutus et C. Cassius Longinus, et César leur donna encore les fonctions les plus importantes. Brutus eut la préture urbaine, Cassius fut chargé de juger les étrangers [jurisdictio inter peregrinos) * ; furent aussi préteurs C, Antonius, L. Cornélius Cinna et d'autres personnages insignifiants.
Après les élections des préteurs, le Sénat et le peuple décidèrent que César serait chargé d'aller venger sur les Parthes la mort de M. Grassus ^ Comme son absence pouvait durer plusieurs années, on Tautorisa à faire nommer avant son départ les magistrats pour l'année 43 et pour l'année 42 *.
On procéda ensuite aux élections d'édiles et de questeurs pour l'année 44. Le 31 décembre les comices par tribu étaient réunis pour nommer ces derniers, quand on annonça la mort du consul Q. Fabius Maximus, César transforma aussitôt les comices en comices centuriates, et fit nommer consul pour le reste de l'année, c'est-à-dire pour la journée du 31 décembre, C. Caninius Rebilus'. Peut-être César le nomma-t-il pour
*) Plut., Ant„ 10 et seq. Cic, PAt/., 2, 29-32. Cf. Plut., An^, 13. Dio C, 45, 28. 40. 46, 17. Cic, Phil, 2, 14, 34. A«., 12, 18a, 1. 12, 19, 2. 12, 20, 1.
*) Cf. Cic, PAiV. , 3, 10, 25 et seq., surtout 26, mais il faut faire des corrections : « L. Ânnius C. (et non M) Antonius. 0 felicem utnimque! nibil enim maluerunt. C. Antonius Macedoniam. Hoc (et non hune) quoque felicem ! hanc enim habebat semper in ore provinciam. »
») Oeil., 13, 15, 4.
♦) App., B. C, 2, 112. Plut., BruL, 7. C«s., 62, Cic, FhU., 10, 3,7. VeU.,
») Dio C, 43, 51.
8) Dio C, 43, 51. Cf. Suel., C^es., 76. App., b. c, 2, 128. 138; dans ce
dernier passage, Appien parle de magistrats nommés pour les cinq années
suivantes.
'') I. L. A., p. 440. 446. C. Caninius Rebilus avait été lieutenant de César en Gaule (Cœs., B. G., 7, 83), avait accompagné Curio en Afrique (Cœs., fi. C, 2j 24; cf. 1, 26); il avait ensuite pris part aux deux guerres d'Afrique (Cœs., H. Afr., S6. 93) et d'Espagne (Caes. , B. HUp., 35. Cic, AU., 12, 37, 4).
lui donner la province consulaire destinée au consul défunt ; mais il aurait pu le faire sans jouer cette comédie d'élection consulaire. Elle eut pour conséquence de rendre le consulat ridicule aux yeux du peuple, et d'augmenter la haine contre le tyran *.
Le 1'^ janvier 44 César prit possession de sa quatrième dictature' et de son cinquième consulat. Il conserva pour maître de la cavalerie M. ^milius Lepidus, qui resterait en fonction jusqu'au jour où il se rendrait dans sa province (voir plus haut, page 512); son neveu, C. Oclavius, remplacerait Lepidus pendant le reste de Tannée 44. Octave avait alors seize ans ; il avait remplacé L. Domitius Ahenobarbus dans le collège des Pontifes en 47 ' ; il avait été préfet de la ville, chargé de faire célébrer les fériés latines * : il avait accompagné César en Espagne ' ; ce dernier l'avait institué son héritier par testament et l'avait adopté ^ En 43, le maître de la cavalerie devait être Cn. Domitius Calvinus^ l'ancien gouverneur d'Asie, qui avait pris part à la guerre d'Afrique'.
Au Sénat, César déclara le 1"*' janvier ° qu'il abdiquerait le consulat avant de quitter Rome, et désigna pour le remplacer P. Cornélius Dolabella*", bien qu'il n'eût pas Tàge requis** et
«) Cic, Vam., 7, 30, 1. Dio C, 43, 46. Plut., Cxs., 58. Suet., Cxs , 7G. iVer., 15. Macrob., Sat., 2, 3, 6. 2, 2, 13.
«) I. L. A., p. 440. 466. Cf. 461. Jos., Ant,jud,, 14, 10, 7, et non la cinquième {quintum)y comme le dit Dio G., 43, 49. Dio C. est seul à faire celle erreur. Cette quatrième dictature est la seconde de la dictature décennale, votée récemment en l'honneur de César ; voir plus haut, p. 512.
') Nie. Dam., Vit Aug., 4.
*) Nie, Dam., Vï^ Aug.y 5.
») Dio C, 43, 41. Suet., Awflf., 8. 68. 94. Nie. Dam., VU. Aug., 10-13.
«) Liv., ep., 116. Vell., 2, 59. Suet., Cœs.. 83. Aug., 7. Gros., 6, 18. Flor., 4, 4, 1. Dio C, 44, 35. App., h, c, 2, 143. Nie. Dam., Vit. Aug,^ 8.13. Plut., Cic, 44.
•) I. L. A., p. 440. 4()6. Dio C, 43, 51. App., 6. c, 2, 107. 3, 9. Plin.. w.A.,7, 45,46, 147.
•) CxB,, B. Afr.y 86. Cic, Dej., 9, 23. Cf. 11, 32.
•) Cic, PhiL, 2, :t2, 80.
**) Dolabella avait accompagné César en Afrique et en Espagne (Cic. , PAi/., 2, 30, 75. Fam., 9, 10. 11), et avait toujours été un des favoris du dictateur (Cic, AU., 13, 52, 2).
*«) App., 6. c, 2, 122. 129. 3, 88.
neùl pas encoro été préteur'. Mais Antoine, brouillé avec Dolabella depuis il, annonça qu'en qualité d*augure il empêcherait l'élection au moyen de i'obnuntiation ; et, en effets quand les comices furent réunis, en mars, il usa de ce moyen d'opposition ; l'élection n'était pas encore faite quand César fut assassiné '• Au commencement de mars', on élut les consuls et les tribuns de 43 * ; les consuls désignés furent A. Hirtius et C. Vibius Pansa'. Il n'y eut plus d'autres élections pour 43 ni pour 42 ; on sut cependant que César avait choisi pour le consulat de 42 D. Junius Brutus et L. Munatius Plancus. César avait encore des partisans à récompenser: il nomma un membre extraordinaire dans le collège des Quindecimviri ; il en fit entrer trois dans celui des Septemviri epulones*.
Le Sénat profita d'une absence de César ^ pour lui voter de nouveaux honneurs, qui n'ajoutaient rien à son pouvoir, mais dépassaient en servilité tout ce que Ton avait vu jusquelà ; le Sénat ne se contenta plus de le traiter comme un roi, il commença à le vénérer comme un dieu*. On remplaça sa chaise curule du Sénat et du tribunat par un siège en or*; on l'autorisa à porter non seulement les chaussures rouges des rois albains, mais le costume complet des anciens rois {vestis regia) *°. On devait lui donner une garde personnelle forrtiée de sénateurs et de chevaliers ; les sénateurs s'engagèrent par serment à répondre de la vie de César ". Tous les ans", ou d'après un autre témoignage *', tous les cinq ans,
1) Dio C. 42, 33.
*) Cic, FhxL, 2, 32 et seq. 2, 35, 88. 2, 3S, 99. i, 13, 31. Dio C. 43, 51. 44,22. 53. App., b. c, 2, 122. Plut., AnL, 11. VelL, 2, 58.
3) Dio C, 44, 11. Nie. Dam., VU. Aug., 22. 23. Suet., Cxs,, 80.
*) Dio C, 43, 51.
^) Nie. Dam., Vit, Aug,, 22. Cic., PAiV., 3, 15, 37. 39.
«) Dio G., 43,51.
') Dio C, 44, 8.
•) Dio C, 44, 0 et seq.
9) Cf. Dio C, 44, \ 1. 17. Cic., PhiL, 2, 34, 85. <k dir., 1, 52. 119. Val. Max., 1, 0, 13. IMin., a. h., 11, 37, 71, 180. Suet., Cirs., 70. Flor.,4, 2, 91 swjgestus in ruria. App.. h. r., 2, KMi. Plut., Cxs,, 01.
•0) Cf. DioC, îi, 11. 40, il.
«') Suet., r>s., 8'i. 80. App., b. c, 2, 124. 131. 145.
^«) Cf. Dio C, i'i, 50.
*3) App., b. r., 2, 100.
fV, 231 ASSASSINAT HE rtSAB 53S
cVst-à-clire & l'époque du lustre, on devait prier pour César, faire dea vœux pour son bonheur' ; tous ses actes à l'avenir auraient force de loi ; on exigerait des magistrats à leur entrée en fonction le serment de ne rien entreprendre contrairement auï dispositions prises par César'. On célél)rerail en son honneur une fftte quinquennale , comme pour un héros (xÊrtasTiiîpiç) , elle consisLerail en jeux'. On établit pour la vieille fête des Lupercales une troisième confrérie de Luperques : les Luperci Juliani*, qui prirent place à côté des Luperci Quinliliani et Fabiani ' ; dans tous les combats de glarliateurs, à Rome et en Italie, il y aurait un jour réservé à César ", Aux jeux du cirque, il aurait un siège d'or, une couronne d'or ornée de pierreries, comme celle que portait le triomphateur le jour du triomphe ' ; le char {tensa el ferculum) ' sur lequel on devait promener sa statue dans ie cirque, serait en ivoire, comme la statue elle-même ' ; enfin, on tiendrait prêt un lit dans le cirque pour la statue de César comme pour celle des dieux". César devait avoir" un temple, en qualité de Jupiter Julius, commun avec celui de la Clémence " ; it y aurait un llamine attaché au culte du nouveau Jupiter ", Le cinquième mois, pendant lequel il était né, devint le mois de Jules (Jutius) " ; une tribu s'appela la tribu Julia. César était devenu un dieu " ; le Sénat se mit
') Cf. DioC, ii, 50.
*) App.,6. p., 2, i06.
») Cf. Suel., Aug., m.
*) Cf. Suel.,C»*., 76.
') Fesl., ep. p. 87. Féal., p. 257. Ovid., Fait., 2, 377. Prop., 4, 1, 26. Dion-, 1, 80. Cic, AU., 12, 5, 1.
•) Cf. App., b. c, 2, tOe Suoiiiv II itfp: xtI iiï,iv»y. ') C(. Suet., Cxa., 76 suggeslwii in orcheslra. l'Ior., 4, 2, ili in tlicalro ditiincta radiis corona.
»} Suet,. Cars., 76.
») Dio C, 44, 6 ; il faut interpréter et corriger ce passage par le suivant : 43, 45. a. Fesl. , p. 364.
*') Cic, Phil., 2, 43, 110. Suet., r.a^s.. 76. Cf. Fesl., (.. 364. Le lit est appelé Pulvinnr.
'') Dio C, Cf. 44, 6 avec H, 5 .r.antp ^o'j.
") Cf. App., 6. c, 3, 106. Plut., Cxs., 57. Suel., Cxs.. 76 templa.
'*) Cf. Suet,,Cïs.,76. Cic, PA«., 2. 43, 110.
") Cf. App., b. r., 2, 106. 5, 97. Suet,, C»s.,76. Flor., 4, 2, 91.
I») Cf. DioC, 44, 49.
donc en contradiction avec lui-même, en lui accordant une sépulture à l'intérieur du Pomerium. Tous ces décrets devaient être gravés en lettres d^orsur des colonnes d'argent, et ces colonnes seraient placées aux pieds de Jupiter Capitolin K
Une députation solennelle du Sénat, à laquelle s'étaient joints tous les magistrats, porta les décrets à César^ qui était alors occupé à traiter pour les travaux du nouveau forum '. Il poussa la distraction jusqu'à oublier de se lever' : il n*y avait là aucune intention ; César s'excusa aussit6t* et accepta presque toutes les distinctions qui lui étaient offertes '.
Il refusa cependant de prendre une garde personnelle formée de sénateurs et de chevaliers ^ ; il renvoya même la garde militaire, dont il se faisait toujours accompagner quand il paraissait en public et quand il voyageait ^ ; il ne tint aucun compte ' des avertissements que lui donnèrent A. Hirtins et C. Pansa' sur les dangers qu'il pouvait courir ; il ne soupçonna pas la malice de ses ennemis qui avaient agi pour le décider à prendre cette résolution ^^. César conservait la plus grande assurance : ainsi, on avait dû déplacer les rostres pour élever les nouvelles constructions du forum ; César chargea Antoine de relever les statues de Pompée et de Sylla *^ ; il ne remarqua pas que l'opinion lui devenait de plus en plus hostile, que le peuple manifestait son mécontentement et tenait des réunions secrètes **.
César accepta tous les autres décrets, qui furent immédia-
*) Nie. Dam., Vit. Aug., 22, qui a tort de placer cet incident après la fêle des Lupercales ; cf. Dio C, 44, 8 et 43, 49. Suet., Cacs., 78 et seq.
») Dio C, 44, 8. App., b. c.,2, 107. Plut., Gœs,, GO. Zon., 10, 11. Liv., ep., 116. Siet., Cœs.^ 78. Eutr., 6, 25.
*) Dio C, 44, 8. Plut., Ca?5., 60.
^) Dio C, 44,7.
«) Dio C, 44, 7. Plut., Cœs., 57.
^) Cf. Gic, AU., 13, 52.
8) Dio C, 44, 7. App., 6. c, 2, 107. 109. 118. Suet., Cxs., 86.
9) Vell., 2, 57.
*o) Nie. Dam., Vit. Aug., 22. Cf. Dio C, 46, 17. ") Dio C, 43, 49. Plut., Cœs., 57. Suet., Cœs., 75. •-) Suel., Cws„ 75.
tement appliqués» autant qu'ils pouvaient Tètre : on organisa la confrérie des luperques juliens ^ le consul Antoine en fut le chef ; Antoine fut aussi nommé flamine du nouveau Jupiter '. Le peuple donna un avis favorable sur toutes les matières sur lesquelles il devait être consulté. Antoine présenta lui-même la proposition concernant le mois de Jules, lex Anionia de même quintili^, et une autre loi Antonia, ut quinins dies ludorum romanorum Cœsari tribuereiur*.
Les ennemis secrets de César commencèrent alors à lui rendre ouvertement les honneurs royaux, à ne plus le désigner que sous le titre de roi. César le leur défendait en termes qui témoignaient de peu de franchise et laissaient soupçonner son indécision ; cependant il ne livrait pas son secret et n'avouait pas qu'il désirait réellement la couronne ; ces mêmes ennemis placèrent alors en secret sur sa statue des rostres le diadème que portaient les rois d'Orient. Les tribuns C. Epidius MaruUus et L. Cœsetius Flavus enlevèrent le diadème et réunirent une assemblée dans laquelle ils déclarèrenty à Téloge de César, que ce dernier ne désirait nullement porter le diadème ; César fut mécontent de la conduite des tribuns'. Le 26 janvier \ on célébra l'ovation qui devait avoir lieu à la suite des fériés latines ; au moment où César rentra dans Rome à cheval, il fut encore salué du titre do roi ; les tribuns firent emmener en prison celui qui avait le premier poussé ce cri. César fut de plus en plus mécontent ; tout en déclinant le titre qu'on venait de lui donner, il reprocha aux tribuns de vouloir soulever le peuple contre lui : l'emprisonnement qu'ils venaient d'ordonner pouvait laisser croire qu'en réalité il voulait le titre de roi. Les tribuns publièrent un édit pour justifier leur conduite : ils avaient agi en vertu ^^ leurs attributions tribunitiennes. On discuta l'affaire au
') Cic, PhiL, 13, 15, 31. Non., p. 187 G.
*) Dio C, 44, 11. 45, 30. 46, 5. Nie. Dam., Vit. Aug., 21.
•) Dio C, 44, 6. Cic, PhU., 2, 43, 110. 13, 19, 41, 13, 21, 47.
') Macrob., Sa^, 1, 12, 34.
•) Cics., PhU., 2, 43. 110.
*) Dio G., 44, 9. Cf. Plut., C«s., 61. App., b. c. 2, 107. 108.
Sénat ; leur collègue C. Helvius Cinna fit voter leur déchéance par le peuple ; César les condamna à Texil ', après avoir rayé leurs noms sur la liste du Sénat, en vertu de ses fonctions censoriales *. Ceux, au contraire, qui avaient prononcé le nom de roi ne furent pas^inquiétés'. Il demanda même au père de L. Cœsetius Flavus de maudire son fils^ On procéda à l'élection de deux nouveaux tribuns*.
Dans l'intervalle qui s'écoula entre l'ovation du mont Albain * et la fête des Lupercales ' (45 février), César fut nommé dictateur à vie, dictator perpettitis, par le Sénat et par le peuple*. Il abdiqua sa quatrième dictature, et dut prendre possession de son nouveau titre après le 9 février*. César crut peut-être qu'en acceptant la dictature à vie il donnerait un démenti concluant à son prétendu dessein d'arriver à la monarchie *^. Malheureusement la dictature à vie n'était autre chose qu'une royauté, il ne manquait que le nom ^^ ; en acceptant pour la vie un pouvoir irrespons£j[)le ^S il ne justifiait que trop les soupçons formés contre lui ^*. Pour le décrier davantage, on fit courir le bruit que, pendant la guerre contre les Parthes, il choisirait Ilium ou Alexandrie pour capitale de son royaume ^* ; on disait même qu'après le départ
*) App.,6. c, 4,93.
«) Vell., 2, 68.
») Dio C, 44, 10. 46, 49. Suet., Cxs., 79. App., 6. c, 2, 108. 122. 138. 4, 93. Nie. Dam., VU, Aug,, 20. Cf. Plut., Cxs,, 60. 61. Ani., 12. Zon., 10, 11. Liv., ep., 116. Obseq., 70. Vell., 2, 68. Cic, VhiL, 13, 15, 31.
*) Val. Max., 5, 7, 2.
») Nie. Dam., Vit, Aug, y 20.
*) Dio C, 44, 8. Dans cette fête, César porte encore le Utre de dictator quartum : I. L. A., p. 461.
") Certainement avant cette fête : Cic, Vhil,, 2, 34, 87. Dio C, 46, 17. Flor., 4, 2, 91.
•) Cf. App., b. c, 2, 106. Plut., Cxn., 57. Zon., 10, 11. Liv., ep,, 116. Suel., Cxs., 76. Jos., Ant. jud., 14, 10, 7. Aur. vict., Vtr. t//., 78. Schol. Ambros., p. 371.
») Jos., Ant, jud., 14, 10, 10 ; Cf. avec 14, 10, 7.
*") César commençait à s'apercevoir que sa popularité baissait : App.. h. c.» 2, 109. Plut., Cap.^., 60.
••) App., 6.C., 2, 111.
«•) Plut., Cxs.y 57.
«*) Suel., Cics., 79. Nie. Dam., Vit, Aug,, 20.
rV, 23] ASSASSINAT DE CÉSAR 539
de César, C. Helvius Cinna ferait voler une loi qui permettrait à César d'épouser Cléopàlro ; on donnait même le texte de la loi préparée par César lui-même : iit Cœsari uxores liberorum quœrejidorum causa qtias et quoi vellet ducere iice-' ret\
La conduite de César aux Lupercales du 15 février justifia la défiance provoquée par les derniers incidents. Le consul Antoine, qui conduisait les nouveaux luperques juliens, s'arrêta devant César, qui trônait sur les rostres en costume royal devant la Regia, et lui présenta un diadème. César le repoussa à plusieurs reprises, après avoir compris que le peuple applaudissait davantage quand il le repoussait que quand Antoine rapprochait de sa tête. César aurait agi autrement si le peuple avait témoigné d'autres sentiments ; il fit enregistrer l'offre qui lui avait été faite pour s'en servir à l'occasion : en effet, nous lisons dans les Fastes ce passage, dicté par César : « César n'a pas voulu accepter le diadème royal offert par le consul au nom du peuple romain'. » Le mécontentement du peuple fut au comble ; aux élections consulaires pour 43, les deux tribuns expulsés eurent des voix ^ ; sur la statue de L. Junius Brutus au Capitole, on trouva l'inscription : Utinam viveres ; sur le tribunal de son homonyme, M. Junius Brutus, le préteur urbain, on traça des inscriptions pour l'inviter directement ou indirectement à faire périr le tyran *.
M. Junius Brutus avait pris le nom de Q. (Servilius) Caepio Brutus ^ au moment où il avait été adopté par son oncle ; il était le fils de Servilia, mariée en secondes noces* avec D. Julius Silanus, le consul de 62 ; Servilia avait eu des rela-
«) Suel., r»5f., 52. Cf. Dio C, 44, 7. Laberius, v. 64 (Ribb.).
î) Dio C. 44, H. 45, SOetseq. 41. 46, 5. 17. 19. Nie. Dam., Vit. Aug., 21. App., h, c, 2, 109. Plut., Cxs,, 61. Ant., 12. Cic, PhiL, 2, 31. 3, 5, 12. 5, 14, 38. 10, 3, 7. 13, 8. 17. 13, 15, 31. 13, 19, 41. Quint., 9, 3, 61. Liv., rp., 116. Suet., Cœs., 79. Vell., 2, 56. Flor. 4, 2, 91. Aur. vicL, Vir, i7/., 85. Cassiod., a 710 p. 626 (Mommsen).
') Dio C, 14, 11. Suet., Cœs., 80.
*) Dio C, 44, 11. App., 6. c, 2, 112. Plut., Ca?s., 62. Brut, 9. Zon., 10, 11. Suet.. Cœs., 80.
^) Cic, Phil., 10, 11, 24. Fcim., 7, 21. AU., 2, 24, 2 et seq.
«) Cic, Brut., 68, 240.
lions avec César après 63 \ mais Brutus ne pouvait être le fils de César, qui avait seulement quinze ans de plus que lui ' ; il était le fils de M. Brutus, mis à mort par ordre de Pompée en 77 \ Brutus s'était d'abord rallié au parti de son oncle Caton ^ ; en S9, on l'avait accusé d'avoir pris part à la prétendue conspiration de L. Vettius ^ ; en 58 , il avait accompagné Caton dans l'île de Chypre ' ; en 52 , après avoir pris part aux procès qui furent provoqués par la loi de Pompée sur- la brigue ^ , il avait passé en Cilicie comme questeur d'Âppius Claudius'. En 50, il avait défendu ce dernier, qui était son beau-père, dans son procès de lèse -maj esté ; au début de la guerre civile, il se montra homme de principes, oublia ses ressentiments personnels, et s'attacha au parti de Pompée, qui avait fait périr son père'. César lui pardonna après Pharsale ^' ; il suivit César en Asie ^' et reçut en 46 le gouvernement de la Cisalpine. Brutus était un orateur en vue '* et un des principaux philosophes de l'Académie ^' ; il avait cependant de grands défauts, il était avare ; Cioéron nous a fait connaître ses trafics d'argent et ses opérations usuraires '\ En 45, il avait voulu épouser la fille de Caton, Porcia ^S et avait répudié Claudia'^ Il avait encore donné une
*) Suet., Cœs., 50. Plut., Cat. min.y 24. Brut,, 5. Macrob., Sat. 2, 2, 5.
*) App,, 6. c, .2, 112. Plut., Brut, 5.
S) Plut., Pomp., 16. Voir plus haut, p. 193.
*) Plut., Brut,, 2. Aur. Vicl., Vir. ill.,S2.
'*) Cic, Att,, 2, 24, 2 et seq.
«) Plut, Brut,, 3.
') Cic, Brut,,9i, 324. Cf. Ascon., p. 42. Quint., 3, 6, 93, 10, 1, 23.
•) Aur. Vict., Vir. Ul,, 82.
») Plut., Brut., 4. Pomp,, 64. Cf. Cic, Att,, 11, 4, 2.
*^) Plut., Brut,,b. 6. Cxs., 46. 62. App., 6. c, 2, 111. 112. Dio C, 41. 63. Vell., 2, 52.
«*) Cic, Att., 14, 1, 2. Brut,, 3, 11. 5, 21. Tac, dial., 21. PluU, Brut.,(y,
••) Cic, Brut,, 6, 22. 64, 230. 94, 324. 97, 331. ùrat,, 1, 1. 10, 33.
«') Plut., Brut,, 2. Cic, Brut., 31, 120. fin., 1, .1. nat. deor,, 1, 1 TuscuL, 1, 1. Sen., cons, ad Helv,, 9, 4. ep., 95i 45. Quint,, 10, 1, 123' Tac, Diat., 21.
**) Voir plus haut, p. 451 .
*^) Plut., Brut,, 13. Cat, min., 73. Dio C, 44, 13. Val. Max, 3, 2, 15. Cf. Cic, Att., 13, 37, 3. 13, 48, 2.
*«) Cic, Att,, 13, 9, 2. l;:l, 10, 3. 13, 22, 4.
autre preuve de $on attachement à l'ancien parti de Pompée : il avait composé un éloge de Caton ^
Ce ne fut pas lui» cependant, mais son collègue et beaufrère G. Cassius Longinus, qui eut Tidée première de la conjuration ; mais tous ceux à qui Cassius communiqua son projet déclarèrent qu'ils accepteraient de prendre part à la conjuration dans le cas seulement où Brutus voudrait en être le chef. Questeur de M. Crassus, Cassius avait gouverné la Syrie après la mort de ce dernier et repoussé les Parthes ; en 49, il avait été élu tribun du peuple avec son frère Quintus ; il s'était séparé de lui au moment de la guerre civile, et avait quitté Rome pour suivre Pompée ' ; il avait même commandé dans la suite une partie de la flotte de Pompée \ Après Pharsale, il avait abandonné les Pompéiens à Patrae ^, et était allé offrir ses services à César au moment où ce dernier franchissait THellespont pour passer en Asie '. César en avait fait son lieutenant \ et lui avait très probablement donné le gouvernement de la Macédoine pour 45 (voir plus haut, page 511). Ce qui le décida à conspirer, ce ne fut pas précisément Tamour de la liberté ni la haine de la dictature antirépublicaine de César % ce fut plutôt la jalousie qui provoqua chez lui une haine personnelle du dictateur' ; voilà pour« quoi au Sénat il avait déjà voté contre les honneurs extraordinaires accordés à César ^% et pourquoi aussi il conçut Tidéo d'une conspiration.
Le complot était déjà formé avant le 1^' mars '* ; à ce moment se répandit dans Rome un bruit qui décida les con-
0 Cic, AH., 12,21, 1. 13, 46,2.
«) Plut., BrtU., 10.
») Cic, AtL, 7, 21, 2. 7, 23, 1. 7, 24. 25,
*) Cœs., B. C, 3, 5. 101. Dio C, 42, 12.
*) Dio C, 42, 13. App., 6. c, 2, 87. Cic, AtL, 11, 13, 1. 11, 15, 2. Fam., 15, 15, 1.
•) App., b, c, 2, 88. 111. Dio C, 42, 6. 13. Suet., C««., 63.
') Cic, Fam., 6, 6, 10. Cf. 15, 15, 2. Dio C, 42, 13. Aur. Vie»., Vir. iW., 83.
•) Plut., Brut., 9. Val. Max., 3, 1, 3.
») App., b, c.;2, 112. Plut., Brut,, 7 et seq. Cxs., 62. Vell., 2, 56.
*•) Dio C, 44, 8. Cf. Nie Dam., Vit. Aug., 21.
'*) Plut., Brut., 10.
jurés à exécuter ce qu'ils avaient projeté : d'après une révélation des livres sibyllins , les Parthes ne pourraient être vaincus que par un roi ; L. Aurelius Cotta* devait présenter au Sénat une proposition en vertu de laquelle César continuerait à porter le titre d^imperator et de dictateur pour les citoyens romains, mais pour les provinces et les États étrangers il serait roi '. Nous ne pouvons pas dire jusqu'à quel point cette nouvelle était vraie ou fausse. Tout était prêt pour Texpédition contre les Parthes : seize légions et dix mille cavaliers' attendaient l'ordre du départ sous le commandement de P. Vatinius en Illyrie *, de M. Acilius Glabrio en Grèce % et de Q. Hortensius Hortalus en Macédoine. César avait fixé son départ au 18 mars, le lendemain du jour anniversaire de la victoire de Munda*. Les conjurés résolurent alors de l'assassiner dans la séance du Sénat annoncée pour les ides de mars ; César devait y parler de l'élection de P. Cornélius Dolabella^ et Ton s'attendait à voir présenter la proposition de Colta, dont nous venons de parler'. Les conjurés étaient plus de soixante ' ; les principaux appartenaient à Tancien parti de Pompée : Q. Ligarius ^^, L. Pontius Aquila, Cn. Domitius Âhenobarbus*^ et d'autres moins connus. On y trouvait aussi des césariens, comme D. Junius Brutus, qui avait vécu dans l'intimité de César *\et devait prendre le gouvernement de la Cisalpine, l'ancien consul C. Trebonius",
*) Cf. Cic, AtLj 13, 44, U Cotta avait élé préteur en 70 , consul en 65, censeur en 63.
«) Suet., Cœs.y 79. Cic, de div., 2, 54, 110. Dio C, 44, i5, App., 6. c, 2, 110. Plut., Cœs,, 60. 64. Zon., 10, 11. 3) App., 6. c.,2. 110.
*) App., lllyr,, 13.
«) Cic, Fam., 7, 30, 3.
•) App., b, c, 2, 111 . 114. Cf. Flor., 4, 2, 94. •') Cic, PhiL, 2, 35. 88.
«) Plut., Cœs., 64, Zon., 10, 11.
») App., 6. c, 2, 113. Plut., Brut., 12. Liv., cp., 116. Vell., 2,56. Dio C, 44, 14. Nie Dam., Vit. Aug., 19. 24. Eutr., 6, 25. Gros., 6, 17. Cf. Cic.,. Phil.,2, 11.
*o) Cf. Plut., Brut., ii.
10 Cic, PAi/., 2, 11,27.
•«) Plul.,^nf., 11. Suel., C«5., 83. App., 6. c.,2, 146.
•^) Il (levait avoir le gouvernement de la province d'Asie.
Ser. Sulpicius Galba, brouillé avec César depuis 50 * ; P. Scrvilius Casca', avec son frère Gajus, L. Tillius Cimber' ci L. Minucius Basilus*. M. Favonius* avait refusé d'en faire partie ; on avait laissé Cicéron de côté * ; sur le conseil de C. Trébonius, on avait renoncé à gagner Antoine \ Quelquesuns des conjurés voulaient aussi faire périr le consul Antoine el le maître de la cavalerie, M. .Emilius Lepidus; sur le conseil de Brutus, on y renonça*.
César découvrit des preuves de la conspiration, il n'y prêta aucune attention % bien qu'il soupçonnât vaguement Brutus et Cassius '^. Le 15 mars, César fut sur le point, les auspices n'étant pas favorables , de prétexter une maladie pour ne pas se rendre au Sénat et faire ajourner la séance, mais D. Brutus, en qui il avait la plus grande confiance, l'engagea à s'y rendre ^^ A cause des combats de gladiateurs que donnait Brutus '* , la séance eut lieu dans la curie de Pompée ^^ Dès son entrée au Sénat, pendant que Trebonius retenait Antoine dehors ^^ , César fut poignardé aux pieds de la statue de Pompée".
«) Val. Max., 6, 2, 11. Cic. Fam., 6, 18, 3. Phil, 13, 16, 33. Suet., M6., 3. On doit plutôt le rattacher au parti pompéien.
*) Cf. Nie. Dam., VU. Aug.y 21. Il était tribun désigné pour 43 (Dio C. 44.52. 46, 49. Cic, Phil., 13, 15, 31). ') Cf. Sen., de ira, 3, 30. ep., 83, 12. *) App , 6. c, 3, 98.
') M. Favonius avait été un des plus ardents partisans de Pompée (Cofïs., fc. c, 3, 57. Cic, Af^, 7, 15, 2) ; il s'était enfui avec lui de Larisse (Plut.» Pomp., 73). Plus tard, César lui avait cependant pardonné. •) Plut., BruLy 12.
") Plut., Ant., 13.
' Dio C, 44, 19. Plut., Ant., 13. Brut,, 19. App., 6. c, 2, 114. 3, 33. Nie. Dam., VU. Aug., 25. Vell., 2, 58. Cf. Cic, AU., 14, 21, 3. •) Dio C, 44, 15. 18. Cf. Suet., Cœs., 75. 86. Vell., 2, 57. *•) Plut., Brut., 8. Cxs., 62.
") Suet., Cœs., 81. Val. Max., 8, 11, 2. 1, 7, 2. Dio C, 44, 17. Plut., C««., 63. BnU., 15. App., b. c, 2, 115. 149. Nie. Dara., Vit. Aug., 23. Zon., 10, 11.
") Plut., Brut., 12. App., 6. c, 2, 115. 122. Dio C, 44, 16. Nie Dam., ^»' Aug., 23. 25. 26.
•-) mut., Cœs., 66. Bi^t., 14. Cic, de div., 2, 9, 23. Liv., ep., 116. Suet., ^-«<., 80.
•*) Cf. Cic, Fam., 10, 28, 1. Phil., 2, 14, 34. 13, 10, 22.
'*) Dio C, 44, 19. App , 6. c, 2, 116 cl s;.|. Plut., Cas., 63. Brut.,
S44 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [lY, 23
La veille, dans an festin donné par Lepidus, César avait gaiement déclaré que la mort la plus courte est la ntBilleure *.
17. Nie. Dam., Vit. Aug. , 24. Zon., 10, 11. Liv., ep., 116. Obseq., 67. Vell., 2, 56. Val. Max., 4, 5, 6. Suet., Cœs., 82. Flor., 4, 2, 94. Eutr.. 6» 25. Oros., 6, 17. Gassiodor., a., 710, p. 626 (Mommsen). Ovid., Past., 3,697.
t) App., 6. c, 2, 115. Plut., Caes , 63. Suet., C««., 87.
CllAinniE VINGT-QUATRIKME