ANTOINE USURPATEOH DE LA MOSARCHIE DE CÉSAR
S consulaires '
quement les insigni's consulaires ' ; les conjurés descendirent alors du Capilole, dislrîbuèrcut do l'ar^'onl au peuple el cherchèrenl à reolraîner". N'obtenant pas de résullal, ils dépu- Iferenl quelques-uns d'cnlie eux auprès d'Antoine pour s'entendre avec lui ^ Antoine répondit avec loyauté qu'il s'en rapporterait à la décision du sénat * el convoqua immédiatement l'assemblée pour le 17 mars^, dans le temple da Tellus*.
On demanda que César fût Irailé en tyran el que les assassins fussent récompensés comme ayanl rendu service à l'htal ; Antoine empêclia le vole d'une pareille résolution, en prouvant qu'elle aurait pour conséquence l'annulalion de tous les actes de César ; par conséquent, tous ceux qui avaient élé nommés par lui ou par son entremise, magistrats, gouverneurs de provinces devraient renoncer immédiatement à leurs fonctions et se soumettre à une nouvelle élection'. Contrairemenl à la demande des conjurés, il fui décidé que les actes publics {acla desaris) de César seraient confirmés ; ainsi on éviterait des troubles, on respecterait les intérêts d'un grand nombre de personnes à Rome et dans les provinces, dont la situation se serait trouvée compromise', si l'on avait volé la proposition. Dès lors, les conjurés ne pouvaient plus prétendre à une récompense \ on ne pouvait plus faire autre chose pour eux que de les amnistier ; Cicéron parla dans ce sens'"; les politiques à courte vue croyaient que, par ce moyen, on assurerait la concorde et la paix parmi les citoyens ". Pour répondre au désir des vétérans, ou décida que
■) Veil., 2, 58.
') App.. 6. c, 2, 120 el seq. Plut.. Cxs., iS7. Brut., 18. Nie Dom. 20.
3) App., b. V., 2, 123. Nie. Dam., 27.
*) App., h. «., 2, 124.
■) Cic, Phil., 2, 35, 89. .1»., 14. 10, 1. li, li, 2.
•) Dio C, 44, 22. App.. 6. «,, 2, 126.
')App., fc.c, 2, 127-129.
•) App., b. c, 2, 133. Cr. Cic, .*((., 14, tO, 2.
•) Soel. Tih., 4.
■•)Cic., Phit., 1, 1, 1. DioC. 44,23-33. 45, 23. 40,28. Plut.. Ch:, 12. Brut.. 19, a. App-, fi. c, 2, 142.
") Dio C, 14, 3i. App.. 6. c, 2, 135. 3, 13. 15. 18. 22. 34. i, 57. 9i. Plut.. Cxs. 61. Ant.. U. Liï., cp., 116. Vell., 2, 58. Flor., 4, 7, 4. Cic, Phil., 2, 39, 100. Atl.. 15, 4, 3. 16, 14, I. Fum., 12, 1,2,
les colonies en voie de formation seraient établies* ; le testament de César fut aussi déclaré valable ; on vota enfin qu'il serait fait au dictateur des funérailles publiques*.
Pendant la séance, Antoine et Lépide avaient dû quitter le sénat pour venir haranguer le peuple % qui s'ameutait autour de l'assemblée. Les uns prenaient parti pour les conjurés, les autres leur étaient hostiles. De son côté, M. Brutus avait réuni une assemblée sur le Capitole : il avait affirmé qu'il était disposé à respecter ceux des actes de César qui concernaient les vétérans et les colonies. Non seulement les vétérans recevraient les terres qui leur avaient été promises, mais on accorderait des indemnités aux propriétaires, afin de garantir aux vétérans les terres qui leur seraient données en partage *. Les conjurés ne furent guère rassurés par le décret d'amnistie ; ils ne consentirent à descendre du Capitole qu'après avoir reçu comme otages les fils d'Antoine et de Lépide. Le même jour, le peuple fut témoin d'une réconciliation publique : ils la scellèrent dans de grands festins donnés par Antoine et par Lépide *.
De la part d'Antoine, la réconciliation était loin d'être sincère. Un des jours suivants on ouvrit le testament de César chez lui*. César léguait au peuple romain son jardin situé sur le Tibre ; à la plèbe (c*est-à-dire à ceux qui avaient part aux distributions de blé), il faisait don de trois cents sesterces par personne'. Quand elle connut ces dispositions, l'opinion se montra, à la grande satisfaction d'Antoine, de plus en plus hostile aux conjurés. Au moment des funérailles publiques,
0 App., 6. c, 2, 155. Cf. Cic, Phil., 1, 2, 6.
«) App., 6. c, 2, 135 et seq. Cf. Plut., Brut., 20. VelL, 2, 58.
3) App., 6. c, 2, 130-132.
*) Dio C, 44, 34. App., 6. c. 2, 137-141. Cf. Cic, AIL, 15, 1 b, 2. 15,3, 2. 15. 4, 3. Peut-être aussi : 14, 11, 1. 15, 20, 1.
B) Dio C, 44, 34. App., 6. c, 2, 142. 3, 15. 4,57. Plut., Ant,, 14. Brut., 19. Nie. Dam., VU, Aug., 17. Liv., cp., 116. Cic., Phil., 1, 1, 2. 1, 13, 31 et seq.
«) Suet., Cœs.ySS. Vell., 2, 59. Cf. Liv., cp,, IIG.
') Mon. Ancyr., 3, 7. Suet., Cœs., 83. Tac., Ann., 2, 41. Dio C, 44, 35. App., 6. c, 2, 143. 3, 15. Plut., Cxs., 68. Brut., 20. Nie. Dam., 17.
IV, 24] ANTOI5E rSCRFATErR DK LA y05A1ICH1E: DE CÉSAR 549
Antoine excita encore davantage les sentiments populaires ' en prononçant Télogre du dictateur. On brûla le corps de César sur le forum', bien que le bûcher eût été dressé sur le Champ de Mars ; le peuple alluma des torches et se précipita sur les maisons des assassins et des sénateurs' qui les avaient approuvés ; en route le peuple mit en pièces le tribun C. Hel- >ius Cinna, partisan dévoué de César, que Ton prit pour le préteur L. Cornélius Cinna ^ ; ce dernier avait, à plusieurs reprises^, irrité le peuple par sa partialité envers les assassins*. A ce sujet le tribun C. Casca publia un édit pour inviter le peuple à ne pas le confondre ^ avec Tassassin de César P. Servilius Casca, dont il portait le nom, mais ne partageait Duileroent les sentiments. Venant d'un tribun, une pareille appréciation était caractéristique : c'était une vraie condamnation de Facte commis par les conjurés.
Les obsèques de César avaient produit un excellent résultat pour le parti dWntoine ; il ne se crut cependant pas encore assez fort pour agir contre les meurtriers et leur parti. Avant la cérémonie *, il avait laissé passer un certain nombre de sénatus-consuites, afin de donner une preuve de sa soumission aux volontés du sénat. Plusieurs de ces décrets favorisaient le parti républicain ' ; ainsi celui qui confirmait les dispositions prises par César au sujet des provinces pour 44 '^ et pour 43**. Les républicains pourraient réclamer les gouver-
•)App., h, c, 2, 143-147. 3, 15,35. Dio C, 4i, 35-40. Plut., Ant., 14. ^m., 20. Suel., CaB$., 84. Cic, AH., 14, 10, 1. 14, 14, 3. PhiL, 2, 36, 90 el seq.
')Dio C, 44, 50. 45, 33. App., h. c, 2, 147. Plut., Ca-s., 68. BruL, 20. Nie. Dam., 17. Cic, AH., 14, 10, 1. PhiL, 2, 36, 90. Liv., ep., H6. Suel., C«s., 84. Tac, Ann., 1, 8. Oros.. 6, 17. *
'i Cf. Cic, Alt,, 14, 10, 2. FhxL, 2, 36, 91.
*;Cf.Nic Dam., 22.
•:App., 6.*c.,2, 121. 126. 137. Plut., Brut., 18. Suet., Cxs., 85.
') Dio C, 44, 50. 46, 49. App., h. c, 2, 147. 3, 2. 15. 4,57. Plut., Cœs., 68. Cic, 42. Brut., 20. Suet., Cœs.y 85. Val. Max., 9, 9, 1.
'IDioC, 44.52.
•)Cic., PA*7., 1, 13, 32. 2,36,91.
•) Cic, PAÎ/., 1,1,2. 3, 12,30.
'•)Suet., Ati(;.,10.
") Plut., Cses., 67. Cic, 42. Ant., 14. Brut., 19. Cf. App., 6. c, 4.132.
5dO LA UI^SULUllON DE LA. HKPUBUQUE [IV,
npmenfs que César leur avait dealinés : en 41. C, Ti-tHioniiis aurait l'Asie ; L. Tillius Cimbei-, la Billiyaie ; D. Bru lus. la Gaule Cisalpine ; en 43, .M. Bi'utus prjurrail prendre possession de la Macédoine ; C. Cassius, de la Syrie'. Le sénal ne comprit pas qu'eu agissant ainsi il créait un précédent, eo vertu duquel Antoine pourrait réclamiT l'exéculiuii de dispositions que l'on pourrait trouver dans les papiers de César, dont il était le légataire'.
Apri>s les funérailles ", Antoine fît savoir au sénat que le» papiers de César contenaient d'autres dispositions que celli-s concernant les provinces ; il prétendit que César l'avait chargé de les mettre à exécution pendant son absence * : il demanda donc au sénat de l'autoriser à le faire en confirmant ces derniers actes de César ; il n'abuserait pas dp ses pouvoirs et s'empressa de donner quelques renseignements aux sénateur! qui lui posèrent des questions sur les projets énumérés dans les papiers du dictateur'. Le sénat approuva l'élection des consuls et des tribuns désignés pour 43, aussi les nominations de tribuns et de consuls pour 42 dont on avait trouvé les noms dans les papiers de César" : ainsi la désignation de A. Hirlius et de C. Vibius Pansa pour le consulat do 13 fui confirmée', et aussi celle de L. Munatius Plancus et de D. Brutus pour 42' ; nous savons que P. Servilius Casca fui maintenu comme tribun désigné de 43' : Tullus lloslilius. Insleius et L. Clodius furent désignés pour le Irihunat de ii ".
App., I: ,:, 3. 2. H. 35. 57. Flor., *, 7, i. Suet., Awj., 10. Cf. ùr.. , 15, 13, 4. Il y a erreur dans .Nie. Dam., Vit. An;/., 2S. Plui.,£rul.. n'est pas bien pi-éois. Cf. Cic. Phii. 2, 3S, 97.
Cic, Wi/.,i,.l, 2.
Cic.Phil.. 2. 36, 91.
App., b. <'., 3, 5.
Gic, Pkil., 1, i, 2 et 8eq..2, 36. '.H.
Cic, AU.,H. 6, 2. Cf. 14,9, 2.
Cic, AH., 11.9.2. (4,12,2.
Cic, Pam.. 10, 1, 1. 10, 3, 3. 10. 8. 10, 2i. -Phil., 3, 15. 38. 13, 6. VelL, 2, 58. U:o C. i\. li. 46, 53, Nie. Dura., Vit. iag-.
•) Cic, AU., la, 15, 3. Pkil., 13. l-î, -M. ") Cie.. Phil., 13, 12, 26. 1^, S. 20. ,rl fi,
rV, 24] ANTOISE USURPATEUR DE Là MONARCHIE DE r.É8AH 551
Il semble résnilor de ce qui s'est passé pour le sénatus-consuite sur les Juifs [de juâiris) qu'Antoine fut obligé de faire ratifier tous les actes un à un devant le sénat; en elTet, le sénalus-consuUe dejuda-is, voté le 9 février, en présence de César, n'avait pas encore été placé dans le Trésor; nous voyons Dolabella et Antoine le représenter au sénat le H avril, et en demander la confirmation '. Le sénat décida encore sur la proposition de Ser. Sulpicius Rufus : ne qiia post Idus Martias immiinitalis tabula neve cujus beneficn fiçeretur*. Le sénat déclara donc qu'il n'approuverait pas les exemptions d'împOils ni les faveurs promises par César.
Antoine comprit que pour arriver à faire des papiers de César un usage plus arbitraire, il fallait avant tout gagner le sénat et le disposer en sa faveur. Voilà pourquoi il proposa eu mars ou dans les premiers jours d'avril', une loi sur la suppression de la dictature : /ex Ajitonia de dictntura in perpettiiim tollenda ; il y joignît un projet de sénalus-consulte rédigé d'avance. Le sénat l'accepta avec entbousiasme sans discussion et vota des remerciements à Antoine pour sa proposition '. La loi présentée par Antoine et par Dolabella' fiil ensuite confirmée par le peuple', probablement le 24 avril : oile menaçait de la peine capitale et de la confiscation des biens [consecratio capitis et ôononim) celui qui proposerait l'établissement d'une dictature et celui qui accepterait le titre de dictateur' ; c'élail donc une loi sacrée, /ex sacrata, qui condamnait d'une manière formelle l'œuvre do César'. En même temps Anloine déposa une proposition concernant
') Jos.. Ani.ju-I., 14. 10. 10. CF. 14, 10, 6. 7.
') Cic, Phil., -2, 36, 91. 1, 1, .1. Dio G.. U, 511. 4. 4r., 23. Antoine ne nt nucune opposition.
') EIIp fut prOspntr'e avant que Cicfron quittât Rome, par conséquent avant e 7 avril : Cic, AU., 14, 1 et seq, App., h. c, 3, 2.5. 37 place celle loi l'enucoup trop tard.
') Gif., fhil.. I. 1, 3.
=)DioC., 44, 51, Cic. Phil, i, 2, 5.
•) Cic, Vkil., 5, 4, 10. Liv.. fi)., 116.
') D'O C, 44. 51. 45. 32. App-, '-. c, 3, 25. 37. 57. 4, 2. Zoo.,
552 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [lY,
Sex. Pompée, qui était une attaque directe contre le parti de- Brutus et de Cassius*. Après Munda, Sex. Pompée s'était caché jusqu*au jour où César avait quitté l'Espagne ; puis il avait réuni des troupes et lutté avec succès contre C. Albius Carrinas, gouverneur de TUltérieure, et contre son successeur, G. Asinius Pollio'. En 47, au moment des confiscations, Antoine avait acheté la maison de Cn. Pompée; il avait donc des raisons personnelles de ne pas laisser rendre à Sex. Pompée ses droits civils : il demanda cependant au sénat de donner des pouvoirs complets pour traiter avec Sex. Pompée à Lépide qui était sur le point de se rendre dans la Gaule narbonnaise et l'Espagne citérieure '.
Antoine croyait avoir réussi à se faire considérer comme un personnage politique tout à fait inolTensif*; il reparla encore au sénat des papiers de Gésar^ mais n'obtint pas tout ce qu'il désirait ; le sénat chargea les consuls assistés d'un conseil de prononcer, à partir du 1*' juin, sur toutes les dispositions particulières contenues dans ces fameux papiers \ Le sénat avait le plus grand désir de ne pas intervenir luimême dans ces affaires ; mais, en prenant cette résolution, il fournissait aux consuls une base pour leurs opérations futures®.
Les meurtriers de Gésar avaient inutilement cherché à se procurer des ressources en contractant un emprunt auprès des chevaliers \ Antoine trouva bientôt un moyen de leur rendre insupportable le séjour de Rome. Il obtint ce résultat par un acte qui fut particulièrement approuvé des républicains, et qui paraissait favorable à Brutus et à Gassius ; à ce
*) Cf. App., 6. c, 2, 122.
«) Dio C, 45, 10. App.. 6. c, 2. 122. 3. 4. 4, 83 et seq. Vell., 2, 73. Cic, AU., 14, 1, 2. 14, 4, 1. 14, 8, 2. 14, 13, 2. 14, 22,2. 15, 13, 4. 15, 20, 3.
15, 21, 3. 15, 22. 16, 4,2. Pam., 11. 1, 4.
») Cic, PhiL, 5, 15, 41. 5, 14, 39. 13, 4, 8. Cf. AU., 15, 29, 1. 16, 1, 4.
16. 4, \ et seq. Voir aussi Appien qni, comme pour la loi Antonia, anticipe sur les événements : b. c, 3, 4. 12. 36. 57. 4, 84. 94.*
*) Cic, AU., 14, 3, 2. PhiL, 2. 36, 92.
^) Cic, PfuL, 2, 39, 100. AU.. 16, 16, 6. 8. 11. 12. 14. 18. Dio C, 44, 53, 4. 45, 23.
«) Cic, Fam., 12, 1, 2.
') Nep., AU., 8.