‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'à la bataille d'ActiumChapitre 79 sur 187 · IV, 24] ANTOLNE USURPATEUR DE LA MONARCHIE DE CÉSAR · texte numérisé non relu

IV, 24] ANTOLNE USURPATEUR DE LA MONARCHIE DE CÉSAR

tirail du consulat; il espérait qu'à ce moment il lui serait facile d'échanger la Macédoine pour la Gaule *. Il voulut encore se garantir contre les éventualités qui pourraient surgir pendant son consulat, il prit une garde militaire. Les Vétérans la lui fournirent; ils n'étaient plus nombreux à Rome, ils avaient pris possession de leurs lois de terre, ou partirent à ce moment pour s'installer dans les nouvelles colonies'. Leur situation paraissait compromise par la mort de César ; s'appuyantsur le sénatus-consulte du 17 mars', Antoine fit voter, d'accord avec son collège Dolabella*, la loi Ajitonia de colonis m agros dediicendis ^ ; elle fut votée probablement le 24 avril. Il faut bien se garder de la confondre avec la loi agraire de son frère Lucius; sous prétexte de faire exécuter la loi qui devait lui donner, ainsi qu'à Dolabella^, une grande influence, Antoine partit de Rome vers la fin d'avriP pour se rendre dans l'Italie méridionale. 11 fonda une colonie à Casilinum', bien qu'il y en eût déjà une de César, et que les règles des augures défendissent dans ces cas d'en établir une nouvelle ; il n'avait pas réussi à faire la même chose à Capoue*. Partout où il le put, Antoine fit prêter aux vétérans le serment de défendre les actes de César, y compris ceux qu'il avait confirmés ou confirmerait en vertu de la loi Antonia^°. Il profita aussi de ses pouvoirs pour établir plus tard** ses créatures comme colons en Campanie [ager campanus) et sur le territoire de Léontium en Sicile, il leur accorda ainsi de grands domaines **. 11 revint vers la fin de mai, ramenant avec lui un grand

«)Cic, Att., 14, 14, 4.

5) Cf. Cic, PhiL, 13, 15, 31. 1, 2, 6. '

*) Dolabella avait présenté la loi avec Antoine. Cic, PhiL, 8, 8, 25. Cf., 3, 4, 9. 5, 3, 9.

*) Cic, FhiL, 5, 4, 10. Lex col. Genel., ch., 104. Cf. Dio C, 44, 51. «)Cic., PhiL, 8, 8, 25.

') Cic, PhiL, 2,39, 100. Ait., 14, 17, 2. 14,20, 2. Cf. App.,6.c., 3, 57,

•) Cic, PhU., 2, 40, 102.

•) Cic, PhiL, 2, 39, 100. 2, 40,102.

«•) Cic, AU., 14, 21,2.

^«) Cic, P/ii/., 2, 39, 101.

«») Cic, Phil., 8, 8, 25. 2, 17, 43. 2, 39, 101. 3, 9, 22. 10, 10, 22. 11, 5, 12. Dio C, 45, 30. 46, 8.

nombre de vétérans * ; ils formèrent sa garde du corps avec des archers venus d'ilura en Syrie *. On ne peut pas admettre que le sénat lui avait déjà auparavant accordé le droit d'avoir une garde du corps'. Maintenant qu'il délibérait entouré d'hommes aimés*, le sénat ne pouvait plus protester contre le fait accompli et forcer Antoine à renvoyer ses gardes.

Vers la fin d'avril', Dolabella avait fait des siennes à Rome : il avait dispersé les bandes populaires qui se réunissaient tous les jours sur le forum, autour de Tautel de César; il avait mis les esclaves en croix, précipité quelques chefs du peuple de la roche tarpéienne, et enfin renversé Tautel de César et pavé l'endroit où il était élevé*. C'était là une action héroïque; les ennemis de M. Antoine remarquèrent qu'il ne craignit pas d'attaquer L. Antoine dans une assemblée''; ils crurent que Dolabella pourrait devenir le chef du parti républicain". Alors un certain nombre de tribuns, ennemis de M. Antoine, par exemple L. Cassius, D. Carfulenus et Ti. Cannutius®, résolurent de soumettre au peuple une proposition qui s'appuyait sur le sénatus-consulle deactis Cœsaris. La loi des tribuns, lex tribunicia de actis Céesaris, fut votée le 3 juin *° : elle stipulait que les consuls devraient s'adjoindre un conseil pour examiner les actes de César, à partir du 1" juin [cognoscere^statuereyjudicarey^. Mais elle ne supprima pas formellement la loi Antonia, elle ne fut donc qu'une simple démonstration dirigée contre Antoine, et ne porta pas

») Cic, P/i//., 2, 39, 100. 2, 42, 108. Fam., 11, 2, 1. AU., 14, 22, 2. 15, la, 2. 15, 4, 4. 15, 5, 3. 15, 8, 1.

«) Cic, Phil, 2, 3, 6. 2, 44, 112. 5, 6, 17.

') App., 6. c, 3, 4. 3, 57.

*) Cic, P/ii7., 2, 8, 19. 5, 7, 18. 13, 8, ^8. Fam,, 10, 2, 1. Dio C. 45 22

») Cic, AU., 14. 15, 2.

«) Cic, AU,, 14, ^5, 2. 14, 16, 2. 14, 18, 1. 14, 10, 2.5. Fam., 12, 1,1. PhU.y 1, 2, 5. 1, 12, 30. 2, 42, 107. Dio C, et Appienne donnent pas de renseignements précis : Dio C, 44, 51. App., 6. c, 3, 3.

') Cic, AU., 14, 20, 2. i. Cf. 15, 2, 2.

8) Cic, Fam., 9, li. AU., 14, 17 A. Cf. 14, 21, 1. App., h. c, 3,

9) Cic, FhU.y 3,9, 23. Cf. AU., 15, 4, 1.

*o) Cic, AU., 16, 16, H. Dans ce passage, il faut lire : Ul Non. Jun. «•) Cic, A«., 16,16,8. 11.

IV, 2V\ ANTUINK USl'RPATEUK DE I.A MO^tARCHIK DE CËSAR 361

d'atlcintG sérieuse à son pouvoir. Anloinc ne l'appliqua que pour traiter des affaires insi^nilîanlcs ', comme celle de la colonie de Buthrolum, au sujet de laquelle César avait décidé que les colons primilivemenl désignés ne seraient pas envoyés dans celle colonie*; il ne soumit pas au conseil ni àson collègue les résolutions déjà prises*, et continua à user des pouvoirs souverains que lui avait conférés la loi Antonia. Il faut rapprocher de cette tentative d'opposition celle qui coïncida avec l'arrivée d'Octave : on voulut demander compte à Antoine des dépenses faites depuis la mort de César ; Antoine avait déclaré que le trésor était vide ' et qu'il l'avait trouvé vide deux mois auparavant'. On voulut vérilier, on n'aboutit à rien; le sénat rendit un sénat us-consullc par lequel il chargea Antoine lui-même de faire une enquête sur le trésor °.

Les républicains comprirent bientôt qu'ils ne pouvaient se fier en Dolabella ; s'il avait réprimé les désordres, c'était peutêtre dacctird avec Antoine'; ou bien après une première tentative d'opposilinn, il avait dû de miuveau se laisser corrompre par Antoine'. Antoine put, sans être inquiété par Dolabella, continuer ses manœuvres pour conserver le pouvoir à l'expiration de se!^ fonctions consulaires'. Il devait rencontrer dans le sénat une condescendance d'autant plus grande que les sénateurs présents étalent tous ses partisans ; M. Brutus, C. Cassius"',Cicéron" n'osaient plus venir à Rome ".pas plus <|u'un grand nombre d'autres sénateurs hostiles à Antoine ",

')Cic., AU.. 16, 10, li. M. Il', it. t5. 18. Cf. 15, U, 3.

'ïCîc- Ail., 10. HJ, ^.n. 15. cr. ti, i-:;. i. li, u, g. 14, 17,2.14,19, i 11. 21), 2. 15, -.'.s.

')Cic., AH..1.'., 15. 1. \->,2'->, 3. H), t, 2. 16, :i, I. 16, 4, 3.

')Nic. Dam., Vil. Awj., 2H.

').\pp.. II. e., :i, m Cf., 3. 5i.

V Dio C, 45, 24. App., b. •:, 3, 21. 54. 57. Appien place ce sénatus- WMuliP beaucoup Irop lui.

'iCic, Phil , I, ■>. T).

'1 Cic. Pliii. 2. 4-2, 107. Alt., 10, 15, 1.

')Cf. Cic, AU., 14, 14, i. 15, 4, i.

"jCic, FniH., 11, 2. .«(.,14,18,4.14,20,3.

") Cic, Alt., 14, ii, 0. 14, 17, 2. 14, 18, *. U, O, 8. I.% a, 1, 15,

") Cic, Pkil., 1, 2, 6. Ml , 15, a,X ■•) Cie., AIL, 15, 3, 1. 15, 3« "

par exemple A. Hirtius et C. Pansa, les deux consuls désignés.

Antoine pouvait donc facilement circonvenir le sénat S mais il le dédaigna et préféra s'appuyer sur le peuple. Le l'*' juin* ou le 31 mai quelques tribuns, entr'autres L. Antonius, firent voter une loi qui n'avait pas été d'abord proposée d'après les règles ordinaires'; la loi de proviiiciis consularibus, copiée sur la loi Vatinia, accordait aux consuls une prolongation de pouvoirs dans leurs provinces jusqu'au i*'mars 38*. Il est certain qu'une pareille loi ne put être proposée que par des tribuns ; Antoine, l'exécuteur des volontés de César, ne pouvait proposer lui-même une loi qui était en contradiction avec la loi Julia de provinciis*. Le 5 juin Antoine fit lui-même un rapport® sur les compensations que Ton avait promises à M. Brutus et à Cassius ', et sur les provinces prétoriennes dont n'avait pas disposé César pour 43'; M. Brutus devait avoir la Crète, C. Cassius la Cyrénaïque, tous deux avec le pouvoir proconsulairc '. Mais ils ne pouvaient prendre possession des provinces qu'à l'expiration de leurs charges ; on décida le même jour que leur éloignement de Rome serait justifié par une mission pour assurer les approvisionnements de blé : M. Brutus était autorisé à résider jusqu'à la fin de l'année en Asie, Cassius en Sicile *\ Il y avait une autre difficulté : en qualité de préteur urbain, M. Brutus ne devait pas rester absent de Rome pendant plus de dix jours ; il en était de

*) Cic, Phil., 1, 2, C. 2, 42. 109. CL AU., 15, 4, 4.

*) Cic, PhiL, 1, 2,6. 2, 42, 109. Cf. Att., 15, 11, 4.

^) Cic, />/*//., 1, 10, 25. 2, 3, 6. 5, 3, 7.

^)Cic., PhiL, 5, 3, 7. 8. 9, 28. Cf. Att.y 15, 11, 4.

-) Cic, Phil., 1, 8, 19. 1, 10, 24. 2, 42, 109, 8, 9, 28.

^) Cic, AtL, 15, 9, 1. Cf. 15, G, 2.

^)Cic, AU., 15, 5, 2.

•) Cic, Att., 15,9, 1.

») Cic, />////., 2, 13, 31. 2, 38, 1)7. H, 12, 27. Corn. Nep.. AtL, 8. Dion Cassius, Appien et Flutarcjue se trompent : Dio C, 46, 23. 47, 21. App.. 6. c, 3, 8. 12. 16, 4, 57. Plut., Brut., 19. 11 y a aussi erreur dans le passage suivant de Nie. Dam., Vit. Aug,, 28.

*«) Cic, .!«., 15, 9, 1. 15, 10. 15, 11, 1. 15, 12, 1. Cf. App., 6. c, 3, 6. 35. 4, 57. DioC, 44,51.

IV, 24] ANTOLNK CSIRPATKI.H DK LA MONARCIJIE DE CÉSAll 563

même de Cassius ; Antoine leur fit accorder une dispense*. On convint que les autres provinces prétoriennes seraient tirées au sort et adjugées aux préleurs sortant de charge ^

Vers le milieu du mois de juin% Antoine fit courir le bruit que les Gctes avaient fait une incursion dans la Macédoine ; c'était un faux bruit, mais il s'appuya là-dessus pour demander que les légions alors en Macédoine ne fussent pas livrées à Dolabella ; il en avait besoin pour défendre sa province de Macédoine. Le sénat lui accorda l'autorisation qu'il demandait*; il savait cependant bien que l'invasion des Gètes avait été inventée pour la circonstance '^, A Rome, on crut que la guerre civile allait éclater de nouveau •; on crut aussi que, malgré sa loi sur la dictature , Antoine songeait à se faire nommer dictateur \ On se trompait. Nous avons déjà dit qu'Antoine désirait la Gaule'; l'exemple de César montrait qu'aucune autre province ne permettait de mieux dominer Rome et ritalie'; il prévoyait aussi que D. Brutus refuserait de lui livrer la Macédoine et les légions; voilà pourquoi il chargea son frère Gajus d'aller chercher les légions et de les amener à Brundisium'^. Ensuite il fit passer par la force, malgré les représentations du sénat eiïrayé, la loi Antonia de permutatione provinciartiîn y présentée de concert avec Dolabella**. La loi donnait à Antoine la Gaule cisalpine pour 13 et les années suivantes (non pour le reste de Tannée 44, comme on l'a sou-^ vent répété), et de plus les parties de la Gaule transalpine**

')Cic., l'fiii., 2, i:^ :u.

«) Cf. Cic, VhU , 3, 10, 24 et seq.

') Cic, Att.y 15, 17, 1.

*) App., 6. c, 3, 2'i. 37. 52. Cf. Dio C, 45, 20. 25. 46, 23.

*)Cf. Cic, AU., 15, 17. 1.

•) Cic, AU., 15, 18, 2. 15, 19, 1. 15, 20, 2.

^)Cic., AU., 15,21, 1.

«) Cic, AU., 14, 14, 4. 15, 'i, 1. Cf. 15, iO.

•) App., 6. c, 3, 27.

'•)App., 6. c, 3, 27. 30. :r7. 52. Cic, AU., 15, 13, 2, lettre écrite le 25 juin, donc après les lettres 15, 15-2:^. Cf. 16, 2, 4. 16, i, 4. 16, 5, 3.

••) Liv., ep., 117. App., b. c, 3, 27. 30. 31. 37. 52. 55. 63. Cf. Dio C, i5,9. 20. 22. 25. 34. 46. 23. Nie Dam., VU. Awj., 30. Vell., 2, 60. Cic, Phil , 1, 10, 25. 2, 3, 6. 2. 42, 109. 5, 3, 8.

'*)Cf. Cic, AU., 14, 14,4 PhU., 1, 3, 8. 3, 15, 38- 5, 2, 5. 5, 13, 37. 7,1,3.8,8,25.

gouvernées en 44 par L. Munalius Plancus el un lieutenant de A. Hirlius *.

La loi AtUonia agraria de Lucius Antoine fut votée avant la loi dcpermutatione prov., peu après le 5 juin*, pendant un orage épouvantable*; nous avons déjà dit qu'il ne faut pas la confondre avecla loîAntonia de colonis deducendis. On s'était déjà servi de la loi agraire avant le 1*' juin, avant qu'elle fût votée, pour gagner les vétérans*; elle décidait que Ton dessécherait les Marais-Pontins : les terres qui seraient gagnées sur les marais, tout Tager publicus disponible, les biens confisqués qui avaient été injustement convertis en propriétés particulières % c'est-à-dire toute l'Italie, serait partagée entre les vétérans et les citoyens*. Pour exécuter la loi, on nomma une commission àe SepteinvirP ; furent désignés : L. Antoine', l'auteur de la proposition, M. Antoine', C. Antoine, frère d'Antoine et non son oncle", Dolabella et d'autres créatures d'Antoine **. L. Antoine se servit de la loi pour dépouiller les sénateurs hostiles à son frère " ; les chevaliers et le peuple le félicitèrent en l'appelant leur défenseur [patronus) et lui élevèrent des statues*'.

Pendant les mois de juillet et d'août, grâce à ses frères**, Antoine fut le maître de la situation et exerça la tyrannie d'une façon odieuse. 11 songea à donner une autre magistrature à un membre de sa famille; il décida son oncle C. Antoine, qui avait été condamné en 59, puis réhabilité tous César**, à

*)Cic., AU,, 14. 9. W.

*) Cic, AU., 15, 12, 2. 15, 15, 1. 15, 10, 2.

3) Cic, P/4i7., 5, :^, 7.

*) Cic, Fam.. Il, 2, 3. PhiL, 1, 2, 6. Cf. AU., 15, 2, 2.

») Cf. Cic, AU., 15, 12, 2. P/it7., 13, 18,37.

«) Dio C, 45, 9. Cic , PhU.. 5, 3, 7. 5, 7, 20. 6, 5. 13,

') Cic.,PAi7., 5. 7, 21. 6, 5, 14. 8, 9, 26. 12, 9, 23.

«)Cic.,PAi7.,5, 7, 21.7, 6, 17.

•) Cic,PAi7, 5. 12, 33.

*o) Cic. AU., 15, 19, 2. Cf. PhiL, 2, :^, 99.

*»)Cic,PA«7.,0, 5, 14. 8,9, 2). 11,6, 13.12,8.20. 12,9,23. 13,12,26. 13, 18, 37.

«•) Cic, iVa7., 5, 7, 20. 0, Si, 14. 7, 6. 17. *') Cic, PhiL, 6, 5, 12 et seq. 7, 6, 16. I*) Cic, PhU.,7,6. 16.

*')Il fut réhabilité non pas en 49; Cic, PA//., 2, 23. 53. 2, 33. 95. D oC. 45, 47. 46, 15, mais plus tard : Cic. PhiL, 2, 38, 99.

IV, 2i] ANTOINE USURPATEUR DE GA UO.VARaiIL DE CÉSAR 868

briguer la censure. Antoiae fiait cependunl par renoncer à ce projet'. Les élections de préleurs pour 43 durent avoir lieu & la même époque'; parmi les partisans d'Antoine élus', nous trouvons le nom de P. Vcntidius'. Antoine proposa ensuite la loi Julia dp Creta insida; elle exemptait de l'impftt les plus riches villes de Crète et décidait qu'après le gouveraenieot de M. Brutus, la Crète cesserait de former une province'. Cette fois il était bien évident pour tous que la loi u'était pas tirée des papiers de César, puisque frutiis n'avait été désigné pour prendre le gouvernement de la Crète que le o juin. César, pour le reste, peut avoir eu l'intention de supprimer!» province de Crète, comme celle de Sicile cl la Gaule cisalpine.

Le i"aoû( au sénat, nous ne savons k propos de quoi, le bcau'père de César, L. Calpurnius Piso, dénonça l'ambition d'Antoine et ses projets de guerre civile*. Je quitterai l'Ilalie, dil-il, si Antoine fait disparaître par la force les institutions républicaines \ Personne n'osa se ranger de son côté '.

Antoine trouva un adversaire plus dangereux dans la personne de l'hérilier de César, Octave (C. hdius Cœsar Octaviantfs), (jui avait gagné beaucoup de terrain auprès desvétérans «t des citoyens. Antoine pril ses précautions pour l'avenir on faisant voler deux lois qui étaient contraire aux lois faîtes par César de son vivant, à la loi do vi, à la loi de majestate, et même à la loi judiciaire'. La loi Antonia de provucatione portait que dans les procès pour crimes de violence et de majesté, les condamnés pourraient faire appel au peuple'*.

') Cic, Phil. 2. 38,99.

') Cf. Cic, Pum-, 11, 16, 17. Alt.. 16. 16, A. B. E.

'l Cf. DioC, 47, 15. Vell., 2. B5. Cic. Alt., 16, 1, 4.

') Cf. Val. Max., 6, 0, 9. Gell.. 15, 4. Plin., n. A., 7, 42, 41, 135. Venlidiiis fut élu pour 43, el non aux êlecUons failes pour 44 : DioC, B,51.

') Cic, Phil., 2, 38, 97. Dio C, 45. 32. 40, 23. Cf. Cic , Pkit., I, 10 il 2, 30, 92. 3, 12, 30. 5, 4, 12. 7, 5, 15.

') Cic, Atl., 16, 7, 6.

')Cic, AU.. 16,7.5. Fam.. 12,2, 1. Phil ,1,4, tO, l.Ci, 14 5, T, W 12,6. 14. Cf. AU., 15. 20. 1.

') Cic, AU., 10, 7, 7. PliîL, i. 4, 10. 1, 6, 14.

') Cic, Phil., 1 , 9, 23 el seq. 2, 42, H».

")Cic, Pkil., 1,9,21.

566 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [IV, 2i

Une pareille loi violait le principe même sur lequel reposait rinslitution des tribunaux extraordinaires considérés jusquelà comme une émanation de la puissance judiciaire du peuple; de plus elle rendait très dangereuses les fonctions de juges et d'accusateurs dans les tribunaux de ce genre ; tons ceux qui avaient à redouter les accusations de violence et de majesté, Antoine le premier et ses partisans, trouveraient une garantie d'impunité dans cette loi en apparence populaire*.

La loi Antonia jiidiciaria apportait un changement dans la constitution des tribunaux; aux deux décuries de sénateurs et de chevaliers conservées par César on ajoutait une troisième décurie, non plus choisie dans les tribuns du trésor comme autrefois, mais composée de centurions, decuria centurioîium\ Elle favorisait donc l'armée sur laquelle Antoine prétendait s'appuyer; cette troisième décurie, qui lui serait entièrement dévouée, le mettrait à Tabri de toute condamnation devant les tribunaux extraordinaires'.

Antoine, pour la présentation de ces deux lois, respecta la procédure législative ordinaire; il permit même aux tribuns de les combattre ; deux tribuns, probablement Ti. Cannutius et D. Carfulenus, usèrent de ce droit*. Nous savons que la loi judiciaire fut votée peu do temps après le 2 septembre^; nous savons aussi qu'Antoine désigna les juges de la troisième décurie et y fit entrer ses créatures".

On pouvait, à la suite du vole de ces lois, et pour d'autres motifs encore, reprocher à Antoine — ce que fit Octave — de ne pas faire exécuter toutes les volontés de César, de ne pas respecter ses actes comme il aurait dû le faire *. Antoine avait rendu le décret nécessaire pour donner au cinquième mois le

»)Cic., I*hil., 1, \), 21 et seq.

-) Cic, />/i//., 1. 8, i9. T), 5, 12 et seq. 13, 2, A. i'X 18, M,

2) Cic, />////., 1, 8, 20. 7. (). 15.

*) Cic, Phil., 1, iO, 25. 1, 15, 30. Cf. 3. 9, 23.

■'} Cic. /V<//., 5, 5. 12. 5. 0, 15. 8, 9, 27. Le délai de proinulgaLioii linissrÙL ce jour, 2 septembre : Cic, PhiL, i, 8, 19. 1 9, 21. 1, i0,*25. Cf. J. 12, 109.

'') Cic, /Vê/7.,5. 2, 12 et seq. 8, 9, 27. 13, 18, 37.

") App., b. c, 3, 28.

IV, 21] ANTOINE rSCnPATElJR DK LA MOXARCilIE DE CÉSAR 567

nom do Jules*; mais il avait négligé de prendre possession de ses fonctions de flamine de Jupiter {Jovis JulHy. A la séance du 1*"^ septembre au sénat, Antoine fit décider qu'à toutes les actions de grâces [supplicationes) un jour serai t consacré à célébrer la mémoire de César'. Il annonça encore dans une assemblée qu'il ferait respecter Fautoritédu sénat, et parla même de refuser le gouvernement de la Gaule*; il réussit encore une fois à tromper ses adversaires, à les décider avenir aux séances du sénat*, où fut opérée la révolution politique dont nous allons parler.

•) Cic. . AH.. K), 1, 1. 16, i, 1. Dio C, 45, 7.

«) Cic, VhiL. 2, 43, 110. 13, 10. 41. 13, 21, 47. CF. Plut., Ant.. 33.

3) Cic, /Vi//., 1, 5, 12. 2, 43, 110. 5, 7, 19. Cf. Dio C, 45. 7.

*) Cic, /'/<//.. 1, 3, 8. Plut., OV., 44.

^» Cic, .4//., 10, 7, 1. 7. VhiL, 1, 3, 8.

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