IV, 29] BRINDES, MISÈNE ET TARENTE
énorme ne suffit pas pour permettre aux triumvirs de remplir leurs engagements à Tégard des soldats*. En même temps, Antoine parcourut TAsie et la Cilicie, et régla la situation des rois indépendants auxquels il imposa aussi de lourds tributs, et des états soi-disant libres *. Les partisans de Brutus et de Cassius ne lui suscitèrent aucune difficulté ; àrexception des meurtriers de César, ils avaient tous été graciés, y compris le frère de C. Cassius, L. Cassius Longinus'.
En (iilicie, il avait chargé Q. Dellius de lui amener la reine (iléopàlre ; il voulait lui demander pourquoi elle avait si mal soutenu Dolabella et les triumvirs*. Non seulement elle réussit à se disculper, mais elle séduisit complètement Antoine par ses charmes et son esprit \ Pour lui faire plaisir, Antoine donna Tordre de mettre à mort sa sœur Arsinoé et un certain personnage qui se donnait pour le frère de la reine, mort noyé dans les eaux du Nil ^.
De Cilicie, Antoine avait envoyé un corps de cavalerie à Palmyre pour punir les habitants qui entretenaient des relations avec les Parthes ' ; les Parthes, excités déjà par les projets de César, poussés à la révolte par les Syriens de quelques villes syriennes qu'Antoine avait expulsés', exploitèrent encore cet incident pour recommencer la guerre contre les armées romaines '. Antoine plaça à la tète de la province de Syrie L. Decidius Saxa, qui s'était fait remarquer à Philippes *° ; il nomma gouverneur d'Asie T. Munatius Plancus ** (non Lucius qui était alors en Italie), puis il suivit Cléopàtre à Alexandrie '^
*) App., h, c, 5, 5. Plut., Ant,f 2L
«) App., 6. r., 5, 6. Plut., Ant., 24. Dio C, 48, 24. 26. Jos., Ant. Ml., i i, 12, 3 et seq.
^) App., 6. c, 5, 4. 7.
*) Plut., Ant. y 25.
") Plut., Ant,, 26. App., b, c, 5, 1. 8. Dio C, 48, 24. Jos., Ant, Jud,, 14, 13, 1. B.Jud., 1, 12,5.
«) App., 6. c, 5, 9. Dio C, 48, 24.
') App., 6. c, 5, 9.
*) App., 6. c, 5, 7.
^) App., b, c, 5, 10.
*«) App., b, ,:., 4, 87. Dio C, 47, 35.
") Dio C, 48, 24.
'2) App., b, c, 5, 10. Dio C, 48,24.
64i LA DISSOLUTION DE LA HÉPUBLIQUE [IV, 29
Il y passa l'hiver de 41-40 dans une vie de débauches ' ; il reçut alors une double nouvelle ; on lui fit connaître les troubles qui avaient éclaté en Italie' et l'invasion des Parthes ; ces derniers conduits par Pacorus et par le fils du célèbre jT. Atius Labienus qui avait succombé à Munda, avaient envahi la Syrie ; L. Decidius Saxa avait été battu et tué^ Antoine retint longtemps* les envoyés venus d'Italie et finit par leur remettre une lettre rassurante pour Octave, dans laquelle il annonçait son départ prochain pour TOccident*. Il ne se décida à sortir de son inaction que quand il connut la prise de Pérousc, la fuite de Fulvie^ l'entrée de Pacorus en Palestine \ la marche victorieuse de Labienus à travers la Cilicie et TAsie, et la retraite de T. Munatius Plancus qui avait dû abandonner le haut pays*. Il ne savait pas encore s'il devait marcher contre les Parthes ou intervenir en Italie ; sur la demande de Fulvie, il se décida pour ce dernier parti ^
Il arriva en Grèce au plus tôt vers le milieu de Tété ; il chargeaL. Scribonius Libo de porter à Sex. Pompée Jesproposilions amicales ; dans le cas où il entrerait en lutte avec Octave, il lui demanderait son appui ; si Octave consentait à respecter le traité conclu à Philippes, il s'entremettrait pour réconcilier Sex. Pompée avec Octave *°. Antoine n'approuvait pas la révolte de son frère et de Fulvie contre Octave ** ; cependant, excité par Fulvie *-, il considérait les derniers actes d'Octave, surtout l'occupation de la Gaule et la confiscation
») PliJl., Ant., 28. App., b. c, 5, 11. bio C, 48, 27.
«) App., 6. c, 5, 21. 52. 60. Dio C, 48, 27.
5) Dio C, 48, 24. PIuL, An^, 28. Liv., <>/>., 127. Vell., 2, 78. Flor., î, i', 3 et seq.
*) App., b. c, 5, 52.
^) App., b. c.,5, GO.
«) Plut., A7l^, 30.
') Jos., Ant. Jud.^ 14, l.S, 3 et seq.
«) Plut., Ant., :M). Dio C, 48, 20. App., b. c, 5, 65. 133 Syr., 51. h>-. 4, 9, 4.
•) Plut., Ant., 30. Dio C, 48, 27.
'«) App., b. c, .1, 52. 59. 61. 62. Dio C, 48, 27. 29. Plut., Ant., 32.
*») App., 6. f., 5, 52. Plut., Ant. y 30.
'-) Liv., cp., 127.
IV, 29] BRINDES, MISÈNE ET TaAeXTE 645
des légions de Q. Fufius Calénus, comme des atteintes graves portées au traité qu'ils avaient signé ensemble à Philippes*. Laissant Fulvie malade à Sicyone , il continua sa route ; il alla avec L. Munatius Plancus à la rencontre de Cn. Domitius Ahenobarbus ; ce dernier gagné par C. Asinius Pollio (plus haut, page 639) lui livra sa flotte '. En agissant ainsi, Antoine violait à son tour la convention de Taccord conclu avec Octave; en effet, comme Sex. Pompée, Cn. Domitius Ahenobarbus avait été condamné camme meurtrier de César, en vertu de la loi Pedia, et, en vertu du traité de Philippes, Antoine ne pouvait signer de convention avec les meurtriers de César ^ Antoine et Ahenobarbus arrivèrent à Brindes; le commandant refusa de leur ouvrir les portes, parce que Ahenobarbus était en guerre ouverte avec Octave*. Antoine considéra ce refus comme un acte d'hostilité dirigé contre sa personne ; il assiégea Brindes, occupa Sipontum, et donna à Sox. Pompée, qui avait déjà débarqué des troupes en Italie, l'ordre d'agir. Pompée envoya aussi sa flotte commandée par Ménodorc ou Menas, un affranchi, sur les côtes d'Etrurie et de Sardaigne ; il assiégea en personne Thurii et Consentia dans ritalie méridionale \ Vers le mois d'août. Octave envoya M. Agrippa contre Sipontum , et P. Sorvilius Rullus à Brindes ; Rullus fut battu par Antoine, avant qu'il eût pu gagner Brindes, mais Agrippa reprit Sipontum ®.
A ce moment solennel où commençait la lutte entre Octave et Antoine, arriva la nouvelle de la mort de Fulvie ' ; L. Cocceius Nerva, qui avait été envoyé auprès d'Antoine pendant la guerre de Pérouse, et se trouvait encore auprès de ce dernier, parla le premier d'une réconciliation ; il communiqua d'abord ses idées à Antoine, qui le chargea d'aller trouver Octave ; Nerva s'appuyait sur cette considération
') App., h, c, 5, 59. 60.
-) App., b. c, 5,55. 59. Suet., xYer., 3.
3) App., h. c, 5. 62.
-) App., 6. c, 5, 56. 62. Dio C, 48, 27. .30.
•) Dio C, 48, 28. App., 6. c, 5, 57.
') App., b, c, 5, 59. 02. Dio C. 48, 28. Plut.. Ant., 30.
générale que les griefs réciproques n'étaient pas fondés*. Octave se montra disposé à négocier; il écrivit à la mère d'Antoine pour se justifier au sujet des légions de Q. Fufius Calénus et de la conduite suivie par le commandant do Brindesqui avait fermé la porte à Antoine; Antoine, de son côté, déclara qu'il était prêt à congédier Sex. Pompée, et h se séparer de Cn. Domitius Ahenobarbus^, dont la condamnation prononcée en vertu de la loi Pedia, était d'ailleurs injuste'. Après ces préliminaires, le consul C. Asinius Pollio, représentant d'Antoine, C. Cilnius Mœcenas, représentant d'Octave, se réunirent sous la présidence de L. Cocceius Nerva, pour rédiger un traité de paix entre les deux adversaires \
Voici quelles furent les conditions du traité de Brindes*. Lépide, conformément aux conventions de Philippes, devait avoir les deux provinces d'Afrique ; mais Octave devait prendre les légions qui se trouvaient alors dans ces provinces, T. Sextius devait les lui livrer ®. Antoine renonçait en faveur d'Octave aux deux Gaules Narbonnaise et Chevelue, et à la Dalmatie, partie de la province dlllyrie ; on traçait une ligne de frontières à travers TlUyrie du nord au sud, passant par le Skordus, elle marquerait la limite du territoire relevant d'Octave et d'Antoine ; Antoine devait reprendre les légions de Q. Fufius Calénus \ Octave faisait des concessions au sujet de Sex. Pompée et de Cn. Domitius Ahenobarbus : ils étaient tous les deux amnistiés, malgré la loi Pedia et les proscriptions ' ; Sex. Pompée resterait maître de la Sicile, située au centre des provinces données à Octave ; Ahenobarbus aurait le gouvernement de la Bithynie, sous la haute surveillant' d'Antoine, qui l'avait envoyé dans cette province^. Octave
*) App., 6. r., 5, 60-62.
*) App., 6. c, 5, ()3.
*' App., 6. c, 5, 64. Liv., rp., 127. Cf. Hor., S///., 1, 5, 29 awc H Sc//o/. wi Hor. sat,, 1, 5, 27 et seq. Vell.. 2, 76. '*) App., b. c, 5, 65. Dio C, 48, 28. Plut., An(., :^0. ^) Cf. App., b. c, 5, IT), "') Cf. App., b. c, 5, 66.
*) Cf. App., b, c, rt, 55. 61. Dio C, \S. 5 1. ^) App., b, c, 5, 63.
IV, 29] BRTNDES, MTSfeXE ET TARENTE ()47
renonçait à poursuivre certains personnages qui s'étaient réfugiés auprès d'Antoine, les uns après la guerre de Philippes, les autres après la guerre de Pérouse. Il fut convenu qu'Octave pourrait combattre Sex. Pompée s'il n'acceptait pas la situation qui lui était faite ; dans celte prévision, il pourrait lever des troupes en Italie, Antoine en ferait autant pour aller combattre les Parthes*. Enfin Antoine et Octave devaient s'entendre pour désigner les consuls de Tannée suivante.
Il est évident que le traité de Brindes était plus avantageux pour Octave que celui de Philippes ; en outre de l'Espagne et de la Sardaigne, il avait maintenant à sa disposition les Gaules et la Dalmatie *. On célébra la réconciliation par des festins ' et on la confirma par un mariage ; Octave promit à Antoine sa sa^ur Octavic *, veuve de C. Claudius Marcellus, le consul de 50. Les vétérans vinrent rappeler à Antoine qu'ils n'avaient pas reçu leur gratification personnelle de S, 000 deniers ; Octave fut chargé de leur donner satisfaction, il les envoya dans les colonies ^
A Rome on fut très heureux d'apprendre que la guerre civile avait pu être évitée ; on se félicita surtout de ce que Sex. Pompée était compris dans le traité. Le sénat vola l'ovation pour Octave et Antoine en l'honneur de leur réconciliation • ; il dispensa Octavie du deuil des veuves, pour que le mariage pût avoir lieu immédiatement \ En réalité, l'entente était maintenant complète entre Octave et Antoine. Pour plaire à Octave, Antoine consentit enfin h commencer ses fonctions de flamine de Jupiter Julien [flamenJovis Julii^). Le même Antoine sacrifia son procurateur Manius', qui
•) Cf. App., 6. c, 5, m. Dio C, 50, 1.
^i Dio C , 48, 30.
*) App., 6. c, 5, 0 4. Plut., An/., 31.
^) Dio C, 48, 30.
^) DioC, 48,31. ï. L. A., p. 401. 478. Mon. Ancyr., 1,21. Suel.,AMî;.,
") Plut., Ant,, 31. Dio C, 48, 31. 50, 20. App., 6. c, 5, 00. Liv., cp., 127. Vell., 2, 78.
«) Plut., Ant,, .33.' *) App., 6. c, 5, 00.
648 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQrK \l\\ 29
avait excité Fulvie et L. Antoine contre Octave * ; il traliil encore Q. Salvidienus Rufus, lieutenant d'Octave, celui qui avait pris le commandement des légions de Q. Fufius Calénus : il prétendit qu'au moment où il était arrêté devant Brindes, Rufus lui avait proposé de s'entendre avec lui, à la condition qu'on lui abandonnât les Gaules. Octave fit venir à Rome Rufus qui était consul désigné ; on lui fit un procès sommaire au sénat, puis, en vertu d'un sénatus-consulte spécial {nltimum), Octave le fit exécuter *.
Octave ne se réconcilia pas avec Sex. Pompée, comme Antoine l'avait espéré ; Ménodore venait de conquérir Tîle de Sardaigne^, Sex. Pompée refusa de la rendre*. La guerre avec Pompée étant devenue inévitable, Octave dut se procurer de l'argent : il perçut la moitié de l'impôt sur les esclaves établi en 42, et en établit un autre sur les héritages ^ Pour le rendre efficace, il fallut modifier la législation concernant les héritages; le tribun P. ou C. Falcidius présenta une loi à ce sujet®. La loi Falcidia stipulait que l'on ne pourrait plus disposer de sa fortune entière ; les legs ne devraient pas excéder les trois quarts de la fortune, le quart reviendrait do droit à l'héritier naturel ', de cette façon le trésor serait assuré de pouvoir exiger l'impôt nouveau. Les impôts d'Octave, le renchérissement général des denrées, provoquèrent à Rome un soulèvement populaire, Octave courut de sérieux dangers, Antoine dispersa les insurgés avec ses soldats*. Tous ces faits disposèrent Octave à négocier avec Sex. Pompée; Antoine chargea les parents de L. Scribonius Libo do l'inviter à venir à Rome ^
«) App., 6. 0., 5, li. 19.22. 29. 33. /j3.
*) App., h. c, T), 66. IJio C, 48, 33. Liv., V;)., 127. Vell., 2, 76. Suel., Aïif/., 66.
^) App., 6. c, 5, 56. Dio C , 4S, 30. Mais Dio C. commet un anachronisme 48, 2. : Pompée acquit la Sardaigne plus tard.
*) App., h. c, 5, 66. 70. Dio C, 48, 30. Flor., 4, 8.
5) App., 6. c, 5, 67. Dio.C, 48, 31.
«) Dio C, 48, .33. Hier., Chron., p. 139 Schœno.
^) Gaj., 2, 227. Ulp , 24, 32. Paul., sent, /w., 3, 8. Inst.. 2, 22. Dj^., 35, 2. Cod,, 6, 50.
*) App., 6. c, 5. 68. Dio C, iS, 31.
^) App., 6. c, 5, 63. Dio C.,48, 31. 30. Vell., 2, 77. Sueî., Aw^., 10.
IV, 29] BRTNDES, MTSÈNE ET TARENTE 649
A la fin de Tannée 40 et au commencement de 39, Octave et Antoine s'occupèrent de faire célébrer les jeux promis avant Philippes * ; ils prirent aussi plusieurs mesures pour organiser leur tyrannie commune, en vue du prochain départ d'Antoine pour rOrient. Ils s'occupèrent de la guerre à entreprendre contre les Parthes ; après le traité de Brindes^ Antoine s'était empressé d'envoyer contre eux P. Ventidius*; le sénat rendit plusieurs décrets concernant les princes d'Orient '. Les deux consuls , C. Asinius Pollio et Cn. Domitius Calvinusy furent obligés d'abdiquer en décembre 40 ; Antoine donna à Pollio la partie de Tlllyrie qui lui avait été laissée ; Octave céda le gouvernement de l'Espagne * à Calvinus ; il paraît que L. Antoine mourut quelque temps auparavant. L'abdication avait été imposée aux deux consuls pour permettre de récompenser, en leur donnant la dignité consulaire *, le favori de César, L. Cornélius Balbus de Gadès, et le partisan d'Antoine, P. Canîdius Crassus*. D'ailleurs, c'était l'intention des nouveaux maîtres du pouvoir de rendre accessibles au plus grand nombre possible les fonctions et les honneurs consulaires ; au commencement de 39, quand L. Marcius Censorinus^ nommé consul avec C. Calvisius Sabinus, eut célébré son triomphe sur la Macédoine % ils décidèrent qu'ils feraient élire plusieurs couples de consuls désignés par eux pour chacune des années suivantes ; ils dressèrent les listes de ceux qui devaient porter le titre de consul de 38 à 31 ; en 31, Octave et Antoine devaient être consuls ' . Il fut encore convenu que l'on changerait en 38 plusieurs des dispositions prises en 43 et qui n'avaient pu être appliquées ; il en résulte que dès ce moment Octave et Antoine songeaient déjà à renouveler
«} DioC, 48, 3i,
') App., b. c,y 5, 65. Anachronisme apud Plut., Ant.y 33, et Dio C, 48,39.
3; Dio C, 48, 33. CP. Jos., Ant, Jud., 14, li, 4. B. Jud., i, 14, 4. App., 6. c, 5. 75.
*) Dio C, 48, 41. App., 6. r., 5, 75.
5j App., b. c, 5, 50.
•) Dio C, 48, .32. I. L. A., p. 465 et seq.
») Dio C, 48, 35. 50, 10.
l'accord du triumvirat qui devait prendre fin le 1«' janvier 37. Ils désignèrent encore plusieurs magistrats pour les années suivantes *, ce fut un moyen de récompenser leurs partisans: un édile étant venu à mourir le 31 décembre 40, ils le remplacèrent immédiatement par un nouvel édile dont los pouvoirs durèrent jusqu'à la fin de la journée*. Pour le même but, et aussi pour rendre plus certaine l'approbation de leurs actes par une assemblée docile, ils dressèrent une nouvelle liste du sénat {lectio senatiïs) ; ils y firent entrer des alliés, des soldats, des affranchis, et même, sans doute par erreur, dos esclaves'. Le nouveau sénat fut aussitôt invité à voter de nouveaux impôts*, et à ratifier tous les actes passés^ et futurs •des triumvirs.
L. Scribonius Libo ménagea une entrevue entre Pompée, Octave, et Antoine, en dehors de Rome ; elle eut lieu au promontoire de Misène ^ Pompée était alors complètement dominé par ses affranchis, Ménodore et Ménécrate ; sur de simples soupçons de ces derniers, il avait fait mettre à mort L. Statius Murcus'; Sex. Pompée se rendit à Misène avec l'espoir de prendre dans le triumvirat la place de Lépide et d'obtenir la grâce complète, avec la restitution do leurs biens, pour tous les proscrits qui s'étaient réfugiés auprès de lui *". Il n'obtint pas tout ce qu'il désirait, mais on lui accorda tant d'avantages que le peuple put avec raison l'appeler le quatrième tyran de l'empire romain**.
Voici les conditions du traité de Misène *^ : Sex. Pompé*»
') Dio C, /i8, 35.
*) Dio C, 48, 32.
3) Dio C. -48, 34.
*) Dio C, 48, 34.
5) DioC.,48, 3'i.
^) App., h, c, 5, 75.
') App., 6. c.,5, 69. 71.
«) Vell., 2, 73. Flor., 4, 8. Plut., Ant.y 32.
«) App., h. c, 5, 70. Dio C, 48, 19. Vell., 2, 77.
*") App., 6. c, 5, 71.
*') App., h. c, 5, 77.
^') App., 6. c, 5, 72 et spq..Cf. 4, 36. 41. 43. 44. 47. 48. 50. 5, 131.1^5- Dio C, 48, 36. Plut., Aw/.,32. Liv. ryj., 127. Voll., 2, 77. Flor., i.S, i. Cf. Kutrop., 7, 4. Oros., 6, 18.
IV, 291 BRÏNDES, MÏSÈNE ET TARENTE (551
garda la Sicile ; Octave lui abandonna la Sardaigne, Antoine lui laissa le Péloponnèse. La possession en toute souveraineté de ces trois provinces lui fut garantie pour cinq ans, c'est-àdire jusqu'en 34. En 33, il deviendrait consul, afin de pouvoir prendre un important gouvernement provincial, où il aurait le droit de se faire remplacer par des lieutenants. Les conditions suivantes avaient àù. déjà être stipulées dans son traité particulier signé autrefois avec Lépide* : il entrerait dans le collège des augures et recevrait soixante-dix millions de sesterces (plus de quinze millions de francs) pour l'indemniser de la perte de sa fortune personnelle. Tous ceux qui s'étaient réfugiés sur sa flotte, à l'exception des meurtriers de César, condamnés en vertu de la loi Pédia, pourraient rentrer dans Rome ; quelques-uns même seraient désignés dès leur rentrée pour remplir les fonctions de tribun du peuple et de préteur, d'autres entreraient dans les collèges sacerdotaux. Ceux qui n'avaient pas été proscrits rentreraient en possession de tous leurs biens immobiliers ; aux proscrits, on ne rendrait quQ lo quart de leurs propriétés. Les esclaves qui s'étaient réfugiés dans l'armée et sur la flotte de Sex. Pompée seraient libres ; les soldats de condition libre seraient pourvus, après leur temps de service, comme ceux d'Octave et d'Antoine. Sex. Pompée s'engageait à retirer ses garnisons des postes qu'il avait occupés sur les côtes d'Italie; il ne se livrerait plus à la piraterie, il ne recevrait plus d'esclaves sur ses vaisseaux, il ne gênerait plus le commerce et faciliterait les arrivages de blé à destination de l'Italie. Pour garantir l'exécution de ces engagements réciproques, on déposa l'original du traité dans le temple des Vestales^; les trois chefs se traitèrent tour à tour', afin de donner une preuve publique de leur réconciliation * ; enfin la fille do Sex. Pompée fut fiancée à M. Claudius Marcellus, fils d'Octavie, par conséquent neveu d'Octave ot beau-fils d'Antoine.
«} Cf., Cic, PhiL, 13, 5, 12.
^} App., b. c, 5, 73. Dio C, i8, 37.
') App., b. c, 5, 73. Dio C, 48, 38. Plut.,^ln^, 32. Flor., 4, 8, 4. Aur. Vict., Vir. ilL, 84.
') App.yb. c, 5. 73. Dio C. 48,38.
Antoine et Octave s'empressèrent d'exécuter les conditions du traité qui les concernaient; on se rappelle qu'ils avaient dressé la liste dos candidats au consulat pour huit années; ils la modifièrent pour les quatre dernières : en 34, les consuls présentés * seraient L. Scribonius Libo et Antoine ; en 33, Sex. Pompée et Octave, en 32, C. Sosius et Cn. Domitius Ahenobarbus, mais Antoine et Octave se réservaient le consulat de 31 comme auparavant*. Malgré tout, le traité avait été signé sous Tinfluence de la crainte inspirée par l'opposition da peuple à Rome ; il était trop humiliant pour Octave et Antoine, il était donc facile de prévoir qu'il ne serait pas exécuté loyalement '. Dans les premiers temps, la paix parut rétablie dans tout l'empire ; Sex. Pompée retourna en Sicile, Antoine et Octave revinrent à Rome, où ils furent reçus au milieu des plus grands honneurs *. On vit revenir à Rome les personnes qui s'étaient réfugiées auprès de Sex. Pompée *, des proscrits en grand nombre qui se crurent autorisés à sortir de leur retraite par le traité de Misène *"' ; pour eux, le traité avait proclamé l'amnistie générale de toutes les victimes politiques*. Parmi ceux qui rentrèrent, nous pouvons citer L. Arruntius', M. Junius Silanus', Sentius Saturninus *^, M. Titius", M. TuUius Cicero fils *', Ti. Claudius Nero ". Quelques-uns cependant ne voulurent pas encore rentrer ; de ce nombre, fut L. jEmilius Paulus, frère de Lépide *\
Antoine ne resta pas longtemps à Rome, il alla se fixera Athènes avec Oclavie ; son premier acte fut d'abandonoer aux
•) App., 6. r., 5, 73.
«) Cf. I3io C, 50, 10.
3) DioC, 48, 45.
*) App., h. c.j 5, 74.
5) App., 6. c.,5, 74. Vell., 2, 77.
«) App., b, c, 4, 36, 41. 43. ii. 47.
") Cf. App.. h. c, 4, 37.
») Vell., 2, 77. App., b. c, 4, 4().
S) Vell., 2, 77.
•0) Vell., 2, 77. Cf. Val. Max., 7, 3, 9. App., b. c, 5, 52.
") Vell., 2,77. Cf. DioC, 48,30.
") App., b. c.y 4, 51.
*^) Vell.. 2, 77. Tac. Aim., 5, \. Suot.. T/6., 4.
'') App.,?>. r., 4.37.
IV, 29] DRlNDkS, MlSfeNE KT TARKNTE Co3
villes du PéloponQèso les sommes d'argent qu'elles devaient à rÉtat avant de livrer la province à Sex. Pompée *. Ce dernier considéra la mesure prise par Antoine comme une violation du traité ; aussi il se garda bien de mettre fin à la piraterie, et continua ses armements*. Octave se rendit en Gaule ' et en confia l'administration à M. Agrippa ^; au retour, il répudia Scribonia " avec l'intention d*épouser Livie , femme de Ti. Claudius Néroqui venait de rentrer à Rome. Les hostilités furent cependant ajournées pendant Tannée 39 ; cette annéelà, il y eut deux consuls suffecti* L. Cocceius Nerva et le jurisconsulte P. Alfénus Varus ' , probablement le même Alfénus Varus que celui dont nous avons parlé plus haut (page 63i); le 25 octobre, C. Asinius Pollio célébra son triomphe sur les Parthini dlllyrie \
En 38 , les deux consuls éponymes ® furent Appius rJaudius Pulcher, un des neveux *° du consul de 54, et C. Norbanus Flaccus **, qui s'était distingué à Philippes. En 38, Octave épousa Livie qui était enceinte, il lui fallut pour cela une autorisation des pontifes *'.
Ce fut Ménodore qui provoqua les hostilités; au moment où Sex. Pompée lui donnait Tordre de le rejoindre, il s'entendit avec Octave, et lui livra la Sardaigne avec l'armée et la flotte qu'il commandait". Sex. Pompée fit immédiatement attaquer les côtes de la Campanie ; Octave qui ne voulait pas supporter seul le poids de la guerre, demanda à Antoine et à Lépide de
•; Dio c, 48, 39. 46. App., b. c, Tj, 75-77. 80. Cf. Flor., \, 8, 5.
*) App., b. c, 5, 77. 80. DioC, 48, 45. Liv., e/p., 128.
3) App., b, c, 5, 75.
'*) App., b. o.,5, 9J. Dio C, iS, 49. Eutrop., 7, 5.
^) Dio C, 48,34. Suet., Aug., 62.
") G«»II., 7, 5. D/f/., 1, 2, 2, 44.
») I. L. A., p. 46i. 478. CF. Serv., ad Verg.y ecL, 4, 1.
»«) Cf. App., 6. c, 4, 44. 51.
") DioC, 47, 35. App., b. c. 4, 87. Plut., Brut. y :W.
»*) Dio C, 48, 44. 15. 52, Ve!l.., 2, 79. Suet., Awî/.,62.63. 69. Tib., 4. Clnii'l,, 1. Tjic, Afin.. 5, 1.
'') App., 6. c, 5, 78. Dio C, 48, 45. Suet., Awj,^ 74. Mon, Annyr.y 5, 34. Gros., 6, 18.
venir s'eïitendre avec lui à Brindos *. Lépide ne vint pas; Antoine, qui avait passé Thiver dans les orgies * à Athëneii avec Octavie, se rendit à Brindes, mais en repartit aussitôt sous prétexte qu'Oclave, retenu par les préparatifs de la campagne, n'était pas venu au rendez-vous au jour fixé ; iJ écrivit à Octave qu'il n'approuvait pas la déclaration de guerre et espérait voir respectés les engagements du traité de Misène*. La situation d'Octave était très critique ; à Rome, la levée des impôts avait provoqué de nouveaux troubles ; les magistrats se montraient incapables S les préteurs surlout, dont k' nombre avait été considérablement augmenté pour satisfaire les désirs de chacun ; on en avait nommé jusqu'à 67. M. Agrippa avait été retenu en Gaule et obligé de faire campagne \ Enfin la guerre contre Sex. Pompée, rendue plus difficile par l'attitude d'Antoine ®, ne fut marquée que par des revers ; les deux chefs, G. Galvisius Sabinus et Ménodore furent battus, leurs vaisseaux furent brisés; à la fin de la campagne, Octave ne pouvait plus compter sur sa flotte'. Il envoya Mécènes auprès d'Antoine, pour lui demander de le soutenir contre Sex. Pompée ; Antoine, qui avait résolu de se rendre en Syrie *, promit son appui , mais déclara qu'il ne pourrait veniren Italie que dans les premiers jours du printemps de 37*; sa présence en Italie à cette époque était d'ailleurs nécessaire, puisque le triumvirat prenait fin le 1" janvier 37. Octave finit par rappeler de Gaule M. Agrippa; Agrippa avait vaincu les Gaulois; il refusa les honneurs du triomphe; il fut nommé consul pour l'année 37, et dut exercer ses fonctions pendant toute l'année ; son collègue L. Caninius Gallus, fils du tribun
0 Dio C, 48, 46. App., 6. t.. 5, 78.
2) Dio C, 48, 39. App., 6. c, 5, 76. Plat., Anl., 33. Jos., Ant. JwL, li, 15. 5. B. Jud,, 1, 16, 4.
3) App., 6. c, 5, 79. 134. Dio C, 48, 46. *) Dio C, 48, 43. Cf. App., 6. c, 5, 92.
^) Dio C, 48, 49. App., 6. c, 5, 92. Tac, Ann., 12, 27. Eutr., 7,5. •"•) Dio C, 48, 46.
") App., b. c, 5, 80-92. Dio C, 48, 46-48. Liv., ep., 128. Vell., 2,71). Suet., Aug., 16. 70. Gros., 6, 18.
«)Cf. DioC, 48, 46.
») App., 6. c, r», 92. Cf. 93. Dio C, 48, 54.
IV, 29' diunuks, misèxk et tahente 653
(le 06, fut remplacé dans le courant de Tannée * par un consul sulleclus, T. Statilius Taurus ^ Revenu en Ilalie, il s'occupa immédiatement avec beaucoup d'activité de construire une nouvelle flotte ; Agrippa couvrit rapidement de vaisseaux les lacs Averne et Lucrin près du cap Misène % et, quand laflotle fut suffisamment exercée, Octave reprit courage ; il comprit qu'il pourrait vaincre Sex. Pompée* sans le secours d'Antoine, qui différait toujours d'envoyer les troupes promises , et négociait secrètement avec Lépide.
Pendant les années 39 " et 38, P. Venlidius avait combattu au nom d'Antoine Labiénus et les Parthes ; il avait obtenu de grands succès et remporté une victoire définitive® le 9 juin, jour anniversaire de la défaite de Oassus \ Toutes les provinces menacées par les Parthes avaient été replacées sous l'autorité d'Antoine, quand ce dernier arriva en Syrie, vers le mois d'août 38 ^ ; jaloux de Ventidius, Antoine lui enleva son commandement et l'envoya à Rome ; autorisé par le sénat, Ventidius célébra son triomphe le 27 novembre 38 '. Antoine alla aussitôt assiéger Antiochus de Commagène " dans Samosate ** ; il s'empressa de lui offrir la paix ; les conditions furent moins avantageuses que celles qu'avait obtenues auparavant P. Ventidius " ; Antoine confia le gouvernement
*) Dio C, 49, il). Jos., Ani.Jud., 14, 10, 4. I. L. A., p. 440. 467.0rell., m.scr/p., 7181.
«) Cf. Cic, Fam., 12, 25, 1.
») Dio C, 48, 4U et seq. Vell., 2, 79. Suet., Awj., 10. FJor., 4, 8, 0. Cassioflor., p. 626 (Mommsen).
*) App., 6. c, y, 93.
••) Dio C, 48, 39-41. Plut. Ant., 33. Jos., Anl, Jud., 14, 14, 6 et seq. B. Jwd., 1, 15, 2 et seq. Liv., ep., 127.
^) Dio C, 49, 19. Plut. AnL, 34. Liv., ep., 128. Vell., 2, 78. Flor, 4, 9, 5 et seq. Front., Strat.. 1, i, 0. 2, 2, 5. 2, 5, 30. Cf. Jos., Ant. Jud., 14, 15, 7. B. Jud.y 1, 15, 6.
") Dio C, 49, 20. Kutrop., 7, 5. Gros., 6, 18.
») Dio C, 49, 21. Plut., Ant., 34.
^)I.L. A.,p. 461.478. Dio C, 49, 21.43, 51. Plut.,. A;i/., 34. Val. Max., t), 9, 9. Eutrop., 7, 5.
•») Cf. App., Mithr., 114. Cic, Fcim., 15, 1, 2. 15, 3, 1. 15, 4, 3.
") Dio C, 49, 22. Plut. Ant. , 34. Jos., AH^ Jud., 14, 15, 8. JB. Jud., 1, 16,7.
•2) Plut., Ant., 34. Gros., 0, 18.
des provinces de Syrie et de Cilicie â C. Sosius * et revint à Athènes ' en passant par TEgypte ' ; au commencement du printemps de 37, il se dirigea vers l'Italie accompagné de sa femme Octavie pour venir s'entendre avec Octave *.
Antoine arriva devant Brindcs avec 300 vaisseaux, pour aider Octave à soumettre Sex. Pompée ; il ne put débarquer àBrindes, et Octave, qui comptait beaucoup sur sa flotte alors en construction, déclara qu'il n'avait pas besoin du secours d'Antoine. Ce dernier invita Octave à se rendre à Tarente; Octave prétexta de graves occupations pour éviter le rendezvous ; on comprit aussitôt qu'il était décidé à se séparer d'Antoine. Mais ce dernier tenait absolument à s'entendre avec Octave : il lui fallait des troupes pour faire la guerre contre les Parthes, et il ne voulait pas différer les levées que le traité de Brindes l'avait autorisé à faire en Italie. Octavie s'interposa ; elle alla trouver son frère, et lui déclara que les négociations entre Antoine et Lépide n'avaient porté que sur une seule question, le mariage de la fille d'Antoine avec le fils de Lépide ^ Octave céda aux sollicitations de sa sœur, qu'une rupture entre les deux chefs du triumvirat aurait forcée à choisir entre son frère et son époux ; mais sa résolution fui surtout dictée par dos raisons militaires ; Agrippa, Mécènes el L. Cocceius lui avaient prouvé qu'il n'avait pas encore assezdo forces pour combattre à la fois Antoine et Sox. Pompée. Octave accepta donc une entrevue sur un point de la côte entre Tarente et Mélaponle *. Après la première rencontre, les négociations se firent à Tarente, elles aboutirent au traité qui porte le nom de traité de Tarente '.
Antoine et Octave se mirent d'accord sur les questions suivantes * : le traité de Misène était aboli, Sex. Pompée
M Dio C, ÎU, 22. Plut., Ant., 3i. -) Plut., Ant., 34.
^] .los., Ant. Jtid.y 1^1, 15, [).
'*) Dio C, 48, 54. iO, 22. Plut., An^, 3ô. ") Cf. App.,6. c, 5, 2.
«) App., 6. c, 5, 0:î. Plut., Aiit.y 35. Dio C, i8, 5i. Cf. Ho^.,5fl^, 1. ''• 27 et seq.
') App., b. c. 5, 04.
«) App., b. r., 5, 1)5. 134 et scq. Dio C. 48, 5i. ôO, 2G. Plut., Ant., ST».
IV, 29j BKINDES, MISÈNE ET TARENTE 657
perdait tous les avantages qu'il avait obtenus à ce moment : il ne serait pas consul, et il cesserait de faire partie du collège des Augures. Antoine promettait à Octave 120 vaisseaux de guerre pour terminer la guerre contre Sex. Pompée ; Octave de son côté remettait quatre légions à Antoine pour lui permettre do mener à bien la guerre contre les Parthes. Antoine et Octave ne voulurent pas supprimer complètement ce qui restait des institutions républicaines ^ tant que la paix générale ne serait pas assurée : ils convinrent de prolonger la durée du triumvirat jusqu'au 1" janvier 31 [ad pr. Kalendas jan. sextas) ^ et non, comme on l'a dit d'après Suétone, jusqu'au 1*' janvier 32 '. Pendant la dernière année Octave et Antoine seraient consuls, comme il en avait été convenu à Misènc et à Brindes. .Octave se chargea de faire légaliser le second triumvirat par une loi conforme à laloiTitia*. Mommsen a prétendu que le second triumvirat ne fut pas légal, nous n'avons aucune raison sérieuse de nous ranger à son opinion. Le principal argument de Mommsen est celui-ci : Octave n'avait pas de pouvoir légal en 32 ; l'argument tombe de lui-même, puisqu'il est établi que les pouvoirs d'Octave, en qualité de triumvir, devaient prendre fin le 31 décembre 32 et non le 31 décembre 33 '. A Tarente, on décida deux mariages qui devaient resserrer les liens des deux familles et garantir l'accord : la fille d'Octave, Julie, qui avait deux ans, fut promise au fils d'Antoine Antyllos ; la fille d'Antoine et d'Octavie, qui était aussi Agée de doux ans, devrait épouser le fils de Cn. Domitius Ahenobarbus ^ Octavie obtint encore que son frère donnerait
M Cf. Dio C, 48, 43.53. App., 6. c, 4, 41.
«) Cf. App., /%r., 28.
3) Suet., Aug., 27.
*) Cf. App., ///yr., 28; il a tort de contester l'inlervenlion du peuple, elle était dépure forme, mais cependant nécessaire, 6. c, 5, 95.
*) Il existe une monnaie d'or à Teffigie d'Octave qui est unique en son genre (voir Arch, Zeiiungy tome V, 1873, p. 76.) : Octave y est désigné en qualité de iterum triumvir, et en môme temps Agrippa comme consul designatus; elle doit être de Tannée 38; elle ne peut pas servir d'argument pour infirmer le fait bien établi que le triumvirat fut seulement sanctionné par une loi en 37.
•) Dio C, 48, 54. 51, 15. Cf. Suet., Ner., 5. Tac, Ann., 4, 44. Plut., Ant. ft7.
658 LA DISSOLUTION DE Lk RÉPUBLIQUE [IV, 29
à Antoine, à litre gracieux, 1,000 soldats d'élite, et Anloiae, de son côté, fit don à Octave d*ua certain nombre de vaisseau légers *.
Antoine retourna aussitôt en Grèce ; à Corcyre, il renvoya à Rome Oclavie avec ses enfants et ceux qu'il avait eus de Fulvie ; il ne voulait pas, disait-il, les exposer aux dangers d'une expédition contre les Parthes ; le véritable motif est qu'il voulait être absolument libre pour renouer ses relations avec Cléopâtre *.
1) App., 6. c, 5, 95. Plut., AfiLy 35.
») Dio C, 48, 5i. 49, 23. Plut., Ani., 35, App., 6. c, 5, 95. .