CHAPITRE CINQUIÈME
h s. TYRANNIE
Nous avons déjà signalé ce qu'avaient de contradictoire l'organisation artificielle de la royauté et l'organisation également artificielle du peuple romain desQuirites. Nous avons constaté qu'il y avait un champ ouvert aux efforts des rois, qui, bien entrepris dans l'intérêt de l'unité politique, concordaient avec l'intérêt personnel des souverains et devaient entraîner la transformation de la royauté en tyrannie. Nous avons vu aussi que l'enirée de la plèbe dans l'Etat romain favorisait ces tentatives en leur fournissant une occasion de se produire ou du moins en apportant au roi un renfort. Aussi dès le début la plèbe, par sa seule présence dans l'Etat, concourt à provoquer une évolution politique. Le premier terme en devait être la transformation de la royauté en tyrannie. Car la tyrannie, issue de la royauté ou constituée contre l'oligarchie, est à Rome, comme en Grèce, une transition naturelle vers une constitution plus libre ^ La présence de la tyrannie à Rome est d'ailleurs attestée par la tradition, aussi bien dans ses jugements sur l'époque royale '' que dans l'histoire des quatre derniers rois dont les actes montrent une tyrannie de plus en plus forte et nettement définie.
Ancus Marcius est arrivé au trône d'une manière légitime comme les trois premiers rois ; mais il n'est pas indifférent que la tradition en fasse un petit-fils de Numa ; comme il nV a entre les trois premiers rois nulle parenté, on peut dans ce fait trouver un symptôme d'hérédité contraire au principe de
') Polyb., 6, 3 et seq.
■) Polyb., 6, 4, 9. Dion., 6, 74. Cic, ik Rep. 2, 23 et seq.
la royauté éloclive. Il no faut pas oublier qu'Ancus, roi légitime, s'olï'orça, la tradition autorise cotte conjecture, de fixer la royauté dans sa famille. La tradition lui fait prendre Tarquin comme tuteur de ses fils' et ceux-ci ne pardonnent pas à Tarquin l'usurpation de « la royauté paternelle » ipairium ro(jiium) - ; déplus la tyrannie est toujours aimée du peuple, et Ancus, d'après la tradition, est essentiellement le bon Ancus ', c'est-à-dire bon pour la pb''bo. On signale ses efforts pour se rendre populaire*; si on lui attribuait également la prison [Carcei") du Capitole ^ qui date probablement de Tarquin, c'est qu'à l'image traditionnelle d'Ancus on ajoutait facilement des traits tyranniques.
Tarquin l'Ancien aussi arriva au trône par l'élection légitime"; mais, appuyé sur une popularité acquise dès le règne d'Ancus, et sur la confiance que lui témoignait son prédécesseur, il a reclierché lepouvoir par ambition. lise peut qu'il soit le premier roi de la tribu des Lucprei^, les précédents étant alternativement des Ramnes Qi àG?> Inities; ceci expliquerait du moins l'origine delà tradition qui en fait un étranger arrivé à régner à Rome, et, les Luceres étant considérés comme des Etrusques, un Étrusque. C'est encore un tyran modéré comme Ancus; la tradition ne signale dans son histoire aucune violence tyrannique, mais seulement un gouvernement plus énei'gique et des plans que^combattit l'augure sabin Attus Navius, représentant du principe conservateur de l'état patriarcaP.
La prédilection des tyrans grecs pour les constructions se retrouve chez Tarquin ; on lui attribue à lui ou à sa dynastie (la tradition hésite entre lui, Servius Tullius et Tarquin le Superbe), le travail grandiose des égouts [cloacœ), le grand
') Liv., i, 34.
2)Liv.,l,80, 4, 3
3) Eniiius., 3, d'ap. Fest., p. 301. Lucr., 3, 10, 23.
*) Virg.,.E?i., 6, 817.
«)Liv., 1, 33, 8.
^) Dion., 3. 46.
^) Liv., 1, 35.
^) Attus Navius, cf. Atlas Glausius personnifie les patres sabins, car Attd veuidlr&pater {Ves\..,ep. 12, 13) et Navius est un nom mvLhique. Cf. ficus Narius. (Fest., p. 109, Plin., n. h. 15, 18, 20, 77).