‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. LangeChapitre 15 sur 175 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

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Les événements d'Orient s'étaient compliqnés pendant la guerre sociale. En 101, Mithridate, nous l'avons vu, avait envoyé une ambassade à Rome; C. Marins, en 98, était allé étudier la situation sur place^ et plus tard M. .Emilius Scaurus était venu en Asie comme ambassadeur. Mithridate reprochait aux Romains d'avoir proclamé l'indépendance de la Phrygie, qui, d'après un traité signé par Rome avec son père, devait appartenir au royaume de Pont'. Pour se dédommager, Mithridate avait occupé la Cappadoce, mais Sylla avait rétabli Ariobarzane en 92. Mithridate répondit en chassant de nouveau Ariobarzane, et de plusNicomède de Bithynie \ Sur la demande de Nicomëde, le sénat envoya en 91' une ambassade dirigée par le consulaire M. Aquilius. Aquilius était chargé de rétablir les deux rois sur leurs trônes avec l'appui des troupes cantonnées dans la province et placées sous la direction du gouverneur, L. Cassius\ Aquilius et Cassius ne se contentèrent pas de reprendre la Bithynie et la Cappadoce, ils conseillèrent à Nicomède de faire une invasion sur le territoire appartenant à Mithridate ^ Ce dernier réclama auprès du sénat, le sénat écarta sa réclamation^, les ambassadeurs ne voulurent même pas l'entendre ' : alors il recommença la guerre enchâssant de

*} Justin. ,37, 1-4. 35, 1 et seq.

2) App., Mith., 10.

') Cie., de Or., 3, 61, 229.

*; App., Mith., 11. Justin., 38,3. cf. Uv.,ep., 74.

») App., Mith., 11. Dio C, fr., 99 B, Justin., 38, 5.

«) Dio C, fr., 99 13. Eutr., 5, 5.

'') App , Mith.. 12 el seq.

IV, 7j p. si'LPir.Tus rt;fiis. rnioMPHE du parti de maimtjs d3o

nouveau Ariobarzane do la Cappadoce (88) \ Aquilius et Cassius , sans attendre les ordres du sénat et du peuple , rassemblèrent en toute hâte une armée"; mais Mithridate les prévint, et battit Nicomède sur le fleuve Amnias^.

A ces nouvelles le sénat, qui avait sur les bras la guerre sociale, décida qu'une expédition serait dirigée contre Mithridate. Il n'y avait plus d'argent dans le trésor, on vendit des objets consacrés au culte ou déposés dans les temples. Un des consuls de 88 dut prendre la direction de la guerre, Sylla fut désigné par le sort''. Sylla avait alors cinquante ans'', il venait de se marier pour la quatrième fois avec Ca^cilia Metella, la fille de L. Metellus Dalmatiens, ou de L. Mctellus Diadematus, et veuve de M. yEmilius Scaurus'^; il n'avait pas encore terminé la guerre sociale, il combattait en Campanie, près de Nola. A ce moment, voulant profiter de son absence, G. Julius Csesar Strabo Vopiscus prépara sa candidature au consulat de 87, espérant que, comme successeur de Sylla, il serait chargé de la guerre d'Asie''. Mais Cœsar, qui avait été édile en 91, n'avait pas été préteur, donc sa candidature était illégale^ ; c'est ce que Jirent remarquer les tribuns P. Sulpicius Rufus et P. Anlistius^ Sulpicius était un jeune homme passionné; n'ayant pas réussi à faire condamner G. Norbanus, il avait résolu de se venger des nobles, et passé au peuple pour devenir tribun; cependant, en 91 il figurait encore dans le parti des optimates à coté de Livius ; pendant la guerre, il s'était distingué'"; dans la lutte engagée contre Gésar au sujet du consulat de 87, il se laissa facilement entraîner" aux voies défait; on les considère

ij App., Mith., 15. Liv., ep., 76. Ûros., 6, 2. Cf. Ci., Man., 3, 7.

2) App., Milh., 17.

3) App., Mith., 18. Liv., ep., 76. Strab., 12, 3, 40. Memnon apud Phot., p. 230 B (= Hist. Grœc. Fmgm. Vol. III. p. 541.)

*) App., Mith., 22. 6. c, 1, 55. Vell., 2, 18.

") Vell., 2, 17. Plut., Sull.,Cu

6) Ascon.,p. 18. 27.

-•) Ascon., p. 24. Diod.,37,2.

8) Ascon., p. 24. Cic, Har. Rcsp., 20, 43. Phil., 11, 5, 11.

9) Cic, Brut., 63, 226.

'«) Cic, Brut., 89, 304. Liv., ep., 70.

'<) Prise, p. 170. 261 H. Cic, Brut., 89, 306.

136 LA DISSOLUTION DE LA UÉPrBLIQUE llV, 7

généralemont comme le point de départ de la guerre civile dont Marins et Sylla furent les héros'.

Il est prouvé en eiïet que Sulpicius était l'instrument de C. Marius". Marius, honteux du rôle secondaire qu'il avait joué pendant la guerre sociale, irrité surtout contre Sylla% qui se servait toujours d'un sceau sur lequel il avait fait figurer la scène de la reddition de Jugurtha', Marius voulait de nouveau jouer un rôle actif, et prétendait que lui seul devait avoir la direction de la guerre contre Mithridate^ Pour cela il fallait fortifier son parti; Marius fit proposer par un tribun une loi, ut exiiies, quibiis ccmsam dicere non licuisset, revoccn^entur^. Il désignait sans doute par là ceux des chevaliers qui avaient été menacés de l'exil en 89 en vertu de la loi Varia interprétée dans un sens contraire à son esprit primitif. Sulpicius, quand cette loi fut proposée, était encore avec les optimates, il fit opposition ; mais peu après nous le voyons prendre la défense de Marius, et soutenir la même loi qu'il venait de combattre; il lui fallut s'expliquer. Il déclara que par bannis il entendait non ceux qui avaient été exilés, mais ceux qui avaient été chassés par violence, vi ejecti'. Pourquoi avait-il passé du côté de Marius? Marius avait dû lui assurer des avantages, il y eut un compromis, un traité politique entre ces deux hommes. Or, nous croyons que Marius lui confia la mission d'appliquer la loi qui accordait le droit de cité à tous les Italiens; Marius le décida à accorder ce droit sans restriction, comme le demandait déjà Livius Drusus; les chevaliers l'avaient combattu, Marius lui persuada que lui et les chevaliers n'arriveraient au pouvoir qu'à cette condition. Sulpicius dut se convaincre qu'il arriverait plus facilement à la réalisation des projets de Livius avec l'appui des partisans de Marius qu'avec le secours des optimates. Ces derniers d'ailleurs avaient sacrifié Livius, et,

') Ascon., p. 24.

2; Aop., h. c, 1, 55. Vell., 2, 18.

3) Plut.. Mar., 32. SulL, 6.

*) Plut.. S»//., 3. Mnr., 10. Plin., ?i. h., 37, 1, 4,8. Val. Max., 8, 14 4.

^) App., h. c, U 55. DioJ., 37, 2. 40. Vell., 2, 18. 6) Cornil'.; ad lier., 2, 28.

") Corn if., ad Her. , id.

IV, 7] p. SLLPICIUS RUFUS. TRIOMPHE DU PARTI DE MARIUS 137

s'ils avaient accordé le droit de cité, ils l'avaient fait avec des réserves, en posant des conditions qui rendaient illusoire le droit de suffrage.

Marius ne paraissait pas encore sur la scène ; il se livrait à des exercices gymnastiques au champ de Mars pour prouver qu'il était encore valide'. Sulpicius présenta trois projets de de loi; il attaquait ouvertement les optimales et s'appuyait sur les chevaliers et sur la plèhe.

Voici le premier : ut novi cives libertinique in omnes tribus distribuerentur-. Cette loi supprimait l'article de la loi Julia qui concernait le droit de suffrage des nouveaux citoyens, elle supprimait aussi les restrictions de la loi ^Emilia de 115 imposées aux affranchis; elle avait surtout pour but d'assurer les votes des affranchis et des nouveaux citoyens au tribun qui voulait reprendre les projets de Livius.

La seconde loi : ut vA ejectirevocarentur^^ était faite en faveur des chevaliers, nous l'avons dit plus haut.

D'après la troisième, tout sénateur qui aurait plus de deux mille deniers de dettes serait exclu du sénat ' ; Sulpicius se proposait alors de donner les places vacantes à des chevaliers.

Sylla revint à Rome pour combattre ces lois ; il s'entendit avec son collègue Q. Pompeius Rufus ; tribun en 100, préteur en 91, Q. Rufus avait toujours combattu les démag-ogues et les chevaliers, il s'était lié naguère avec Sulpicius quand ils soutenaient tous deux Livius Drusus". Sylla et Rufus fixèrent pour tous les jours de comices jusqu'à la fin de l'année des feriœ imperativœ^ . Sulpicius n'était pas homme à céder devant

') Plut., .)/«/•., 34. Diod., 37,39.

^) Liv., cjj., 77. App., b. c, i, 55. Ascon., p. 64.

3) Cornif., ad Her., 2, 28. Liv., ep., 77.

*) Plul., SulL, 8.

^) Cic, LœL, i, 2. Cf. de Or., 3, 3, 11.

^) App., b. c, 1, 55. Plut., Sidl., 8. Les feriœ imperativx sont des fêles extraordinaires, exceptionnelles, on les distingtie des fêtes mobiles {ferix conceptivœ), et des fêtes qui se célébraient à jours fixes (feriœ stativœ). Les magistrats revêtus de rimperium pouvaient seuls en établir, et encore avec l'approbation des pontifes. Elles ont été souvent imaginées, comme pour le cas présent, dans un but politique. Ces jonrs-là il était défendu de réunir les comices. (Varr., /. /., 6, 29. Gell., 10, 24, 3. Macr., Sat., i, 4,27. Cic, Fam.,8, tl, 1. Cf. Liv., 34, 55.) [N. D. T.]

138 LA DISSOLUTION DE L\ RÉPUIiLIoUE IV, 7

iiii pareil ol)slaclo. Il convoqua des assemblées tous les jours ', et prononça pour défendre ses lois de nombreux et éloquents discours. Sulpicius était un des orateurs les plus éloquents de la jeune génération'. Si les discours ne suffisaient pas, il était résolu à employer la violence : lui qui reprochait à son modèle Salurninus d'avoir manqué d'énergie, prit une garde personnelle de six cents chevaliers, qu'il appela Tantisénat, et arma trois mille hommes du peuple'; puis, entouré de cette force armée, il somma les consuls de retirer leur édit. On en vint aux mains, le fils de Q. Pompeius Rufus fut tué dans la mêlée, Q. Rufus s'enfuit, Sylla dut rapporter l'édit et supprimer les fériés \

Sylla regag-na son camp ; Sulpicius fit passer ses trois lois; aussitôt après il déposa" un nouveau projet en faveur de C. Marins : ut Sullœ imperium abrogaretur, C. Mario privato proconsule provincin Afiia Pt hélium decernerptur Mithridaticuni^.

Afin d'en assurer le succès, Sulpicius et Marins envoyèrent deux tribuns des soldats dans le camp de Sylla pour gagner les soldats à la cause de Marius; les soldats égorgèrent les deux tribuns'; tous les officiers supérieurs, à l'exception d'un questeur, abandonnèrent Sylla, mais les officiers d'ordre inférieurs et les soldats s'unirent pour demander que leur chef — Sylla était pour eux un dieu — les conduisît à Rome ^. Les partisans de Sylla chassés de Rome vinrent se réfugier dans le camp. Sylla, sans tenir compte des supplications du sénat qui lui envoya des ambassadeurs, marcha sur Rome avec six légions, entra dans la ville avec son armée — c'était la pre-

') Cic, Brut., 89, 306.

ï) Cic, Brut., 49, 183. 55, 203. de Or., 1, 29, 131. 2. 21, 83. 3, 8, 31. Ilar. hesp.y 19, 41.

') Plut.. Mar., 35. S»//., 8. App., h. c , i. .56.

i) App., b. c, 1, 56. Plut., Mar., 35. Siill.. 8. Liv.. ./).. 77. Ve!l . 2, 18.

^) App., b. c, 1, 55. 56.

«) Vell., 2, 18. Liv., ep., 77. Val. Max., 0. 7. .1///., 1. Flor., 3, 21, 6. Aur. Vict,, Mr. W., 67. 75. Schol. Gronov.. p. ilo. Exuper., 3. Plut., 3/ar., 34. 35. S»7/., 8.

') Plut., SuU., 8. Mar., 35. Val. Max.. 0. 7. MU., 1. Cf. Gros., 5, 19.

8) App., b. c, 1,57.

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