‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. LangeChapitre 44 sur 175 · LA CONFÉRKNXE DE LUCQUKS , LE SECOND CONSULAT DR POMPÉE ET DE CRASSUS · texte numérisé non relu

LA CONFÉRKNXE DE LUCQUKS , LE SECOND CONSULAT DR POMPÉE ET DE CRASSUS

La silualion de César par rapport à Pompée et à Crassus s'était dessinée, elle était beaucoup plus nette qu'à Tépoque du consulat. Après le départ de Cicéron pour l'exil, il s'était rendu en toute hâte dans sa province', et avait déployé un génie militaire que n'avait guère fait pressentir son ancienne campag-no de Lusitanie'. Prenant la défense des tribus g-auloises alliées de Rome, il avait chassé de la Gaule les Helvètes et le roi g-ermanique Arioviste\ L'année suivante, en 57^ il avait combattu les tribus belges du nord-est de la Gaule ; il venait de remporter sur les Nerviens une éclatante et décisive victoire'.

Ces succès étaient si brillants que, peu après le retour de Cicéron', le sénat vota en l'honneur de César des actions de grâces qui devaient durer lo jours; jamais on n'avait accorde des actions de grâces aussi longues, pas même en l'honneur de Pompée*'. César avait à Rome, dans le sénat, des ennemis personnels qui poussaient la haine jusqu'à désirer sa mort' ;

') Caes., B. G., 1,6. 7. Plut.. Caes., 14. 17.

-) Plut., Cws , 15 et seq. Vell., 2, 46. Suet,, Cœs., 25. Flor., 3, 10. Eutr., 6, 17.

3) Cœs., B. G., 1, 7-5i. Liv., ep., 103. 104. Oros., 6,7. Front., Strat., 1, 11, 3. 2, 1, 16. Dio C, 38, 31-50. Plut., Cœs., 18. 19. App., Celt., 1. 15-17. Zon., 10, 6.

*) Caes,, B. G., 2, 1-35. Liv.,. ep., 104. Oros., 6, 7. Dio C, 39, 1-4. Plut., Cœs., 20. App.,Ce/^, 1. Cic, Prov. cons., 13, 33.

5) Cic, Prov. cons., 11, 26. Balb., 27,61. Cf. Cic, Fam., 1, 9, 14.

«) Cces., B. G ,2, 35. Cic, Prov. cons., 10, 25 et seq. Pis., 25, 59. 19, 45. Balb., 27, 61. Suet., Caes., 24. Dio C, 39, 5. Plut. Cœs., 21.

■) Caes.,B. G., i, 44.

362 LA DISSOLUTION DELA RÉPUBLÎQrE [IV, 16

mais pendant l'hiver de 58-57, qu'il avait passé dans la Gaule cisalpine*, il avait su exciter le zèle de ses partisans, en leur rendant des services pécuniaires, en prenant sous sa protection ceux qui voulaient bien se donner à lui*. Ce fut bien pis encore pendant l'hiver de 57-56; il vint d'abord en Illyrie\ puis dans la Gaule cisalpine, séjourna àAqiiilée*. à Ravenne^ et enfin à Lucques, A Ravenne il avait vu Crassus; Crassus s'était plaint de Pompée et de Cicéron ®, avec qui il ne s'était réconcilié que pour la formel A Lucques, il reçut 200 sénateurs, et un grand nombre de magistrats; on vit à Lucques jusqu'à 120 faisceaux %• parmi ces magistrats se trouvaient Q. Métellus Népos^, qui allait prendre le gouvernement de l'Espagne, l'ancien préteur Appius Claudius'", qui allait en Sardaig-ne. enfin Pompée; il était parti de Rome le 11 avril, donc peu de temps après le vote du sénatus-consulle de agro campano; le prétexte de son voyage était d'aller en Sardaigne où l'appelaient ses fonctions de directeur de l'annone, il faisait un simple détour pour venir passer à Lucques ".

La conférence fut secrète, mais elle eut un résultat immédiat : devant César Pompée et Crassus se réconcilièrent, on forma un nouveau plan de politique générale. César avait intérêt à ce que son plus dangereux adversaire, L. Domilius Ahenobarbus, n'arrivât pas au consulat*-, car son premier acte eût été de classer les deux provinces de Gaule parmi les provinces prétoriennes pour 54, et de les enlever à César; il fut alors décidé que Pompée et Crassus prendraient le consulat pour Tannée 55. Pompée espérait reconquérir par le consulat son

2) Plut., Cœs., 20. Zon., 10, 6. Suet., Cxs., 23.

3) Caes., B. G., 2, 35. 3, 7.

^) Cic, Vat., 16, 38. Schol. Rob., p. 325.

6) Cic, Fam., l, 9, 9.

^) Cic, Fam., 1, 9, 9.

■') Plut., C(c.,33. Crass., 13. Cf. Dio C, 39, \0.

8) Plut., Cœs., 21. Pomp., 51. App., fc. c. 2. 17. Zon.. 10, 6.

p) Cf. Cic, Fam., 5, 3. Dio C, 39, 54.

^0) Cf. Cic, ad Q.fr., 2,6, 6.

") Cic, ad Q. fr , 2, 6, 2. Fam., 1, 9, 9

*2) Suet., Cxs., 24.

ancien prestige' ; Crassus espérait se faire donner une province qui lui permettrait de faire briller ses talents militaires éclipsés par ceux de Pompée et surtout par ceux de César. César s'engagea à assurer leur élection en donnant de nombreux congés à ses soldats au commencement de l'hiver; les comices devraient être retardés jusqu'à cette époque; de leur côté Pompée et Crassus devraient faire en sorte pendant leur consulat que les provinces de César lui fussent conservées pour cinq nouvelles années-; Crassus avait encore pour mission de ramener Clodius sous la main de Pompée^, et Pompée devait rappeler à Cicéron* les engagements qu'il avait pris envers César par l'intermédiaire de son frère Quintus avant son retour de TexiP.

A Rome la lutte continuait entre Cicéron et Clodius. Peu de temps après l'acquittement de Sex. Clodius"^ mais avant le Il avril, puisque ce jour-là Cicéron était parti pour un voyage", le grand orateur présenta la défense de M. Cselius Rufus ; c'était au moment des grands jeux**. Rufus avait été accusé de violence en vertu de la loi Plautia% à l'instigation de Clodius et de sa sœur, la trop célèbre veuve de Q. Métellus Celer, pour des motifs personnels; le principal prétexte avait été fourni par l'alFaire des députés alexandrins'% Rufus fut cité devant le tribunal extraordinaire du préteur Cn. Domitius Calvinus*', qui avait été organisé sur la demande de M. yEmilius Scaurus. En défendant son client (Crassus aussi le défendit) '', Cicéron ne manqua pas de lancer

') Cf. Dio C, 39, 24-26. Dio G. ne mentionne pas la conférence de Lucques.

2j Plut., Ca?s., 2-4. Pomp., 51. Crass., 14. Cat. min., 41. App., b. c, 2. 17.

') Cf. Cic, Har. resp., 24, 5\.Mil., 8, 21. 29, 79. 32, 88.

*) Cic , adQ. fr., 2, 6, 2. Fam., 1, 9, 9.

^) Cic, Fam,, 1,9,9. 1, 9, 12. Cï.adQ. fr.,2.3, l.Prov. cons., 18,43.

«) Cic, CœL, 32, 78.

') Cic, ad. Q. fr., 2, 71 . Cf. 2, 6, 2,

») Cic, Cœl., 1, 1.

3) Cic, Cœl, i, 29,70.

'») Cic, CœL, 10, 23.

") Cic, Cœl., 13, 32. Cf. ad Q. fr., 2, 3, 6.

'2) Cic, Cxi, 8, 18. 10, 23.

364 LA DISSOLUÏEON DE LA RÉPUBLIQUE [IV, i6

de cruelles injures à Clodius et à sa sœur'. Clodius , qui venait de présider les grands jeux en qualité d'édile, et qui avait provoqué des désordres en y admettant des esclaves-, se vengea de Cicéron, en utilisant contre lui une déclaration que venaient de faire les aruspices au sujet de certains prodiges; la déclaration était tout aristocratique, Clodius s'en servit quand même. Les aruspices avaient déclaré que les dieux étaient particulièrement irrités contre Rome, parce que Ton avait profané des lieux sacrés [loca sacraf. Dans une assemblée Clodius interpréta la réponse des aruspices ; ils avaient fait allusion à la reconstruction de la maison de Cicéron^; en qualité d'édile Clodius avait la surveillance des lieux sacrés, son interprétation prenait donc un caractère officiel. Cicéron revint le 6 mai'^ pour défendre Milon devant le peuple dans le cas où Clodius maintiendrait son accusation, mais elle fut abandonnée ; il saisit l'occasion d'une délibération sur certaines exigences des publicains pour attaquer de nouveau Clodius avec violence. Clodius menaça Cicéron d'un procès pareil à celui qu'il avait dirigé contre Milon [diei dictioY\ le lendemain quand les consuls eurent fait leur rapport sur la déclaration des aruspices — ne pas confondre avec le rapport de locis sacris ' — Cicéron prononça le discours de haruspicum respoiiso^ ; il s'efforça de prouver que les dieux avaient plutôt à venger les impiétés dont Clodius et ses partisans s'étaient rendus coupables ^ Clodius ne fut guère ébranlé par ces paroles ; sans tenir compte des décrets répétés par lesquels le sénat défendait de toucher à la maison de Cicéron'", encouragé par sa réconciliation avec Pompée",

') Cic, Cœl., 11, 27. 13 et seq. 32, 78.

-) Cic, Har. resp.. H, 22 et seq.

^) Cic, Har. resp., 5, 8 et seq.

*) Cic, Har. resp., 5, 9. DioC.,39, 70.

S) Cic, ad Q. fr.,2,7, I.

<>) Cic, Haï', resp., 4, 7.

') Cic, Har. resp., 5, 10. 6, 11.

«) Cic, Har. resp., 1, 1. 4, 7. Cf. Ascon., p. 69. 70.

«) Cic, Har. resp.. 11,22. 14, 30 et seq. 16, 34 et seq. 17,37 et seq.

'0) Cic, Har. resp., S, 15.

") Cic, Har. resp., 24, 51.

IV, 16] LA CONFÉRENCli DE LUCQUES 365

Clodius vint de nouveau essayer de démolir les nouvelles conslruction ; Milou le repoussa \

Quand Cicéron prononça son discours sur les aruspices , il n'avait encore rien reçu ^ de son frère Quintus, chargé "par Pompée de lui rappeler ses engagements à l'égard de César ^; pendant son voyage du 11 avril au 6 mai il avait la plus haute idée de sa situation personnelle dans l'État* ; ce fut alors qu'il écrivit sa fameuse lettre à l'historien L. Lucceius^ pour le prier de célébrer ses hauts faits et ses souffrances"^. Quintus ne lui avait pas encore écrit. Mais le 15 mai on remarque que Cicéron a reçu l'avertissement dont il avait été question à Lucques''; ce jour-là on devait discuter — Cicéron l'avait luimême demandé — la question de l'ager campanus ; or Cicéron se retira à Antium et fut heureux d'apprendre que la discussion avait été abandonnée*. Nous le voyons ensuite faire du zèle^ : il contribua pour sa part à faire voter par le sénat deux résolutions en faveur de César : on lui accordait 10 lieutenants, ce qui ne se faisait jamais que pour les généraux chargés de fonder une nouvelle province ; le trésor se chargeait de payer la solde'" de quatre légions, que César avait levées de sa propre autorité en grande partie chez les Transpadans de droit latin^'. La conduite des sénateurs prêtait à rire : ils rendaient à César aux frais du trésor l'argent qu'il leur avait distribué pour les acheter'-. Il était du reste assez naturel que l'État payât lui-même les frais de l'entreprise qui allait lui donner le coup de mort. César marchait droit en avant; les aruspices l'avaient prédit : les divisions des opti-

-) Cf. Cic, Har. resp., 24, 52.

■•*) Cic, Fam., 1, 9, 9.

^) Cf. Cic. Har, resp., 8, 17.

") Cic, Fam., 5, 12.

6) Cf. Cic, ad Q. fr., 2, 6, 2. ad AU., 4, 6, 4. 4, 9, 2. 4, 11, 2. ') Cic, Fam., 1, 9, 10.

») Cic, ad Q., fr., 2, 8, 1. 2.

9) Cf. Cic.,Fa/n , 1, 7, 7. 1, 9, 10. Ait., 4, 5.

'») Cic, Prov. cons,, 11, 28. Fam,, 1, 7, 10. Balh,, 27, 01. Dio C. 39,25.

''-) Plut., Cœs., 21.

mates devaient amener la chute de la république et la tyrannie d'un dictateur*.

Les optimales regrettaient amèrement les avantages nouveaux accordés à César; ils résolurent de préparer sa chute quand ou discuta les provinces qui seraient données aux consuls non encore élus de 53 -. Cicéron prononça à ce sujet son discours de provinciis considaribus après les ides de mai^ ou plutôt au commencement de juin; la discussion dut être présidée par Philippus\ et Philippus n'eut les faisceaux qu'en juin, Marcellinus les ayant eus en janvier. On comprit alors l'importance de la loi Vatinia qui avait donné à César la Gaule cisalpine jusqu'au 1*^ mars oi. On pouvait lui enlever la Gaule narbonnaise, province qui lui avait été donnée en plus par le sénat; mais un consulaire ne pouvait pas prendre possession de la Narbonnaise tant que César resterait maître de la Cisalpine et qu'il l'occuperait avec ses légions; quant à la Cisalpine on ne pouvait la lui enlever qu'au l^'' mars 54; le consul de 53 à qui elle serait donnée se trouverait sans province pendant les deux mois de janvier etfévrier% ce qui était contraire à la loi Cornélia. P. Servilius Vatia Isauricus proposa de donner aux consuls de 53'' les provinces de Macédoine et de Syrie qui seraient retirées à Gabinius et à Piso ; en défendant cette proposition, raisonnable d'ailleurs, Cicéron ne fut pas encore soupçonné d'avoir des préférences pour César \ on crut qu'il se vengeait de ses ennemis Gabinius et Piso. Ces deux personnages s'étaient du reste tellement compromis ^ qu'il avait déjà été question en 57 de donner leurs provinces aux consuls de 56*; Gabinius avait demandé ensuite des actions de grâce en son honneur, on les avait refusés le

') Cic, Rar. resp., 19, 40. 25, 54. 27, 60. 2) Cic, Prov. C071S., 2, 3. 7, 17. 15, 36. ■'') Cic , Prov. cons.,6, 14. 7, 15. Cf. avec ad Q. fr., 2, 8, 1. *) Cic, Prov. cons., 9,21.

^) C'ic, Prov. cons., 15, 36.

'^) Cic, Prov. cons., 1, 1.

') Cic, Prov. cons., 8, 18 et seq. 17, 40 et seq.

«) Cic, Prov. cons., 2, 4 et seq. 4, 9 et seq. Pis., 16, 37. 17, 41. Scsi., 33, 71. 43, 93.

9j Cic, Prov. cons., 6, 13.

15 mai 56'; Piso n'avait même pas osé demander un pareil honneur". Cicéron appuya donc la proposition de Servilius; il ajouta même que pour enlever de suite les provinces à leurs gouverneurs actuels, il serait préférable de classer les deux provinces parmi les provinces prétoriennes ^ Le résultat de la discussion fut que César conserva ses provinces'*, la Macédoine devint province prétorienne", et dès 55 on lui donna un nouveau gouverneur Q. Ancharius^ qui remplaça Piso; la Syrie '' et probablement l'Espagne ultérieure furent réservées pour les consuls de 55.

L'époque des comices consulaires approchait, ils devaient avoir lieu en juillet; ni Pompée ni Crassus n'avaient encore posé leur candidature ^ Leur intention était de faire renvoyer les comices à la fin de l'année; le tribun C. Porcins Caton" se chargea de Tatlaire ; en avril il avait déclaré que si Marcel linus ne voulait pas cesser son opposition, il empêcherait la tenue des comices jusqu'à la fin de l'année '°. Or Caton n'était pas un ami de Pompée, ce fut donc Crassus qui le décida à poursuivre sa campagne pour retarder la tenue des comices. Caton rendait d'autant plus volontiers ce service qu'il avait été joué parMilon, le défenseur des optimales; Milon lui avait acheté des gladiateurs, et les avait fait revendre en public par le tribun L. Racilius comme provenant de la maison de Csiloni/atni/ia catoniana)^\ Un autre tribun soutint Caton, le tribun M. Nonius Sufenas'^

Cicéron et Clodius continuaient à se quereller. Pour s'indemniser des dégâts causés dans sa maison, Cicéron fit saisir

') Cic, ProD. coiis., 6, 14. adQ. fr., 2, 8, 1. Pis., 19, 45. Phil., 14, 5, 24.

2) Cic, Prov. cons., 10, 25. Pis., 16, 38. 19, 44.

3) Cic, Prov. cons., 7, 17.

') Cic, Fam., i, 7, 10. Bulb., 27, 61.

'") Cic, Pis., 36, 88. Ascon., p. 1. 2.

«j Cic, Fam., 13,40.

^) Cic, Pis., 36, 88.

«) Dio C, 39, 27.

») Dio C, 39, 27. Uv.,ep., 105.

'") Cic, adQ. fr.,2, 6,6.

") Cic, adQ. fr., 2,6, 5.

'2) Cic, AU., 4, 15, 4.

sur le Capilole avec l'appui do quelques tribuns et do Milon les tables d'airain sur lesquelles était gravée la loi Clodia de exilio Ciceronis*. Clodius aidé de son frère alors préteur, C. Claudius Pulcher, fit reprendre les tables-, et les exposa dans le vestibule de sa maison". Cicéron s'en saisit de nouveau et les fit placer dans sa maison*. Cicéron se plaignit ensuite de ce que son nom gravé sur un édifice public qu'il avait cédé par contrat sur la proposition du sénat pendant son consulat avait été remplacé par celui de Clodius % Toutes ces affaires furent portées au sénat, qui ne prit parti ni pour l'im ni pour l'autre; au mois de mai de l'année suivante"', on lisait encore le nom de Clodius sur l'édifice conslruit par Cicéron. Le sénat ne décidait rien et avec raison, tous deux demandaient des choses impossibles : Cicéron voulait que le tribunat de Clodius et tous ses actes fussent déclarés illégaux et annulés ; Clodius ripostait en disant que la loi d'exil contre Cicéron avait été votée régulièrement, tandis que le décret de rappel était illégal'. Un tel débat importait peu; il témoignait seulement de l'étroitesse de vues de ceux qui avaient cru pouvoir diriger le char de l'État sans l'intervention de César et de Pompée. M. Caton, qui venait de rentrer, prit, contre Fattente générale, la défense de Clodius, inspiré probablement aussi par une raison mesquine d'amour-propre : si l'on déclarait illégal le tribunat de Clodius, on pourrait aussi annuler tout ce qu'il avait fait àCypre et àByzance^

Caton ne fut pas payé de retour par Clodius. Il s'était bien acquitté de ses missions à Byzance'* et à Cypre". Au moment où il arrangeait les affaires de Cypre, la mort de Ptolémée

') Plut., Cat. mm., 40. Cic, 34. Dio C, 39, 21. Plut, emploie le motSiATot, Dion le mot (7xr,Xat, ils sont synonymes. Cf. Jos., Ant. jud., 14,

10, 2 £v oklzM ■/a).x9;.

2) Dio C.,'39, 21.

3) Schol. Bob.,p. 345.

*) Dio C, 39, 21. Cf. Cic. de aer. al. Mil., 3, 1.

") Cic, Fam., 1, 9, 15. Har. resp , 27, 58.

«) Cic, ad Q. fr., 2,9, 2.

■) Dio C, 39, 21. Plut., Cic, 34. Caf. min., 40.

8) Dio C, 39, 22. Plut., Cic, 34. Cat. min., 40.

'") Plut., Cat. 'îiin., 35 et seq. Dio C, 39, 22.

IV, 16 i LA CONFÉRENCE DE LUCQUES 369

élail arrivée à point'. Caton confisqua ses biens; frugal et modeste ^ il le fit avec la plus grande intégrité ^ nous en avons une preuve dans le mécontentement de ses compagnons *. L'île de Cypre fut réunie à la province de Cilicie"; l'argent, environ 7,000 talents, et les esclaves très nombreux furent envoyés à Rome^ Clodius qui avait rédigé la loi Clodia sur l'ile de Cypre, eut la prétention de leur faire donner le surnom de Clodiani; Caton qui avait refusé de les laisser désigner sous le nom de Porcii ou Porciani , demanda qu'on les appelât simplement Cypriotes, Cyprii '. Clodius fut très mécontent, il oublia que Caton l'avait défendu contre Cicéron, il essaya d'empêcher l'approbation des actes de Caton. Il essaya même d'attaquer l'honnêteté de Caton en lui demandant des comptes : il savait pourtant que Caton était dans l'impossibilité de fournir le détail de ses comptes ; les docu- »ments avaient péri pendant la traversée, détruits les uns par un naufrage, les autres par un incendie ^

Le sénat témoigna beaucoup d'égards à M. Caton; on le reçut avec pompe % et le sénat décida qu'ayant rempli les fonctions de questeur avec les pouvoirs de préteur, Caton conserverait les insignes de la préture : aux jeux, il prendrait place parmi les anciens préteurs et porterait la robe prétexte. Caton déclina ces honneurs , il préférait les mériter en se faisant nommer préteur, de cette manière il respecterait les usages'".

') Plut , Cat min., 3G. Dio C, 39, 22. Slralî., li, G, G. Vell., 2,45. Flor., 3, 9. Amm. Marcell., 14, 8, i5.

2) Dio C, 39, 22. Val. Max., 4, 3, 2. Aur. Vict., Vir. ilL, 80. î) Cf. Plin., n. h., 29, 4, 30, 96.

4) Plut., Cat. min., 36 Brut., 3.

3) Cic, Fam., 1, 7, 4. 6, 2, 9. 13, 48. Cf. Strab , 14, G, 6. Vell., 2, 36. 38.

8) Dio C.,39, 23. Plut., Cat. min., 38. 45. Sen., Cont., 10, p. 301 Bu.

9) Plut,, Cat. min., 39. Val. Max., 8, 15, 10, Vell., 2, 45.

10) Cf. Plut., Cat. min., 39. Dio C, 39, 22. 23. Val. Max., 4, 1, 14; tous ces auteurs se trompent en parlant d'une dispense offerte à Caton et refusée par lui; il n'en avait pas besoin, puisqu'il se présenta immédiatement comme candidat à la préture pour 55.

370 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIOL'E fV, 16

Tous ces honueurs rendus à Calon étaient encore une protestation du sénat contre les triumvirs. Il faut rapprocher de ce fait l'acte d'accusation qui fut dirigée' à l'automne de cette année par un habitant de Gadès - contre L. Cornélius Balbus en vertu de la loi Papia^; Balbus était un favori de Pompée* et de César, on lui reprochait d'avoir reçu illégalement le titre de citoyen romain. Or c'était Pompée qui lui avait conféré le litre ^, pendant qu'il faisait sa campagne d'Espagne; et Pompée avait le droit de le faire en vertu de la loi Gellia Cornélia^ Pour faire plaisir à Pompée', Cicéron n'hésita pas à défendre un homme qui était l'agent de César*; Pompée'', Crassus se présentèrent aussi pour le défendre"; d'ailleurs le point de droit sur lequel on s'appuyait pour lui contester son litre de citoyen**, était sans valeur : on s'appuyait sur le traité signé avec Gadès par L. Marcius, et renouvelé en 78 par Calulus et Lépidus. Cicéron profita de* l'occasion pour couvrir de fleurs César*- et Pompée*^; c'était pour lui un moyen de se venger de la manière dont Caton s'était conduit à son égard**.

Toutes ces attaques n'étaient pour les triumvirs que des piqûres d'aiguilles, et n'empêchaient pas les événements de suivre leur cours. Les comices étaient toujours différés; Crassus et Pompée n'avaient pas encore posé leur candidature, et Clodius, dans l'intérêt de Pompée, continuait à injurier le sénat '^ En octobre, malgré l'opposition de Caton, le sénat

') C'ic, Balb., 26, 59.

'-) Cic, Balb., 10, 25.

3) Cf. Cic, Balb., 23. 52. Pour la loi Papia, voyez plus liaul page 249

*) Cic, A<^, 9, 13,8.

^) Cic, Balb., 3, 6. Balbus élail né à Gadès.

«) Cic.,Ba/6.,8, 19. 14,32.

") Cic, Balb., 2, 4. 7, 17.

») Cic, Balb , 28, 63. Cf. AU., 2, 3, 3. Suet., Cxs ,81.

») Cic, Balb., 1,2.

■0) Cic, Balb., 7, 17. 22, 50.

"j Cic, Balb., 15, 34.

'-) Cic,B(7/6.,27.

»3j Cic, Balb., 4.

»*) PJut., Cic, 34. Cat. min., 40.

1^; Dio C, 39, 29.

résolut de prendre le deuil; le consul Marcellinus réunit une assemblée à laquelle les sénateurs se rendirent en deuil; le consul parla contre l'influence de Pompée, montra qu'elle était contraire aux institutions républicaines, mais il n'obtint pas le résultat espéré, qui était d'exciter le peuple contre Pompée '. Dans une séance du sénat, Marcellinus interrogea directement Pompée et Crassus, et leur demanda s'il était vrai qu'ils voulaient se faire nommer consuls. Obligé de répondre. Pompée déclara qu'il pourrait arriver qu'il se présentât, non pas dans un but d'intérêt personnel, mais dans l'intérêt de TÉtat pour contenir l'anarcliie ". La déclaration de Pompée bouleversa les sénateurs; ils refusèrent d'assister aux jeux de la Victoire, aux jeux plébéiens et au festin de Jupiter qui eut lieu vers le milieu de novembre; jusqu'à la fin de l'année, ils ne s'occupèrent plus des affaires de l'Etait Les nouveaux tribuns entrés en fonclion le 10 décembre ne purent rien changer à cet état de choses; du reste, ils étaient tous du parti des triumvirs, exceptés C. Ateius Capito et P. Aquilius Gallus qui tenaient pour les optimales '.

Au commencement de oo, il n'y eut pas de consuls, l'interrègne paraît avoir duré assez longtemps. Enfin Pompée et Crassus se présentèrent comme candidats. L. Domitius Ahenobarbus, poussé par Caton, se présenta aussi; le jour du vote il se rendit au champ f'e mars avant le jour; on égorgea son porte-flambeau, Caton fut blessé à ses côtés; elfrayé, Domitius rentra chez lui. Pompée et Crassus, n'ayant plus de concurrent, furent élus par les soldats de César qu'avait amenés le fils de Crassus'. Les consuls firent procéder à l'élection des censeurs qui aurait dû avoir lieu en 06, puis à celle des autres magistrats. On sait que les censeurs étaient déjà en fonctions en avrils les préteurs n'avaient pas encore

') Dio (:.,39, 28. Val. Max., 6, 2, 6. -) Dio G., 39, 30. Plut., Pomp., 51. Crass., 15. ') Dio C, 39, 30.

') Dio C, 39, 32.

") Dio C, .39, 31. Plut., Crass., 15. Syncr.Nic. et Crass., 2. Fomp., 52. Cat. min., 41. App., h. e.,2, 17. Cf. Vell., 2, 46. Cic, AU., 4, 8B, 2. «) de, Alt., 4, 9, 1. 4, 11, 2.

été élus le 13 mai\ Cicéroii avait d'aborJ songé à se présenter à la censure^ puis il y renonça; les censeurs élus furent M. Yalérius Messala Niger, qui avait été consul en 61, et le vieux P. Sorvilius Vatia Isauricus^ Galon fut candidat à la préture, il déploya un grand zèle, comprenant que, sans titre, il ne pourrait exercer aucune influence; les consuls le combattirent*. Ils soutinrent, au contraire, P. Vatinius, qui avait échoué comme candidat àTédilité; en 56, violant laloiTullia de Ambitu, il avait donné des jeux de gladiateurs, pour se rendre le peuple favorable et obtenir la préture ^ La même année Vatinius avait été poursuivi pour brigue par G. Licinius Galvus, et acquitté; afin d'empêcher une accusation de ce genre, les consuls firent décider par le sénat, sur la proposition de L. Afranius, que les nouveaux préteurs entreraient en fonction dès leur élection. Le sénat vota^, malgré les efforts de Topposilion; celle-ci voulait qu'il y eût un intervalle de soixante jours entre l'élection et la prise de possession de la magistrature, pour permettre de déposer des accusations de brigue ^ On passa outre ; Gicéron combattit Vatinius et soutint Oaton'. La décision du sénat permit aux consuls d'employer tous les moyens de pression; Caton eût cependant été élu; Pompée interrompit l'élection en disant qu'il avait entendu un coup de tonnerre; on recommença un des jours suivants, et Vatinius fut élu*, et probablement aussi T. Annius Milo" et P. Sestius. Les élections des édiles curules furent aussi irrégulières.

Il y eut des combats , dont Pompée sortit les vêtements couverts de sang; les consuls réussirent encore à faire passer

•) Cic, adlj. fr., 2,9, 3.

2) Cic, AU., 4, 2, 6.

3) Val. Max., 8, 5, 6. 9, 14, 5. IMiii , n. h., 7, 10, 12, 55, I. L. A., p. 179.

*) Dio C, 39, 32. Plut., Cat. min., 42.

») Cic, Sest., 64, 133. Vat., 15, 37, Schol. Bob., p. 309.

6) Cic, ad Q. fr,, 2, 9, 3. Plut., Cat. min., 42,

■') Cic, Frtm., 1, 9, 19.

8) Plut., Cat. min., 42. Pomp., 52. Liv. , ep., 105. Val. Max., 7, 5, 6.

9) Cic, Mil., 25, 68.

IV, I6j LA CONFÉRENCE DE LUCQUES 373

leurs créatures'; il semble |que C. Messins dut être parmi les élus^

On s'occupa ensuite d'exécuter les engagements pris à Lucques. L'année précédente, le sénat avait décidé que les consuls de S5 auraient la province de Syrie et probablement l'Espagne ultérieure. Le tribun C. Trebonius, qui pendant sa questure de 58 avait défendu le sénat^, proposa en conséquence de donner la Syrie à Crassus; Pompée aurait^ comme il le désirait', les deux Espagnes — Q. Métellus Népos '* avait échoué dans l'administration de l'Espagne cilérieure''; — ses pouvoirs dureraient cinq ans depuis le jour où la loi serait votée jusqu'au jour correspondant de l'année 50, ou plutôt depuis le {"janvier 55 jusqu'au dernier jour de décembre 51 ; il aurait aussi le droit de guerre contrairement aux dispositions de la loi Julia repetundarum ^ La proposition do Trebonius futcombattue avec une énergie extrême par M. Caton, que soutinrent M. Favonius et les tribuns C Ateius Capito et M. Aquilius Gallus ; mais l'opposition fut inutile, les partisans des consuls employèrent la violence, et la proposition fut convertie en loi par un vote populaire ^

Les consuls eux-mêmes, non plus Trebonius % se chargèrent de demander que les pouvoirs de César, dans les deux Gaules et en Illyrie, fussent renouvelés pour cinq années *", non pas pour trois''. La loi Pompeia Licinia demandait plus pour César qu'on n'attendait '" ; elle fut non pas

') Dio C, 39, 32. Plut , Tomp., 53. Cf. App., h. c, 2, 17. Val. Max., 4, (5, /i.

2) Cf. Val. Max., 2, 10, 8. Gœs., B. Afr., 33.

3) Cic.,F«m., 15, 21,2. Cf. Att., 1, 8, 2.

4) Cic, Att., 4, 9, 1.

^) Plut., Cœs , 21.

•■■) Dio C 39, 54.

') Dio C, 39, 33. Plut , Cat. min., 43. Cniss., 15. Pomp., 52. App., b. c, 2, 18. Liv., cp., 105. Vell., 2, 46.

8) DioC ,39, 34. Plut., Cat. min.. 43. Crass., io. Syncr. Nie. et Crass., 2. Liv., pp., 105.

9) Plut., Pomp., 52.

'") Ca?s., B. G., 8, 53. Cic, Phil., 2, 10, 24. Ait., 8, 3, 3. Vell., 2, 46. Suet., Cœs , 2'i. App., h. c, 2, 18. Plut., Crass., 15. ") Dio C, 39, 33. Cf. 44, 43.

'-) Cic, Prov. cous., 16,39.

374 I-A IJISSOLLIION DE LA RÉPUBLIQUE i lY^ 16

voléo *, mais proposée -, le mémo jour où l'on vola la rogalion Trebonia. Caton ne fit pas d'opposition formelle ; il se contenta. Cicéron fit comme lui % d'avertir Pompée en particulier des conséquences que pouvait avoir une pareille proposition*. En vertu de la loi Yalinia, les pouvoirs de César ne prenaient fin que le 1" mars o4 ^ ; ils étaient donc prorogés jusqu'au 1" mars 49, et en fait pour toute Tannée 49. Zumpt a prétendu que la loi Licinia Pompeia fut votée le 13 novembre, que, par conséquent, les pouvoirs de César devaient prendre fin le 13 novembre oO %• la théorie de Zumpt ne peut être admise, parce que, le 13 novembre oo, Crassus avait quitté Rome', et, déplus, le 13 étant le jour des ides, l'assemblée du peuple n"a pu se réunir ce jour-là.

Il est inutile d'insister pour montrer que la conduite suivie par Pompée et Crassus pour arriver au consulat, la manière dont ils se parlagèreni pour cinq ans les plus importantes provinces de l'empire, étaient contraires aux principes essentiels de la constitution républicaine, elles en étaient même la négation *. Ils essayèrent cependant de fortifier les magistratures républicaines en opérant une réforme judiciaire ; sans doute, ils se souciaient peu des grands intérêts de la république, mais les triumvirs avaient un intérêt personnel à maintenir dans l'état républicain une vie artificielle ; aucun n'était disposé à laisser l'un d'entre eux prendre en main la dictature, et aucun n'était assez puissant pour se passer des autres. D'ailleurs la réforme judiciaire qu'ils proposaient n'était pas une réforme essentielle et générale de la justice, ils ne visaient que des points de détail.

Pompée avait songé à faire une nouvelle loi somptuaire, il V renonça sur le conseil de Q. Hortensius ^ ; il renonça aussi

') Dio C, 39, 36.

-) Cf. Dio C, 39, 33

3) Cic, PhiL, 2, 10, 24. Cf. Att., 7, O, 2. 8,

S Plut., Cat. ?nm., 43.

») Cic, Prov. cons., 15, 37.

') Cic, Fam., 8, 11, 3.

") Cic, AU., 4, 13, 2.

») Cf. Cic, fam.,i, 8. 3 et seq.

8) Dio C, 39, 37,

au projet de rendre plus sévère la Joi sur les concussions après quelques pourparlers au sénat ; son intention avait été de permettre aux juges d'atteindre ceux qui n'étaient pas sénateurs dans les procès de ce genre '■. Par sa loi de parricidio, il modifia, en les rendant plus sévères, les dispositions de la loi Cornelia de sicariis et venefîcis^ Mais la plus importante des lois do Pompée fut la loi Pompeia judiciaria. Pompée avait repris les principes de la loi Aurélia Judiciaria, qu'il avait déjà défendue pendant son premier consulat ; conservant les trois décuries de juges admises par cette loi, il rendait plus sévères les conditions exigées des sénateurs, des chevaliers et des tribuns du trésor pour être inscrits sur l'album des juges; de plus, il imposait au préteur urbain chargé de dresser l'album, et aux questeurs qui l'assistaient, des règles au moyen desquelles on pouvait empêcher Tarbitrairo ^

Crassus se chargea d'empêcher la brigue par une nouvelle loi '' ; il visa surtout le genre de brigue qu'avait favorisé la loi Claudia en autorisant les collèges et les associations [sodalitates). Le sénat avait déjà décidé, en 56, que les associations formées dans les décuries devaient se dissoudre, les opposants devaient être poursuivis en vertu de la loi Plauliade vi ; il faut admettre comme probable que la loi Licmia de sodaliciis, soumise aux délibérations du sénat % établissait des peines plus sévères "^ en même temps pour les candidats et pour leurs agents, que la loi actuellement existante sur la brigue ; cette loi était la loi (Acilia) Calpurnia, aggravée par la loi Tullia. La loi de Crassus rendait plus difficile l'acquittement du citoyen poursuivi pour avoir fait partie d'une association [crimeii sodalicii)\ en effet, elle lui enlevait le droit de récuser un juge sur deux [rejectio alternorum jiidicimi)'', elle lui imposait un jury composé de juges appelés

') Cic, Rab. PosL, 6, 13.

-) Dig., 48,9. Paul., Sent., 5, 24. Cf. Dig., 1, 2, 2, 32.

3) Ascon,, p. 16. Cic, Pis., 39, 94. Phil., 1, 8, 20. Sali., de Rep. ord. , 2,3.7,12.

4) Cf. Dio C, 39, 37.

-) Cic, Plane, 15, 37. 18,44.

R) Dio C, 39, 37.

■) Cic, Plane, 15, 36. Schol. Bob., p. 261.

judicps editicii. Pondanl le consulat do Cicéron, Ser. Sulpicius Rufiis avait demandé une réforme du même genre ' ; Grassus la reprenait et demandait que l'accusateur fût autorisé k désigner dans quatre tribus, qu'il choisirait lui-même, par conséquent dans des tribus hostiles à l'accusé^ un nombre déterminé de personnes qui constitueraient le tribunal ; il n'aurait pas à rechercher si ces personnes étaient ou non inscrites sur l'album des juges-; l'accusé n'avait le droit de récuser que les juges d'une seule des quatre tribus^; le tribunal ne pouvait même pas l'autoriser à récuser par exception, quelques-uns des juges des autres tribus '. On a prétendu que Grassus, outre cette loi % présenta encore une loi Licinia de Ambitu; il est vrai que les sources emploient le pluriel leges °, mais l'hypothèse n'est pas fondée.

Pompée et Grassus avaient en main tous les moyens d'étouffer l'opposition; l'opposition cependant ne restait pas muette. Quand les censeurs M. Yalérius Messalla et P. Servilius Isauricus firent la revision du sénat, — ils y étaient tenus en vertu de la loi Glodia ', — le vieux Hclvius Mancia poursuivit devant eux L. Scribonius Libo, un favori de Pompée*; Helvius était déjà un accusateur en renom avant la guerre civile^ ; Pompée lui répondit qu'il venait sans doute de l'autre monde pour lui reprocher les exécutions qu'il avait fait faire à l'époque des guerres de Sylla '°. Les censeurs durent acquitter Libo; nous savons peu de chose, d'ailleurs, des actes de cette censure; nous apprenons seulement qu'ils firent réparer les rives du fleuve**, endommagées par une inonda-

•) Cic, Mur., 23, 47.

2) Cic, P/a;ic., 16, 40. 17, 41.

3) Cic, Plane, 15, 36 et seq. Schol. Bob., p. 253. 261. *) Cic.,P/a/ic., 16, 40. Schol. Bob., p. 262.

S) Cf. Cic, Fam., 8, 2, 1. Schol. Bob., p. 322. «) Cic, Plane, 20, 49. 18, 4t.

■') Cf. Cic, Alt,, 4, 16, 14. Dans ce passage, il faut corriger C'»''//rt par Clodia

«) Cic , ¥àm., 1, 1, 3.

9) Cic. de Or.. 2, 63, 266. Quint., 6, 3, 38. Plin., n h., .35, 4, 8, 25.

10) Val. Max. ,6, 2, 8.

lion en octobre 54'. La cérémonie du lustre n'avait pas encore eu lieu en juillet 54'.

L'opposition se manifesta par un autre procès; l'ancien tribun L. Caninius Gallus, si entièrement dévoué à Pompée, fut poursuivi pour actes de violence; par égard pour Pompée, Cicéron se chargea de la défense \ Plus Cicéron était humilié de l'état de dépendance dans lequel il se trouvait, plus il désirait exhaler sa colère contre L. Calpurnius Piso ; il eut l'occasion de le faire avant de présenter la défense de Gallus, dont le procès fut plaidé à l'époque où eurent lieu les jeux de Pompée. Piso était revenu de Macédoine vers la fin de l'été '•; les sénateurs n'allèrent pas le saluer à son retour % et cependant il osa, dans une discussion du sénat où l'on parlait encore du rappel de Cicéron, insulter le grand orateur ". Dans son discours contre Piso, Cicéron évita avec soin tout ce qui aurait pu déplaire à César et à Pompée ^; Piso répliqua par écrit, mais Cicéron ne répondit pas*^; il abandonna ^ même, par considération pour César, un projet d'accusation contre Piso '".

Peu après eurent lieu les jeux célébrés à l'occasion de la consécration du théâtre élevé par Pompée " ; c'était le premier Ihéàlre de Rome construit en pierre; dans ces fêtes, Pompée lâcha dans l'arène oOO lions et 18 éléphants'-.

Les élections aux magistratures curules pour l'année suivante durent être faites en octobre. Les triumvirs firent échouer au consulat AI. Yalérius Messala, qui déplaisait à

») Dio G., 39, 61. Cic. ad (J. fr. 3, 7, 1.

2) Cic , AU., 4, 16, 14.

3) Cic, Fam., 7, 1, 4.

*) Cic, Fis.. 40, 97. Cf. 23, 55 35, 86.

2) Cic, Pis., 22, 53.

^) Cic, Pis., 9, 18, 14, 31. 23, 55. 29, 72. 31, 75, Ascon., p. 2. ') Cf. Cic, Pis., 1, 3. 12, 27. 25, .59. 30, 73. 32, 79. 33, 81. «) Cic, uclQ. /■/■,, 3, 1, 4, M.

3) Cic, Pis., .33, 82.

1") Cic, p. red. ad Quir., 9, 21.

") Cic, Pis., 27, 65. Ascon., p, 5.

'■') Dio C, 39, 38. Plut.. Pomp., 52. 40. Cic, Fam., 7. 1, 3. Off..2, 16, 57. Ascon,, p, 1. 2. 15. Plin., n. h., 8, 7, 7, 20 et seq. Cf. Vell., 2, 48. Tac Ann., 14, 20, Gell., 10, 1, 7.

378 LA DISSOUTION DK LA RÉPUBLIOIK flV. 16

Pompéo* ; Messala avait été préleur en 61 ou une des années suivantes-. Ils ne purent empêcher réleclion de L. Domitius Ahenobarbus, mais eurent la satisfaction de lui donner pour collègue Appius Claudius. Les élections de préteur ne furent un succès ni pour les triumvirs, ni pour les optimales; nous trouvons parmi les élus M. Porcius Gato ^, et son émule', P. Servilius Vatialsauricus, le fils du censeur; nous trouvons aussi Ser. Sulpicius Galba % lieutenant de Gésar, et G. Alfius Flavus, favori du même Gésar. Grassus présida les comices pour la nomination des édiles; l'élection ne réussit pas du premier coup^; les élus furent' G. Plautius, partisan décidé de Pompée, et Gn. Plancius, tribun de 06, qui depuis était revenu à des idées modérées *.

Ges résultats encourag-èrent les tribuns G. Ateius Gapito et P. Aquilius Gallus à faire opposition aux consuls * au sujet des armements qu'ils faisaient pour leurs provinces, surtout Grassus, que Gésar pressait d'aller combattre les Parthes '". Ils obtinrent un résultat vers le milieu de décembre *', Grassus prit les auspices sur le Gapitole; G. Ateius Gapito lança contre lui des imprécations solennelles; ensuite Grassus quitta Rome *-.

') Cic, Att., 4, 9, 1.

'-, Cic, SulL, 14, 42.

M Plut., Cat. min., 44.

*) Cic, AU., 2, 1,10. adQ. fr., 2, 3, 2. ») Cœs., B. G., 3, 1 eL seq. Dio C, 39, 5. '') C\c., Plane, 20. 49. 22, 53.

■) Cic, Plane, 22, 53.

^• Cic, ad Q. fr., 2, 1, 3. Plane, 10, 26. 11, 28. '••) Dio C, 39, 39.

'0) Plut., Crass., 16.

") Cic, AU., 4, 13, 2.

'2) DioC. 39, 39. Plut., Crass., 16. Pomp., 52. App., b. c, 2, 18. Cic. de Div.. 1, 16, 29. Vell., 2, 46. Flor., 3, 11, 3.

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