C. Cato et L. Caninius avait promis de ne faire aucune
') Cio., Fain., I, 1, 3.
2) Cic, Fam., 1, 2, 1.
') Cic, ad Q. fr. 2, 2, 3. Cf. Fam., 1, 5 B. 1. 1, 7, 4. Dio C , 39, 15,
i) Cic, Fam., 1, 2, 2. Cf. 1, 1, 3.
5) Cic, Fam., 1,2, 4.
6) Cic, Fam. y 1,4, 1. ad Q. fr., 2, 2, 3. Dio C, 39, 16.
356 LA DISSOLUTION DE L\ RÉPUBLIQUE [IV, lo
proposition au peuple avant les comices'; aussitôt après, au commencement de février,, ils proposèrent la rogalion Porcin, et la rogalion Caninia. La première demandait que Lentulus fût privé de tout commandement^; la seconde chargeait Pompée de rétablir Ptolémée avec deux licteurs, c'est-à-dire dans un appareil pacifique ^ En avril, les deux propositions n'étaient pas encore votées; Marcellinus refusait de convoquer les comices aux jours où ces assemblées pouvaient se réunir*, et L. Racilius le soutenait dans son opposition". L'affaire fut reportée au sénat par L. Caninius ; le sénat décida simplement que personne ne serait chargé de rétablir Ptolémée; mais cette résolution n'eut pas encore de caractère légal parce qu'il y eut intercession ^ Rien ne pouvait être décidé tant que le peuple n'aurait pas manifesté sa volonté'. En mai, Cicéron fit connaître à Lentulus l'avis de Pompée ; il lui donna le conseil d'aller à Alexandrie en vertu du sénatus-consulte qui n'avait pas été rapporté', de maintenir l'ordre dans Alexandrie au moyen de la force armée, et de rétablir ensuite Ptolémée sans se servir de l'armée. Mais Lentulus fut assez avisé pour considérer l'adoption du premier article de la proposition Bibulus comme une condamnation de l'ancien sénatusconsulte ■'.
Pompée avait pu se convaincre pendant les discussions de janvier qu'il avait peu de sympathie dans le sénat'"; il apprit bientôt que sa réputation était aussi fort compromise auprès du peuple. Clodius était à peine édile qu'il accusa Milon devant le peuple pour actes de violence''. Cette forme d'accusation
') Cic, Fam., 1, 4, 1.
2) Cic, ad Q. fr., 2, 3, 1. 4. Fam,, 1, 5 A, 2. 1, 5 B, 2. Cf. Sest., 69, 144. Schol. Bob., p. 313.
3) Cic., ad Q. fr., 2, 2, 3. Plut., Fump. 49, Cf. Cic, Fam., 1, T, 3: ad Q. fr., 2, 6, 5.
*) Cic, adQ. fr., 2,6,4.
5) Cic, Faiïi., 1, 7, 2. ad Q. fr., 2, 6, 5. Plane, 32, 77.
6) Cic, Fam., 1, 7, 4. Cf. PJut., Pomp., 49.
7) Dio C.,39, 55. 56.
8) Cic, Fam., 1, 7, 4.
9) Cic, Pis., 31, 50.
»"j Cf. Cic, ad Q. fr., 2, 6,5.
1') Dio C'.,39, 18. Cic, Sest., 44, 95. Vat., 17, 41. Schol. Bob., p. 288.
IV^ IS] LES COMMENCEMENTS DE l'aXARCH[E 3o7 .
était surannée^; elle amena des scènes scandaleuses pendant les trois journées qui furent choisies par Clodius pour l'enquête publique ; on craignait que le peuple ne voulût pas recevoir l'accusation, alors C. Cato prépara un décret en vertu duquel j\Iilon serait jugé par un tribunal extraordinaire ^ Le premier jour de l'enquête, le 2 février, Clodius dut attaquer tous ceux qui avaient coopéré au retour de Cicéron, surtout Q. Métellus Népos^; M. Clodius Marcellus prit la défense de Milon qui s'était présenté accompagné de Pompée* ; P. Valinius déposa comme témoin contre Milon ^ On reprit l'enquête le 6 février; dans l'intervalle Clodius avait déployé une grande activité au sénat pour empêcher le partag-e des attributions entre les questeurs et le partage des provinces entre les préteurs" ; il avait même gag'né un tribun qui fit opposition quand on voulut approuver la loi curiate pour les préteurs \ Le 6 février, Pompée prit la parole pour défendre Milon; il fut continuellement interrompu, insulté, et put à peine finir son discours, Clodius se leva ensuite; les partisans de Milon voulurent l'empêcher de parler; mais il réussit à jeter au peuple des questions pleines de haine comme celles-ci : Qui fait mourir le peuple de faim? Qui désire aller à Alexandrie? Et le peuple répondit, Pompée, Pompée! Ce jour-là il y eut un véritable combat entre les partisans de Clodius et ceux de Milon ^ Les 8 et 9 février le sénat se réunit; on discuta, en présence de Pompée, les incidents qui venaient de se produire, et on conclut que les faits du 6 février portaient at-
') A.U dernier siècle avant J.-C, nous ne voyons jamais les édiles produire d'accusation devant le peuple ; les procès qu'ils auraient pu faire, relevaient alors delà procédure civile, ou on les jugeait au moyen de tribunaux extraordinaires. Clodius employa l'ancienne formule de la diei clictio, et fit faire l'enquête {anquircre pour amb-quirere) contradictoire selon la coutume ancienne. [N. D. T.]
2) Cic, ad Q. fr., 2, 3, 4.
*) Cic, adQ. fr., 2, 3, 1.
3) Cic, Vat., 17, 40. Scliol. Bob., p. 324.
«) Cic, adQ. fr., 2, 3, 1.
7) Dio C, 39, 19. Cf. Har. resp,, 26, 55.
8) Cic, ad Q. fr., 2, 3, 2. Fam., 1,5, 1. Mil., 15, 40. 25, C8. Ascon., p. 49. DioC, 39, 19. Plut., Pomp., 48. Cf. Cic Sest., 49, 104.
358 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [IV. lo
teinte aux intérèls de l'Élat; pendant les débats C. Caton dirigea contre Pompée des insinuations significatives*; après la séance Pompée fit part de ses impressions à Cicéron : il était persuadé que Fauteur jle ces attaques devait être Crassus; pour se défendre il allait faire venir des handes dévouées du Picenum et de la Gaule*. Le 10 février Pompée prit l'offensive et fit adopter par le sénat une résolution énergique : les associations formées par Clodius seraient dissoutes; ceux qui feraient opposition seraient poursuivis en vertu de la loi Plautia de vi^ Le troisièrne jour de l'enquête, le 17 février, se passa sans incidente Clodius fixa le jour où le peuple rendrait son jugement, il avait choisi le 7 mai' , un jour faste; en vertu de sa loi Clodia, le peuple pouvait ce jour-là rendre la justice. Les deux rog-ations Porcia de Milone et de Lenlulo furent écartées par Marcellinus et L. Racilius\
Pompée s'étonnait avec raison de voir sa popularité diminuer; depuis le mois de décembre il travaillait avec la plus grande activité à assurer les approvisionnements'. Il avait envoyé ses lieutenants (parmi eux nous trouvons Q. Cicéron^) dans toutes les provinces de l'empire; il fit lui-même de nombreux voyages ; il dressa avec beaucoup de soins la liste de ceux qui devaient recevoir du blé gratuitement^ Le travail avait été rendu plus difficile par Sex. Clodius; pendant qu'il était chargé de l'annone, Clodius avait fait incendier les^Edes nympharum où étail déposée la liste des pauvres ; Clodius avait agi ainsi pour avoir l'occasion de dresser une nouvelle liste, plus étendue que l'ancienne*".
Pompée fut profondément affecté devoir le peuple s'éloigner de lui et le sénat lui déclarer la guerre ; tous ces coups lui
') Cic, ad Q. fr., 2, 3, 3. Fam., 1,5, 1.
2) Cic, adQ. fr., 2, 3, 4.
3) Cic., adQ. fr., 2, 3, 5.
*) Cic, adQ. fr., 2, 3, 2.
") Cic, ad Q. fr., 2, 7.
«) Cic, ad Q. fr., 2, 6, 4 et seq.
■) Plut., Pomp. 50. Zon., 10, 5. App., b. c, 2, 18.
8) Cic, Scaur., 2, 39. ad Q. fr., 2, 2, 1. 2, 6, 2. Vam.. 1, 9, 9.
9) DioC, 39, 24.
'«) Cic, CœL, 32, 78. Mil., 27, 73. Pnrad.,i, 2, 31.
IV, 15] LES COMMENCEMENTS DE l'aNARCDIE 359
venaient de Crassus'. 11 comprit qu'il ne pouvait compter sur personne, pas même sur Cicéron. Aussi, sur les conseils de Vatinius et de Clodius, M. Tullius Alhinovanus attaqua P, Sestius le 10 février, en vertu de la loi Plautia de vi'. Le lendemain Cicéron défendit L. Calpurnius Bestia accusé d'avoir employé la brigue pour arriver à la préture^; il profita de l'occasion pour faire une allusion bienveillante à Taffaire de Sestius\ Quand le procès de Sestius arriva en mars au tribunal du préteur M. J^milius Scaurus', Hortensius, Crassus etc. Licinius Calvus, fils de C. Licinius Macer, parlèrent en sa faveur''; puis Cicéron prononça son fameux pro Sesiio, où s'étale son orgueil. Dans ce discours ce qui déplut à Pompée, ce ne fut pas la défense de Sestius, puisque Pompée était venu témoigner en faveur de l'accusé''; ce ne fut pas non plus la manière dont Cicéron parla de son exil et de son retour; ce qui blessa Pompée, ce fut l'accusaiion lancée contre Yalinius au moment de l'interrogatoire, contre Vatinius qui avait tant travaillé pour faire voter Ips lois Julise et faire approuver les actes de Pompée ^
Sestius fut acquitté le 11 ou le 14 mars à l'unanimité '; un pareil succès donna tant de confiance au parti sénatorial qu'il osa reparler du partage de l'ager companus. Au mois de décembre de l'année précédente le tribun P. Rutilius Lupus avait soulevé la question au sénat, et en avait profité pour attaquer C^ésar et Pompée; mais il n'avait rien proposé, et Marcellinus, alors consul désigné, avait déclaré qu'il n'était pas convenable de délibérer sur ce sujet en l'absence de Pompée". Le 5 avril il fallut compter à Pompée 40 millions de sesterces pour les dépenses deTannone ; à ce sujet on rappela la perte qu'avait
') Cic, adQ. fr., 2, 3, 4. Cf., 2, 6, 5.
2) Cic, ad Q. fr., 2, 3, 5. Vat., 1, 3. 17, 41. Scliol. Bob., p. 292.
3^ Cic, CaeL, 11, 26. Fhil, 11, 5, 11.
'*) Cic, ad Q. fr., 2, 3, 6.
^) Cic, Sest., 47, 101. 54, 116.
G) Cic, Sest., 2, 3. Schol, Bob., p. 292. Cf. Cic, adQ. fr., 2, 4, 1,
'') Cic, Fam.. 1, 9, 7.
8) Cic, ad Q. fr., 2, 4, 1. Fam., 1, 9, 7.
9) Cic.,r<d Q. fr., 2,4, 1.
<0 Cic, adQ. fr., 2, 1, 1.
360 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [IV, do
subie le trésor par suite de raliénalion de l'ager campanus' ; sur la demande de Cicéron, on mit la question à l'ordre du jour du 13 mai, on devait la traiter à fond". On attaquait donc un des actes de o9 qui tenait le plus au cœur de Pompée, parce que ses soldats avaient trouvé là une riche récompense ; il se décida à mettre à exécution un projet formé depuis longtemps : avoir une entrevue avec César pour discuter avec lui les questions générales de la politique romaine. Le moment n'était pas trop favorable pour Pompée; au moment où il marchait d'accord avec le sénat, il avait laissé entrevoir le dépit que lui causaient les victoires de César, et même avait laissé comprendre qu'il serait heureux de le voir remplacé'; en ce moment même Pompée était brouillé de plus en plus avec le sénat ; le sénat lui donnait une nouvelle preuve de ses dispositions en acquittant Sex. Clodius ; Milon l'avait poursuivi pour actes de violence et la culpabilité n'était pas douteuse^ Brouillé avec Crassus, Pompée comprit qu'il ne pouvait plus tenir tète à l'anarchie. A ce moment, d'ailleurs. César était l'objet dérogations qui ne nous sont pas connues; Cicéron les qualifie de monstrueuses [monstraY, Marcellinus les fit écarter comme il avait fait de celles de C. Porcins Cato.
') Cic, adQ. fr., 2,5, 1.
2) Cic, Faw., 1, 9, 8.
3) Dio C , 39, 15.
*) Cic, ad Q. fr.,2, 6, G. Cxi, 32, 78. S) Cic, ad Q. fr., 2, 6, 5.