‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. LangeChapitre 53 sur 175 · IV, 211 LE PASSAGE A LA MONARCHIE · texte numérisé non relu

IV, 211 LE PASSAGE A LA MONARCHIE

maître de la ville, et gagna l'Italie méridionale. Milo avait groupé autour de lui des gladiateurs et des bergers, en prétendant qu'il en avait reçu Tordre de Pompée, et avait voulu donner l'assaut à la forteresse de Compsa chez les Hirpins; il fut pris par le préteur Q. Pédius qui était venu à sa rencontre avec des troupes nombreuses. Cœlius fut tué à Thurii par des cavaliers de Tarmée de César, au moment où il essayait de les corrompre \

Quand on connut à Rome la victoire de Pharsale, sur laquelle César n'envoya pas de rapport officiel -, le peuple renversa les statues de Pompée et de Sylla, qui se trouvaient aux rostres '\ Quand on apprit la mort de Pompée, quand on n'eut plus aucun doute sur la victoire complète de César, vers le milieu d'octobre, le sénat et le peuple commencèrent à voter des résolutions en faveur de César \ On lui donna le droit de punir les Pompéiens comme il l'entendrait, de faire la guerre, de signer des traités de paix sans avoir à demander l'avis ni l'approbation du peuple et du sénat; on l'autorisa à triompher du roi Juba % qu'il allait certainement attaquer; on lui accorda le droit de se présenter au consulat pendant cinq années consécutives, de désigner au peuple les personnes qu'il fallait élire aux différentes magistratures ; on excepta cependant le tribunal et l'édilité plébéienne; on supprima la loi Pompeia deprovinciis, et César put disposer des provinces prétoriennes, sans avoir à les faire tirer au sort ; on lui reconnut le privilège pour sa vie durant de prendre place sur le siège des tribuns, et de jouir de tous les privilèges accordés aux tribuns ; il pouvait aussi user de l'intercession dans les comices tenus par les tribuns pour l'élection des tribuns et des édiles plébéiens ^ Il fut encore décidé que César serait nommé dictateur; ce fut le consul Servilius qui lui donna ce titre '.

') CcES., b. c, 3, 21. Dio C, 42, 24. Liv., ep., 111. Vell., 2, 68. Plin., n, h., 2, 56, 57, 147. Oros., 6, 15. Hieron., ad Eus, c/iron., p. 137. (Schône.)

2) Cic, PhiL, 14, 8, 23.

') Dio G., 42, 19.

^) Cf. Dio C, 43, 14.

«) Dio C, 42, 20. Cf. 44, 4.

•) Dio C, 42, 20.

La seconde diclature de César ne devait avoir rien de commun avec la dictature ordinaire; elle ne lui fut pas donnée, comme le. pensent les historiens grecs \ pour une année seulement; elle se prolongea jusqu'à la fin de l'année 46 ". Elle ressemblait à celle qu'avait exercée Sylla : elle n'était pas soumise à des conditions de temps, c'était une 6?/c/rt^?/7'« rei puhlicee constitueîulœ .

Après Pharsale, César donna le g-ouvernement de l'Achaïe à Q. Fufius Calenus ^; il avait été son lieutenant en Gaule ', s'était rallié à son parti dès le début de la guerre civile % l'avait suivi en Espagne*"', et avait rendu d'importants services pendant la lutte contre Pompée ^ L'Asie et les provinces voisines furent données à Cn, Domitius Calvinus ^ qui avait commandé en chef, en Macédoine, avant l'arrivée de César " ; à la bataille de Pharsale, il avait dirig'é les opérations du centre de l'armée césarienne ^\ C. Vibius Pansa fut désigné pour le gouvernement de la Bithynie à l'expiration de sa préture. Césai';, en poursuivant Pompée, s'arrêta quelque temps en Asie *^ ; il donna la liberté aux Cnidiens, et remit aux habitants de l'Asie le tiers de leurs impôts '-. Ensuite il se dirigea vers Alexandrie avec deux légions qui n'étaient pas au complet et huit cents cavaliers ; en y arrivant au commencement d'octobre, il apprit que Pompée venait de périr * '. Il voulut trancher eu qualité de consul les rivalités qui avaient éclaté entre le jeune

') Dio C, 42, 20. Plut., Cc-es., 51. Zon., 10, 10. Cf. Dio C, i2, 55. 43, 1. 15, 28. 46, 13. Oros., 6, 16. Eutr., 6, 23.

-•) I.L. A., p. 440. Cf. 182. 448. 451.

■') Cic, A«., 11, 8, 2. 11, 15,2. 11, 16, 2. Ctes., b. c, 3, 106 l>. Alex., 44. Cio C, 42, 6. 13. 14. Plut., Brut., 8.

") Cic, AU., 9,5, 1.

') Cœs., 5. c, 3, 8. 14. 26. .55. App., b. c, 2, 58. Plut., Cxs., 43.

») Cœs., b. Alex., 34. Cf. 9. Cic, Dej., 9, 24. Dio C, 42, 46.

») Cœs., b. c, 3, 34-38, 78. Dio C, 41, 51.

'») Cœs., b. c, 3, 89. App., b. c, 2, 76. Plut., Cœs., 44. Pomp., 69.

-») Cœs., b. c, 3, 105. Dio C, 42, 6. App., b. c, 2, 88.

'^) Plul., Cœs., 48. Cf. Dio C, 42, 6. App., b. c, 5, 4.

'^) Cœs., b. c, 3, 106. Liv., ep., 112. Dio C, 42, 7. App , b. c, 2, 89. Plut,, Pomp., 80. Val. Max., 5, 1, 10.

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Plolémée et sa sœur Cléopâtre '; il y avait déjà eu guerre et Cléopâtre avait été chassée ^ Pour régler ce dilTércnd entre le frère et la sœur, il rappela que, pendant son premier consulat^ par la loi Julia, il avait reconnu Ptolémée Aulèlo comme ami et allié du peuple romain ; il déclara vouloir faire respecter le testament de ce dernier en vertu duquel Ptolémée et Cléopâtredevaient régner ensemble; et Ptolémée avait chargé le g-ouvernement romain de faire respecter ce testament ^ César entra en lutte avec l'armée de Ptolémée; cette g-uerre est connue sous le nom de guerre Alcxandrinc ; elle dura jusqu'en mars 47, et présenta plusieurs alternatives do succès et de revers ''. Enfin, elle se termina par une bataille livrée sur les bords du Nil, dans laquelle succomba Plolémée, qui avait été fait prisonnier par César au commencement de la campng-ne, puis relâché ; le 27 mars, César s'empara de la plus grande .partie de la ville d'Alexandrie; ainsi se termina la guerre '\

Pendant la guerre d'Egypte, vers le commencement de novembre. César reçut la nouvelle qu'il avait été nommé dictateur ^ Il prit aussitôt possession de la magistrature suprême, et choisit pour maître de la cavalerie M. Antoine'', qui s'était distingué dans la guerre contre Pompée ; à Pharsalc, il commandait l'aile gauche ^; après la bataille, il était revenu en Italie avec les troupes placées sous ses ordres \ Quand il fut question de rendre la loi curiate en faveur de César et de M. Antoine, les augures firent quelque difficulté au sujet de

') Cf. Val. Max., 'i, 1, 15.

2) Uv.,ep., 111.

3) C-vs., b. c, 3, 107 et seq. Dio C, -i2, 9. 34. Plut., C'cT5., 48. Flor., 4, 2, 54 et seq. Aur. Vict., \iv. lll., 86.

^) Caes., b. c, 3. 108-112. b. Alex., 1-32. Dio C, 42, 36-43. App., b. c, 2, 90. Plut., Cœs., 49. Poinp., 80. Zoo., 10, 10. Liv., ep., 112. Vell., 2, 54. Suet., Cœs., 35. 6i. Flor., 4, 2, 58 et seq„ Gros , 6, 15. Eulr., 6, 22. Front., Strat., 1, 1,5. Cf. Cic, J3.y., 9, 24. Fam., 13, 16, 2. Sen., tranq. anim., 9, 5.

6) Cf. I.iv., ep., 112. DioC, 42, 35.

') Plut., Ant., 8. Cf. Cic, Philip., 2, 25, 62. 2, 29, 71.

8) Cecs., 5. c, 3, 89. Plut., Ant., 8.

3) Cic, Phi'., 2, 24, 59.

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482 LA DissoLirrioN di; la répuiîlique [IV, 21

ce dernier, parce qu'on ne savait pas pour combien de temps était conférée la charge de maître de la cavalerie \ On a prétendu que le consul avait lui-même nommé M. Antoine, peut-être à l'insu de César; c'est une théorie contredite par les faits. M. Antoine dut commencer l'exercice de ses fonctions vers le milieu de décembre -.

César avait accepté d'exercer le droit qu'on lui avait conféré sur les comices; il décida que les élections n'auraient pas lieu avant son retour. Au commencement de l'année 47 il n'y eut qu'un seul magistrat curule à Rome, M. Antoine; les tribuns entrés en fonction le 10 décembre 48 furent les seuls fonctionnaires élus; les édiles plébéiens qui avaient dû être élus en même temps, furent probablement suspendus de leurs fonctions ^ M. Antoine prépara ainsi l'opinion à la monarchie : sa toge prétexte elles six licteurs rappelaient encordes ^institutions républicaines; l'épôe au contraire, qu'il ne quittait jamais, même pendant les jeux, la garde de soldats qui le suivait partout, annonçaient les habitudes monarchiques*. Quand en 49 il avait été charg-é, comme tribun du peuple et lieutenant de César, de g-ouverner l'Italie, il avait déjà excité le mécontentement par ses manières hautaines ^: ce fut bien pis quand il fut maître de la cavalerie ^ : mais il n'eut pas assez d'autorité morale pour contenir la basse plèbe, et maintenir dans la soumission les lég-ions qui venaient de rentrer en Italie.

Les appétits do la plèbe avaient été excités par les propositions de M. Ca^lius Rufus ; il était facile de la soulever de nouveau en reprenant les mêmes propositions \ Le tribun qui s'en chargea fut le gendre de Cicéron, P. Cornélius Dolabella. Au début do la guerre civile Dolabella s'était prononcé pour César; nommé au commandement d'une division de la flotte

•) DioC, 42,21. Cf. 45, 28. 4G, 13.

2) Cic, A«., U, 7,2.

3) DioC. 42, 27. Plut., Anf., 8.

^) Dio C, 42, 27. 4o, 29. 46, 16.

'-j Cic , Phil., 2, 23, 57. AU., 10, 16, 5. 10, 13, 1 , Plut , Ant. G. •) Cic, Phil., 2, 25, 02. Plut., Ant., 9. Cws., 51. ') Dio C, 42, 26.

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