‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. LangeChapitre 52 sur 175 · LE PASSAGE A LA MONARCHIE · texte numérisé non relu

LE PASSAGE A LA MONARCHIE

Pendant que César luttait contre Pompée, son collègue P. Servilius Isauricus dirigeait les affaires à Rome ' . On vit bien dès le commencement de Tannée - qu'il était plus facile de troubler l'ordre par la guerre civile que de le rétablir. Un des anciens partisans de César souleva les premières difficultés. César avait réparti les fonctions prétoriennes à sa fantaisie sans recourir à la formalité du tirage au sort. M. Cselius Rufus se plaignit de ce que la préture urbaine avait été donnée à C. Trebonius^ Il se repentit alors de s'être laissé entraîner par C. Scribonius Curio dans le parti de César; il conçut l'espoir de gagner le peuple à la cause de Pompée, et de soulever Rome contre César '. Voici le moyen qu'il crut pouvoir employer : il s'opposa à l'exécution de la loi Julia de pecuniis mutuis, pensant bien que les débiteurs préféreraient ne pas payer leurs dettes, plutôt que d'accepter les arrangements proposés par César. Il opposa donc son intercession à toutes lesjdispositions prises par C. Trebonius, surtout aux jugements que rendit ce dernier en vertu de la loi Julia : il annonça même qu'il prendrait sous sa protection tous les débiteurs qui refuseraient de payer leurs dettes'. Il s'était trompé dans ses calculs en croyant que César n'avait pour lui que les usuriers®; les dispositions prises par César plaisaient aussi aux

•) Dio C, 42, 17.

■') Caes., b. c, .3, 20.

3) Dio C, 42, 22.

*) Cic, Fam., 8, 17.

^) Dio C, 42, 22. Cses. b. c, 3, 20.

') Cic, Fam., 8, 17, 2.

i.78 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [IV, 21

débiteurs, et C. Trebonius d'ailleurs agit avec tellement de tact qu'aucun débiteur ne viul réclamer la protection de C*lius\

Alors CsbHus proposa la Rogatio cœlia de creditis peciuiiis sine usuris sexenni die solvendis : les dettes devaient être remboursées en six ans, et pendant ces six ans on ne devait pas payer d'intérêts -. Le consul et les autres magistrats combattirent la proposition; alors Ca-lius alla plus loin, et rédigea deux nouvelles rogations, l'une en faveur des locataires, l'autre en faveur des débiteurs. La rogation Cœlia de mercedibus habitationum anniiis exemptait les locataires d'une année de loyer; la rogation Cœlia de tabulis novis portait que les dettes seraient réduites dans des proportions trèsavantageusos pour les débiteurs, et peut-être supprimées complètement '.

Après des propositions pareilles Ca.dius trouva des partisans : il s'en servit pour chasser violemment son collègue C. Trebonius de son tribunal \ Le consul réunit le sénat sous la protection de soldats qui se rendaient en Gaule et se trouvaient alors par hasard aux environs de Rome ; il proposa, en s'appuyant sur un vote du sénat {se?iatus auctoritas), — quelques tribuns s'opposèrent à ce qu'on rédigeât un sénatusconsulte — que l'on confisquât les tables sur lesquelles étaient inscrites les propositions du préteur. Cœlius essaya de résister, le sénat s'empressa de voter un sénatus-consulte qui déclarait l'État en danger ; Servilius défendit à Caîlius de remplir ses fonctions, d'entrer au sénat, de réunir des assemblées ; il fit briser sa chaise curule, et donna ses attributions à un autre préteur ^ Cœlius écrivit à son vieil ami T. Annius Milo pour l'inviter à rentrer en Italie ; profitant de ses anciennes relations avec les bandes vde gladiateurs, il prépara une résistance armée. Sous le prétexte d'aller rejoindre César, Cœlius quitta Rome, et se rendit à Capoue ; il ne réussit pas à se rendre

«) Caes., b. c.,H, 20.

2) CsBS., b.c., 3,20.

3) CcBS., b. c, 3,21. Dio C, 42, 22. Liv., cp., 111. Vell., 2, 68. ^) Css., fe.c, 3,21.DioC., 42,22.

>) Dio C, 42, 22. Cccs., b. c, 3, 21. Liv., cp., 111. Vell., 2, 68.

Page 1